00:02Avec des comptes dans le rouge, l'Etat est-il condamné à l'impuissance face à la crise des carbures
00:07en pire ?
00:07Au lieu d'aider les Français, les entreprises, va-t-il leur demander davantage d'efforts en pleine guerre au
00:12Moyen-Orient ?
00:13Un comité d'alerte des finances publiques se tient dans un peu plus d'une heure.
00:17Bonjour Roland Lescure, ministre de l'économie et des finances, merci d'être avec nous ce matin sur RTL.
00:22Il va falloir en trouver combien ? Combien de milliards d'euros allez-vous devoir économiser en urgence ?
00:27Écoutez-moi, je rentre de Washington où j'ai rencontré l'ensemble de mes homologues mondiaux.
00:32On a beaucoup échangé notamment avec les ministres du Golfe.
00:34Cette crise, elle est encore extrêmement incertaine dans son déroulement, dans son impact économique et donc dans son impact sur
00:41les finances publiques.
00:42Donc l'idée de ce comité d'alerte, on ne change pas une méthode qui a réussi l'année dernière,
00:46qui nous a permis d'atterrir sur un déficit public inférieur à celui qu'on attendait, c'est de piloter
00:50au plus près.
00:51Donc on examine l'impact potentiel de la crise.
00:54A ce stade, il est encore très large.
00:56On parle de 4 à 6 milliards d'euros d'impact potentiel.
00:59Et on regarde ce qu'on peut faire en face en termes de ce que j'appellerais mesure de précaution.
01:04Je ne vais pas vous en donner une dette d'arrivée ce matin parce que j'en garde la primeur.
01:07Nous en gardons la primeur pour les parlementaires.
01:09On rencontre des parlementaires à 9h, c'est la moindre des choses.
01:11Mais voilà l'ordre de grandeur que je vous donne.
01:13Donc 4 à 6 milliards, vous confirmez ces chiffres-là ?
01:16Ça, c'est l'ordre de grandeur à ce stade du coût de la crise.
01:19Donc tel qu'on peut l'estimer, ça a un impact notamment sur le coût de la dette qui est
01:25en hausse parce que les taux d'intérêt ont monté.
01:27Là, on est autour de 3 milliards 6.
01:293 milliards 6 à peu près.
01:30Et d'autres coûts dont d'ailleurs les mesures de soutien.
01:33Je suis en mesure de vous annoncer, le Premier ministre s'y était engagé, à ce qu'on travaille sur
01:38des mesures de soutien pour le mois de mai.
01:40Il nous réunit...
01:41Le prolongement des mesures qui sont déjà en cours, on va y revenir peut-être.
01:44Voilà, on avait des mesures de soutien au mois d'avril et on va poursuivre ça au mois de mai.
01:49Juste, vous nous avez dit on ne va pas changer une méthode qui marche.
01:51Il y a déjà eu des comités d'alerte comme ça sur les finances publiques.
01:54A chaque fois, ça s'était accompagné de mesures d'économie de l'ordre de 5 milliards.
01:58Ça veut dire qu'il faut s'attendre à ce que ces mesures soient aussi annoncées aujourd'hui ?
02:02C'est ça que vous allez dire aux parlementaires ?
02:03À ce stade, on est dans une logique de précaution.
02:06Les mots comptent, c'est-à-dire qu'on ne va rien annuler.
02:08Mais on peut être amené à prendre des mesures de précaution.
02:11Dans le langage technique, ça s'appelle du gel.
02:13C'est-à-dire qu'on gèle des dépenses, qu'on peut ensuite dégeler si ça va mieux.
02:17Donc on va mettre en place des mesures de précaution.
02:19Et c'est ce qu'on va annoncer effectivement aujourd'hui aux parlementaires.
02:21Vous dites un ordre de grandeur de 4 à 6 milliards.
02:23On a bien compris qu'on n'aurait pas le chiffre précis.
02:25On est au 53ème jour de guerre aujourd'hui au Moyen-Orient.
02:29L'issue ne semble pas se dessiner dans l'immédiat.
02:33Ça veut dire que si ça dure, ce chiffre risque de grimper aussi ?
02:37Écoutez, aujourd'hui, on l'annonce, on l'avait déjà rendu public la semaine dernière,
02:42on revoit la baisse de nos prix de croissance de 1% à 0,9%.
02:45Donc une révision relativement modeste.
02:47Elle est en phase avec tout ce que j'ai entendu à Washington la semaine dernière,
02:50c'est-à-dire une économie mondiale plutôt résiliente en entrée de crise,
02:54mais qui prend un ralentissement.
02:55Les risques autour de ça, ils sont dans les deux sens.
02:58Mais il faut reconnaître que si le conflit dure, s'il s'intensifie,
03:02on est plutôt dans une accalmie depuis quelques jours.
03:04Vous savez que les prix à la pompe, ils ont baissé de 20 centimes par rapport au plus haut pour
03:08le gasoil.
03:08On avait monté de 70.
03:10Donc ça donne à peu près une idée d'ailleurs de là où on en est vis-à-vis de
03:13la crise.
03:13Ça fait toujours plus 50.
03:16Et donc c'est moins élevé qu'il y a 15 jours.
03:20Très bien.
03:21Mais il faut que ça se poursuive.
03:22Et pour ça, il faut que la crise se calme.
03:24Et donc vous dites un gel des dépenses pour l'instant.
03:26Ça veut dire aussi peut-être supprimer des lignes de crédit.
03:30Il y a déjà des propositions qui fleurissent de part et d'autre.
03:33À gauche, l'insoumis Ricoquerel vous conseille plutôt d'augmenter les impôts
03:37avec peut-être une taxe exceptionnelle sur ceux qui ont tiré profit de cette crise pétrolière.
03:43À droite, Philippe Juvin est l'air rapporteur général du budget.
03:46L'insouis des pistes d'économie, par exemple, en disant
03:50on a une démographie qui baisse, moins d'élèves à venir.
03:53Est-ce qu'il ne faut pas, par exemple, supprimer un certain nombre de postes d'enseignants ?
03:56Et c'est exactement l'objet de ce comité d'alerte.
03:59Éric Coquerel et Philippe Juvin seront là.
04:01On est là pour les écouter.
04:03On est là pour débattre.
04:04Et ensuite, on fera des annonces.
04:06Il y a déjà des pistes que vous écartez, non ?
04:08Pas d'augmentation d'impôts.
04:09C'est toujours vrai aujourd'hui ?
04:10C'est toujours la ligne du gouvernement ?
04:11Parce que, au point de vue impôts, on est quand même champion du monde.
04:13Donc, il n'y en aura pas d'autres.
04:14Donc, on pourrait imaginer les augmenter davantage.
04:16Il y a un sujet autour d'un éventuel prélément exceptionnel.
04:19On n'en est pas là sur des entreprises ou des secteurs
04:22qui auraient profité particulièrement de cette crise.
04:25Cette porte-là n'est pas fermée ?
04:26On ne la ferme pas.
04:27On a demandé à la Commission européenne de travailler là-dessus.
04:29On verra s'il y a des bonnes idées qui courent.
04:31Il ne faut pas se leurrer.
04:32On n'est pas un pays producteur de pétrole.
04:35Cette crise, c'est essentiellement un transfert de ceux qui importent du pétrole
04:41au profit de ceux qui en exportent.
04:43On n'en exporte pas.
04:44Donc, on ne va pas avoir une ardoise magique qui va nous permettre d'effacer les effets de la crise
04:50comme ça.
04:51Mais, on ne s'interdit rien, évidemment, dans le cadre du débat budgétaire.
04:55Ce sera à l'automne.
04:56Mais, en attendant, imaginez qu'on va régler le problème de la crise iranienne
04:59par un prélèvement supplémentaire.
05:01Je pense que c'est se mettre le doigt dans l'œil.
05:03Ce n'est pas la première fois que les insoumis nous demandent d'augmenter les impôts.
05:06Ce n'est pas la première fois que vous refusez non plus.
05:08Exactement.
05:08Bon, on est dans Pavlov.
05:10Ils nous demandent d'augmenter les impôts.
05:11Nous, on dit non.
05:12J'imagine que ce débat va se poursuivre une fois de plus.
05:15Vous nous l'avez dit un petit peu tout à l'heure.
05:16Le gouvernement entend prolonger les mesures de soutien qui ont déjà été annoncées
05:21et qui sont entrées en vigueur, d'ailleurs, cette semaine, pour le secteur routier.
05:26D'euros, si on compte secteur routier, agriculteur, pêcheur, tout ça sera prolongé en mai ?
05:30Alors, on a une réunion avec le Premier ministre.
05:32Il nous a demandé de lui faire des propositions pour le mois de mai.
05:34A la fois sur le prolongement éventuel de ces mesures et peut-être sur d'autres idées.
05:38Ça veut dire que d'autres secteurs pourraient être aidés à leur tour ?
05:41On peut, on peut.
05:42Le Premier ministre a dit, notamment, il s'intéressait, j'allais dire, de près au sort des gros rouleurs
05:45qui sont en première ligne face à cette crise.
05:47Qu'est-ce que vous appelez les gros rouleurs ?
05:48Que les gens qui nous entendent comprennent ce matin s'ils sont concernés ou pas ?
05:51Des gens qui utilisent leur véhicule dans le cadre professionnel
05:54et qui, du coup, se retrouvent face à des hausses de prix.
05:58Donc, les commerciaux, les infirmières libérales, par exemple ?
06:00Écoutez, on va annoncer ça.
06:03Le Premier ministre va les annoncer en fin de journée.
06:05Réunion à 16h30 pour lui présenter nos idées.
06:07Il va arbitrer, comme on dit, et les annoncer dans la foulée.
06:10Donc, on attend des annonces ce soir de Sébastien Lecornu.
06:13Et on suivra ça, évidemment, sur RTL pour en connaître le détail.
06:18Votre collègue, David Amiel, ministre du Budget, l'a dit,
06:21il faudra de toute manière tout compenser à l'euro près.
06:25Le surplus généré par cette TVA liée à la hausse du prix du carburant
06:30va suffire à absorber tout ça ?
06:32Non.
06:33Là encore, il n'y a pas de recette magique.
06:35On a eu l'occasion de le dire sur le mois de mars.
06:36Et là aussi, tout à l'heure, devant les parlementaires,
06:38on va actualiser les chiffres sur les deux premières semaines du mois d'avril.
06:41Ce qu'on gagne un petit peu d'un côté, du côté de la TVA,
06:44on le perd ailleurs.
06:46Donc, on est vraiment dans une logique où l'État,
06:48on a dit à peu près 4 milliards d'euros directs d'impact sur les frais d'endettement,
06:53ne s'enrichit pas sur la crise.
06:54Donc, ceux qui nous font croire qu'on peut baisser la TVA,
06:58gagner de l'argent, aider les Français,
07:00là encore, ils se mettent le doigt dans l'œil et ils mentent aux Français.
07:03Il faut être rigoureux face à cette crise.
07:06J'ai entendu ici ou là, j'ai même entendu un de vos auditeurs tout à l'heure dire
07:09« Faites comme en Espagne ».
07:10C'est ça, c'est Nicolas dans le journal de 7h qui disait « Baisser la TVA ».
07:134 milliards d'euros.
07:144 milliards d'euros, rien que pour baisser la TVA,
07:16sans doute plus si on la baisse jusqu'au niveau de 5% dont parlait votre auditeur.
07:21Ce qu'on comprend, c'est que ce que nos voisins sont capables de faire aujourd'hui,
07:24la France ne peut pas le faire et c'est la conséquence de mauvaise gestion des années précédentes.
07:27Non, vous savez combien était l'inflation en décembre en Espagne ?
07:30Plus de 2%.
07:30Chez nous, elle était de 0,7%.
07:32Mais la croissance était aussi nettement supérieure à la France.
07:34On se retrouve aujourd'hui, face à un pouvoir d'achat espagnol, beaucoup plus éreinté par la crise.
07:41Et donc, ils prennent des mesures beaucoup plus importantes.
07:43Moi, je préfère être dans un pays où l'inflation est modérée,
07:46où on compte l'euro public de manière parcimonieuse pour éviter d'avoir à rembourser demain.
07:51C'est la chance de la France, si je puis dire, d'avoir une inflation plus contenue qu'ailleurs.
07:55En Espagne, on était au-delà de 2,5 en décembre, on était en dessous de 1 en France.
07:59Les Français comme Nicolas, qui vous demande un coup de main pour les aider à faire le plein,
08:05vous entendent depuis quelques semaines répondre électrification.
08:08Oui, et c'est essentiel parce qu'au fond, j'allais dire, il faut profiter de cette crise
08:13pour faire en 2026 ce qu'ont fait nos prédécesseurs dans les années 70.
08:17Profiter pour changer la France en profondeur électrifiée.
08:20Oui, alors vous avez annoncé notamment ce nouveau leasing social,
08:24c'est cette offre de voitures électriques à loyer modéré à partir de juillet.
08:28Maud Bréjon a parlé de 50 000 véhicules, 50 000.
08:32C'est peu juste pour donner un ordre de grandeur,
08:33il y a à peu près 40 millions de voitures particulières dans le pays.
08:37Ça va suffire à amorcer une révolution ?
08:39Non, aujourd'hui, il y a 25% des véhicules vendus en France,
08:42un peu plus même sur le dernier mois, qui sont électriques.
08:45Donc on va bien au-delà.
08:46Mais sur les personnes qui en ont le plus besoin,
08:48et qui ne peuvent pas aujourd'hui se payer un véhicule électrique,
08:50on en place le leasing social.
08:51Il y en a déjà 100 000.
08:53C'est pour les ménages qui gagnent 2 200 euros au maximum en moyenne par mois.
08:56Exactement. Alors on a eu 50 000 nouveaux véhicules électriques en 2024,
09:0150 000 en 25, 50 000 en 26,
09:04plus 50 000, là encore, destinés directement à des rouleurs.
09:08Le vrai sujet aujourd'hui, c'est souvent les bornes électriques.
09:11On nous dit, il n'y a pas assez de bornes.
09:12Ce que je peux vous annoncer aujourd'hui,
09:14c'est grâce à la Caisse de dépôt et consignation,
09:16on va multiplier les bornes électriques dans les copropriétés.
09:19Les maisons individuelles, c'est facile,
09:20vous mangez une borne dans votre garage, il n'y a pas de problème.
09:23Dans les copropriétés, c'est souvent la contrainte.
09:24Combien ?
09:25Aujourd'hui, on a un peu plus de 100 000 bornes
09:28qui représentent à peu près 400 000 places de parking.
09:31On va passer à 1,7 million.
09:32Donc 1,2 million de places de parking électriques dans les copropriétés,
09:36en plus, d'ici 2035, c'est énorme.
09:39Et ça, c'est financé avec la Caisse de dépôt ?
09:42La Caisse de dépôt qui finance, je dirais, les investissements.
09:47Il ne faut pas oublier que derrière, on s'y retrouve.
09:50On y gagne.
09:51Je pense que l'année 2026,
09:52quand on regardera avec du recul,
09:55sera l'année où la France a pris le virage du tout électrique.
09:58Et on en sera fiers,
09:59comme on peut être fiers aujourd'hui,
10:00du virage du tout nucléaire qui a été pris dans les années 70.
10:02On a compté sur RTL pour regarder ça
10:05et jauger de cette année 2026.
10:07Merci Roland Lescure.
10:08On va surveiller les annonces de Sébastien.
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