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  • il y a 1 an
Pour ce nouvel épisode de "Chocs du monde", le magazine des crises et de la prospective internationale de TVL, Edouard Chanot reçoit le reporter Alexandre Aoun.
C’est un basculement pour la Syrie. Donald Trump mais aussi l’UE ont levé les sanctions visant Damas, à la suite de rencontres décisives avec l’ancien djihadiste devenu président respectable Ahmad Al-Charaa. Pourquoi la petite Syrie est-elle si stratégique pour autant de puissances ? Trump joue-t-il avec le feu ?

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00:00Bonjour à tous et bienvenue dans Choc du Monde, le magazine des crises et de la prospective
00:26internationale de TVL. C'est un basculement pour la Syrie. Donald Trump mais aussi l'Union Européenne
00:33ont levé les sanctions visant Damas à la suite de rencontres sans doute décisives avec l'ancien
00:39djihadiste devenu président respectable, Ahmed Al-Shara. Alors pourquoi la Syrie est-elle si
00:45stratégique pour autant de puissances, pour les Etats-Unis, pour l'Union Européenne mais aussi pour
00:50l'ensemble des puissances régionales ? Et bien pour répondre à cela, je reçois Alexandre Aoun,
00:54journaliste spécialisé sur l'Orient compliqué. Alexandre Aoun, bonjour. Bonjour Edouard.
00:59Merci pour votre présence de nouveau dans Choc du Monde. Donc je vais commencer par cette question
01:04qui est vraiment la plus importante pour comprendre la situation sur le terrain. Washington et l'Occident
01:09mais aussi la Turquie, l'Arabie Saoudite, Israël au sud qui occupe le Golan, rappelons-le, la Russie
01:14qui est évidemment toujours présente en Syrie, contrairement à certaines attentes de l'automne
01:18dernier. Pourquoi Alexandre Aoun a un tel intérêt pour autant de puissances pour la Syrie ?
01:24Il faut savoir que la Syrie est située, c'est une zone stratégique, un carrefour, au nord il y a la
01:30Turquie, à l'est il y a l'Irak, au sud il y a la Jordanie, à l'ouest il y a le Liban et à Israël.
01:37La stabilité du Moyen-Orient passe automatiquement par la stabilité de la Syrie. On peut parler de la
01:43crise des réfugiés. Il y a deux millions de réfugiés syriens en Jordanie, il y en a deux millions au Liban,
01:48il y en a trois millions en Turquie. Aujourd'hui en plus on a changé de paradigme, on est passé
01:53d'une confrontation militaire entre deux axes identifiables, l'axe iranien avec son axe de la
02:01résistance, les Hachet el-Sharbi, le Hezbollah, contre Israël et un bloc plus ou moins identifiable,
02:09pétro-monarchie, Occident, pour lutter contre cette influence iranienne. Aujourd'hui du coup il n'y a plus
02:15cette affluence iranienne, il n'y a plus cette continuité territoriale qui va de Téhéran à Damas en
02:20passant par Bagdad pour acheminer des armes au Hezbollah. Donc aujourd'hui on passe à une sorte
02:25de concurrence économique. Il y a une ouverture ou en tout cas une volonté d'ouverture économique pour
02:31la Syrie. C'est une reconstruction qui s'avoisine entre 500 et 1000 milliards de dollars. Donc c'est pour
02:37ça que tous les pays en fait sont intéressés pour placer leurs billes. Ça va aussi bien de la
02:43Chine, au pétro-monarchie, la Turquie et bien évidemment les Etats-Unis avec la levée des
02:49sanctions annoncées par Donald Trump la semaine dernière. Alors la Syrie reste néanmoins divisée
02:54bien sûr. On ne sort pas de presque 15 ans de guerre dans un claquement de doigts. D'ailleurs comme nous
03:00pouvons le voir sur les cartes. Je disais en introduction que les sanctions, et vous l'avez rappelé,
03:05que les sanctions occidentales ont été levées. Je vous propose Alexandre Aoun de faire le point
03:09là-dessus sur la position américaine. Un pas positif dans la bonne direction. La
03:13république arabe syrienne s'est félicitée de la levée des sanctions américaines. Elle
03:17a été annoncée le 13 mai par Donald Trump à la suite de sa rencontre avec l'ancien djihadiste
03:21Ahmad Al-Shara à Riyad. La Syrie était visée par des sanctions internationales depuis 1979,
03:27renforcée en 2011 alors que la guerre civile éclatait. Le 23 mai, Scott Peasant, secrétaire au
03:32trésor américain, indiquait mettre en œuvre des autorisations pour encourager de nouveaux
03:36investissements en Syrie. A donc été édictée une dérogation à la terrible loi César,
03:41sanctionnant toute entreprise ou entité coopérant avec le pouvoir d'Assad. Pour le secrétaire
03:46d'état américain Marco Rubio, il s'agit d'un effort plus large du gouvernement américain
03:50alors que les nouvelles autorités seraient à quelques semaines, voire à quelques mois,
03:54d'un effondrement potentiel et d'une guerre civile à grande échelle. Washington officiellement
03:58demande des contreparties sur le respect des droits des minorités et des progrès sur le
04:02chemin de la démocratie, alors que des massacres d'Alaouites ont été commis au mois de mars
04:06par les nouvelles autorités. De son côté, l'UE a aussi levé ses propres sanctions sur
04:10le système bancaire syrien, jusque-là interdit d'accès au marché international des capitaux.
04:18Donc en clair, Washington va financer la Syrie d'Al-Shara pour lutter contre l'État islamique,
04:23et puis vous l'avez aussi rappelé, Alexandra Oun, des fortunes, disons-le, pourront bien être faites
04:28sur la reconstruction de la Syrie. Et évidemment, les États-Unis voudraient négocier une posture
04:35plus bienveillante de la nouvelle Syrie à l'égard d'Israël, et bien entendu aussi récupérer des corps
04:40de ressortissants américains disparus depuis plusieurs années, selon en tout cas l'envoyé spécial de Trump
04:44pour la Syrie, Tom Barack. Alors quand même, l'administration Trump prend des risques, semble-t-il,
04:50en Syrie, l'Amérique répare ce qu'elle a détruit. Mais est-ce, selon vous, une leçon de réalisme
04:55ou le comble de l'immoralisme après avoir détruit ce pays ?
04:59Non, je pense qu'il y a une forme de réalisme politique, parce qu'il faut savoir que ces sanctions,
05:04donc le durcissement de ces sanctions, c'était en 2019, entrée en vigueur avec la loi César en juin 2020,
05:10c'était contre Bachar el-Assad. C'était vraiment cette volonté américaine de dire,
05:13nous allons saper l'influence iranienne, l'alignement de Bachar el-Assad vis-à-vis de Téhéran.
05:20Aujourd'hui, Bachar el-Assad a fui, Bachar el-Assad n'est plus au pouvoir,
05:23donc il y a une nouvelle page qui s'ouvre pour la Syrie.
05:26C'est une main tendue, bien évidemment, avec des intérêts.
05:31Ce n'est pas désintéressé de la part de Donald Trump, on l'a vu aussi bien que ce soit pour lutter
05:35activement contre les résidus de l'État islamique qui sont encore présents en Syrie.
05:41On a dans la Badiaï, dans le désert proche de Palmyre, on a à l'est de l'Euphrate,
05:45et également cette volonté de faire en sorte que la Syrie rejoigne les accords d'Abraham.
05:52Donc ces accords, c'était le deal de normalisation initié par Trump lors de son premier mandat
05:59qui avait vu le Bahreïn, les Émirats, le Maroc et le Soudan normaliser leurs relations avec les Taïens.
06:04Et donc on pourrait croire qu'un ancien djihadiste contribue ou normalise Israël ?
06:10En tout cas, il n'a pas le choix.
06:12Aujourd'hui, il est vraiment dans cette volonté où il est obligé de s'ouvrir à l'Occident,
06:18s'ouvrir aux États-Unis parce que la reconstruction de la Syrie passe obligatoirement
06:23par la levée des sanctions américaines, je l'ai bien dit, parce que tout est dollarisé.
06:27Même si Bachar Al-Assad avait réintégré un peu le jeu, l'échiquier régional ces dernières années,
06:34il n'y avait rien qui était fait pour la reconstruction.
06:36Parce que les entreprises saoudiennes, émiraties ne voulaient pas prendre le risque
06:40d'être sanctionnées par l'extraterritorialité du droit américain.
06:44Donc aujourd'hui, Ahmed El-Chara n'est pas du tout dans cette logique belliqueuse vis-à-vis de l'État hébreu.
06:49Il en a conscience et il sait très bien qu'aujourd'hui, il y a une page qui se tourne en termes d'affrontement.
06:56On est plus dans une phase de réalisme, de pragmatisme, on va dire, de la période d'Ahmed El-Chara.
07:01Après, c'est à voir si la société syrienne serait en phase avec cette ouverture
07:06parce que l'animosité, la majorité des Syriens partagent en fait une haine viscérale vis-à-vis de l'État hébreu.
07:18Oui, mais d'autant plus la Syrie par rapport au Golan, c'est historique.
07:24C'était en fait cette volonté.
07:26Ça avait déjà été initié sous Hafez al-Assad dans les années 90, la rétrocession du Golan contre la paix.
07:31C'était terre contre paix.
07:33Sauf qu'aujourd'hui, le Golan, il est militarisé, il est occupé, il est colonisé.
07:37Israël ne sera pas du tout dans cette démarche de rétrocéder le Golan.
07:41Donc, c'est plus de voir qu'est-ce que pourrait obtenir Ahmed El-Chara en échange d'une normalisation avec l'État hébreu.
07:49Alors quand même, les Américains évoquent des risques d'effondrement de guerre civile de la Syrie.
07:54Donc, on sent que vraiment la Syrie est une nouvelle fois sur une ligne de crête.
07:58Des exactions ont été commises contre les Alaouites au mois de mars dernier.
08:03On parle de 1700 civils tués parmi la communauté ethnique du clan Assad, qui se trouve principalement à l'ouest du pays.
08:10Les Druzes aussi sont menacées.
08:12Israël, d'ailleurs, revendique vouloir les aider.
08:14On se demande si c'est vraiment toujours légitime.
08:16Mais bon, ils le disent.
08:19Mais cela n'a visiblement pas beaucoup d'importance dans le grand jeu des grandes puissances devant la Syrie.
08:25Dans le sens où il y a une instabilité qui est encore présente en Syrie.
08:29On semblerait que c'est un problème mineur pour certains intérêts.
08:32En fait, cette instabilité a toujours été présente en Syrie.
08:38Il y a eu 15 ans de guerre civile, vous l'avez rappelé.
08:41Il y a eu 54 années de pouvoir bassiste d'une main de fer par le clan Assad.
08:47On s'attendait pertinemment à ce que la transition ne soit pas douce, ne soit pas pacifique.
08:52Aujourd'hui, il y a encore, Ahmad al-Sharia est dans cette volonté de dissoudre toutes ces milices radicales
08:59et de les intégrer à l'armée arabe syrienne.
09:02Or, aujourd'hui, il y a beaucoup de milices islamistes très radicalisées
09:06qui sont opposées à la centralité du pouvoir d'Ahmad al-Sharia.
09:12Je peux citer Jaysh al-Islam, Saraya Ansar al-Sunnah,
09:16qui sont des brigades très radicales qui refusent totalement d'être inféodées à Damas.
09:23Donc la coalition qu'il a bâtie pour prendre le pouvoir est quand même fragilisée.
09:29Est fragilisée parce que lui, à la fois, il doit montrer des gages d'ouverture
09:34vis-à-vis des partenaires orientaux et occidentaux
09:37en disant, je vais montrer des gages d'ouverture, de modernité, d'inclusivité vis-à-vis des minorités.
09:46Et à la fois, il y a ces anciens partenaires d'armes, ces anciens combattants, ces anciens djihadistes
09:51qui, eux, ne défendent pas du tout cette logique d'ouverture.
09:54Oui, même au sein de son gouvernement.
09:56Oui, totalement.
09:56Il n'y a pas non plus de grands démocrates, comme on dit.
09:59Mais ce que je veux dire, c'est que ces cellules ne sont pas rattachées à l'armée syrienne.
10:03Elles agissent en leur nom.
10:05Et quand on voit des exactions, il y a notamment des cellules dormantes de Daesh
10:09qui ont ressurgi, notamment à Alep, à Damas.
10:11Il y a eu des affrontements dernièrement.
10:13Et Ahmed El-Shara est dans cette obligation de lutter activement
10:18pour montrer, en fait, pas de blanche, pour montrer aux Occidentaux
10:21que c'est un partenaire de poids crédible pour la lutte contre l'État islamique.
10:26Et on sait pertinemment que l'État islamique reste assez actif.
10:32Quasiment 10 000 hommes à la frontière siro-iraquienne,
10:36dans les zones poreuses, vers Derzor, Raqqa, à l'est de l'Euphrate,
10:40dans la Badia, vers Palmyre.
10:43Donc, ils étaient déjà présents à l'époque de Bachar el-Assad.
10:46Malgré la chute de l'État islamique en termes de fief,
10:49avec la défaite territoriale à Barouz en mars 2019,
10:52il y a des cellules dormantes qui sont un peu disséminées,
10:56un peu aux quatre coins du territoire syrien.
10:59Alors, signe de cette fragilité du système, du nouveau système,
11:03la base russe de Himeim a été attaquée la semaine dernière,
11:06le 18 mai, par un groupe armé qui serait lié au pouvoir syrien,
11:10en tout cas selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.
11:12Donc, c'était une organisation anti-Assad.
11:15Cette base, d'ailleurs, continue de servir de refuge à environ 2500 civils,
11:19principalement des Alawites, cette base russe.
11:20En décembre dernier, Armad El-Chara avait affirmé
11:23qu'il ne voulait pas que la Russie quitte la Syrie,
11:28comme certains le souhaitent.
11:29Là aussi, Chara a dû composer avec une situation qui le précède.
11:34Et donc, la puissance russe qui garde un pied dans son pays,
11:39a-t-il vraiment un intérêt ?
11:41Automatiquement, oui, parce que historiquement,
11:43la Russie et la Syrie sont liés par des accords militaires, économiques.
11:46On sait pertinemment qu'à l'époque de Hafez al-Assad,
11:51beaucoup de cadres de l'armée se faisaient former à Moscou,
11:54dans les universités militaires russes.
11:57Il y a un accord qui date de 1971 pour la base de Tartus,
12:00pour la base de Hmeemim, base aérienne.
12:04Aujourd'hui, la Russie a fait un pas vers Ahmad El-Chara,
12:08qui était un adversaire militaire,
12:10parce qu'on sait très bien que la Russie s'était engagée
12:12pour lutter contre HTS, contre Haït-Tahri El-Cham.
12:16La Russie est allée avec Mikhail Bogdanov,
12:20en janvier, rencontrer des responsables syriens
12:22pour essayer de négocier le maintien des bases russes en Syrie.
12:30Sauf que les Syriens demandent des compensations financières,
12:35que ce soit, par exemple, la suppression de la dette vis-à-vis de la Russie,
12:38ou également l'extradition de Bachar el-Assad vers Damas.
12:45Qui est donc réfugié, en effet, en Russie,
12:48difficilement concevable, semble-t-il, pour le pouvoir russe.
12:50Non, du tout, je pense que les Russes ne vont pas du tout céder à cette demande.
12:55Mais je m'étais renseigné, j'avais fait une enquête par rapport à la base de Hmeemim,
13:00il y a plus de 1500 Zalaouites et Chrétiens qui ont fui vers la Russie.
13:05Aujourd'hui, ils sont basés à Moscou.
13:08Je me suis entretenu avec certains d'eux.
13:11Ils apprennent le russe, ils savent pertinemment qu'ils ne vont pas revenir en Syrie.
13:16Donc, ils disposent d'un visa, ils sont à Moscou, ils apprennent le russe.
13:20Ils sont dans une volonté, en fait, de changer de vie,
13:23parce qu'ils ne peuvent pas retourner,
13:24parce que ce sont des anciens cadres des Moukhabarat,
13:27des renseignements syriens, des anciennes milices inféodées plutôt à Damas.
13:30Donc, la base de Hmeemim avait permis l'exil de 1500 Zalaouites et Chrétiens.
13:38Et pour ce qui est de l'aide financière russe,
13:40est-ce quelque chose que Moscou pourrait, ce sur quoi Moscou pourrait céder ?
13:44C'est à voir si...
13:46Peut-être aussi pour contribuer à cette reconstruction ?
13:49Oui, parce qu'en fait, automatiquement, Moscou a des intérêts en Syrie
13:52et elle ne peut pas se dire qu'elle laisse derrière elle 50 ans d'investissement.
13:59Et surtout, ça laisserait la part belle à la Turquie,
14:03qui a tout intérêt à voir les bases russes supprimées du territoire.
14:08Donc, il y a une forme de concurrence, comme je le disais en début,
14:11un peu économique, militaire,
14:12pour savoir qui va être le principal partenaire militaire de la Syrie.
14:19Aujourd'hui, c'est plutôt la Turquie qui se positionne en force.
14:22Il y a déjà des bases qui vont certainement être...
14:24Qui était le premier soutien, Erdogan, qui était le premier soutien de HTS.
14:27Oui, totalement.
14:29Bon, vous l'avez dit, une Syrie stable et vitale pour toute la région,
14:32pour l'ensemble du Moyen-Orient.
14:34Quel est le rôle, désormais, de MBS, de Mohamed Ben Salman ?
14:38On l'a vu, là, lors du voyage de Donald Trump dans le Golfe.
14:42Du 13 au 16 mai, il me semble.
14:45Lui, il a fait le forcing pour que Donald Trump rencontre Ahmed El-Sharah,
14:50et également avec Erdogan.
14:51Donc, c'était vraiment une pression entre binômes,
14:54également Mohamed Ben Zayed, le président des Émirats Arabes Unis,
14:59pour faire en sorte qu'il y ait une intégration de la Syrie.
15:01Donc, MBS joue également de son rôle pour avoir, tout simplement,
15:09les premières places dans la Syrie pour les futurs investissements.
15:12On sait qu'avec le Qatar, par exemple, ils ont payé la dette syrienne vis-à-vis de la Banque mondiale,
15:17qui était juste à hauteur de 15 millions d'euros.
15:21Mais ils se positionnent pour ne pas laisser, en fait, la Syrie aux mains de cet axe,
15:27on va dire, Ankara-Doha.
15:29Il y a une forme de, comme je l'expliquais, une forme de concurrence économique
15:32entre un axe, on va dire, Ankara-Doha, qui est plutôt affilié à Ahmed El-Sharah idéologiquement, dogmatiquement,
15:40et un axe économique d'Abu Dhabi-Riyad, le Caire, bon, le Caire moins,
15:45mais pour la reconstruction du pays.
15:48Est-ce que vous avez le sentiment que Trump, première question,
15:50que Trump a compris les problèmes régionaux,
15:53et deuxième, qu'il y a véritablement un revirement américain ?
15:56Est-ce que, vraiment, la politique américaine a subi un basculement ?
16:01En tout cas, là, ce qui est sûr, c'est qu'il a compris le dossier syrien,
16:05qu'il n'y aurait pas de stabilité de la Syrie sans lever des sanctions.
16:09Donc c'est pour ça qu'il l'a levée.
16:11Pour l'instant, il veut faire un essai de 120 jours, ce qu'il a dit,
16:16l'équivalent de 4 mois, pour voir les investissements qui vont avoir lieu,
16:19la signature des contrats, voir s'il y aura un dynamisme économique
16:22ou une ouverture de la part de la Syrie,
16:24pour montrer un peu pas de blanche.
16:26Et également, lui, il est dans cette logique un peu de pas...
16:29120 jours, c'est rapide, c'est court.
16:31Oui, c'est court.
16:32Et vous pensez vraiment que la Syrie peut,
16:34d'une certaine manière, peut-être pas se relever, mais aller...
16:38Non, mais en tout cas, attirer des investissements étrangers,
16:41parce qu'il faut savoir que les sanctions visent notamment le secteur pétrolier.
16:46On sait que les zones pétrolifères syriennes à l'est de l'Euphrate
16:49peuvent attirer entre 10 et 15 milliards de ressources par an à la Syrie,
16:55ce qui n'est pas non négligeable.
16:57La Syrie qui avait besoin, qui a connu beaucoup de périodes de pénurie
17:02pendant l'époque de Bachar el-Assad,
17:03où le pétrole venait d'Iran ou d'Irak.
17:06Donc, ça serait une manière d'être autosuffisant pour les Syriens.
17:11Et l'autre question, c'était de...
17:14Donald Trump veut se faire passer pour un homme de paix.
17:18Il veut pacifier la région, selon ses intérêts,
17:21selon un agenda assez précis,
17:24et agrandir les accords d'Abraham.
17:26Donc, il sait pertinemment qu'aujourd'hui,
17:28la Syrie est en position de faiblesse.
17:31Ça sert les intérêts des Israéliens,
17:33parce qu'ils sont prêts à pactiser avec des ennemis faibles,
17:37avec des voisins faibles.
17:38Aujourd'hui, la Syrie ne peut pas combattre.
17:40Elle a été renvoyée 50 ans en arrière en termes d'arsenal,
17:43parce que Tsaal avait bombardé maintes et maintes fois
17:47l'arsenal militaire syrien au lendemain de la chute de Bachar el-Assad.
17:50Et on sait également que si la Syrie pactise avec Israël,
17:55ça sera également au tour du Liban qui suivra.
17:59Que le Liban suivrait donc.
18:01Bon, vous avez évoqué l'occupation israélienne du Golan.
18:05Visiblement, Israël ne lâchera rien.
18:07Vous dites qu'Israël est en mesure de négocier avec des voisins faibles.
18:10Mais Israël, à quel point Israël est-elle, ou non, un facteur de déstabilisation ?
18:15Ils se servent de la communauté druze,
18:17parce qu'il y a des liens historiques avec la communauté druze en Israël.
18:21Il y avait la signature d'un pacte de sang dans les années 50-60,
18:27à savoir, vous faites le service militaire,
18:30mais on vous donne une certaine autonomie.
18:31Le respect de vos pratiques religieuses, etc.
18:35Et c'est pour ça que, par exemple, des chefs druzes syriens ont fait le voyage plusieurs fois en Israël
18:41pour rencontrer les autorités israéliennes et voir comment ça pourrait se passer.
18:45Aujourd'hui, Israël se dit garant de la sécurité de la communauté druze.
18:49Et c'est une manière, en fait, tout simplement de s'ingérer en Syrie.
18:54Mais c'est historique, parce qu'on peut revenir à la doctrine yinon des années 80,
18:59où Israël avait pour but de s'immiscer dans les affaires des pays arabes via les minorités.
19:06En Irak, via les Kurdes.
19:08En Syrie, via les druzes.
19:09Et en Liban, via les chrétiens.
19:11Donc, c'est vieux depuis 50-60 ans.
19:17Je reviens à Donald Trump.
19:18On a quand même un peu l'impression, vous dites qu'il y a une forme de réalisme,
19:22mais on a un peu l'impression qu'il joue avec le feu.
19:24Enfin, en l'occurrence, s'il joue avec un ancien djihadiste,
19:26ne joue-t-il pas un peu avec le feu ?
19:29En fait, moi, je serais de nature à dire,
19:35laissons-lui le bénéfice du doute.
19:37Aujourd'hui, il est obligé de se refaire une virginité
19:39avec son passif de djihadiste, d'anciens membres de Daesh,
19:43d'anciens membres d'Al-Nosra, qui étaient affiliés à Al-Qaïda.
19:45Aujourd'hui, il sait pertinemment qu'il est sous la pression,
19:48parce qu'il a les rênes du pouvoir,
19:49mais il est quand même soumis aux pressions des partenaires régionaux
19:52qui, eux, veulent pacifier la région.
19:57On sait très bien que MBS, MBZ veulent, ont comme objectif la vision 2030,
20:07donc ouverture économique, faire du Moyen-Orient le futur Europe,
20:11la future Europe, pour attirer des investissements.
20:13Et ça passe par une Syrie stable, économiquement, moderne, ouverte.
20:18Moderne, dans le sens oriental du terme.
20:21Tout est relatif, d'accord.
20:22Tout est relatif.
20:23Mais, en tout cas, ouverte aux investissements,
20:26et qui donnerait des gages de stabilité,
20:28et en tout cas de lutte contre l'islamisme radical,
20:31à savoir toutes les brigades que j'ai pu nommer au début.
20:34Laissons-lui le bénéfice du doute.
20:37Et puis, bon, écoutez, Alexandre Aoun,
20:38nous, rendez-vous dans six mois pour voir, justement,
20:40s'il a bien montré patte blanche.
20:42Alexandre Aoun, merci encore d'avoir répondu présent
20:45à l'appel de Choc du Monde.
20:46Merci à tous d'avoir suivi cette émission.
20:48Donnez-nous notre avis en commentaire.
20:50Et puis, surtout, n'oubliez pas de partager cette émission.
20:53Bonne soirée.
20:54Merci à tous.
20:54Merci à tous.
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