00:00Good Morning Business, la matinale de l'économie.
00:05Et c'est une entreprise dont l'exercice principal depuis maintenant plusieurs années est de rassurer des investisseurs qui ont fui.
00:11On parle ce matin de Worldline à l'occasion de la publication de ses résultats.
00:15Nous sommes avec son directeur général. Bonjour Pierre-Antoine Vacheron.
00:17Bonjour.
00:18Vous nous réservez votre première prise de parole puisque vous êtes en poste depuis maintenant seulement quelques mois.
00:24On va venir sur vos résultats dans un instant.
00:27Je rappelle que Worldline c'est le spécialiste français des paiements électroniques.
00:31Un nom qui est encore malheureusement associé à beaucoup de défaillances, des pannes, des pertes financières qui ont d'ailleurs poussé l'entreprise hors du CAC 40.
00:41Nouveau coup dur là récemment au mois de juin puisqu'une enquête journalistique a accusé votre société d'avoir traité des milliards d'euros de transactions frauduleuses
00:49alors qu'un audit avait déjà été réalisé il y a plusieurs années à ce sujet.
00:54Ça fait à nouveau chuter le titre sur les marchés.
00:57Vous, vous êtes à la tête de cette société depuis seulement 4 mois.
01:02Il faut être bien accroché d'abord quand on est un patron comme vous.
01:06Écoutez évidemment il faut être accroché mais ce qui permet d'aller de l'avant c'est que l'entreprise est une très belle entreprise.
01:17Ce qu'on oublie quand même c'est que Worldline c'est un acteur majeur en Europe.
01:21En France simplement c'est plus de la moitié du commerce qui passe par Worldline.
01:25Quand vous payez chez Auchan, au Carrefour, chez Decathlon, à la FNAC c'est toujours Worldline qui est derrière.
01:31Quand vous faites une transaction sur internet c'est Worldline qui assure la sécurité de la transaction avec notre ACS.
01:38Et c'est pareil en Allemagne, c'est pareil en Suisse, c'est pareil en Belgique, aux Pays-Bas.
01:42On sert les banques, on sert les commerçants.
01:44Donc c'est une très belle entreprise.
01:45Vous êtes un homme de défi Pierre-Antoine Vacheron, vous venez d'Ingénico, de BPCE, vous avez passé 9 ans.
01:51Qu'est-ce qui fait que vous avez accepté de rejoindre cette société ?
01:55Vous voulez la redresser, enfin on part de loin mais quels sont les espoirs que vous voyez ?
02:01Quand une fois c'est tout le potentiel, c'est la présence qu'on a partout en Europe, c'est la technologie qui est quand même très forte.
02:08On a sorti sur ce trimestre des très jolis produits, des innovations.
02:13Demain, enfin dès maintenant, le crédit agricole, les commerçants du crédit agricole ont accès aux nouvelles solutions de Worldline pour l'e-commerce.
02:20On vient de commencer à distribuer Wiro, vous savez le nouveau portefeuille pour les banques en Allemagne.
02:26On va le sortir en Belgique, en septembre, en France, en janvier.
02:29Donc il se passe beaucoup de choses et c'est une entreprise que je connais bien puisque, comme vous le dites, je suis passé par Ingenico.
02:36Donc je sais les atouts de l'entreprise.
02:38Je le disais, il y a un premier audit qui a déjà été réalisé il y a plusieurs années.
02:42Comment est-ce que vous expliquez qu'aujourd'hui vous ayez besoin de faire un deuxième audit,
02:47alors que le premier était censé déjà rassurer les investisseurs ?
02:50Là, on repart sur les mêmes sujets ?
02:53Mon sujet, ça a été de rétablir la confiance et de ne pas avoir le moindre doute qui s'instaure entre les investisseurs, évidemment,
03:00mais également nos clients, nos collaborateurs sur le portefeuille de commerçants de Worldline.
03:05Et donc j'ai dit, écoutez, moi je n'ai rien à perdre, on va faire un audit externe
03:09et on va vous démontrer qu'effectivement, le nettoyage qui a été fait depuis 2023, il a été fait.
03:15Nous avons les premiers résultats de l'audit qui a été fait par Accuracy,
03:18qui montrent qu'effectivement, il n'y a rien de matériel, de notable comme commerçant
03:23à sortir de notre portefeuille, de nos entités régulées.
03:26Donc le sujet pour moi est clos, c'était important de le faire, de façon à pouvoir regarder l'avenir sereinement.
03:31Donc qu'est-ce que vous dites aux investisseurs ce matin ? C'était le dernier audit ?
03:35C'était le dernier audit, absolument.
03:36La direction précédente avait déjà assuré que ces clients-là dont vous parlez avaient été écartés.
03:44Ça veut dire qu'à ce moment-là, en réalité, le tri n'a pas été fait, ça n'a pas été fait sérieusement, correctement ?
03:49Le tri a été fait et l'audit que nous venons de faire montre que le tri avait été fait.
03:55Donc l'histoire, elle est derrière nous.
03:57La campagne, elle a eu lieu sur des faits qui étaient potentiellement historiques.
04:01Mais on montre bien aujourd'hui, en prenant la photo, qu'il n'y a plus de sujet dans ce domaine-là.
04:05Malgré tout, aujourd'hui, vous êtes encore touché par ce syndrome, si je puis dire, Wirecard.
04:10Ça vous colle à la peau, en tout cas à la peau de l'entreprise.
04:12Il n'y a aucun rapport entre Wirecard et Worldline.
04:16Wirecard, vous aviez des sujets comptables qui étaient importants.
04:20Aujourd'hui, on a fait, à l'occasion de ces résultats au 30 juin, tout l'assessment du bilan.
04:26Il n'y a rien de particulier.
04:28On a fait un imperman du goodwill parce qu'il fallait le faire.
04:30Et maintenant, on peut regarder de l'avant.
04:31Donc là, la situation n'a rien à voir.
04:34L'entreprise est extrêmement saine.
04:37Il y a des ajustements à faire et on les réalise.
04:39Donc le maître mot, on l'a bien compris, c'est opération transparence.
04:44Avec vous, Pierre-Antoine Vacheron, les résultats, puisque vous venez aussi pour ça et pour les commenter.
04:50La confiance, on disait, des investisseurs, elle est difficile à regagner.
04:53D'autant qu'au premier semestre, vous essuyez une perte qui est quand même colossale, 4,2 milliards d'euros.
04:58Comment vous justifiez un tel montant ?
05:00Alors, c'est une perte qui est une perte comptable, évidemment, qui révèle ce que l'on a dit que l'on faisait, c'est-à-dire l'évaluation de nos actifs.
05:11Ça résulte évidemment de tous ces écarts d'acquisition qui étaient liés aux acquisitions, puisque vous vous souvenez que Worldline a été constitué par toute une série d'acquisitions.
05:19On a regardé nos perspectives à court terme, l'évolution du marché qui se ralentit.
05:24On a considéré qu'il fallait faire cet imperman, comme on dit en anglais, de nos actifs incorporels.
05:30C'est 4 milliards, il nous reste 5 milliards de fonds propres, donc l'entreprise est très solide.
05:35On n'a que 2 milliards de dettes, 1 milliard de liquidités.
05:38Donc voilà, il fallait faire le travail pour, encore une fois, bien rétablir la confiance et être serein pour aller vers la transformation de Worldline.
05:46Est-ce que Worldline subit aussi le fait que le paiement se transforme énormément ?
05:51Et ce qui était vrai il y a 10 ans ne l'est plus aujourd'hui.
05:54On voit qu'il y a beaucoup de nouveaux acteurs, qu'il faut être très agiles.
05:58Vous êtes vraiment challengé sur ces sujets-là.
06:01C'est ce qui explique aussi toutes ces dépréciations ?
06:04Non. Aujourd'hui, Worldline se compare plutôt à des acteurs comme Nexi, comme Pfizer,
06:10plutôt que des acteurs comme ADN ou comme SumUp, pour dire les choses de façon assez simple.
06:15Vous ne les considérez pas comme vos concurrents ?
06:17Ce sont nos concurrents, mais ils ont quelque part 20% du marché européen.
06:21Donc il reste 80% sur lesquels...
06:23Pour l'instant ?
06:25Oui, mais 80% sur lesquels on se bat et on a des atouts technologiques qui sont au bon niveau.
06:31Donc notre sujet, c'est plus un sujet aujourd'hui d'exécution,
06:35de remise de l'entreprise en mouvement après deux années un peu difficiles.
06:39Mais compte tenu de ce qui se passe, compte tenu des progrès qu'on réalise,
06:43on se recentre également, comme vous avez vu, avec la session de METS.
06:47Donc on devient une boîte pur paiement, avec un centrage très européen.
06:52Et avec ça, on va pouvoir se concentrer pour refaire des beaux produits et accélérer nos innovations.
06:56La consommation, c'est un point important qu'on regarde aussi,
06:59puisque si on ne consomme pas, vos solutions sont moins utilisées.
07:02La baisse de la consommation en Europe et notamment en Allemagne,
07:05qui est un marché important pour vous.
07:07Donc ça ne vous aide pas non plus dans cette période ?
07:11Ça n'aide pas dans la période, mais on est comme tout le monde,
07:14on vit avec notre période.
07:16Notre enjeu, c'est de retrouver de la croissance sur l'ensemble de nos marchés
07:22et de se différencier en réalité pour avoir plus de croissance que la moyenne du marché.
07:26Vous disiez que des acteurs comme SumUp, le britannique solution de paiement aussi,
07:32ne sont pas vos concurrents directs, ils ont des parts encore faibles
07:36par rapport à ce que vous pouvez prétendre avoir sur le marché.
07:40Malgré tout, il va falloir des solutions innovantes.
07:44C'est sur l'innovation qu'il va falloir travailler pour continuer à garder de l'avance ?
07:50C'est également sur l'innovation qu'il va falloir travailler, pas seulement,
07:54mais c'est également sur l'innovation.
07:56Mais aujourd'hui, sur des segments comme SumUp, nous avons de bonnes solutions.
08:00Nous avons des bons produits, nous avons des solutions de terminaux dématérialisés,
08:03vous savez ce qu'on appelle le tap-to-pay,
08:06qui se vend de façon, je crois qu'on a aujourd'hui 300 000 devices virtuels
08:12qui ont été activés, à la fois pour des petits commerçants et dans du grand commerce.
08:16Sensbury, typiquement, a déployé notre solution.
08:20Donc voilà, nous sommes présents.
08:22Notre sujet, évidemment, c'est de gagner en vélocité sur l'innovation.
08:24Vos grands actionnaires, Crédit Agricole, BPI France,
08:28ils sont entrés en capitale de Worldline quand l'action valait deux fois plus.
08:32Est-ce qu'ils reverront un jour le titre tel qu'ils l'ont connu quand ils sont entrés ?
08:38Écoutez, moi, mon sujet, c'est de remettre Worldline sur les rails de la croissance
08:42et de la génération de cash flow.
08:43Le cours de bourse, c'est sûr.
08:45Mais est-ce que vous pourrez être racheté un jour ?
08:47On pense au Crédit Agricole, avec qui vous avez une courante entreprise sur les paiements.
08:52Ça pourrait être une solution ?
08:55Mon enjeu à moi, c'est l'entreprise.
08:57Les sujets d'actionnariat, c'est les sujets de conseil d'administration,
09:00les sujets d'actionnaire.
09:01Moi, je suis concentré sur l'exécution.
09:03Est-ce que vous pensez que vous allez vous en sortir seul ?
09:06Aujourd'hui, avec la taille de l'entreprise,
09:08il n'y a aucun doute sur notre capacité à s'en sortir.
09:11On commence à avoir des idées assez claires.
09:13On les partagera de façon beaucoup plus large et précise
09:16lors du CMD du 6 novembre.
09:18Mais je n'ai aucun doute sur l'avenir de l'entreprise.
09:20Et le nom Worldline, qui est associé peut-être à des actualités
09:25qui ne vous servent pas, est-ce que changer de nom,
09:29ça peut être un sujet aussi ?
09:31Aujourd'hui, Worldline a une bonne notoriété.
09:34Et dans les pays où nous sommes plus exposés,
09:36où on voit Worldline sur les terminaux de paiement,
09:38comme la Belgique, la Suisse, l'Allemagne,
09:40on n'a pas d'enjeu aujourd'hui de marque sur Worldline.
09:45Donc, je pense que dans quelques trimestres,
09:46quand je reviendrai vous voir, vous n'aurez plus de doutes
09:49sur la marque Worldline.
09:50Justement, sur la suite, année 2025 et puis projection
09:55sur 2026, quelles sont un peu les perspectives ?
09:58À quoi est-ce qu'il faut s'attendre ?
09:59Quelles sont les prévisions du groupe ?
10:01Écoutez, on a partagé nos perspectives pour 2025,
10:04pour la fin de l'année.
10:05On est encore assez prudent, avec probablement un peu
10:09de décroissance sur l'ensemble de l'année.
10:10Donc, une stabilisation vers la fin de l'année,
10:13une marge débit d'art qui est un peu probablement basse
10:18par rapport à ce qu'aimeraient les investisseurs
10:19et une génération de cash flow à zéro
10:21pour le milieu de notre guidance.
10:23Ce n'est pas très glorieux, mais moi, mon sujet,
10:25c'est de délivrer ce que je promets,
10:28de façon, encore une fois, à rétablir la confiance.
10:30Merci beaucoup d'être venu et de nous avoir accordé
10:33votre première prise de parole ce matin sur BFM Business.
10:35Pierre-Antoine Vacheron, depuis votre arrivée,
10:37donc il y a quatre mois, à la direction générale de Worldline.
10:41Merci d'avoir été avec nous.
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