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  • il y a 6 mois
Vous aussi, vous avez du mal à passer deux minutes sans jeter un œil à votre téléphone ? Les réseaux sociaux font désormais partie de notre quotidien, jusque dans les moments de travail ou de repos. Mais quand l’usage devient compulsif, où commence réellement l’addiction ? Le Dr Juliette Hazart répond dans sa Consult’.

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Transcription
00:00et si on encourageait des pauses numériques pour mieux se reconnecter à soi-même et aux autres.
00:12J'ai commencé par me former à la santé publique,
00:16pour m'intéresser vraiment à la santé de la population et surtout aux thématiques de la prévention.
00:22Et puis, au cours de mon parcours, je me suis formée à la nutrition, en effet, aux addictions.
00:27Je me suis vraiment retrouvée dans cette spécialité,
00:30parce que c'est une spécialité où on donne beaucoup de place à la parole,
00:33d'avoir le temps de communiquer avec les patients et de m'intéresser à l'ensemble de leur vie.
00:37Et puis, c'est aussi une spécialité dans laquelle on suit les patients au long cours.
00:45Parce que les chiffres parlent, en fait, de l'usage intensif fait de communiquer en ligne presque toute la journée
00:51avec les amis ou d'autres personnes.
00:53Et on voit qu'à l'âge de 15 ans, ça concerne 50% des filles, 40% des garçons.
00:59Et l'usage problématique, c'est-à-dire un usage qui va avoir des conséquences, qui va poser problème,
01:04cet usage problématique concernait 11% des filles et 5% des garçons toujours à l'âge de 15 ans.
01:11Donc, c'est vraiment une problématique de santé publique.
01:14Dans mon ouvrage, le but, ce n'est pas non plus de diaboliser.
01:16Évidemment, je parle des dangers, mais je pense que tout est question d'équilibre.
01:20Les jeunes, ce sont des digital natives, maintenant ils sont nés avec ces nouvelles technologies.
01:25Et ils ont des ressources aussi, que n'ont pas forcément les autres générations, pour trouver un équilibre.
01:35L'addiction aux réseaux sociaux n'est pas reconnue encore officiellement.
01:38On ne va pas le retrouver dans le manuel de référence en santé mentale qui est le DSM-5.
01:42Pourquoi on commence à parler d'addiction ?
01:44Parce que les personnes qui viennent me consulter vont présenter des signes qui sont vraiment similaires
01:49aux symptômes que peuvent avoir des personnes qui ont des addictions aux jeux vidéo, par exemple.
01:54Aussi intrinsèquement, dans le cerveau, le fait de recevoir des likes,
01:57toutes ces interactions sur les réseaux sociaux, ça vient activer notre circuit de la récompense.
02:01Et ça va entraîner un shoot de dopamine, ça va favoriser du plaisir, de la motivation,
02:05et ça incite à répéter le comportement.
02:07Le C, c'est pour le cravingne, donc c'est une envie vraiment irrépressible d'aller sur les réseaux sociaux.
02:15Le O, c'est pour l'obsession.
02:17Le N, c'est pour la nécessité croissante.
02:19Il y a la notion de tolérance.
02:21La personne a besoin d'augmenter son temps passé sur les réseaux sociaux
02:24pour ressentir le même plaisir, la même satisfaction.
02:27Et la deuxième notion, c'est le sevrage.
02:28C'est-à-dire que si elle arrête d'un coup les réseaux sociaux,
02:31elle va ressentir, par exemple, de la colère, de l'irritabilité.
02:34Le premier T, c'est pour les tentatives infructueuses.
02:37Donc cette personne-là, elle a déjà essayé de diminuer son temps d'écran ou de stopper.
02:42Elle n'y arrive pas.
02:42Le deuxième T, c'est pour le temps.
02:44Elle va consacrer plus de temps que prévu à l'usage des réseaux sociaux.
02:48Le R, c'est pour les répercussions.
02:50Et puis le O, ensuite, c'est pour obligations.
02:53Elle va se sentir dans l'incapacité de remplir des obligations qu'elle remplissait très bien avant.
02:57Le L, c'est les loisirs.
02:58La personne ou le jeune va se désinvestir des loisirs, des passions.
03:03Un signe aussi très important, j'ai appelé le E pour évasion.
03:06Donc c'est une personne qui va utiliser les réseaux sociaux de façon régulière pour fuir les soucis.
03:14Début juillet, il y a une loi qui prône la suppression des écrans dans les établissements d'usage collectif pour les enfants jusqu'à l'âge de 6 ans.
03:23Quand je dis zéro écran, c'est les smartphones, c'est les tablettes, c'est les télévisions.
03:26Parce qu'on se rend compte que sinon, ça impacte le développement de l'enfant.
03:30Ça peut avoir aussi une toxicité au niveau de la rétine.
03:32Après, je pense que l'interdiction chez les adolescents des réseaux sociaux, l'interdiction déjà favorise la transgression.
03:38Je prône plutôt une éducation au numérique.
03:42Déjà des parents et même avant, dès le projet de grossesse, d'éduquer sur le numérique.
03:47Et je prône aussi une prise de conscience des parents et de l'entourage des enfants de leur rapport aux écrans et aux réseaux sociaux.
03:53Parce que l'enfant, il apprend par mimétisme.
03:58Déjà, je ne suis pas en mode multitâche.
04:00Ça veut dire que si je vais sur mon téléphone, en même temps, je ne regarde pas la télé, je ne fais que ça.
04:05Et je vais porter attention au contact de mes doigts sur l'écran.
04:08Je vais regarder un contenu à la fois, je vais être à l'écoute des sons, des informations que je reçois.
04:13La majorité des personnes qui checkent leurs emails, qui sont sur les écrans, souffrent d'apnée des emails.
04:19C'est-à-dire que soit elles suspendent temporairement leur respiration, ou elles la modifient.
04:23Et donc ça, ça a un impact sur l'énergie, sur la cognition.
04:28Ça augmente le niveau de stress et d'anxiété.
04:31Ce qui va être important aussi, ça va être de faire des pauses et d'avoir des temps de respiration.
04:36Ce que je prône aussi, c'est l'inaction et l'ennui.
04:39Je me suis sentie, il y a quelques années, un petit peu en difficulté sur les réseaux sociaux.
04:47Je trouvais que j'y passais beaucoup de temps.
04:49Et moi, c'est mon auto-saboteur.
04:50C'était un petit peu l'impression que les likes entraînaient une certaine validation,
04:54encourager l'estime de moi, en fait.
04:57Et puis après, je me suis rendue compte que ce n'était pas comme ça,
05:00que je devais nourrir ma propre confiance en moi.
05:03J'ai travaillé aussi en développant des passions, comme la danse.
05:07J'aime beaucoup danser.
05:08La passion va nourrir notre vie sur le plan psychique, sur le plan social.
05:11Elle va vraiment la bonifier, alors que les addictions vont l'affaiblir.
05:18Et si on encourageait des pauses numériques pour mieux se reconnecter à soi-même et aux autres ?
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