00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04C'est donc une visite très polémique, y compris au sein même de la communauté juive.
00:08Le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, est en visite pour deux jours en Israël à l'invitation du gouvernement de Benyamin Netanyahou.
00:15C'est une première. Jamais un leader d'un parti d'extrême droite français n'a été reçu dans le pays officiellement.
00:20Bonsoir, Boaz Mismuth. Vous êtes député israélien, membre du Likoud et soutien du Premier ministre Netanyahou. Merci de nous rejoindre.
00:27Bonsoir.
00:28J'accueille également l'avocat français Patrick Klugman, coordinateur du collectif Free Them, Libérez-les en français.
00:34On connaît vos combats, notamment avec SOS Racisme. Bonsoir, Patrick Klugman.
00:38Bonsoir.
00:39Boaz Mismuth, comprenez-vous le débat que suscite cette invitation, en tout cas en France ?
00:44Non, très franchement non. Et je m'explique. C'est un leader d'un parti qui a évolué.
00:51C'est un leader d'un parti qui a évolué. S'il venait du FN, je dirais différemment.
00:56Lorsque j'étais correspondant à Paris avant d'être un homme politique, j'étais invité au congrès national du Front National en 97.
01:02C'était à Strasbourg. Je suis resté exactement 7 minutes. Ce n'était pas ma place. Je trouvais ça, franchement, c'était à vomir.
01:08C'est en 97. Mais depuis, les choses ont beaucoup changé. Ce parti, quand même, s'est nettoyé.
01:12En fait, tous ces, comment on va dire, tous ces extrémistes, tous ces racistes ont été envoyés sur le parti.
01:16Quand vous dites la communauté juive de France, il y a aujourd'hui un débat. Et puis, il y a ceux qui s'opposent.
01:23Il y a très, très peu qui s'opposent, très franchement. Parce que tous mes amis juifs de France que je connais,
01:27qui soutiennent Israël, soutiennent aussi ceux qui soutiennent Israël.
01:31Donc, avec tout le respect, ils sont beaucoup plus choqués aujourd'hui par de Chevènement et de son parti et de ses collègues
01:38que d'un parti qui est le RN qui a évolué et qui soutient Israël dans un de ses moments les plus difficiles.
01:43Alors, vous avez cité Monsieur Chevènement. Je pense que vous vouliez évoquer Jean-Luc Mélenchon.
01:48Mais nous sommes bien d'accord. Voilà. Donc, est-ce que vous venez de nous dire que personne ne proteste en Israël ?
01:54Très clairement. Alors d'abord, je m'excuse encore une fois pour la mémoire de Monsieur Chevènement.
01:57J'ai beaucoup de respect. Mais je reviens à Mélenchon et son parti. Et je pense comme ça.
02:03Quand on écoute les partis, on va dire un petit peu les juifs de France, que je respecte, que j'aime beaucoup.
02:08Bien sûr, il ne faut pas oublier aussi le côté politique. Ceux qui vont aller à l'encontre de cette visite et qui vont la trouver peut-être choquante,
02:14aussi, ils ont une étiquette politique. N'oublions pas, ce sont quand même des personnes de gauche.
02:18Et aujourd'hui, Israël, avec tout le respect, on n'a pas des milliers d'amis.
02:21Le 7 octobre, on pensait avoir un soutien international, mais on ne l'a pas eu.
02:24On a vu quand même une administration américaine, Biden à l'époque, je ne parle pas de Trump aujourd'hui, qui parlait d'embargo.
02:30On a vu un président français, Macron, qui parlait d'un embargo d'armes contre Israël.
02:33Alors, quand on a aujourd'hui des partis qui ont évolué et qui se disent amis d'Israël, est-ce qu'on va leur remettre la porte primo et deux yeux ?
02:41Avec tout le respect pour certains dans la communauté juive française de gauche qui s'opposent ou qui sont choqués par cette visite.
02:49Pour moi, Serge Klarsfeld est beaucoup plus une référence.
02:53Et je vois son fils Arnaud qui est là et qui soutient cette visite.
02:56Je pense que personne ne peut accuser Arnaud ou Serge Klarsfeld de soutenir des racistes ou des antisémites ou des gens de ce genre.
03:05Vous restez bien entendu avec nous, Boaz Bismuth. Patrick Krugman, ça vous choque cette invitation ?
03:10Bien sûr que ça me choque et ça m'attriste.
03:14Et tout est mélangé et tout est confondu.
03:19Que le parti de M. Netanyahou, auquel appartient Boaz Bismuth, décide que sur la plateforme des idées, aujourd'hui, ils sont plus proches des droites populistes dans le monde
03:32et qu'ils fassent un rassemblement mondial des droites populistes, ma foi, c'est leur droit et nul ne peut le leur contester.
03:40Mais c'est un rassemblement censément être international, gouvernemental, sur l'antisémitisme.
03:48Vous vous rendez compte ? Ils n'ont même pas invité ceux qui, en France, ont la charge de cette mission.
03:56Par exemple, la ministre Aurore Berger, qui est en charge de la lutte contre les discriminations,
04:02qui hier apostrophait à l'Assemblée nationale Jean-Luc Mélenchon,
04:08elle, qui mène le combat de la politique publique contre l'antisémitisme,
04:12qui affronte pour cette raison-là ses adversaires politiques, notamment Mélenchon que Boaz Bismuth citait,
04:18elle n'est pas digne de cette invitation.
04:21Par contre, M. Bardella, qui n'a jamais rien fait de sa vie contre l'antisémitisme,
04:25qui, quand Bernard-Henri Lévy lui demande,
04:29« Monsieur, est-ce qu'au moins vous pouvez dire que Jean-Marie Le Pen a été antisémite ? »
04:33Il n'est même pas capable de dire cela.
04:35Alors, voilà, c'est ces personnes-là qui ont un brevet.
04:39Moi, je vous dis, je suis choqué.
04:42Et tous les juifs de France sont choqués.
04:44Et tous les responsables de la communauté juive de France sont choqués.
04:48Et ils ne sont pas de gauche.
04:50Raymond Corsia, il est grand ramain de France.
04:52Il n'est pas élu du Parti Socialiste, pardon pour M. Boaz Bismuth.
04:56Et le président Ducriff n'est pas de gauche.
04:58Il est le président du rassemblement de toutes les associations et institutions juives de France.
05:03Il est choqué par cette invitation.
05:05Pas parce qu'il serait de gauche, mais parce qu'on confond tout,
05:10et on confond une réunion politique des extrêmes droites
05:13avec un rassemblement international contre l'antisémitisme.
05:16Nous, nous savons, en France, que le rassemblement national
05:21se sert de cette question comme un marchepied pour accéder au pouvoir.
05:26Il instrumentalise la lutte contre l'antisémitisme.
05:29Et nous, les Français juifs, les responsables,
05:33nous avons décidé de ne pas les laisser nous instrumentaliser.
05:37Et nous affrontons la situation la plus dure de notre histoire sur l'antisémitisme.
05:41Ce qui ne nous empêche pas, en même temps, d'affronter l'antisionisme,
05:46crétin et malheureusement assassin.
05:48Vous êtes parfaitement clair. Je me tourne à nouveau vers Boaz Bismuth.
05:51Boaz Bismuth, aujourd'hui le président du rassemblement national,
05:54affirme que son parti, et je cite, le bouclier des juifs de France,
05:58c'est aussi votre avis ?
06:00Les juifs de France ne ressemblent pas comme tel.
06:02Pardon ? C'est Patrick Klugman qui vient de me répondre là.
06:04Je sais pas, je sais pas.
06:06Oui, oui, oui, j'ai bien entendu, pardonnez-moi.
06:08Puisque vous avez entendu ma question, vous pouvez répondre aussi.
06:10Je donnerai ensuite la parole à Boaz Bismuth.
06:12Je vais vous dire la chose suivante. D'abord, j'ai écouté monsieur Klugman,
06:15qui est un ami d'Israël et qui combat les antisionistes,
06:19et je le remercie pour cela.
06:20Sauf qu'il doit comprendre une chose.
06:21Nous sommes aujourd'hui ici en Israël et nous connaissons,
06:24pas moins bien que lui, un petit peu, nos frères,
06:27nos frères les juifs de France.
06:29Dès le moment où il dit une phrase comme « tous les juifs de France »,
06:31donc déjà il se discrédite de ce qu'il dit.
06:36Il se discrédite parce qu'il sait très bien que ce ne sont pas tous les juifs de France.
06:41La preuve, on les entend, on les voit, ils sont là.
06:43J'ai même cité des personnalités qui soutiennent cette visite.
06:46Non, je vous dis quelque chose.
06:47Moi, je parle d'un point de vue d'Israélien.
06:49Je vous parle d'un point de vue d'un député israélien ou d'un citoyen israélien.
06:54Le 7 octobre est quelque chose qu'on n'a pas connu.
06:56C'est d'une envergure biblique.
06:58C'est quelque chose d'énorme.
06:59C'est quelque chose dont 500 ans, on parlera encore.
07:02Malheureusement, je le dis encore, je reviens par exemple
07:04de l'Assemblée nationale, du Conseil de l'Europe.
07:07Et je vois tous ces partis, y compris de gauche et de centre,
07:12qui ne soutiennent pas Israël.
07:14Je vois les rapports qu'ils écrivent.
07:15Et puis, il y a des partis qui nous soutiennent et qui ont évolué.
07:19Et je peux vous garantir que s'il s'agissait du Front National,
07:23pas du RN, mais du FN de l'époque, que je vous ai cité, des années 90,
07:28qui auraient voulu soutenir Israël et prendre, si vous voulez,
07:30un petit peu Israël en autostop pour des raisons opportunistes,
07:33croyez-moi qu'on l'aurait su et croyez-moi que les portes auraient été fermées.
07:36Sauf que le FN est devenu le RN, je le répète encore,
07:40a fait son nettoyage, sont venus en tant qu'amis d'Israël.
07:44On regarde aujourd'hui vers, on regarde devant, on ne regarde pas derrière.
07:47Et les vrais ennemis d'Israël aujourd'hui, c'est l'extrême gauche,
07:49c'est des islamistes. Ce sont ça nos ennemis.
07:52Le monde a changé.
07:53Et si aujourd'hui, je propose à M. Klugman un livre qu'il a dû lire,
07:56je suppose, « Le monde hier » de Stefan Zweig.
07:58Le monde est en train de changer, les partis aussi.
08:01Je pense que Patrick Klugman est resté, bien qu'il soit beaucoup plus jeune que moi,
08:04est resté cloué dans des années précédentes.
08:07Nous, on avance ici en Israël parce que l'intérêt d'Israël est autant qu'important.
08:11C'est très, très bien de s'asseoir à Paris dans les très beaux cafés,
08:14comme ça de donner des leçons de morale.
08:16Nous, c'est un combat pour notre survie.
08:19Patrick Klugman, on vous laisse répondre, bien entendu.
08:21Quelques mots. Moi, j'aime bien la phrase « On avance », Kadima en hébreu,
08:26mais il ne faut pas que le fait d'avancer soit une affaire d'amnésie.
08:30Alors moi, on ne va pas parler du FN, parce que j'ai compris que ça embête Boas et je le comprends.
08:34En parlant du RN, encore une fois, je répète Boas, pardon, le RN, Bardella,
08:41ce jeune leader du jeune RN, est incapable de dire que Jean-Marie Le Pen était antisémite.
08:46Ça, c'est aujourd'hui. Pas plus tard qu'il y a quelques mois, au mois de juillet 2024.
08:51Nous avons eu des élections législatives en France.
08:54Il y a eu plus d'une dizaine de candidats du RN,
08:58avec qui on a retrouvé les uns faisant le salut nazi, les autres avec un déguisement de SS, etc.
09:07Ils n'ont même pas su faire le ménage dans leur rang.
09:10Je ne vous parle pas du FN, je ne vous parle pas d'il y a dix ans,
09:13je parle d'il y a six mois, des dernières élections législatives.
09:15Donc, non seulement ils n'étaient pas prêts sur le plan politique, économique,
09:19mais surtout, même ça, même ce ménage essentiel d'enlever les néo-nazis de leur rang comme candidats,
09:25ils n'avaient pas su le faire.
09:28– Nous n'avons pas changé d'époque, Patrick Le Gman.
09:31– Excusez-moi, je ne dis pas, une seconde, et je n'ai pas de leçon de lutte contre l'antisionisme
09:38ou l'antisémitisme à recevoir, surtout de quelqu'un qui les donnerait depuis l'étranger,
09:42car je suis un militant actif sur ces questions.
09:44Je dis juste qu'il est évident que l'extrême-gauche,
09:47enfin, la LFI est entrée dans une stratégie d'instrumentalisation de cette question,
09:54mais, en l'occurrence, ce n'est pas parce que nous avons des nouveaux amis
09:58que nous avons forcément des nouveaux amis en face,
10:00et nous, juste, ne laissons pas cette question instrumentalisée,
10:03nous ne sommes pas là pour qu'il y ait la démarche politique.
10:06– J'ai 30 secondes à vous donner, Boaz Bismuth, et je confirme.
10:09– Alors, j'ai fait une question politicienne,
10:13juste à vous répondre, que quand vous parlez de l'étranger, c'est d'Israël, finalement,
10:18Israël, c'est un étranger un peu légitime, je pense, pour vous, de donner son point de vue.
10:22M. Bravella, qui arrive ici, arrive en tant qu'ami,
10:25je vous défie aujourd'hui de me donner ces nazis, entre guillemets,
10:29ou pas entre guillemets, qui se trouvent aujourd'hui,
10:31qui se situent dans son parti, je pense, encore une fois, qu'ils ont fait le nettoyage,
10:34et ma question à vous, M. Klugman, que je respecte beaucoup,
10:36elle est très simple, à moi, Israélien, expliquez-moi, moi, Israélien,
10:39est-ce que M. Klugman est plus moral, est-ce qu'il est plus adapté à me donner des conseils,
10:46plus que, par exemple, un monsieur comme Serge Glasfeld ?
10:49C'est tout ce que je vous demande.
10:52Merci beaucoup, B. Smut, d'avoir pris la parole.
10:55Patrick Klugman, je sais que c'est très frustrant, je ne peux pas vous redonner la parole,
10:58mais en tout cas, on était heureux de vous entendre débattre ce soir sur l'antenne d'RTL.
11:02Merci infiniment à vous deux.
11:03Dans un instant, le journal de 18h30, puis à 18h40,
11:06nous reviendrons sur les salaires des joueurs de foot de Ligue 1,
11:09nos confrères de l'équipe les publient, alors, qui gagne le plus, le moins,
11:12et qu'est-ce que ces chiffres, souvent faramineux, nous disent finalement aujourd'hui du foot tricolore ?
11:17Analyse avec l'un des auteurs de l'enquête, Loïc Tanzy, dans moins de 15 minutes.
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