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  • il y a 5 mois
Donald Trump et Vladimir Poutine doivent se rencontrer lors d'un sommet en Alaska vendredi 15 août. Ils discuteront d'une issue à la guerre en Ukraine. Quels sont les enjeux de cette rencontre ? Comment ce sommet a-t-il été mis en place ? Écoutez Régis Gente, journaliste, correspondant de RFI et d'autres médias dans l'ancien espace soviétique, auteur de "Notre homme à Washington, Trump dans les mains des Russes" (Grasset, octobre 2024).
Regardez L'invité de RTL Matin avec Stéphane Boudsocq du 12 août 2025.

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Transcription
00:006h, 9h, RTL Matin, avec Stéphane Boutsock.
00:04Ce sera la rencontre diplomatique de l'été, peut-être de l'année d'ailleurs.
00:08Dans trois jours, l'Alaska accueille le sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine,
00:13objectif affiché par les Etats-Unis, mettre fin à la guerre entre la Russie et l'Ukraine,
00:18à commencer sans doute par un éventuel cessez-le-feu.
00:21Mais derrière ce face-à-face dont on va parler longuement,
00:24se cachent peut-être d'autres enjeux, voire des secrets plus ou moins avouables.
00:28Bonjour Régis Janté.
00:30Bonjour à vous.
00:31Bienvenue sur RTL, vous êtes journaliste correspondant pour plusieurs médias dans les pays de l'ancien bloc soviétique.
00:36Vous êtes l'auteur de « Notre homme à Washington », « Trump dans la main des Russes »,
00:41un livre paru en octobre 2024 chez Grasset.
00:44Alors si on comprend le titre de votre ouvrage, on se dit que les dés sont pipés
00:49et que le président américain ne va pas vraiment arriver en Alaska de manière très combative.
00:53Est-ce que c'est simpliste comme raisonnement ou est-ce que c'est la réalité d'après vous ?
00:57Non, il y a de ça, mais la réalité est toujours plus complexe et Donald Trump n'est pas tout seul.
01:02Et aux États-Unis, il y a une opinion qui est plutôt pro-ukrainienne que pro-russe, que pro-Poutine.
01:08Il y a un establishment, une administration, des cercles politiques,
01:13et Trump est obligé de composer avec.
01:15C'est ce qui explique beaucoup cette ergiversation.
01:18Mais là où on a vu un Trump, depuis son retour à la Maison-Blanche,
01:22très offensif contre les Européens, regardez par exemple la question des droits de douane,
01:27on le voit beaucoup plus mou, si j'ose dire, avec la Russie, alors qu'il a beaucoup de moyens.
01:33Et moi, les sources qui me remontent de Moscou me disent d'ailleurs que la Russie est très prudente,
01:38à peur des réactions de Poutine.
01:40Il s'explique pourquoi Poutine sera d'ailleurs en Alaska ce vendredi.
01:43Ce n'est pas qu'il a envie de négocier, mais il ne peut pas se permettre de dire non à Trump.
01:48Et en même temps, effectivement, Trump est plutôt tenu par son histoire.
01:52Il y a 40 ans d'histoire de relations de Trump avec la Russie,
01:55où il a beaucoup bénéficié des largesses, on va dire,
01:58de différents acteurs politiques ou économiques russes.
02:02Et il est tenu de cette façon, certainement.
02:04Oui, c'est ce que vous dites dans votre livre.
02:06Vous avez enquêté, en effet, sur ces liens entre Donald Trump et les Russes.
02:10Ces 40 ans, alors on navigue, c'est un thriller quasiment,
02:14on navigue à la fois dans le milieu des affaires,
02:16et puis on touche à l'espionnage aussi, quand même.
02:19Oui, absolument.
02:20Sachant que c'est une des spécificités de la Russie post-soviétique,
02:24c'est qu'elle a hérité de tout, y compris d'une criminalité, par exemple,
02:28ou d'une mafia qui était née dans les goulags dans l'après-guerre, disons.
02:32Et cette mafia-là, elle n'est pas indépendante du pouvoir.
02:37Et donc, Trump a été approché, en partie, parfois, directement par des espions.
02:41Et c'est comme ça qu'a été monté, d'ailleurs, son voyage,
02:43son premier voyage à Moscou, en juillet 1987.
02:47Et ça, on sait que c'est une vraie opération du KGB soviétique de l'époque.
02:51Mais il a été aussi en contact avec un tas de gens,
02:53notamment ce que j'appelle des mafieux rouges,
02:55des gens qui s'étaient exilés dans les années 70-80 de l'URSS,
03:01notamment des Juifs, par exemple.
03:02Et beaucoup des gens du milieu criminel,
03:05et derrière un criminel, c'est ce que je vous expliquais,
03:07par l'origine du monde criminel, la pègre soviétique,
03:10eh bien, on a toujours un KGB, parce que l'État est toujours là.
03:13Et donc, à travers ces criminels-là, il avait aussi, d'une certaine façon,
03:17même si ceux-là jouaient aussi leur propre carte,
03:19mais la présence de l'État russe à travers le KGB,
03:22à travers des politiques, à travers des diplomates.
03:24Il faut aussi rappeler, Régis Janté, parce que c'est intéressant,
03:28et puis c'est important, que la première épouse de Donald Trump, Ivana,
03:32était originaire de la République Socialiste de Tchécoslovaquie.
03:35Le STB, c'était les services tchécoslovaques,
03:38avait repéré son futur époux dès la fin des années 70,
03:43et on se doute que ce STB était très proche du KGB russe.
03:46Oui, et on le sait, même, de toute façon, ça, c'était une quasi-filiale du KGB soviétique à l'époque,
03:53et on sait, parce qu'il y a des anciens espions ou des anciens officiers de la STB
03:58qui ont effectivement parlé en disant qu'ils suivaient Trump.
04:00Ce qui était normal, c'était un homme d'affaires, déjà, d'envergure, tout de même,
04:04qui était marié avec une ressortissante tchécoslovaque,
04:06donc il la suivait de cette façon-là.
04:07Et puis, lorsqu'il a manifesté des ambitions présidentielles,
04:12dès son retour de ce premier voyage à Moscou que j'évoquais en 1987,
04:17on sait que la STB lui a renvoyé quelqu'un pour le rencontrer sous couverture, évidemment,
04:22mais pour le rencontrer aux États-Unis.
04:24Et là, on n'a pas la preuve, mais on imagine bien, évidemment,
04:26que le savoir était partagé avec le KGB soviétique.
04:29On parle aussi, depuis quelques années, Régis, d'une vidéo sexuelle compromettante
04:34qui serait aux mains des services secrets russes,
04:37dans laquelle Donald Trump, lors d'un voyage à Moscou, je crois que c'est en 2013,
04:41se serait livré à des ébats filmés à son insu avec des prostituées.
04:45Je mets bien sûr du conditionnel sur tout ça.
04:47Le gouvernement russe y a quasiment fait allusion,
04:50il y a quelques jours, avant l'annonce du sommet Trump-Poutine,
04:54quand le président américain avait haussé le ton contre Moscou.
04:57C'est du fake news, comme dirait Trump, ou c'est une menace réelle ?
05:01En l'état actuel des choses, on n'a vraiment pas de preuve
05:03que cette vidéo est vraie, et on peut penser qu'elle a même été inventée.
05:09Bon, ça colle avec le personnage, mais c'est vrai qu'au cours de mon enquête
05:13et en discutant avec des gens qui ont travaillé sur cette question,
05:16ils pensent que ce sont plutôt, je vous passe tous les détails,
05:18mais en gros ce sont les services russes qui, pour éviter qu'on parle
05:21des choses encore plus importantes, notamment les relations financières
05:25que Trump a pu avoir tout au long de sa carrière,
05:27je parlais des mafieux russes, par les prêts bancaires qu'il a reçus,
05:31par les russes qui ont pu acheter très généreusement
05:35certains de ces projets immobiliers,
05:38eh bien on a voulu faire diversion avec cette histoire sexuelle, disons,
05:44mais a priori, en tout cas en l'état actuel des choses,
05:47et j'ai parlé même à des gens du renseignement américain,
05:50des gens des agences de sécurité américaines,
05:52ils n'y croient pas véritablement.
05:54Il y aurait quelques photos toutefois qui seraient peut-être dans les mains des russes,
05:57mais pas liées aux ébats dont vous parliez,
05:59mais d'autres effectivement. Mais ça, ça reste très hypothétique.
06:03Alors, au-delà de tout ça également,
06:05il y a quand même une fascination de Donald Trump
06:07pour ce que représente Vladimir Poutine,
06:11ce tsar moderne si on peut dire,
06:13même d'un point de vue esthétique,
06:15je ne sais pas si vous avez vu comme moi
06:16les dernières photos des changements de décoration en ce moment
06:19à la Maison Blanche,
06:21on est vraiment dans le doré,
06:23on est dans le changement des chaises qui deviennent quasiment des trônes,
06:27il y a ça aussi, c'est-à-dire qu'on est fasciné par l'esthétique
06:30de ce que représente encore la Russie ?
06:32Oui, vous avez raison, c'est peut-être moins...
06:35Parce que Trump n'est pas fasciné par la Russie,
06:37ce n'est pas quelqu'un qui parle de l'âme russe ou des choses comme ça,
06:40ça devient complètement étranger,
06:41mais en revanche, par la puissance du pouvoir
06:44et par la concentration du pouvoir dans ses mains.
06:47Et ça, c'est effectivement très important
06:48et ça explique sans doute beaucoup de choses
06:50dans son attitude très molle,
06:52je le disais, très tolérante
06:54à l'égard de Vladimir Poutine,
06:56alors que sur la question ukrainienne,
06:57il a plein d'outils à sa disposition,
06:59et je sais de source sûre qu'à Moscou,
07:01on craint d'ailleurs que Trump pourrait
07:03vraiment soutenir davantage l'Ukraine,
07:06ça obligerait vraiment à reconsidérer leur position,
07:09mais ils ne le font pas sans doute
07:10parce que Trump est fasciné effectivement par Poutine
07:12et parce qu'il a envie d'établir un pouvoir
07:14qui est aux antipodes de la démocratie américaine
07:17telle qu'on la connaît ou telle qu'on la rêve
07:18et telle que aussi les démocraties occidentales sont
07:21et qu'en Poutine, il y voit une sorte de modèle effectivement
07:26et même une de ses conseillères très proche lors du premier mandat
07:29avait raconté un certain nombre de détails
07:31allant en ce sens le mode de communication,
07:34le mode d'action de Trump
07:36qui était très inspiré de Poutine en effet.
07:38Ça veut dire qu'au final,
07:39et encore à quelques jours de ce sommet
07:41où tout peut se passer,
07:42on n'est jamais à l'abri d'une surprise avec Trump,
07:45à votre avis, c'est plus quoi ?
07:47C'est plus la photo en fait
07:49qui est recherchée,
07:50le coût de communication
07:51plutôt qu'un véritable règlement
07:54du conflit entre la Russie et l'Ukraine ?
07:56Non, je pense que Trump aimerait faire la paix
07:59mais je pense que le plus facile
08:01et puis c'est le plus dans sa ligne politique
08:04et compte tenu de son passé,
08:05tout à la faveur des Etats-Unis
08:07et c'était le sens, souvenez-vous,
08:08de l'humiliation,
08:09de la tentative d'humiliation de Zelensky
08:11le 28 février dernier
08:13dans le bureau Oval.
08:15Mais côté Poutine, non,
08:17côté Poutine, il n'a rien envie de négocier.
08:20Autant que je sache,
08:21autour de lui, il y a deux types de groupes de personnes,
08:24il y a ceux qui manient beaucoup d'argent,
08:26qui sont vraiment handicapés par les sanctions
08:28et qui voudraient que la guerre s'arrête.
08:31Et puis il y a ce qu'on appelle les silovikis,
08:32les gens des organes de force,
08:34en gros les kajébistes,
08:35mais ce genre de personnes,
08:36qui poussent Poutine en disant
08:38on n'a pas perdu,
08:38on va pouvoir gagner
08:39et il faut tenir bon,
08:41il ne faut rien lâcher.
08:42Et donc Trump est tellement puissant,
08:44les Etats-Unis sont tellement puissants,
08:46surtout qu'effectivement
08:47on ne peut pas dire non à Trump,
08:48donc on va en Alaska.
08:50Peut-être que la Russie
08:51viendra avec des propositions
08:53sur des cessez-le-feu partiels,
08:56par exemple aériens,
08:58des choses comme ça,
08:59mais qui au fond
08:59ne permettront pas de régler quoi que ce soit.
09:02Et ce qu'a dit Trump jusqu'à présent
09:04semble aller pleinement
09:04dans le sens de M. Poutine.
09:06On ne voit pas
09:06où l'Ukraine fait une concession.
09:08Lorsque par exemple il dit
09:09qu'il faudra qu'il y ait un échange de territoire,
09:11qu'est-ce que l'Ukraine
09:12va pouvoir obtenir de la Russie ?
09:14Il n'y aura pas d'échange de territoire.
09:15Ça veut dire
09:15donner des territoires à la Russie.
09:17Donc c'est encore une forme de capitulation
09:19et M. Trump est sur cette ligne
09:22depuis le début en fait.
09:23Merci Régis Janté
09:24d'avoir été notre invité ce matin.
09:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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