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  • il y a 6 mois
Jean-Noël Barrot accorde une interview exclusive à BFMTV depuis l’Ukraine. Pour lui, Kharkiv est le symbole de la résistance ukrainienne. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères souhaite réaffirmer le soutien de la France à Kiev, au micro de Nicolas Coadou. On en parle avec Thierry Arnaud, éditorialiste politique internationale BFMTV.

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Transcription
00:00Maintenant, nous partons en Ukraine. BFM TV est en Ukraine avec le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud.
00:07Il nous a accordé une interview exclusive à Kharkiv, la deuxième ville du pays, symbole, selon lui, de la résistance ukrainienne à l'agresseur russe.
00:15En visite pendant deux jours, vous allez l'entendre, le ministre veut réaffirmer le soutien de la France à Kiev.
00:22Au micro de Nicolas Kouadou.
00:24Bonjour Jean-Noël Barraud, merci d'avoir accepté cette interview.
00:27Aujourd'hui, on n'est plus à Kiev, on est dans l'est de l'Ukraine, à quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front.
00:31Pourquoi avoir choisi de venir jusqu'ici ?
00:33Parce que Kharkiv est une ville symbole de la résistance et de la résilience ukrainienne.
00:39C'est une ville qui, à 30 kilomètres de la ligne de front, à 30 kilomètres de la Russie, a repoussé par trois fois l'envahisseur en 2014, en 2022, en 2024.
00:48C'est donc un exemple, c'est la deuxième ville de l'Ukraine et c'est une ville dont la population a été héroïque
00:54et que nous soutenons au travers d'un certain nombre de projets qui sont portés par des entreprises françaises ou des associations.
01:00Volodymyr Zelensky a annoncé un nouveau ronde de négociations mercredi à Istanbul avec la Russie.
01:05Est-ce qu'il faut en attendre sincèrement quelque chose ou est-ce que finalement c'est juste pour la forme ces négociations ?
01:09Ça fait cinq mois que l'Ukraine a marqué sa disponibilité pour un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours
01:14et permettant d'ouvrir des négociations conduisant à une paix juste et durable en Ukraine.
01:21Je crois que c'est à la Russie désormais d'accepter le même principe.
01:26Et quoi qu'il en soit, la condition pour y parvenir, c'est une rencontre au niveau des chefs d'État
01:30entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine et c'est un cessez-le-feu inconditionnel.
01:34Est-ce que la France doit avoir sa place à cette table des négociations ?
01:37Écoutez, on a eu ce débat pendant de longs mois jusqu'à ce que la France accueille pour la première fois
01:42les Ukrainiens, les Américains et les Européens à Paris. C'était il y a quelques mois.
01:46Nous jouons un rôle évidemment essentiel dans la résolution de cette crise.
01:49La semaine dernière encore, la France a joué un rôle majeur pour que l'Europe adopte des sanctions massives
01:55contre la Russie pour forcer Vladimir Poutine à cesser le feu.
01:58Justement, ces sanctions, c'est le 18e train de sanctions.
02:00Qu'est-ce que ça veut dire qu'on en arrive à 18 trains de sanctions ?
02:02Est-ce que ça veut dire que les 17 premières n'ont pas suffisamment porté leurs fruits ?
02:06Si, les 17 premiers paquets de sanctions ont amputé le budget russe de nombreuses ressources
02:13qui lui auraient permis sinon, peut-être, aujourd'hui de fragiliser l'Ukraine un peu plus.
02:18Ce nouveau paquet de sanctions est beaucoup plus massif que les précédents.
02:21Nous avons beaucoup travaillé à faire en sorte qu'il permette d'assécher les ressources pétrolières,
02:27notamment sur lesquelles s'appuie Vladimir Poutine pour financer son effort de guerre.
02:31Vous avez parlé hier de fraternité d'armes avec votre homologue.
02:34Que peut faire aujourd'hui la France pour aider son frère d'armes, l'Ukraine, à gagner cette guerre ?
02:38Écoutez, c'est d'abord accentuer la pression sur la Russie en continuant à travailler sur des paquets de sanctions
02:43de plus en plus massifs pour faire changer à Vladimir Poutine son calcul qui le conduit aujourd'hui
02:49à cibler de manière indiscriminée, de manière inhumaine et indigne les populations civiles,
02:54ici à Kharkiv ou encore à Kiev et dans les autres villes ukrainiennes.
02:57Et puis d'autre part, c'est de poursuivre notre soutien résolu à l'Ukraine, soutien budgétaire, soutien militaire, soutien économique également.
03:06Autant de chantiers sur lesquels nous avons échangé avec les autorités ukrainiennes depuis mon arrivée hier.
03:12Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, on a vu quand même un changement de paradigme de la part des Etats-Unis au regard de l'Ukraine.
03:17Comment est-ce qu'on compose avec quelqu'un comme Donald Trump qui peut changer d'avis entre le lundi, le mardi ou le mercredi ?
03:22Je constate que le président Trump a fixé un ultimatum de 50 jours à Vladimir Poutine pour cesser le feu,
03:28sous peine de très lourdes sanctions de droits de douane de 100% sur la Russie et sur ses partenaires commerciaux.
03:34Je constate également qu'il a marqué sa disponibilité à fournir du matériel militaire à l'Ukraine,
03:41ce qui est sans doute le signal le plus crédible qu'il a choisi son camp
03:44et qu'il a décidé désormais de soutenir l'Ukraine pour aboutir à son objectif,
03:50exprimer très clairement depuis le début, qu'il a paix durablement en Ukraine.
03:54Justement, ces sanctions promises par Trump en cas de refus de cesser le feu de la Russie,
03:59vous y croyez totalement à leur mise en œuvre à l'issue de ces 50 jours ou pas ?
04:03Depuis des semaines, nous nous coordonnons avec les sénateurs américains
04:08qui ont eux aussi conçu un paquet de sanctions, un peu à l'image de celui que nous venons d'adopter au niveau européen,
04:13qui est très dissuasif et qui a vocation à presser, à pousser Vladimir Poutine à cesser le feu.
04:20Je souhaite vivement que ce paquet de sanctions américains,
04:22qui est aujourd'hui soutenu par la quasi-intégralité des sénateurs américains,
04:27puisse être adopté au plus vite.
04:29Dernière question, monsieur le ministre.
04:30Très rapidement, en une phrase, est-ce qu'aujourd'hui l'Ukraine a les moyens de gagner cette guerre sur le terrain militaire ?
04:34En tout cas, elle a la force d'armes pour le faire et c'est ce qui compte le plus,
04:38puisque dans cette guerre d'agression, c'est avant tout au moral des Ukrainiens
04:44que Vladimir Poutine cherche à s'en prendre.
04:46Jean-Noël Barraud, en direct d'Ukraine avec Nicolas Kouadou et la caméra de BFM TV, Thierry Arnaud.
04:54Que faut-il retenir de l'intervention du ministre des Affaires étrangères ?
04:56Tout d'abord, la détermination de la France de continuer à soutenir l'Ukraine face à l'agresseur russe.
05:02Oui, et de ce point de vue, j'allais dire, l'image compte autant que les mots,
05:05le geste comptant que les mots, le geste consistant à se rendre dans cette ville de Kharkiv.
05:10À Kharkiv, on est à 500 kilomètres à l'est de Kiev.
05:13Olivier, on est, Nicolas le rappelait, à quelques kilomètres seulement,
05:16quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front.
05:19C'est une ville qui continue d'être prise d'assaut par les missiles et par les drones russes presque quotidiennement.
05:28Des milliers d'immeubles ont disparu, des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées,
05:33des centaines de victimes civiles sont à déplorer dans cette ville de Kharkiv.
05:37Et la présence d'un ministre français dans cette ville, aujourd'hui, pendant quelques heures,
05:41c'est évidemment un geste de solidarité très fort.
05:44Pour le reste, effectivement, c'est la réaffirmation, à la fois dans le geste et dans les mots,
05:49que la France se veut être finalement le fer de lance de la diplomatie européenne
05:56pour soutenir l'Ukraine militairement, financièrement, diplomatiquement,
06:02auprès du président américain pour le convaincre d'être sur cette ligne également
06:08et essayer de contraindre progressivement la Russie d'arriver à la table des négociations.
06:14Alors, on sait qu'il y aura ce dialogue qui est prévu à Istanbul,
06:18mais pour autant, dont on n'attend pas de miracle
06:21et qui fera une pression beaucoup plus forte encore pour faire évoluer la position russe.
06:24En tout cas, Jean-Noël Barraud se félicite du changement de position de Donald Trump
06:30qui, désormais, selon lui, soutient fermement Kiev.
06:34Oui, alors vous avez raison d'être prudent dans la forme,
06:36parce que Donald Trump, on n'est jamais à l'abri d'un revirement dans l'autre ou dans l'autre.
06:40Mais pour autant, on a vraiment le sentiment, effectivement, pour le coup,
06:44d'une évolution qui est quand même assez claire
06:46et qui va dans un sens qu'on peut facilement identifier.
06:49On est passé d'un Vladimir Poutine formidable, interlocuteur avec qui on pouvait discuter,
06:55avec lequel on pourrait négocier, à des déclarations qui se sont multipliées
06:59pour dire finalement, à chaque fois qu'il me parle, dit Donald Trump,
07:02tout ça se passe très bien, il est très gentil avec moi,
07:04mais en réalité, il continue à faire ce qu'il veut.
07:06En gros, il me mène en bateau.
07:07Il me mène en bateau, il me balade, et c'est la raison pour laquelle, effectivement,
07:10le président américain a issu cet ultimatum.
07:13Alors, cet ultimatum, il est à double détente,
07:15parce qu'il y a la menace de sanctions qui sont potentiellement très puissantes.
07:19Ultimatum qui va jusqu'en septembre.
07:20Mais, effectivement, l'autre volet de la pièce, si l'on peut dire,
07:24c'est qu'il laisse 50 jours à Vladimir Poutine pour poursuivre sa guerre.
07:27On arrive à échéance le 2 septembre,
07:29et puis, à l'échéance, il y a évidemment une question.
07:32Est-ce qu'il mettra ces menaces à exécution ?
07:35Est-ce qu'il acceptera d'aller jusqu'au bout de ces sanctions ?
07:38Il faut rappeler que ces sanctions, elles ne touchent pas seulement la Russie,
07:41elles touchent prioritairement, pour faire mal à la Russie,
07:44les pays qui achètent le pétrole russe,
07:46c'est-à-dire principalement l'Inde et la Chine.
07:49Est-ce que Washington est prêt à se mettre Pékin à dos
07:51pour faire plier Vladimir Poutine ?
07:53C'est une question, évidemment, qui reste posée.
07:55Merci Thierry Arnaud.
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