00:00Générique
00:09Moins d'un an après s'être massivement mobilisé, le monde agricole est à nouveau au bord de l'explosion.
00:15Après l'année la plus pluvieuse du siècle et la multiplication des crises sanitaires,
00:19l'annonce de la signature prochaine d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur,
00:25marché commun d'Amérique du Sud, ne passe pas.
00:28L'évidence pour les agriculteurs est d'être une fois de plus la principale variable d'ajustement de Bruxelles.
00:34Dans les faits, le traité entend faciliter les échanges de biens et de services entre l'UE et les cinq pays membres du Mercosur,
00:40Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie, en réduisant fortement les barrières tarifaires.
00:48Les montants en jeu sont colossaux.
00:50Rien que sur les biens, les échanges couvrent plus de 50 milliards d'euros d'importation et d'exportation.
00:55Le solde est plutôt favorable à l'UE, sauf en 2022.
00:59Mais le diable se cache dans les détails, car le contenu de la balance commerciale est profondément déséquilibré.
01:04D'un côté, il y a les biens en agricole, amplement excédentaires.
01:09Les services, dont le solde est lui aussi structurellement positif.
01:13Et pour finir, les biens agricoles, qui sont dans le rouge.
01:16Or, en caricaturant à peine ce qui se négocie actuellement,
01:20c'est bien de faciliter encore plus l'accès au marché sud-américain de la chimie et des automobiles allemandes
01:25contre l'ouverture des marchés agricoles européens au Mercosur.
01:29Viande bovine, volaille, sucre, éthanol principalement.
01:33Certes, des contingentements sont prévus, mais il ne faut pas être naïf.
01:37Les importations vont inévitablement augmenter et elles portent sur des marchés agricoles déjà fragilisés.
01:42L'exaspération des agriculteurs est d'autant plus grande qu'une fois de plus, ils ne se battent pas à armes égales,
01:48les importations ne respectant pas les mêmes normes sanitaires et environnementales.
01:53Une fois de plus, les intérêts agricoles sont mal défendus en Europe et c'est d'autant plus vrai en France.
01:58En cause, une démographie agricole en déclin avec un nombre d'exploitants et de travailleurs divisé par 4 en 50 ans.
02:05Avec cette double implication.
02:07L'effondrement du nombre de Français ayant une compréhension du monde agricole.
02:11Bilan, le fossé se creuse et les tensions sont de plus en plus vives entre les agriculteurs et les néoruraux.
02:17Pour les premiers, la campagne est un espace de production.
02:20Pour les seconds, c'est un lieu de vie qu'ils souhaitent préserver de toute nuisance, bruit, odeur, produits phytosanitaires.
02:27Seconde implication, le délitement de l'influence politique des exploitants agricoles.
02:32Leurs voix portent moins, leurs intérêts sont moins défendus.
02:35Ce recul politique, combiné à la pression des mouvements écologistes, place les paysans dans une situation difficile.
02:42Ils font face à une législation et une réglementation européenne exigeantes, appliquées avec une ardeur militante en France.
02:49Ce surcroît de normes les places en situation de désavantage concurrentiel tant au sein de l'UE qu'à l'international.
02:55Pour les agriculteurs, un enchaînement infernal en trois actes s'est mis en place.
03:00Le premier, une hausse des coûts supérieurs à la concurrence,
03:04alors que la France souffre déjà d'un déficit de compétitivité lié à un coût de travail élevé.
03:10À cela s'ajoute l'encouragement par les pouvoirs publics du bio plus cher à produire et plus globalement la montée en gamme.
03:17Ce faisant, le cœur de gamme a été oublié et l'agriculture française a perdu des parts de marché à l'extérieur comme sur son marché domestique.
03:24En 20 ans, les principales productions de fruits ont chuté de moitié et le secteur des légumes et de l'élevage suit la même trajectoire.
03:31Troisième acte, l'impossibilité de valoriser leurs offres au juste prix.
03:35Industriels, restaurateurs et grandes distributions mettent la pression car les consommateurs refusent de payer plus cher leur alimentation.
03:43L'épilogue, ce sont des revenus sous tension avec en plus une année marquée par une météo capricieuse
03:48qui annuit au rendement et à la qualité de la production et la résurgence des pisotis, grippes aviaires, fièvres catarales, ovines, etc.
03:56Pour nombre d'agriculteurs, agricultrices, sans le revenu du conjoint, c'est la banqueroute.
04:01On comprend mieux leurs désarrois et cette rancœur du monde pisan qui n'attendra pas le 22 février prochain,
04:06date du début du Salon de l'agriculture, pour se rappeler au bon souvenir des pouvoirs publics.
Commentaires