- il y a 6 mois
"COLLISION À LA GARE DE LYON" / 27 juin 1988 en fin de journée. A la Gare de Lyon, l'une des 3 plus grandes gares parisiennes, des voyageurs montent à bord d'un train de banlieue qui attend à quai. Ils ne peuvent pas s'en douter mais ils vont être les victimes d'un train fou qui se dirige tout droit sur eux. En effet, quelques minutes plus tôt, suite à une mauvaise manipulation, les freins d'un train en provenance de Melun ont été désactivés. Au total, 56 personnes trouveront la mort. Pourquoi le signal d'alarme déclenché par une passagère est-il devenu la source d'un enchaînement d'incidents invraisemblables ? Pourquoi aucune des mesures de sécurité de l'époque ne s'est avérée efficace ? Quelles solutions ont été trouvées depuis pour éviter qu'un tel drame se reproduise ? Grâce à des images 3D inédites, les témoignages de victimes et de pompier présents ce jour là, à partir des enquêtes officielles mais aussi de l'avis des plus grands spécialistes, nous allons tenter de comprendre ce qui s'est réellement passé à l'intérieur de ce train fou? Nous allons tenter de décrypter l'improbable scénario qui a conduit en plein de coeur de Paris à une catastrophe... hors-de-contrôle.
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00:00Paris, Gare de Lille, l'une des trois plus grandes gares de la capitale.
00:16Chaque jour, près de 300 000 voyageurs s'y croient, en surface ou sous la terre.
00:22Paris, Gare de Lille.
00:24Vous êtes en Paris, Gare de Lille.
00:26Nous vous invitons.
00:27Il passe devant ce monument, sans savoir qu'il est le témoin d'une des pires catastrophes ferroviaires de l'Histoire.
00:36Le 27 juin 1988, sur ces quais, s'est déroulé l'impensable.
00:4256 personnes ont trouvé la mort.
00:47Quand on parle d'accidents ferroviaires, le premier accident du XXe siècle auquel on pense, c'est celui-là.
00:54Il faut qu'on comprenne que ce n'est pas un banal accident. Il s'est passé quelque chose ce jour-là.
01:01Pourquoi le signal d'alarme déclenché par une passagère est-il devenu la source d'un enchaînement d'incidents imprésemblables ?
01:09Réalisant que la rame ne freinait pas, le réflexe est « je tire le signal d'alarme ».
01:14Seulement, la suite, c'était catastrophique.
01:17C'est un scénario qu'un écrivain de Polar aurait même eu du mal à imaginer.
01:22Comment un train sans frein a-t-il pu déjouer une à une toutes les mesures de sécurité de l'époque ?
01:27Là, il panique et il annonce à la radio « arrêtez tout, gare souterraine, je n'ai plus de frein ».
01:37Il est à une vitesse d'environ 40 km heure.
01:40Les aiguilles le dirigent inexorablement vers la voie 2.
01:44Plus personne ne peut rien faire.
01:46Grâce à des animations 3D, à partir des banquettes officielles, mais aussi des plus grands spécialistes,
01:53nous allons tenter de comprendre ce qui s'est réellement passé à l'intérieur de ce train.
02:01280 tonnes qui poussent derrière, les roues se bloquent, manque d'adhérence, elles glissent.
02:06La perte de contrôle d'un train, c'est la hantise de tous cheminots.
02:10À travers les témoignages des victimes et des pompiers présents ce jour-là, nous allons revivre ce drame.
02:15Quelqu'un est sorti de la cabine et a dit « vite, descendez, descendez, descendez » et c'était trop tard.
02:24J'ai tout de suite l'impression que je vais mourir.
02:28L'accident de la gare de Lyon, pour moi, c'est une scène de guerre quand on arrive.
02:33Nous allons tenter de décrypter l'improbable scénario qui a conduit en plein cœur de Paris.
02:37C'est une catastrophe.
02:41On s'est dit « l'impossible est arrivé ».
02:44Lundi 27 juin 1988, c'est le début de l'été.
03:12Et il fait déjà chaud dans la région parisienne.
03:16En cette fin d'après-midi, ce train de banlieue s'apprête à partir de Meulat.
03:23Ils sont plusieurs voyageurs à s'installer au sein de cette rame,
03:27sans se douter du drame qui va se jouer à la gare d'Ary.
03:30Car le terminus du train n'est autre que Paris, situé à 50 km de là,
03:35et plus précisément la gare de Lyon.
03:39Une gare qui, depuis quelques années, s'est totalement transformée.
03:43Pour le comprendre, il faut revenir 30 ans en arrière.
03:46Depuis les années 50, la population de Paris et de sa banlieue a connu un véritable boom,
03:56passant de 6,5 millions d'habitants à près de 10 millions.
04:01Et cela n'est pas sans conséquence sur le réseau de transport.
04:04Cette constellation de vie nouvelle, cette politique délibérée,
04:09appelle naturellement de renforcer les trafics banlieux.
04:17Georges Ribeil est historien, spécialiste du monde ferroviaire.
04:23Il a été témoin de cette croissance spectaculaire
04:26qui a obligé à repenser l'ensemble des transports du Grand Paris.
04:29Le trafic des gares parisiennes va surtout exploser
04:36à partir des années 60 à 80.
04:43On a construit à cette époque-là des réseaux de transport
04:47d'une capacité et d'une puissance quasiment jamais égalées dans le monde.
04:59Seulement, l'augmentation des lignes et des voies ferroviaires
05:04ont fait conséquence directe sur les gares.
05:10Paris est percé de grands trous, de bulldozers, de chantiers encombrants.
05:15Ça a été 15 ans, 15-20 ans, d'énormes chantiers
05:27pour adapter l'offre de transport à la croissance de la métropole parisienne.
05:33Située dans le sud-est parisien,
05:45la gare de Lyon dessert de nombreuses destinations longues distances.
05:48A commencer par Lyon, dont le TGV a été inauguré en 1981.
05:54La gare de Lyon dessert également de nombreuses destinations en banlieue.
05:58Ce sont désormais 150 000 voyageurs de la région parisienne
06:03qui passent ici tous les jours.
06:08Dans les années 70, les ingénieurs de la SNCF sont confrontés au manque de place.
06:14Il ne reste d'abord qu'une seule solution.
06:19On n'avait plus de place en surface, donc on s'est mis à creuser.
06:22On va utiliser toute une série d'ailes de bâtiments qui vont disparaître.
06:30La gare de Lyon, dans sa grandeur splendeur,
06:32avait une aile rue de Bercy qui sera détruite.
06:37On va s'ouvrir l'immense chantier qui va durer très longtemps
06:41parce qu'il est très complexe.
06:44Ce chantier spectaculaire se déroulera en deux temps.
06:58On commencera par construire le niveau le plus profond,
07:00à 20 mètres sous terre, le N-2.
07:04Il accueillera le RER, réseau de train express régional.
07:07Puis dans un second temps, on construira le niveau moins 1
07:13qui hébergera une gare de banlieue avec 4 voies.
07:19Mais comment le relier aux voies extérieures ?
07:22Les ingénieurs n'ont pas le choix.
07:24Il va falloir créer une pente de 4%.
07:27Autrement dit, réaliser des voies qui descendent de 40 mètres pour 1000 mètres,
07:32c'est quasiment du jamais vu.
07:33C'est même l'un des dénivelés les plus élevés de tout le réseau ferroviaire français.
07:44Alors là, on est dans des pentes exceptionnelles.
07:49Une pente, ça veut dire 4 mètres par 100 mètres,
07:52ce qui est énorme en matière ferroviaire.
07:56Et tout ça pour aller buter vers, en gros, à l'époque, des ortoires, pour autant dire.
07:5940 pour 1000, c'est véritablement une pente extrêmement, extrêmement importante.
08:0740 pour 1000, pour les trains, ils peuvent le gravir.
08:10Et à la descente, on prend vite, on prend vite, on prend vite de la vitesse.
08:17Et c'est justement à cause de cette pente
08:19que la catastrophe de la région va être considérablement agréable.
08:22Il est 17h38, lorsque le train numéro 153-944 part de Melun, en direction de Paris.
08:38À son mort, des passagers et deux membres de la SNCF,
08:41un contrôleur et un conducteur.
08:43Ce train part normalement,
08:59le conducteur a fait les essais de frein comme il faut.
09:02Rien d'anormal, le train part
09:04vers 5h, 2 ou 5h30 l'après-midi.
09:08Rien d'anormal,
09:09à une exception près.
09:11Dans le train,
09:13certains voyageurs sont un peu perturbés.
09:17La SNCF vient de changer les horaires,
09:19donc certains arrêts sont modifiés.
09:22Ce changement d'horaire récent
09:24bouscule les habitudes de certains passagers.
09:27Au moment où le train va franchir la gare de verre de maison,
09:30une passagère s'aperçoit
09:32que ce train ne va pas marquer l'arrêt.
09:34Mais par contre,
09:34elle pensait que le train allait s'arrêter
09:36puisque au service d'hiver précédent,
09:39ce train marquait l'arrêt en gare de verre de maison.
09:41Elle imagine tout de suite
09:43qu'elle ne va pas pouvoir
09:44aller chercher avec son gamin d'or
09:47une garderie.
09:51Et donc, réalisant que la rame ne freinait pas,
09:55le réflexe est
09:55je tire le signal d'alarme.
10:00Évidemment, freinage d'urgence,
10:03la rame s'arrête.
10:03C'est ce geste simple,
10:20relativement grand,
10:22qui va provoquer une réaction en chaîne à peine croyable.
10:24A cet instant,
10:32l'effet sur le train est immédiat.
10:36Le signal d'alarme,
10:38comme c'est normal dans ce cas-là,
10:39provoque
10:40le serrage des freins
10:43de la rame
10:44et l'arrêt
10:45de la rame en gare
10:47du verre de maison.
10:48Le fait de tirer le signal d'alarme
10:53provoque sur ce matériel-là
10:56un freinage automatique
10:58d'urgence.
11:00Dans ce type de train,
11:02le système de freinage
11:03est assuré par de l'air comprimé
11:04qui circule en permanence
11:06dans un tuyau.
11:07La conduite génère.
11:07Le fait de tirer
11:11sur le signal d'alarme
11:12soulève un clapet
11:13qui fait s'évacuer
11:14cette paire des tuyaux.
11:16Privé de pression,
11:17les freins se ferment automatiquement.
11:22Quand un signal d'alarme est tiré,
11:24cette fuite d'air
11:25provoque un bruit assez significatif.
11:29Ce bruit,
11:30il s'entend essentiellement
11:31à l'extérieur
11:32de la voiture.
11:35Depuis le quai,
11:36on l'entend très bien.
11:36ça fait un psssht assez fort.
11:43À ce moment-là,
11:44le contrôleur
11:45à l'intérieur de sa rame,
11:46lui, n'entend pas ce bruit.
11:48Il est donc le premier surpris.
11:50Pourquoi le train
11:51s'arrête-t-il brusquement
11:52dans la gare de Verde Maison ?
11:53Le contrôleur
11:58descend sur le quai
11:59et il se dirige
12:00vers la deuxième voiture
12:01d'où il a vu
12:02la voyageuse descendre.
12:04Il entre dans la deuxième voiture
12:06et il constate
12:08qu'effectivement,
12:09un signal d'alarme
12:10a été tiré.
12:11D'ailleurs,
12:11un voyageur
12:12qui a été témoin de la scène
12:13lui dit
12:14« Oui, j'ai vu
12:15quelqu'un
12:15qui a tiré le signal d'alarme
12:16et qui est descendu. »
12:21Pour le contrôleur
12:22et le conducteur,
12:23l'objectif est donc clair.
12:26Ils doivent réenclencher
12:26ce signal d'alarme
12:27au plus vite
12:28pour pouvoir faire repartir
12:29leur train.
12:31Une opération
12:31pour le moins
12:32anodine.
12:34Pour un conducteur,
12:36normalement,
12:36le réarmement
12:37d'un signal d'alarme,
12:38c'est une opération
12:39qui est relativement simple.
12:41Il a déjà dû le faire
12:42des dizaines de fois
12:44au cours de sa carrière
12:45sans aucun problème.
12:48Mais ce jour-là,
12:49les choses ne vont pas
12:50être aussi faciles.
12:52Le conducteur
12:53applique la procédure
12:54mais ne parvient pas
12:55à réarmer.
12:58L'air continue donc
12:59de fuir
13:00et de vider la conduite générale
13:01avec ce bruit bien particulier.
13:05Impossible de repartir.
13:09Il tire,
13:10elle est coincée,
13:11il n'y arrive pas.
13:13Il y a le problème
13:14des intempéries,
13:14l'oxydation
13:15et on sait que quelquefois
13:16c'est un petit peu dur
13:18de pouvoir réarmer
13:19manuellement
13:20et donc il essaye,
13:21il essaye,
13:21il a du mal,
13:22il ne trouve pas exactement
13:23la position de la poignée
13:24et ça ne fonctionne pas bien.
13:27Malgré son grade
13:27et son expérience,
13:29il ne comprend pas
13:30ce qui se passe.
13:32Dans le train,
13:33les passagers
13:34commencent à s'impatienter.
13:37En tant que conducteur,
13:38il faut bien qu'il arrive
13:39à trouver une solution
13:40puisqu'il faut qu'il arrive
13:41à faire repartir son train.
13:43Stressé,
13:44le conducteur
13:45tente autre chose.
13:47Il manipule alors
13:48à plusieurs reprises
13:48le robinet d'arrêt
13:49qui alimente
13:50la conduite générale
13:51envers comprimés.
13:52donc dans un geste
13:54un petit peu désespéré
13:55finalement,
13:56il va voir ce robinet
13:58et il va le manœuvrer
14:00plusieurs fois,
14:01l'ouvrir,
14:01le fermer,
14:02l'ouvrir,
14:02le fermer
14:02en espérant finalement
14:04pouvoir aider
14:07à résoudre le problème.
14:09A première vue,
14:11en manipulant ce robinet,
14:12la situation
14:13semble revenir
14:14à la normale.
14:15Si on est spectateur
14:16à l'extérieur,
14:17on constate que
14:18quand il a ce robinet
14:19dans une certaine position,
14:21le bruit s'arrête
14:21et puis quand il remet,
14:23le bruit recommence.
14:25Et on peut très bien
14:26imaginer un jeune narquois
14:27qui lui dise
14:28« mais tu ne comprends rien,
14:29il faut le mettre
14:30comme ça ton robinet »
14:31que c'est ça
14:32qu'il faut faire.
14:33Sur ce type de rame,
14:41quand le robinet est fermé,
14:42il est parallèle au tuyau.
14:47Aucun élément
14:48ne permettra
14:48de la caisser
14:49avec certitude
14:49mais à cet instant,
14:51le conducteur
14:52aurait donc fermé
14:52le robinet
14:53alors qu'il pensait
14:54l'avoir laissé ouvert.
15:00Le clapet se referme.
15:03Le conducteur
15:03aurait pensé
15:04avoir résolu le problème
15:05mais c'est l'inverse
15:06qui se serait produit.
15:1318h50,
15:14au même moment,
15:15sur Paris.
15:17C'est la fin
15:18d'une journée de travail
15:19pour les dizaines
15:19de Parisiens
15:20qui d'ici quelques minutes
15:21vont se retrouver
15:22directement confrontés
15:24à la catastrophe.
15:25Impossible de s'en douter
15:26pour l'instant.
15:30C'est une journée
15:31d'été
15:32une vraie journée
15:33d'été
15:34avec un beau soleil,
15:36il fait très chaud.
15:38A l'époque,
15:39Jean-François Papret
15:40a 23 ans.
15:41Il travaille
15:41comme comptable
15:42sur Paris
15:42et comme chaque soir,
15:44il rentre
15:44chez ses parents.
15:45Je quitte mon travail
15:49à l'heure habituelle
15:51et je décide
15:52de prendre
15:55le trajet
15:56pour retourner
15:56à la gare de Lyon
15:57à pied.
16:00Colette Pacalet
16:01aussi s'apprête
16:02à prendre le train.
16:03Seulement aujourd'hui,
16:04elle est en retard.
16:04Je travaillais beaucoup,
16:08mais c'était
16:09des grandes journées,
16:10des longues journées.
16:13Évidemment,
16:13je suis partie
16:14à la bourre
16:15comme tous les jours
16:16avec une idée
16:18en tête,
16:18c'est de rentrer
16:19pour m'occuper
16:20de mon fils.
16:23Comme d'autres dizaines
16:24de milliers
16:24de banlieusards,
16:26Jean-François et Colette
16:26regagnent la gare de Lyon
16:27pour rentrer chez eux.
16:35Ici,
16:35c'est l'heure de Pointe,
16:36la période
16:37de la plus grande afflure.
16:44À l'extérieur
16:45comme en sous-sol,
16:47de nombreux trains
16:47sont sur le départ.
16:53J'arrive
16:53en gare de Lyon,
16:54gare de Lyon.
16:55Le départ des trains
16:57est en sous-sol.
16:59Je m'installe
17:00et comme il ne reste
17:02normalement
17:03que 3 à 4 minutes
17:05avant le départ,
17:06tout le monde
17:06est assez énervé
17:07et tout le monde
17:09essaie de trouver
17:10une place.
17:11En quelques minutes,
17:12la voiture
17:13qui était vide
17:13se remplit,
17:15toutes les places
17:15assises sont prises,
17:17les gens s'entassent
17:18déjà dans les couloirs
17:20et sur la passerelle.
17:23Ils sont bien loin
17:24d'imaginer
17:24ce qui est en train
17:25de se jouer
17:25à quelques kilomètres
17:26de là.
17:36Après avoir manœuvré
17:37à plusieurs reprises
17:38le robinet,
17:39le conducteur
17:40essaye de redémarrer.
17:41Seulement,
17:45il y a un problème.
17:47Il a perçoit
17:48que quand on veut
17:49démarrer,
17:49non,
17:49elle ne démarre pas.
17:54Le conducteur
17:55comprend d'autant moins
17:56ce qu'il se passe
17:56que pour lui,
17:58les freins sont censés
17:58fonctionner normalement
17:59et donc être désormais
18:01décérés.
18:02C'est ce que lui indique
18:03son tableau de bord.
18:05Son manomètre
18:06dans sa cabine de conduite
18:07lui dit
18:08qu'il y a de la pression.
18:17Contrairement à ce
18:17qu'il pense,
18:18ce manomètre
18:19indique seulement
18:19la pression présente
18:20dans la locomotive
18:21et non pas la pression
18:23présente
18:23dans tout le train.
18:24A ce moment-là,
18:34il ne comprend pas
18:35ce qui se passe.
18:36Donc c'est là
18:36où il revient
18:37et il essaye
18:38de remédier
18:39à cet incident
18:41de blocage
18:42des freins.
18:44La grogne monte
18:45chez les passagers.
18:46Le conducteur
18:47doit trouver une solution
18:48et vite.
18:48Il sait que parfois,
18:56un incident technique
18:57crée ce type de problème.
18:59Il n'a plus
18:59qu'une seule option,
19:00purger les freins.
19:02Autrement dit,
19:02vider tout l'air
19:03contenu dans les réservoirs
19:04qui alimente
19:05le système de freinage.
19:08Avec le contrôleur,
19:10ils vont dégonfler
19:11la rame,
19:11c'est-à-dire
19:11on purge
19:14les réservoirs auxiliaires.
19:15Il n'y a plus
19:23d'air comprimé
19:23dans les cylindres de frein.
19:26Donc ça y est,
19:27je suis libre,
19:28c'est fini,
19:30je peux repartir.
19:35Le conducteur
19:36actionne la tirette
19:37de purge.
19:40Il vide alors
19:41progressivement
19:42l'air situé
19:42dans tout le réservoir
19:43de commande
19:44et dans le cylindre
19:45de frein.
19:45Il purge
19:49chacune des voitures
19:51de la rame.
19:52Bon.
19:54Et il la fait
19:55jusqu'au bout.
19:58À cet instant,
19:59le conducteur
20:00débloque enfin
20:01le système de freinage.
20:02Il pense avoir
20:03solutionné le problème.
20:05En fait,
20:05il vient d'en créer
20:06un bien plus grave.
20:10Après avoir purgé,
20:12il remonte
20:13dans sa cabine de conduite
20:14et il n'a aucune conscience
20:16qu'il a en fait
20:17complètement
20:18annihilé
20:19tout son système
20:20de freinage.
20:2719h02.
20:28Le conducteur
20:29est bien loin
20:30d'imaginer
20:30que son train
20:31repart quasiment
20:31sans frein.
20:32le conducteur
20:36de freinage
20:37de freinage
20:38Je suis persuadé qu'il était dans une logique où j'ai résolu le problème, j'ai appliqué la procédure,
21:02c'était encore cette surpression dans le réservoir principal qui m'a causé tous ces emmerdes.
21:08J'ai réarmé le signal d'alarme, j'ai 5 kg la conduite principale, bon cours, on peut y aller.
21:19Il est tout près de la gare de Lyon et il repart à vitesse normale.
21:24À ce moment-là, seule la voiture de tête est alimentée en air comprimé.
21:28Sur les 8 wagons, elle est la seule à être en capacité de freiner.
21:32Le train n'est plus qu'à 10 minutes de la capitale.
21:38Ce jour-là, dans les sous-sols de la gare de Lyon, c'est la cohue.
21:51Un train qui devait partir pour Melun vient plus juste d'être supprimé.
21:55Et tous les voyageurs se pressent dans le seul train à quai.
21:58C'est le cas de Colette.
21:59Quand je suis arrivée à la gare de Lyon, c'était un bazar complet.
22:10Il y a du monde, mais finalement, je monte dans le train, dans le premier wagon,
22:15où je me mets d'habitude.
22:17J'attends, je suis dos au départ.
22:21Jean-François et Colette prennent donc tous les deux place dans cette rame de tête.
22:39Il fait très chaud.
22:41Les gens ont envie de rentrer chez eux.
22:42Et on sent vraiment une tension qui monte
22:44par cette fatigue de fin de journée et par cette grosse chaleur d'été.
22:51L'ambiance est lourde.
22:52Les gens sont agités.
22:53Les gens ont envie de descendre.
22:54Les gens commencent à dire, bon ben, tant pis, on ne reste pas dans cette voiture.
22:58De toute façon, il y a trop de monde.
22:59On prendra le suivant.
23:00La rame de Colette continue de se remplir de voyageurs.
23:09Au même moment, à 3 kilomètres de là,
23:11le train en direction de la gare de Lyon poursuit sa route à 100 kilomètres en ligne.
23:22Il est 19h06.
23:24À cet instant, personne ne peut avoir conscience du drame qui est en train de se jouer.
23:27Quand il arrive en approche du pont de la petite ceinture,
23:34il y a une transition de vitesse de 105 kilomètres heure à 90 kilomètres heure.
23:39Et donc, il va pour la première fois utiliser le frein pneumatique.
23:44Le frein de sa cabine de conduite fonctionne.
23:47À ce stade, pas d'inquiétude, le conducteur arrive à légèrement valente.
23:53Quand il arrive aux abords du périphérique,
23:57il y a un feu clignotant qui lui indique qu'il faut ralentir,
24:02il va trouver un feu rouge.
24:09À l'époque, Jean-Pierre Pascal est directeur d'un institut de recherche sur les transports.
24:15Il est spécialiste du freinage ferroviaire.
24:17Il donne un premier coup de frein tout doucement.
24:21Il n'y a pas de problème, ça.
24:22Puis ensuite, il est obligé quand même de freiner carrément.
24:26Et là, il s'aperçoit que ça freine pas.
24:28Là, il le voit que son train ne freine.
24:35Il est freiné.
24:36Tout basse-t-il.
24:36Et là, à ce moment-là, il s'aperçoit qu'on sent que la rame pousse.
24:49C'est-à-dire qu'on a fait ce qu'on appelle enrayé.
24:51C'est-à-dire que le freinage n'est que sur la motrice.
24:54Il y a 280 tonnes qui poussent derrière.
24:56Les roues se bloquent.
24:57Manque d'adhérence.
24:58Elles glissent.
24:58Elles glissent.
24:59Elles glissent.
24:59Elles glissent sur les rails.
25:00Elles glissent.
25:01Et puis là, c'est la panique.
25:02C'est la pire des choses qui puissent arriver.
25:06Là, ça va très vite.
25:10Donc, il a quoi ?
25:11Il a une minute et demie, deux minutes pour arriver à la gare de Lyon.
25:14Ça va très vite.
25:15Et surtout, que peut-il faire ?
25:1819h07min30s.
25:22Le train fou est à tout juste deux kilomètres de la gare.
25:25À ce moment, seul le conducteur sait que son train sans frein
25:28se dirige à pleine allure vers la gare souterraine.
25:30Il faut lancer l'alerte au plus vite.
25:38Chaque seconde compte.
25:40Là, il panique.
25:41Et il se sert de sa radio.
25:45Il a une radio.
25:47Et il annonce à la radio
25:49« Arrêtez tout.
25:51Gare souterraine.
25:51Je n'ai plus de frein. »
25:53Et là, aussitôt, c'est la panique à mort.
26:00Imaginez, c'est comme si, dans le contrôle aérien,
26:02la tourne de contrôle, le gars vous dit « My day, my day, my day. »
26:05Le train d'atterrissage ne sort pas.
26:09Au même moment, le conducteur du train fou actionne l'alerte radio.
26:13On appuie sur un bouton
26:16qui immédiatement permet d'appeler le régulateur.
26:21Et surtout, ce message qui est un message d'alerte
26:24est entendu sur la même fréquence
26:26par tous les convois qui se trouvent dans le rayon d'action.
26:29Et donc, les gens savent qu'il y a un grave problème dans le coin.
26:32Et donc, la procédure, c'est
26:33« Aussitôt, je freine, je ralentis.
26:36Il faut s'arrêter. »
26:39L'alerte radio informe qu'il y a danger.
26:41Il retentit dans le poste de régulation chez les aiguilleurs
26:45et aussi dans toutes les cabines des conducteurs
26:47à proximité du train à la dérive.
26:50L'ordre est donné, ils doivent s'arrêter au plus vite.
26:54Le train sans frein, lui, continue sa course infernale.
26:57Pourtant, tout n'est pas perdu.
27:06En réalité, le conducteur a encore une dernière solution
27:10pour faire ralentir sur le train.
27:12Un deuxième point, le frein électrique,
27:14aussi appelé frein réostatique.
27:19Le frein réostatique, c'est un frein électrique
27:22qui agit directement sur les moteurs de traction des motrices.
27:27Seulement le manuel du conducteur déconseille d'utiliser ce frein
27:31dans une gare en place.
27:32Mais cette fois-ci, cela aurait pu tout changer.
27:36Donc s'il avait été actionné,
27:38on aurait eu deux véhicules qui freinaient au lieu d'en avoir un seul.
27:43Il n'aurait probablement pas permis d'arrêter complètement
27:46le train qui était en dérive,
27:49mais ça aurait pu tout changer.
27:50L'esprit n'est plus en état de réagir,
27:56il est focalisé sur quelque chose.
27:58Et peut-être que ce type, parce que ça panique,
28:01se disant, je vais me tuer, je vais y aller,
28:05je vais aller m'écraser, je n'ai plus de frein.
28:08Et donc, il était, peut-être est-il bloqué là-dessus,
28:13en se disant, merde, qu'est-ce qui est passé ?
28:14Pourquoi ? Pourquoi j'ai pas de frein ?
28:15Pourquoi ça marche pas ?
28:16Pourquoi ça marche pas ?
28:17Il était là-dessus, mais incapable de dire,
28:20mais freinage réostatique, tout de suite, j'enclenche.
28:28C'est comme si vous imaginiez,
28:30vous êtes dans votre voiture
28:31et il y a une situation de danger,
28:36vous n'allez pas sortir un manuel
28:39pour savoir ce qu'il faut faire dans cette situation.
28:41C'est juste invraisemblable d'imaginer ça.
28:47Le train 153-944 poursuit sa route.
28:53Plus qu'une seule solution pour le conducteur,
28:56pour protéger ses passagers,
28:57il les conduit vers le fond de la rame.
29:06Plus personne n'est aux commandes du train fou.
29:08Pourtant, il reste encore un espoir,
29:10un seigne.
29:1119h08.
29:21À la gare de Lyon,
29:22le train de Jean-François et Colette
29:23n'est toujours pas parti.
29:26Le contrôleur n'est pas encore arrivé,
29:28ce qui retarde le départ.
29:30De nombreux passagers patientent donc sur la voie 2.
29:32A un kilomètre et demi de là,
29:41le train sans frein roule désormais à 70 km heure.
29:47Réfugié à l'arrière avec les passagers,
29:50le conducteur sait qu'il est encore possible
29:51d'éviter la catastrophe.
29:52Dans ce genre de situation,
30:00les aiguillères de la gare de Lyon
30:02peuvent toujours agir.
30:08À ce moment-là,
30:11c'est difficile de penser
30:13que la catastrophe est inéluctable
30:14pour une raison importante,
30:16c'est qu'il reste
30:18le poste d'aiguillage
30:20qui est programmé
30:22en sécurité.
30:24C'est-à-dire que,
30:25évidemment,
30:26son rôle,
30:27c'est de faire
30:28qu'aucun train
30:29ne puisse rentrer
30:30en collision
30:30frontale
30:32avec un autre train.
30:35Le train devrait être
30:37automatiquement dirigé
30:38vers une voie libre.
30:40On peut penser
30:41qu'il n'y aura pas de catastrophe
30:42parce qu'il va aller
30:43sur les butoirs
30:44d'une voie libre.
30:44Malheureusement,
30:47ce n'est pas ce qui s'est passé.
30:50À ce moment,
30:51sur les quatre voies
30:51de la gare souterraine,
30:53deux sont libres.
30:58Lorsque le train
30:59sans frein
31:00arrive
31:01pour rentrer
31:02en gare souterraine,
31:03à ce moment-là,
31:04les voies 1 et 3
31:06sont libres.
31:08L'aiguilleur,
31:09il sait qu'il a
31:09deux voies de libre.
31:11Il le sait très bien.
31:12S'il va sur la voie
31:15dégagée,
31:17il y aura
31:17un accident
31:19et il n'y aura pas de mort.
31:24Il faut faire vite.
31:25Les aiguilleurs
31:26de la gare souterraine
31:27sont la dernière chance
31:28du train flou.
31:29Les seuls
31:29à désormais pouvoir
31:30éviter le pire.
31:33Mais en actionnant
31:34l'alerte radio,
31:35le conducteur
31:36a rendu la communication
31:37avec la gare de Lyon
31:38très difficile.
31:38Donc,
31:41quand l'aiguilleur
31:42entend la sirène,
31:45il se précipite
31:47pour demander
31:48quel est le numéro
31:49du train
31:49qui a actionné
31:51l'alarme.
31:52Mais la radio
31:53est faite de telle façon
31:54que pendant que
31:55la sirène sonne,
31:56on ne peut pas
31:57émettre
31:58à la voix
31:59parce que c'est
32:00sur la même fréquence.
32:03Quand l'alerte radio
32:04est actionnée
32:04comme cette fois-ci,
32:06le message vocal
32:07du conducteur
32:07est émis
32:08sur la même fréquence
32:08que le signal d'alerte.
32:10Il devient donc
32:11inaudible
32:11pour les aiguilleurs.
32:18Il sait qu'il y a
32:19une alerte radio.
32:20Il a entendu
32:20l'alerte radio
32:21mais il ne sait pas
32:22ce qui se passe.
32:25Impossible
32:25pour les aiguilleurs
32:26de savoir
32:26qu'un train sans frein
32:27se dirige tout droit
32:28vers la gare souterraine.
32:31Il décide donc
32:31d'appliquer
32:32la procédure d'urgence.
32:34Elle va s'avérer
32:34tragique.
32:37Il a bloqué
32:38son poste d'écuillage.
32:40Il a appuyé dessus.
32:41C'est facile,
32:42il y a un bouton d'urgence.
32:43Il a appuyé dessus.
32:47Ce qui a bloqué
32:48tous les automatismes
32:50du poste.
32:51En particulier
32:51l'automatisme
32:52qui était programmé
32:54qui allait envoyer
32:55le train
32:55sur une voie libre.
32:59La procédure d'urgence
33:00remet automatiquement
33:02les écrits
33:02sur l'itinéraire précédent.
33:04Le système est fait
33:09de telle façon
33:09que quand on détruit
33:10un itinéraire,
33:12on revient
33:12au dernier
33:14itinéraire programmé.
33:16En l'occurrence,
33:17le dernier itinéraire
33:18programmé
33:18pour le train fou,
33:19c'est la voie numéro 2.
33:21En théorie,
33:22c'est une voie libre,
33:23sauf qu'actuellement,
33:24un train a du retard.
33:27Ce train,
33:28c'est celui
33:29de Colette et Jean-François.
33:30Le contrôleur
33:31n'est toujours pas arrivé.
33:33Les passagers
33:33sont donc condamnés
33:34à l'attente.
33:41Le train fou,
33:42lui,
33:43s'apprête à passer
33:44le dernier aiguillage,
33:45sa dernière chance.
33:48À partir du moment
33:48où les aiguilles
33:51qui auraient permis
33:52de diriger le train
33:53vers une voie libre
33:54sont franchies,
33:55à partir de ce moment-là,
33:56l'accident
33:57devient inéluctable.
34:00Personne ne peut
34:05plus rien faire,
34:06il n'y a rien à faire.
34:09Il ne reste plus
34:10qu'une minute
34:11avant la collision.
34:14Collision qui va
34:14s'avérer tragédie
34:15à cause d'une particularité
34:17de la gare souterraine.
34:26Sans frein,
34:26depuis plus d'un kilomètre,
34:28le train a commencé
34:29à décélérer légèrement.
34:31Il ne roule désormais
34:32plus qu'à 40 km heure.
34:36Seulement,
34:37le conducteur sait
34:38qu'il va devoir affronter
34:39la fameuse pente d'accès
34:40au niveau moins 1
34:41de la gare de Lyon.
34:42Une pente à 4%.
34:44Donc là,
34:47on a un train
34:48qui va descendre
34:50dans une gare
34:50avec un accès en pente
34:52avec très peu
34:53de freins.
34:54d'autant plus que le train
35:21est très lourd.
35:22300 tonnes,
35:23soit le poids
35:24de 300 voitures
35:25dévale la pente
35:25de la gare souterraine.
35:27Le train prend
35:27de la vitesse.
35:29Il ne reste plus
35:30que 500 mètres
35:31avant la collision.
35:3619h09,
35:3730 secondes seulement
35:38avant la collision.
35:40L'alerte retentit
35:40dans la cabine
35:41du conducteur
35:41du train à quai.
35:42J'entends le bip-bip
35:45qui se trouve
35:48dans la cabine
35:49du conducteur
35:50et cette espèce
35:51de signal d'alarme,
35:52je ne sais pas
35:53comment le décrire.
35:55Je n'ai jamais entendu
35:56ce bruit.
35:57Même si ça m'affole
35:58un peu,
35:59je n'ai pas l'intention
36:00de descendre
36:00à ce moment-là.
36:01André Tanguy,
36:04le conducteur
36:04du train à quai,
36:05apprend par les haut-parleurs
36:06de la gare
36:07qu'il faut évacuer
36:07le train au plus long.
36:10Son premier réflexe,
36:12avertir les passagers
36:13pour sauver
36:13le plus de vie possible.
36:16Il reste à son poste
36:17et il annonce aux gens
36:18de sortir du train,
36:19descendez tout de suite.
36:21Il y en a qui sont descendus,
36:23mais il y en a peu
36:24qui sont descendus.
36:25parce que
36:25comment se persuader
36:29que notre vie
36:30est en danger
36:31à ce moment-là,
36:31c'est impossible.
36:33C'est pas possible.
36:35Le conducteur reste
36:36dans son train
36:37au prix de sa propre vie.
36:40Quelqu'un est sorti
36:42de la cabine
36:43et a dit
36:43vite descendez,
36:44descendez, descendez
36:45et c'était trop tard.
36:55brusquement,
37:18je me retrouve
37:19comme dans un film
37:21au ralenti
37:23où un énorme mouvement
37:27me projette
37:28en avant
37:29où je vois
37:33le quai défiler.
37:36Je vois mon Walkman
37:37s'envoler,
37:39s'arracher de mes oreilles
37:40et s'envoler.
37:43Et je me retrouve
37:44à ne plus savoir
37:48où je suis.
37:49La seule pensée étant
37:51que je suis en train
37:53de mourir.
37:56C'est un choc
37:57par derrière
37:57qui me projette
37:59vers l'avant,
38:01qui me projette
38:01comme ça vers l'avant.
38:03Très fort,
38:04très fort,
38:04très puissant
38:05avec le bruit
38:08de ferraille,
38:09le bruit de frein
38:09qui crisse,
38:10le bruit de tôle
38:14qui se casse.
38:18Un bruit énorme,
38:19un vacarme énorme.
38:20Le train fou,
38:26moins chargé
38:26de passagers
38:27est donc plus léger.
38:29Il est donc projeté
38:30au-dessus du train
38:30à quai
38:31qui lui est bondé.
38:33Un événement
38:34aggrave la situation,
38:36le plafond du tunnel.
38:40Le nez du train
38:41s'est levé,
38:43il a même frotté
38:44contre le plafond,
38:45on a vu les traces
38:46sur le plafond de la gare
38:47et pendant qu'il monte,
38:49il continue à avancer.
38:53Donc il détruit
38:54complètement
38:55la motrice du train
38:58qui est de l'autre côté.
39:01On était dans un tunnel
39:02puisque cette gare
39:03était en cul-de-sac
39:04et donc elle a tapé
39:05sur la voûte
39:06et elle est retombée
39:07sur la motrice
39:09de la rame arrêtée
39:10et elle s'est comportée
39:11là comme un ouvre-boîte
39:12et elle a éclaté
39:13écrasant les gens.
39:15Le train sans frein
39:16s'encastre sur 18 mètres
39:18dans la remorque de tête
39:19où se trouvent
39:19Colette et Jean-François.
39:23Je me retrouve
39:24à essayer de me lever
39:25et à ne pas pouvoir bouger.
39:29Jean-François,
39:30présent sur cette photo,
39:32se retrouve bloqué
39:32entre la vitre
39:33et un amas de ferraille.
39:37Les personnes
39:38autour de moi
39:39ont disparu,
39:40elles sont recouvertes
39:42de morceaux de métal
39:43et je commence
39:45à entendre
39:46des hurlements
39:47de personnes
39:49qui essayent
39:50de sortir du train.
39:57Sur les quais,
39:57les gens commencent
39:58à s'affoler
39:59et veulent tout prévenir
40:00de nous libérer
40:02donc casser les vitres
40:03pour nous faire sortir.
40:05Comme je suis collé
40:07à la vitre,
40:08j'essaie de les calmer
40:09en leur disant
40:10que le bris de glace
40:12va nous blesser
40:13et qu'il faut
40:14attendre les secours.
40:17Impuissant,
40:19Jean-François
40:19est condamné
40:19à attendre
40:20l'arrivée des secours.
40:23Il ne le sait pas encore
40:24mais le sauvetage
40:26va s'avérer
40:26très compliqué.
40:2719h12,
40:37deux minutes
40:37après l'accident,
40:38un homme appelle
40:39le 18.
40:41Les saveurs
40:42pompiers de Paris
40:42sont avertis.
40:43L'information
40:44se diffuse
40:44dans toutes les brigades
40:45environnantes.
40:46L'accident est grave.
40:47Alors quand on nous prévient
40:52qu'on part pour
40:54le plan Axi-Fer,
40:56accident de chemin de fer,
40:58au début,
40:59on n'y croit pas.
40:59On pense que c'est
41:00pour un exercice
41:00puisque parfois
41:01on peut être aussi
41:02sollicité dans le cadre
41:03de fausses alertes
41:05d'entraînement.
41:06Mais on a très vite compris
41:07par l'ensemble
41:09des échanges
41:10sur nos postes
41:11Toki-Walki,
41:12les radios,
41:13que c'est une intervention
41:14réelle et complexe.
41:16En 1988,
41:20Laurent Viber
41:21est pompier
41:21à la brigade
41:21des saveurs-pompiers
41:22de Paris.
41:23Il a tout juste 24 ans.
41:29Ça sonne.
41:30Donc il y a
41:30la sonnerie
41:32de départ d'intervention
41:33dans le fort
41:34de Villeneuve-Saint-Georges
41:35qui retentit.
41:36On descend en courant
41:37jusqu'au poste
41:38de Standard
41:39et là on nous dit
41:40vous partez
41:41pour Axi-Fer,
41:43accident de chemin de fer.
41:44Face à l'ampleur
41:47de la catastrophe
41:47et au nombre
41:48de victimes,
41:49le plan rouge
41:50et le plan Axi-Fer
41:50sont enclenchés.
41:53Pompiers,
41:54policiers,
41:54Croix-Rouge,
41:55ambulanciers,
41:55SAMU,
41:56ont ordre
41:56de se rendre
41:57sur le lieu
41:57de l'accident
41:58au tout de suite.
42:01Laurent, lui,
42:02est en charge
42:03d'une équipe
42:03de brancardies.
42:04En arrivant sur place,
42:06il est confronté
42:06à un paysage
42:07de désolation.
42:08On descend ces marches,
42:26on ne sait pas
42:26vraiment où on va.
42:27Il y a de la fumée
42:27qui se dégage,
42:29des gens qui s'affairent,
42:30des premiers secours
42:31qui sont déjà en place.
42:32C'est une scène de guerre
42:34quand on arrive.
42:36Vous n'avez pas
42:36de fuite du regard,
42:37vous êtes dedans
42:38en permanence.
42:39Vous tournez à droite,
42:39à gauche,
42:40vous regardez vers le haut,
42:41vous êtes dans un volume
42:42fermé et vous avez l'horreur,
42:44vous avez la mort,
42:44vous avez la détresse,
42:46vous avez les odeurs,
42:47vous avez le bruit
42:48des machines,
42:49le bruit des disqueuses,
42:51vous êtes dans un environnement
42:52qui est complètement hostile.
42:54Ce n'est plus la vie.
42:57Et malgré la présence
42:59de 250 pompiers,
43:00l'intervention est loin
43:01d'être évidente.
43:02C'était très compliqué
43:05pour les secours.
43:05Vous avez des tôles,
43:07ils sont imbriqués
43:07les uns dans les autres,
43:08il faut des échelles
43:09pour monter là-haut,
43:09il faut aller chercher
43:10le matériel,
43:11ça prend du temps.
43:12Et la vie,
43:13pendant ce temps-là,
43:15la vie part.
43:16Et ça, c'est horrible,
43:17le sentiment d'impuissance.
43:22Et une donnée technique
43:23complique la tâche des secours.
43:26La difficulté majeure
43:27de l'intervention,
43:28c'est ce problème de tunnel
43:30qui rend impossible
43:31le fait de travailler
43:32en hauteur.
43:33Ça, c'est une des difficultés,
43:35c'est l'impossibilité.
43:36On n'avait qu'une face,
43:37en gros,
43:37pour pouvoir intervenir.
43:39Pour accéder à toutes les victimes,
43:41les pompiers doivent donc découper
43:43la tôle à l'aide de scie
43:44et de matériel de désincarcération.
43:46Donc, il a fallu créer des brèches,
43:51rentrer, glisser sous la cabine,
43:54essayer d'accéder aux gens
43:55qui criaient,
43:56qui se plaignaient,
43:57qui étaient encore en vie,
43:59poser des questions.
44:00On était dans une médecine
44:02et dans une recherche aussi
44:03type séisme,
44:06où il faut aller rechercher
44:07des corps dans des décombres.
44:10Les quais se transforment alors
44:11en infirmerie de fortune.
44:22On se rend compte
44:22qu'on a quand même
44:23une cinquantaine de blessés
44:24à traiter.
44:25Donc, on fait aussi du secourisme,
44:26on fait du bouche-à-bouche,
44:27on fait du massage cardiaque.
44:29On aide aussi les chirurgiens
44:31à opérer dans le train,
44:34à faire des amputations
44:35pour pouvoir sortir les gens,
44:37pour essayer de les sauver,
44:38puisqu'ils sont bloqués
44:39dans des amas de tôle.
44:41C'est une véritable course
44:45contre la montre
44:46qui s'engage
44:46pour les secours
44:47et les victimes.
44:51On a l'impression
44:52que le temps s'est arrêté.
44:54C'est angoissant.
44:57On a l'impression
44:57qu'on ne s'en sortira pas.
45:00Je me souviens
45:00avoir fait des signes
45:02aux gens
45:02qui étaient dehors
45:03pour leur dire
45:06que j'existe,
45:08je suis là,
45:08je suis vivante.
45:11Mon obsession,
45:12c'est de me dire
45:13quand est-ce qu'on va
45:14me sortir de là.
45:16Et c'est très long.
45:17C'est très, très long.
45:19Cela fait déjà 50 minutes
45:20que Colette et Jean-François
45:22sont bloqués.
45:24Il est 20 heures,
45:25la France découvre
45:26la catastrophe.
45:27On parle déjà
45:31de plusieurs morts.
45:33Deux trains de banlieue
45:34se sont télescopés.
45:35Le premier arrivé
45:36à grande vitesse,
45:37on ne sait pas encore d'où.
45:39L'un des wagons
45:39a été enfoncé
45:40et selon les témoins,
45:42le choc a été très violent.
45:43Voilà ce que l'on sait
45:44pour l'instant.
45:47À l'époque,
45:48Michel Chevalet
45:49est journaliste scientifique
45:50pour le TFA.
45:51Sa rédaction lui apprend
45:52l'accident
45:52qui vient de se produire.
45:53Collision,
45:58garde à l'occasion.
45:59Collision,
45:59comment une collision ?
46:00Ce n'est pas possible.
46:03Il est envoyé sur place
46:04pour couvrir l'événement.
46:07J'avais retrouvé
46:07des gens de la SNCF
46:08qui m'ont dit
46:09« Attends, attends,
46:09c'est une horreur.
46:11C'est une horreur. »
46:12Mais au début,
46:13les informations
46:14étaient très, très,
46:14très contradictoires.
46:15C'est-à-dire,
46:16on ne comprenait pas
46:16la fonction
46:17et personne n'était,
46:19et c'était tout à fait normal,
46:20n'était admis à descendre.
46:21Ce n'est qu'après,
46:22plusieurs heures après,
46:24que je suis descendu
46:25et mesuré l'ampleur
46:26de la catastrophe.
46:27C'est vraiment
46:28le truc incroyable.
46:29Oula !
46:30On s'est dit
46:31« L'impossible est arrivé. »
46:37À quelques mètres
46:37du journaliste,
46:38dans la voiture de tête,
46:39la plus touchée,
46:40Jean-François et Colette
46:41sont des miraculeux.
46:45Je m'extirme du train
46:46et je me retrouve
46:47dans les bras
46:48des pompiers
46:48qui me redéposent
46:50sur le quai.
46:53Quand je sors,
46:54c'est vraiment
46:55la libération.
46:56Je suis vivante,
46:56je suis dehors.
46:59À partir du moment
47:00où on est venu chercher
47:01pour m'emmener
47:02à l'hôpital,
47:04c'est vrai que je sors
47:04de la gare
47:05et je réalise aussi
47:08l'ampleur
47:08de cet accident.
47:11Tout le quartier
47:12est bloqué,
47:13il n'y a que des ambulances,
47:14il n'y a que des pompiers
47:15qui courent partout.
47:16Une vingtaine d'heures
47:17plus tard,
47:18l'intervention
47:19se termine enfin.
47:22Il y a un moment
47:22qui est très lourd
47:24dans cette intervention,
47:25c'est quand justement
47:26une locomotive
47:28est venue
47:28enlever la voiture
47:31du train
47:32qui était rentrée
47:33dans l'autre.
47:33Pour nous,
47:34c'était un peu le symbole,
47:35le signe de l'intervention
47:36qui était finie
47:37dans tous les cas.
47:38On n'aurait pas pu
47:38sauver plus de personnes
47:39et c'est un peu
47:40la fin de l'intervention.
47:45Le bilan est lourd.
47:47La catastrophe fait 56 morts,
47:4943 blessés.
47:54Tout ça,
47:55c'est un scénario
47:55qu'un écrivain de Polar
47:57aurait même eu du mal
47:57à imaginer.
47:58Donc, du point de vue
47:59de la sécurité ferroviaire,
48:00il fallait tout reprendre.
48:03Car une question se pose,
48:05une seule.
48:06Un tel accident
48:07pourrait-il encore
48:08se produire aujourd'hui ?
48:10A l'issue de deux mois
48:15et demi d'enquête
48:15menée notamment
48:16par Jean-Pierre Pascal
48:17et de deux conseils,
48:19le conducteur du train
48:19sans frein sera désigné
48:20comme l'un des coupables
48:21par la justice.
48:24Il sera condamné
48:25en appel
48:25à deux ans
48:26de prison avec sursis.
48:28Le contrôleur du train
48:29à quai
48:29qui était en retard
48:30sera lui condamné
48:31à six mois de prison
48:31avec sursis.
48:33Mais cet accident
48:34sera surtout
48:35le déclencheur
48:36pour repenser entièrement
48:37la sécurité ferroviaire.
48:39La carte de l'alliance 88,
48:40c'est une prise de conscience
48:41qu'on va tout regarder.
48:42On ne va rien laisser au hasard
48:43parce qu'on ne peut pas
48:44admettre
48:45un tel enchaînement
48:46d'accidents.
48:48Ne rien laisser au hasard
48:49à commencer
48:50par le fameux
48:50robinet d'arrêt.
48:52Ce robinet
48:52qui peut empêcher
48:53le système de frein
48:53d'être alimenté
48:54en air comprimé.
48:59La conception
49:00du robinet d'arrêt
49:01c'est une des causes
49:01principales
49:02de cette catastrophe.
49:04Un robinet
49:05un peu spécial
49:06dont la disposition
49:07même portait
49:08à confusion.
49:10Ce robinet
49:10est très particulier.
49:12Il est fermé
49:12quand il est parallèle
49:13au tuyau
49:13et il est ouvert
49:16quand il est perpendiculaire
49:17au tuyau.
49:18Ce qui est le contraire
49:19de tous les robinets
49:20domestiques
49:20et de tous les autres
49:22robinets
49:22de la même locomotive.
49:26Suite à la catastrophe,
49:27le robinet
49:28a été supprimé.
49:28Et ce n'est pas tout.
49:32Les rames Z5300
49:34ont peu à peu
49:34disparu du réseau.
49:37Ces trains
49:37en acier inoxydable
49:38surnommés
49:39les Tigris
49:39étaient présents
49:40depuis les années 60
49:41sur la banlieue parisienne.
49:45L'accident
49:46a mis en évidence
49:48le fait
49:49que ce type de rame
49:51ne protégeait pas
49:53de façon optimale
49:54les voyageurs
49:55à l'intérieur
49:56des rames.
49:58Ce sont des matériaux
49:58comme on les faisait
50:00à l'époque
50:00construits
50:02en acier inoxydable
50:04qui n'avaient pas
50:05la résistance mécanique
50:07de ce que l'on sait faire
50:09depuis.
50:11Dernier élément
50:12et non des moindres,
50:13la gare souterraine
50:14n'est désormais plus
50:15une gare en cul-de-sac
50:16dans laquelle
50:16les trains restent stationnés.
50:19Le tunnel a été prolongé
50:20jusqu'au centre de Paris.
50:22La gare
50:22est donc devenue
50:23une gare de passage.
50:26Très clairement,
50:27cet accident
50:27ne pourrait plus
50:28se reproduire
50:29aujourd'hui
50:30dans les conditions
50:33où il s'est produit.
50:39Un accident
50:40qui ne pourrait plus
50:41se reproduire aujourd'hui
50:42ne tient à laisser
50:43une face à l'église
50:44dans l'histoire sérosée.
50:45Le souvenir douloureux
50:51d'une catastrophe
50:52inimaginable,
50:53celui d'un train fou
50:54devenu totalement
50:56hors de contrôle.
50:56Sous-titrage Société Radio-Canada
50:58Sous-titrage Société Radio-Canada
51:00Sous-titrage Société Radio-Canada
51:32Sous-titrage Société Radio-Canada
51:33Sous-titrage Société Radio-Canada
51:34Sous-titrage Société Radio-Canada
51:35Sous-titrage Société Radio-Canada
51:36Sous-titrage Société Radio-Canada
51:37Sous-titrage Société Radio-Canada
51:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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