00:00Bonjour Alexandre Azoulay, vous êtes docteur de l'université Côte d'Azur,
00:14laboratoire Gredegg CNRS.
00:17« Breaking the mirror to face digital convergence, the role of selective mirroring in the trade-off
00:23between value creation and capture mechanisms. »
00:26Alors ça, on est typiquement dans le titre de papier académique.
00:30C'est en gros, il faut casser le miroir.
00:32Donc on va essayer de décrypter ensemble, passer de l'académique aux pratiques
00:35et aux enseignements pour la pratique et pour les professionnels.
00:39C'est quoi cette hypothèse du miroir ?
00:41Alors l'hypothèse du miroir prône un principe assez simple.
00:45Les organisations ont tendance à se structurer en symétrie des systèmes techniques qu'elles
00:50développent.
00:51Donc cette hypothèse peut s'entendre à la fois d'un point de vue interne,
00:54donc l'organisation de l'entreprise, d'un point de vue externe,
00:57les relations entre l'entreprise et ses partenaires, mais aussi plus largement,
01:00d'un point de vue industriel.
01:01Donc globalement, l'idée qu'il y a derrière cette hypothèse,
01:04c'est qu'une entreprise peut agir sur l'architecture de ses produits,
01:09leur structure interne, pour influencer, optimiser l'organisation de ses activités.
01:14D'accord.
01:14Pour bien comprendre la portée de cette hypothèse, il faut en revenir au principe
01:18de modularité qui caractérise globalement les caractéristiques d'un système qui peut
01:24être décomposé en différents éléments relativement interdépendants.
01:27Ce que souligne la littérature, c'est que la conception d'une architecture
01:32modulaire d'un système technique permet de développer une organisation modulaire,
01:38ce qui présente différents avantages, réduction des coûts de coordination,
01:42optimisation des processus d'innovation, et notamment permet de simplifier les relations
01:47avec les partenaires dans le cadre de stratégies de sous-traitance.
01:49Alors, question immédiate, vous prenez le secteur de l'automobile,
01:52pourquoi cette hypothèse est particulièrement importante dans le secteur de l'automobile ?
01:55Alors pourquoi ? Parce que depuis la fin des années 90, les constructeurs automobiles
02:00ont misé sur la modularité pour développer des stratégies de sous-traitance et organiser
02:06de vastes réseaux de fournisseurs en externalisant le développement de certaines parties de leur
02:11véhicule. C'est particulièrement vrai dans le domaine de l'électronique automobile.
02:16Les constructeurs ont développé des architectures électroniques modulaires
02:19pour pouvoir sous-traiter les développements des modules. L'objectif de ces stratégies était
02:24principalement de pouvoir se concentrer sur leur cœur de métier, la conception et l'assemblage
02:29mécanique des véhicules. Une contrepartie a été pour eux de ne pas développer en interne
02:36les compétences liées au développement électronique, mais aussi au développement
02:40des logiciels embarqués dans ces véhicules. D'accord. Quand on prend l'ensemble de ces
02:45éléments, finalement, qu'est-ce que vous identifiez dans votre travail comme levier ?
02:50Un élément important à noter dans le contexte actuel du secteur automobile,
02:56c'est la dynamique de convergence numérique. On note la multiplication des fonctionnalités
03:01numériques dans les véhicules, notamment les aides à la conduite, les systèmes d'infodivertissement,
03:05les services de mobilité. Ce qui vient bouleverser l'industrie et participe de l'entrée de nouveaux
03:12acteurs, typiquement les GAFAM. Cela pose un enjeu stratégique de première ordre pour les
03:16constructeurs qui est de reprendre le contrôle de leur logiciel. Il y a donc là véritablement un
03:20enjeu d'adaptation des constructeurs. Cet article se concentre sur l'analyse de la stratégie d'un
03:26constructeur qui brise progressivement le miroir, notamment dans l'organisation des activités de
03:33développement de ces modules électroniques. L'objectif est de développer de nouveaux modèles
03:37d'organisation des développements de ces modules qui lui permettent de réintégrer des compétences
03:43en ce qui concerne le développement de ces logiciels et de reprendre le contrôle de ces
03:48logiciels. L'article met en avant quatre modèles qui correspondent à quatre degrés de symétrie
03:52différents. Ces quatre modèles sont employés en fonction des intérêts stratégiques des modules.
03:57Ok, avant de rentrer dans ces modèles, est-ce que j'ai bon si je dis toute entreprise doit
04:03se poser la question de savoir s'il ne faut pas qu'elle brise son propre miroir ?
04:05Alors en effet, ce que montre cet article-là, c'est en accord d'ailleurs avec la littérature,
04:12qu'il y a une forme d'inertie lorsqu'il y a une situation de symétrie entre architecture et
04:17organisation. Donc toute entreprise peut se poser cette question-là, notamment quand on observe le
04:23fait que la convergence numérique touche un certain nombre de secteurs.
04:26D'accord, donc il faut parfois savoir s'auto-infliger de l'incertitude et donc briser son propre miroir.
04:33En effet, et cet article montre bien que la stratégie de symétrie sélective proposée par
04:40le constructeur constitue une véritable stratégie d'adaptation qui permet au constructeur de faire
04:45face aux enjeux de la convergence numérique.
04:46« Breaking the mirror to face digital convergence », donc briser le miroir pour faire face à la
04:52convergence digitale, c'est dans la revue Management, on va le répéter. Merci beaucoup,
04:58et donc à lire, disponible en Open Access, en accès libre. Merci à vous.
05:01Merci Jean-Philippe Denis.
05:10Merci à Jean-Philippe Denis et à l'équipe de l'Université d'Ottawa.
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