00:00Je regarde la salle, je vois que la réaction est positive,
00:04je n'entends pas d'objection.
00:05L'accord de Paris pour le climat est accepté.
00:11Un moment historique qui fêtera ses 10 ans cette année.
00:15Pour la première fois, presque tous les pays du monde
00:18s'accordaient sur un objectif chiffré pour lutter contre le changement climatique.
00:23Mais ce qu'on ignorait encore, c'est que loin de baisser,
00:26les émissions de gaz à effet de serre allaient continuer d'augmenter.
00:30L'année dernière a été l'année la plus chaude jamais enregistrée
00:34au niveau mondial depuis 1850,
00:40dépassant l'objectif emblématique d'1,5 degré de l'accord de Paris.
00:44Ça ne signifie pas pour autant que l'accord est caduque
00:47et que tous les efforts doivent cesser.
00:48Chaque dixième de degré aura un impact sur certaines zones du monde, par exemple.
00:53Pour créer de l'instabilité, en créant des migrations, en créant peut-être des conflits.
00:56Et même si la trajectoire est mauvaise,
00:58mathématiquement, le 1,5 degré reste toujours atteignable.
01:03La somme des technologies qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre
01:07dans le transport, dans l'énergie, dans le bâtiment, dans l'industrie, dans l'agriculture,
01:11si on devait déployer ces technologies, eh bien, on peut encore rejoindre le 1,5 degré.
01:17Avant l'accord de Paris, l'économie de l'Atlantique
01:20Avant l'accord de Paris, toutes les parties étaient engagées dans le protocole de Kyoto,
01:23qui ne demandait qu'aux États qui étaient historiquement responsables du changement climatique
01:28de réduire leurs émissions.
01:29À partir de l'accord de Paris, tout le monde est appelé à contribuer.
01:33On est dans une logique qui doit conduire à plus de coopération.
01:36Donc, on n'a plus d'obligation, on a des engagements volontaires.
01:39Ces engagements volontaires, on les évalue par période de cinq ans
01:42et on est censé les remettre à jour et les améliorer à ce moment-là.
01:45Les plus gros pays de l'Atlantique sont les Etats-Unis.
01:49Les plus gros émetteurs historiques, comme les Etats-Unis ou l'Europe,
01:52sont aussi censés financer la transition dans les pays du Sud.
01:55Ces financements étaient censés atteindre 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.
02:01On a été en retard et c'est un niveau qu'on a atteint plutôt en 2022-2023
02:05et monté ensuite significativement à partir de 2025.
02:09Et c'est tout l'enjeu de la COP 29 et de la COP 30 qui est à venir,
02:12de définir le nouveau cadre de financement et les nouvelles ambitions.
02:16Mais surtout, l'accord de Paris introduit une cible claire en termes climatiques,
02:20maintenir l'élévation de température bien en dessous de 2 degrés
02:24et si possible sous 1,5 degré.
02:27Ça apparaît en particulier sous la pression d'un groupement de pays.
02:30Ce sont des pays plutôt fragiles et notamment des pays liens.
02:32Ceux qui ont vocation malheureusement à disparaître
02:35et qui sont au milieu du Pacifique notamment ne sont pas les seuls.
02:38Et cette fragilité fait que pour eux, pour nous tous,
02:41mais pour eux tout particulièrement, chaque dixième de degré va compter.
02:44Il y a une différence béante entre 1,5 et 2 degrés.
02:47Et donc c'est ce point essentiel de l'accord de Paris
02:50qui fait que dans le débat, on a installé cette nouvelle référence à 1,5 degré
02:54et nous flirtons désormais avec ce 1,5 degré.
02:57Ce qui conduit à ouvrir un débat plus encore sur l'efficacité de l'accord de Paris
03:02et la possibilité d'atteindre ou de ne pas trop s'éloigner de ses objectifs.
03:07Le réchauffement planétaire est aujourd'hui mesuré avec des outils robustes
03:10combinant observation et modélisation.
03:13On a beaucoup plus de moyens aujourd'hui, notamment de moyens satellitaires
03:17pour avoir d'une part une observation assez précise des émissions
03:20et puis par ailleurs une observation bien plus précise que ça n'était le cas auparavant
03:24concernant la dérive de la température.
03:28En 2024, la température mondiale a pour la première fois dépassé 1,5 degré de réchauffement.
03:34Mais ça ne suffit pas pour autant à invalider l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris.
03:38Les scientifiques dans ce domaine, et je n'en suis pas parce que je suis économiste,
03:42ont établi que pour se garantir que nous avons franchi un seuil,
03:47on ne peut pas le faire uniquement sur la base d'une année.
03:50Il faut plusieurs années d'observation, notamment parce que pour une année donnée,
03:55on peut avoir des perturbations, notamment liées à l'activité volcanique,
03:59qui peut avoir une incidence sur la variation de la température.
04:02Il est donc important de rester prudent face à la grande variabilité du climat.
04:07Même s'il y a bien longtemps que la tendance, elle ne souffre plus d'aucune ambiguïté.
04:11Il est certain que la température monte.
04:13Qu'elle monte tout particulièrement et très fortement depuis la fin du siècle dernier,
04:17depuis 1990, qui d'ailleurs correspond aussi à la chute du mur de Berlin,
04:21au déploiement de la globalisation.
04:23Donc il y a également une corrélation avec cette accélération des activités humaines.
04:27Et donc tous ces éléments font qu'aujourd'hui, finalement,
04:31il n'y a pas de doute qu'on n'est pas très loin d'un degré et demi.
04:34Mais il n'y a pas de doute cependant, et c'est un point qui est absolument essentiel,
04:37que même si nous devions dépasser, ce qui est assez plausible, ce degré et demi,
04:41il faudrait continuer à se battre.
04:43Enfin, je ne sais pas comment le dire, mais avec les dents.
04:45Il ne faudrait pas que nous soyons impressionnés par cette perspective
04:49d'être désormais à proximité d'un degré et demi
04:52et que nous concluions à partir de là que l'action climatique est un échec
04:56et que l'accord de Paris est un échec.
04:59Le budget carbone restant pour limiter le réchauffement à 1,5 degré
05:03est d'environ 200 gigatonnes de CO2,
05:06soit 4 ans d'émission au rythme actuel.
05:09Et même si tous les pays respectaient leurs engagements,
05:12les projections prévoient un réchauffement bien supérieur d'ici la fin du siècle.
05:16Ça nous conduirait vers une dérive du climat qui pourrait tendre vers 3 degrés.
05:21Donc très, très au-delà de l'accord de Paris.
05:23Donc un monde évidemment tout différent du monde actuel.
05:26Il faut quand même noter que l'accord de Paris a permis d'éviter le pire.
05:30Mais les efforts restent largement insuffisants
05:33et les impacts du réchauffement,
05:34qui étaient initialement attendus pour la seconde moitié du siècle,
05:37sont déjà bien visibles aujourd'hui.
05:39Ce que disent les recherches scientifiques à l'heure actuelle,
05:41c'est que l'horizon s'est rapproché
05:42et que des phénomènes qu'on imaginait devoir rencontrer
05:46dans la deuxième partie du siècle,
05:48eh bien on va devoir s'y confronter.
05:49On s'y confronte pour certains d'ores et déjà,
05:52qu'ont fait les feux en Californie, par exemple,
05:54qui ont été précédés il y a assez peu de temps,
05:56deux, trois ans, par des feux massifs au Canada.
05:59De plus, ces prévisions ne tiennent pas compte des bouleversements politiques,
06:03comme par exemple le retour d'un climato-sceptique à la Maison-Blanche.
06:06Évidemment, c'est très problématique en termes de signal,
06:09et ça l'est notamment parce qu'on a la garantie
06:11que l'État fédéral ne contribuera pas
06:14aux financements qui vont être au cœur
06:16de la prochaine phase de mise en œuvre de l'Accord de Paris.
06:19Il faut augmenter sensiblement les financements
06:21schématiquement du nord au sud,
06:22et donc il n'y aura pas un dollar de l'État fédéral.
06:25En revanche, ça ne sera pas nécessairement le cas des États locaux,
06:29et notamment des États démocrates,
06:31qui auront la possibilité de contribuer à ces financements,
06:34ou de certaines grandes collectivités,
06:35notamment des grandes villes aux États-Unis ou des entreprises.
06:39Il paraît donc peu probable que le monde parvienne à stabiliser
06:42le réchauffement au niveau de l'année 2024.
06:46Néanmoins, ces dix dernières années,
06:47beaucoup de progrès ont été accomplis dans des domaines
06:50comme l'énergie ou les transports pour accélérer la décarbonation.
06:54Et leur adoption dans nos vies quotidiennes dépend désormais
06:57tout autant de logiques économiques que d'une volonté politique.
07:00Évidemment, le ton tout à fait martial et la détermination,
07:04le cynisme d'ailleurs, dont font preuve Donald Trump,
07:06en tout cas les gens qui l'entourent,
07:07à l'encontre du climat, est assez nauséabond, disons-le.
07:10Mais de fait, l'état des technologies décarbonées,
07:14qui sont très directement en concurrence avec les énergies fossiles,
07:17n'est plus du tout ce qu'il était au moment de sa première élection.
07:21Et c'est un point d'attention qui me paraît tout à fait important
07:24et un point d'espoir.
07:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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