00:00Et tout de suite, l'invité de RTL Matin, Thomas vous recevez aujourd'hui, le patron des patrons, Patrick Martin, le président du MEDEF.
00:08Bonjour et bienvenue sur RTL Patrick Martin.
00:10Bonjour.
00:11Dites-moi, quand vous ouvrez l'oeil le matin, vous pensez plutôt au ministre de l'économie, Antoine Armand, qui dit attention à l'impôt de trop,
00:16quand il parle de la réduction des allègements de cotisations patronales, ou au Premier Ministre Michel Barnier qui maintient son cap
00:22et fait savoir qu'il refuse de tomber dans toutes ces polémiques stériles ?
00:26Écoutez, je m'interdis de penser à tous ces débats, pour ne pas dire à toutes ces polémiques purement politiques.
00:32Moi, je pense surtout à la situation de l'économie, à la situation de mes 200 000 adhérents,
00:36qui pour la plupart d'entre eux, maintenant, sont quand même un peu soucieux.
00:39Alors, il y a le côté, effectivement, symphonie dissonante, mais il y a quand même deux directions de fond qui ne sont pas les mêmes.
00:45Entre celui qui ne veut pas toucher aux aides, et celui qui dit, maintenant, il faut faire des économies.
00:50Non, je crois qu'il y a un diagnostic partagé, d'ailleurs, je partage moi-même, sur l'état critique des finances publiques.
00:55Après, il y a des remèdes qui sont proposés, qui, effectivement, ne sont pas tout à fait les mêmes.
00:58Évidemment, nous, on pense qu'il faut prendre garde à ne pas alourdir le coût du travail,
01:03à ne pas alourdir la fiscalité, parce que c'est le meilleur moyen de ralentir encore l'activité,
01:07et donc de faire baisser les rentrées fiscales et sociales.
01:10Mais vous avez l'impression, vous, que le gouvernement va matraquer les entreprises,
01:13pour reprendre les mots, là encore, plutôt étonnants, vu sa fonction du ministre de l'économie, Antoine Armand ?
01:17Oui, écoutez, les chiffres sont là.
01:20Si, comme le prévoit, en l'état, le projet de loi de finances et de la sécurité sociale,
01:25les entreprises supportent 8 à 9 milliards d'euros de coût du travail de plus,
01:29pour imager les choses, c'est l'équivalent de 350 000 emplois.
01:33Donc, il faut être très, très attentif à ça.
01:35Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça coûtera 350 000 emplois, l'économie française ?
01:38Oui, ça veut dire que les entreprises ne pourront pas recruter, pour certaines d'entre elles, devront licencier,
01:42et de toute façon, ne pourront pas augmenter les salaires.
01:44Donc, au même moment où le marché de l'emploi se retourne.
01:48Donc, je pense que le législateur et nos gouvernants devraient, quand même, faire attention à ça.
01:53Vous allez accueillir, ce matin, après cette interview, Michel Barnier et Antoine Armand, ensemble.
01:57Il n'y a pas un dispositif de sécurité particulier pour les séparer, a priori ?
02:01Pas plus que d'habitude.
02:02Non, mais qu'est-ce que vous allez leur dire ?
02:03Vous allez leur dire, les gars, on n'y arrive plus, vous nous mettez en danger ?
02:06Non, parce qu'ils nous font l'honneur de nous rejoindre dans le cadre d'un sommet trilatéral
02:10entre les patronats allemands, italiens et français.
02:13Donc, le Medef contient depuis hier, avec qui il y a en particulier l'intervention
02:16de la présidente du Parlement européen.
02:18Et nous, ce dont on veut leur parler, ce qu'on veut entendre, c'est comment l'Europe va évoluer.
02:22Parce que la France dans l'Europe, ça n'existe pas.
02:24Donc, nous, on veut une Europe puissante, comme on veut une France puissante.
02:27Et d'abord, il faut qu'on ait un budget qui tienne la route.
02:29Quelle est la jauge acceptable d'efforts pour vous, pour les entreprises ?
02:33Alors, c'est très difficile de donner un chiffre.
02:35Il faut un moment, parce que là, c'est ce qu'ils calculent.
02:37Il faut faire 60 milliards d'économies au total.
02:39Non, mais il y a eu une confusion, un malentendu entre nous.
02:42Puisqu'au départ, nous, on avait compris qu'il y avait des mesures ciblées et temporaires.
02:46Et qu'à raison d'un tiers au maximum, elles porteraient ces mesures douloureuses
02:50sur les contribuables et singulièrement sur les entreprises.
02:52La réalité des choses, c'est que c'est au moins deux tiers d'efforts pour les entreprises.
02:56Et que dans le package, il y a une part très importante de mesures durables.
03:00Notamment sur les charges sociales.
03:02Moi, mon combat principal, c'est qu'on ait zéro augmentation du coût du travail.
03:07Notamment sur les charges sociales.
03:09Donc pour dire les choses clairement...
03:11Donc c'est 4 à 5 milliards de moins.
03:13Zéro augmentation du coût du travail, vous ne voulez pas qu'on touche aux allègements de charges sociales ?
03:17Mais bien sûr, parce qu'il y a beaucoup de confusion dans ce débat.
03:19On dit qu'il y a des cadeaux aux entreprises.
03:21Ça n'enlève rien au fait que le coût du travail en France est le plus élevé d'Europe
03:25et un des plus élevés au monde.
03:27Donc si on veut être compétitif, performant, redresser notre balance commerciale
03:29et créer des emplois, il faut qu'on ait un coût du travail compétitif.
03:32Ça, c'est le premier combat.
03:34Le deuxième combat, c'est que les grandes entreprises, dont la mienne,
03:36qui est une entreprise de taille intermédiaire,
03:39vont supporter sur 2 ans 12 milliards d'euros d'impôts sur les sociétés de plus.
03:44Mais il ne faut pas rêver, c'est autant d'investissements qu'on ne fera pas.
03:47C'est autant de trésors riches qui vont se dégrader.
03:50Et donc au moment où la croissance ralentit
03:52et surtout où la compétition internationale va se durcir encore
03:55avec les Etats-Unis au premier chef,
03:57c'est un peu, comment dire, à contresens.
03:59Le risque, c'est quoi ?
04:01C'est que ça soit moins confortable pour les entreprises
04:03ou c'est de tuer l'économie, pour dire les choses clairement ?
04:05Parce qu'on a l'impression que tout le monde tourne autour du pot.
04:07Avec les milliards, nous, on n'y comprend plus rien.
04:09C'est quoi le risque aujourd'hui ?
04:11Le risque, c'est que nos décideurs politiques
04:13n'aient pas suffisamment conscience
04:15de la fragilité de la situation
04:17et prennent donc des mesures qui vont aggraver cette situation
04:19là où au contraire, il faudrait doper l'économie.
04:21Mais alors il faut faire quoi ?
04:23Il ne vous a pas échappé qu'on a un déficit budgétaire monstrueux
04:25qu'on va essayer de ramener à 5% l'année prochaine ?
04:27Le gouvernement ne peut pas ne rien faire ?
04:29Mais j'ai commencé par là,
04:31en disant qu'on était tous parfaitement conscients.
04:33Enfin tous, malheureusement pas tous.
04:35Le MEDEF est bien conscient de la situation des finances publiques.
04:37Mais enfin,
04:39il n'y a pas besoin d'aller au bout du monde pour trouver des pays
04:41au sein de l'Union Européenne qui ont fait des efforts
04:43de réduction des dépenses publiques
04:45sans se mettre à feu et à sang,
04:47sans que la population soit dans la rue.
04:49Je pense en particulier au Portugal où ça a été fait
04:51avec beaucoup de détermination, courageusement.
04:53Maintenant le Portugal a une croissance bien supérieure à la nôtre,
04:55un taux d'emploi qui commence à être intéressant,
04:57des finances publiques équilibrées.
04:59Mais je peux parler de l'Espagne aussi.
05:01Et ça s'est fait sous des gouvernements de droite comme de gauche.
05:04Donc il y a une espèce d'interdit
05:06dans l'imaginaire de nos politiques
05:08sur la réduction de la dépense publique.
05:10Pas tout à fait parce que Michel Barrier dans son plan il veut faire
05:12deux tiers de réduction des dépenses publiques et un tiers d'impôt supplémentaire.
05:14C'est ce que j'ai dit tout à l'heure,
05:16ça n'est pas le cas. Alors on a tel ou tel ministre
05:18je dirais courageux,
05:20je pense au ministre de la fonction publique par exemple,
05:22mais il faut qu'on aille beaucoup plus loin,
05:24beaucoup plus loin, beaucoup plus vite.
05:26Et les autres ont réussi à le faire.
05:28Les pays dont je parle, mais c'est vrai d'autres,
05:30c'est vrai du Danemark, ont réussi à baisser
05:32leurs dépenses publiques de 10 points
05:34de produits intérieurs bruts en quelques années.
05:36En France, ça ferait quoi ?
05:38300 milliards d'euros de dépenses
05:40publiques de moins. Donc, d'impôts
05:42de moins et de rétablissement des finances publiques.
05:44On sait que les entrepreneurs ont besoin
05:46de stabilité. Et c'est d'ailleurs ce qui a été mis au crédit
05:48d'Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir,
05:50notamment en matière de fiscalité. Là
05:52aujourd'hui, vous avez l'impression qu'il y a un cap, tout ça,
05:54ça fait une polémique ou c'est Rémi Bricoletout
05:56qui met des rustines là où il peut ?
05:58Je ne connaissais pas Rémi Bricoletout.
06:00Non, voilà.
06:02Alors, à la décharge du Premier ministre,
06:04tout ça se fait dans l'urgence, dans un panorama politique.
06:06Mais est-ce qu'il y a un cap ? C'est important, oui c'est l'urgence,
06:08oui c'est compliqué, mais est-ce qu'il y a un cap ?
06:10Moi, je ne vois pas de cap. Et nous, on est demandeurs
06:12d'un cap, effectivement. Alors, le Premier ministre
06:14a réuni ses ministres en séminaire,
06:16il va annoncer dans les prochaines semaines
06:1850 mesures, je crois, pour précisément
06:20dessiner une trajectoire.
06:22Mais nous, on est un peu dans l'urgence,
06:24parce qu'il y a quand même des dépôts de bilan qui augmentent,
06:26il y a un marché de l'emploi, je l'ai dit, qui se retourne,
06:28il y a des trésoreries qui se tendent.
06:30Alors, je ne veux pas être catastrophiste.
06:32On est à la veille d'une explosion du chômage ou pas ?
06:34Ce matin, dans les échos, la ministre du Travail dit
06:36il y a des tensions, mais il n'y a pas de retournement
06:38du marché du travail. Vous êtes d'accord avec ça,
06:40ou vous êtes moins optimiste ? Non, il y a des situations
06:42sectorielles qui deviennent, pour la plupart, assez
06:44tendues. Le bâtiment, c'est absolument
06:46critique, l'automobile, c'est critique,
06:48la chimie, c'est critique. Donc,
06:50oui, il y a quelques centaines de milliers
06:52de destructions d'emplois qui pourraient se produire.
06:54Un raison de plus pour ne pas... Quelques centaines de milliers ?
06:56Oui, bien sûr. Vous dites
06:58davantage que ce que disait Sophie Binet
07:00de la CGT, il y a quelques jours. Non, mais écoutez,
07:02y compris avec l'économie sociale et solidaire,
07:04on a commis, il y a quelques semaines, à communiquer
07:06démontrant que
07:08si les allègements de charges étaient
07:10enregniés à hauteur de 4 à 5 milliards,
07:12ça occasionnerait, simplement pour l'économie sociale
07:14et solidaire, ce ne sont pas les capitalistes
07:16du MEDEF, simplement pour l'économie sociale
07:18et solidaire, 186 000
07:20destructions d'emplois. Donc, voilà.
07:22J'ai deux petites questions très concrètes. Le Sénat
07:24a voté l'instauration de 7 heures de travail supplémentaire
07:26sans rémunération. Autrement dit, une deuxième journée
07:28de solidarité qui ne dit pas son nom. Vous y êtes favorables ou pas ?
07:30Mais nous, on est favorables. On n'est même pas
07:32favorables. Il est impératif qu'on travaille plus
07:34dans ce pays parce qu'on n'a pas la performance
07:36en termes de pouvoir d'achat, en termes d'équilibre
07:38de... Dans quelle proportion ? Il faut qu'on passe des 35 heures
07:40aux 40 heures ? Déjà, commençons par les 7 heures
07:42sous une forme ou sous une autre, en laissant
07:44aux partenaires sociaux, qui travaillent
07:46très bien, j'espère qu'on y reviendra,
07:48on a signé deux accords formidables
07:50la semaine dernière, aux partenaires sociaux dans les branches
07:52dans les entreprises, le soin d'organiser ça.
07:54Des accords notamment sur l'assurance chômage,
07:56sur le travail des seniors, sur l'usure professionnelle, il y a beaucoup
07:58de choses qui ont été... Oui, mais ça mérite d'être souligné
08:00parce que, quand vous comparez
08:02l'état du dialogue politique et l'état du dialogue
08:04social, je crois que les partenaires sociaux
08:06ne déméritent pas, dont le MEDEF.
08:08Ma dernière question concerne la colère des agriculteurs
08:10qui grondent, même si elle est un tout petit peu apaisée,
08:12en tout cas provisoirement, ce matin.
08:14On dit aussi que le traité de libre-échange,
08:16le Mercosur, pourrait profiter une partie
08:18de notre industrie. Vous y êtes favorables
08:20ou farouchement hostiles, vous, au Mercosur ?
08:22Nous, on regarde avec angoisse le monde
08:24se fermer. L'Europe est exportatrice,
08:26elle a un solde commercial positif,
08:28pas la France.
08:30Et donc, il ne faut pas se priver de déboucher
08:32à travers le monde. Il faut le faire de manière
08:34raisonnée. Il y a probablement certaines clauses
08:36à réviser dans ce traité Mercosur.
08:38Enfin, si vous voulez,
08:40si on ne peut pas commercer avec les États-Unis,
08:42parce que protectionniste avec la Chine, parce que
08:44insidieusement protectionniste et qu'on s'interdit
08:46de commercer avec, en l'occurrence, l'Amérique latine,
08:48avec qui commercera-t-on ?
08:50Donc, vous dites oui, il y a peut-être 10 virgules
08:52à changer, mais sur le principe, c'est oui.
08:54Je vois qu'il y a 20% des salariés français qui travaillent pour l'exportation.
08:56Bon, si demain matin, on dit qu'on n'exporte plus,
08:5820% moins.
09:00Merci beaucoup, Patrick Martin,
09:02d'être venu ce matin sur la tête. Vous nous enverrez un petit message
09:04pour dire comment ça se passe entre...
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