00:00Le grand entretien, c'est un vaste sujet que nous abordons ce matin avec François-Michel, CEO du groupe John Coquery.
00:08On va parler bien sûr d'hydrogène vert, de stratégie européenne.
00:11On parlait beaucoup d'hydrogène vert il y a trois ans au moment du plan France 2030 et on va y revenir.
00:16Mais avant tout, présentez-nous ce groupe John Coquery parce qu'on le connaît assez mal en France.
00:22Bonjour, John Coquery est un groupe très ancien en Belgique.
00:26Il a plus de 200 ans, il est l'héritier du grand groupe Coqueryl-Sambre, en fait Coqueryl, des grandes années de la sidérurgie.
00:33Il a été pendant très longtemps le plus grand groupe belge et c'est une entreprise qui, dans ses activités d'ingénierie,
00:41fait depuis 200 ans des systèmes stratégiques pour produire de l'énergie, des équipements de défense et puis des technologies sidérurgiques ou sidérurgiques appliquées.
00:51Et vous venez de reprendre à la barre McPhee qui était l'ex-pépite française de l'hydrogène vert pour 600 000 euros,
01:02qui est un peu le symbole de ce secteur de l'hydrogène qui est un peu abandonné ou en tout cas en perte de vitesse depuis quelques années maintenant.
01:09Alors est-ce que c'était une bonne affaire pour vous ? Pourquoi cette reprise ?
01:12Est-ce que ce n'est pas un peu soit le symbole de l'échec de la stratégie française ou alors vous allez nous dire peut-être une aubaine industrielle pour vous ?
01:19On en était fiers de McPhee nous ici, on en a beaucoup parlé.
01:23Oui, je pense que d'abord on peut être très fiers de McPhee, des équipes de McPhee que je salue au passage,
01:28qui sont des gens d'extrêmement bonne qualité, extrêmement professionnels et qui ont développé tout un tas de technologies
01:34qui justement nous intéressent et vont nous permettre d'accélérer encore davantage dans notre déploiement de technologies pour faire de l'hydrogène vert.
01:42John Cochril aujourd'hui est le leader mondial pour faire des électrolyseurs.
01:46On a à peu près une part de marché l'année dernière d'à peu près 25% dans le monde
01:51et on livre ces électrolyseurs pour produire de l'hydrogène décarboné à des grands clients,
01:58pour des grands projets qui se font principalement en dehors d'Europe.
02:02C'est d'ailleurs ce que sait faire le groupe John Cochril dans son ensemble,
02:05c'est-à-dire amener des technologies à l'échelle avec de la rupture technologique, avec de l'ingénierie de haut niveau.
02:11Et ce qu'on voit, c'est qu'en Europe, des entreprises de taille intermédiaire comme McPhee,
02:16malgré le talent des ingénieurs, malgré des soutiens publics qui ont été parfois très très importants,
02:22en fait elles n'ont pas pu toutes passer à l'échelle.
02:24Mais il y a quelque chose d'assez naturel finalement.
02:26C'est une question de marché, c'est ça qui manque en Europe ?
02:29C'est un marché qui n'est pas assez grand ?
02:30Alors il y a deux choses, il y a un mouvement qui est finalement assez naturel d'une filière qui arrive à maturité,
02:37et donc il y a une forme de consolidation, c'est-à-dire que les grands sont en train de consolider des technologies des plus petits
02:44qui ne peuvent pas passer à l'échelle.
02:45Et puis séparément à ça, il est vrai que les différents mécanismes de soutien en Europe,
02:51pour créer des applications européennes, pour le moment n'ont pas du tout fonctionné.
02:55On va revenir sur ce que vous faites, vous, et ce que faisait McPhee.
02:58C'était deux technologies différentes, vous allez allier votre savoir-faire avec celui qu'avait McPhee pour créer un nouveau produit.
03:06Est-ce que vous pouvez nous en parler et nous parler des usages concrets ?
03:10Alors la base technologique, la philosophie de la technologie,
03:15elle est relativement similaire entre ce que McPhee développait à petite échelle pour des petits électrolyseurs
03:21et ce que nous aujourd'hui produisons à grande échelle sur des grands électrolyseurs.
03:26Pour donner un ordre de grandeur, on a gagné l'année dernière un contrat de 640 MW en Inde,
03:32c'est l'équivalent d'une centrale nucléaire indienne de pleine capacité qui serait branchée sur nos électrolyseurs.
03:38Donc on fait des gros électrolyseurs et McPhee a développé un certain nombre de technologies
03:42qui peuvent être utiles, qui peuvent être intéressantes à intégrer dans ces électrolyseurs de grande capacité.
03:48Donc le cumul des deux va créer de la valeur et va nous permettre réellement d'accélérer.
03:52Votre promesse c'est 10 à 15% de gains de compétitivité sur les nouveaux électrolyseurs.
03:58A quel horizon ?
04:00D'ici une petite dizaine d'années.
04:04Une petite dizaine d'années.
04:05En fait, ce sont des métiers technologiques.
04:09On a un plan d'amélioration de la technologie
04:13qui comprend de l'amélioration du design des électrolyseurs,
04:17de la manière dont on les intègre dans des plateformes de production d'électrolyse, etc.
04:21Nous ne faisons d'ailleurs pas tout seul.
04:22On est marié avec SLB, l'ancien Schlumberger,
04:26et on est marié avec Technip Energy,
04:27on est maintenant aussi marié avec Fluxis en Belgique,
04:30pour ne pas être seul pour mener cette aventure industrielle.
04:33Et dans le cadre de ce plan d'amélioration,
04:35qui comprend d'autres choses aussi,
04:37on pense que l'intégration des technologies clés de McPhee
04:40va nous permettre de gagner une dizaine de pourcents sur le coût des électrolyseurs.
04:43Vous venez de finaliser une augmentation de capital pour cette branche hydrogène,
04:47116 millions d'euros destinés à accélérer à l'international,
04:50parce que c'est à l'international que justement,
04:53il va y avoir de réels cas d'usage.
04:55Où est-ce que vous allez travailler ?
04:56Alors, en Europe, il y a un certain nombre d'endroits
05:00où on pourrait produire de l'hydrogène de manière compétitive,
05:04mais ce ne sont pas des petits projets à petite échelle
05:06qui vont nous permettre de le faire.
05:07Il y a le nucléaire la nuit en France, si on veut vraiment le faire.
05:10Il y a certains pays du sud de l'Europe
05:13qui ont accès à de l'énergie renouvelable de manière très compétitive,
05:18comme en Espagne par exemple.
05:20Et puis, il y a le pourtour de la mer du Nord,
05:22parce qu'on sait que si on installe beaucoup d'éoliens en mer du Nord,
05:25une partie de cette énergie va être électrolysée.
05:27Mais le gros de la production d'hydrogène et de ses dérivés,
05:32notamment l'ammoniaque,
05:33qui va être le dérivé principal de l'hydrogène vert,
05:36va être produit en dehors d'Europe.
05:38Il va être produit dans des zones où l'énergie renouvelable est très peu chère,
05:43notamment au Moyen-Orient, en Inde et dans certains autres pays asiatiques.
05:46En Inde, vous construisez une usine d'ailleurs, je crois.
05:48En Inde, on construit deux choses.
05:50On est en train de livrer d'ailleurs le deuxième plus grand coté au monde
05:54pour faire cet ammoniaque vert.
05:57Et puis, on construit une usine pour faire des électrolyseurs en Inde
06:00et pour d'ailleurs donner à l'Inde une forme de souveraineté
06:03sur l'approvisionnement de ces électrolyseurs qui conduisent à une dépendance.
06:08Si on vous entend là, l'Asie est quand même en train de prendre une sérieuse avance
06:13par rapport à l'Europe sur l'hydrogène vert.
06:16Sur le plan technologique, l'Europe a tout ce qu'il faut
06:20pour être capable d'être un leader, un leader technologique dans le domaine de l'hydrogène.
06:27Qu'est-ce qui manque ?
06:28Aujourd'hui, on n'a pas de marché.
06:29Il y a très peu de marchés européens.
06:31Et donc, on a besoin de marier les acteurs européens de la filière
06:36avec des grands investisseurs, des grands producteurs d'hydrogène et de ses dérivés
06:41qui vont être au Moyen-Orient, aux Etats-Unis, en Asie, etc.
06:45On manque de temps, on va revenir sur cette annonce.
06:48Vous faites des équipements de défense, vous l'avez dit tout à l'heure.
06:50L'année dernière, vous avez acquis Arcus,
06:53principal fournisseur de véhicules militaires de l'armée française.
06:55Et Arcus et Demler viennent d'annoncer développer et produire une alliance,
07:00en tout cas pour développer et produire des véhicules militaires à nouveau.
07:03Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
07:04Comment ça s'inscrit dans la stratégie militaire de l'Europe ?
07:07Bien sûr.
07:08John Coquery a acquis l'année dernière l'ancien Renault Truck Défense
07:13qui s'appelle Arcus pour constituer un leader franco-belge
07:18ou belgo-français, comme on veut, des véhicules blindés légers
07:23avec des tourelles très performantes
07:25et puis le cœur du savoir-faire historique français
07:27pour faire des véhicules blindés légers.
07:29Une partie de ce dont on a besoin, c'est aussi de livrer des camions
07:35ou des systèmes logistiques qui sont plus gros, qui sont au-delà de la gamme d'Arcus.
07:39Et pour ce faire, historiquement, on a travaillé avec un certain nombre de partenaires
07:43et on vient de signer un partenariat très important
07:45avec effectivement le groupe Demler pour ces poids-lors.
07:49C'est le futur de la défense européenne, ça et de la base industrielle de technologie
07:52et de défense, comme on l'appelle aujourd'hui,
07:54ces partenariats européens qui sont en train de se multiplier.
07:58Exactement.
08:00Notre vision de la consolidation européenne en matière de défense
08:03qui est absolument nécessaire et qui est d'ailleurs poussée par le gouvernement.
08:07Ici, c'est d'abord et avant tout que les industriels fassent leur travail
08:10et travaillent entre eux.
08:11Quand on travaille avec des industriels sur la base de projets très concrets,
08:15on a déjà des synergies, on a déjà de la création de valeur
08:18et c'est ce qu'on fait au cas par cas en fonction des marchés
08:22ou en fonction de la technologie que chacun peut apporter.
08:25Ça veut dire qu'on attend beaucoup de l'Allemagne.
08:26On parle beaucoup de l'Allemagne dans la stratégie de défense,
08:28mais c'est du côté de la Belgique qu'il faut regarder en fait.
08:30La Belgique, historiquement, est un grand pays industriel,
08:33un pays très innovant et peut-être un modèle
08:36pour certains actifs français, c'est certain.
08:40Merci beaucoup, François Michel, d'être venu nous voir,
08:43CEO de John Coqueryl.
08:45Merci d'être venu dans la matinale de l'économie.
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