00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h43, bonsoir René Dozière.
00:07Bonsoir Yves Calvi.
00:09Merci de nous rejoindre dans RTL Soir, vous êtes ancien député socialiste de l'Aisne
00:12et grand spécialiste de nos finances publiques.
00:14Le projet de budget pour 2025 présenté par le gouvernement prévoit une hausse des dotations
00:19pour le Parlement mais aussi du budget de l'Elysée, 3 millions d'euros supplémentaires.
00:23C'était vraiment le moment ?
00:25Il faut savoir que ce n'est pas le gouvernement qui fixe les budgets de la présidence de l'Assemblée et du Sénat.
00:32Ce sont ces institutions elles-mêmes qui, depuis la Révolution française, fixent librement leurs budgets.
00:38Par ailleurs, l'Assemblée n'a pas le droit de modifier le budget de la présidence de la République.
00:44Ceci dit, le montant de ces trois budgets représente 1 milliard d'euros
00:52alors que les dépenses publiques, c'est 1 700 milliards.
00:56Donc on est à moins d'un millième des dépenses publiques.
01:00Pardon René Dozière, mais franchement, quand on demande des efforts aux Français,
01:05on n'a pas le mauvais goût, voire l'indélicatesse, de salouer des augmentations.
01:09On a beaucoup d'auditeurs qui nous laissent des messages sur Répondeur RTL au 3210 en ce sens.
01:15Oui, tout à fait. C'est-à-dire que, d'abord, il faut savoir que ces montants, comme je l'ai dit, ne sont vraiment pas du tout excessifs.
01:23Mais ensuite, il y a une possibilité, si vous voulez, de participer pour que ces institutions participent, je dirais, à la rigueur budgétaire qu'on réclame.
01:33C'est de faire comme l'Assemblée l'a fait en 1990 en rendant au budget de l'État des réserves qu'elle avait accumulées au fil des années.
01:45Alors aujourd'hui, l'Assemblée n'a plus de réserves et puis la présidence de la République n'en a pas non plus.
01:49Par contre, le Sénat a plusieurs milliards d'euros de réserves.
01:54Et donc, il pourrait parfaitement participer à cet effort en faisant un geste et en rendant une partie de ses réserves dans le budget de l'État.
02:02Alors vous dites, allez hop, c'est aux sénateurs de payer l'addition.
02:05Mais actuellement, on peut les contraindre.
02:08Et puis peut-être que s'ils ont encore de l'argent de côté, c'est qu'ils ne l'ont pas dépensé.
02:12Oui, il accumule depuis des années et des années.
02:15Et ça représente des sommes considérables.
02:17Ceci dit, c'est à eux de décider puisque personne ne peut les forcer à faire ce que l'Assemblée a fait librement dans les années 1990.
02:26Mais ça, c'est une possibilité.
02:28Et puis, il faut que ces budgets soient, si vous voulez, transparents et contrôlés.
02:32C'est le cas à la présidence de la République où tout est transparent et contrôlé tous les ans par la Cour des comptes à la suite des travaux que j'ai effectués là-dessus.
02:42Par contre, l'Assemblée ne fait plus aucun travail de contrôle du budget de la présidence de la République comme c'était le cas sous Sarkozy et sous Hollande.
02:52On peut là faire des progrès.
02:55Et c'est peut-être là le souci quand vous évoquez la transparence et nos auditeurs qui se demandent pourquoi ils ne sont pas au courant.
03:02On a l'impression qu'on leur demande des efforts à faire uniquement à eux.
03:06Et eux voient à côté de ça le Parlement continuer à vivre la grande vie.
03:11En tout cas, ils en ont l'impression.
03:13Alors, ça n'est pas le cas pour la présidence de la République parce que là, tous les moyens existent sauf le fait que l'Assemblée n'accomplit pas son travail de contrôle.
03:23Par contre, pour l'Assemblée et pour le Sénat, il y a la transparence qui existe un petit peu moins au Sénat.
03:30Par contre, il n'y a pas de contrôle sur les comptes, sur la manière dont ils dépensent leur argent.
03:36Et là, on pourrait par exemple demander à la Cour des comptes de faire le travail qu'elle accomplit pour la présidence de la République.
03:43Alors, cher René Dozière, je me souviens de vous avoir entendu très critique sur les frais de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy.
03:49Un peu moins sous François Hollande.
03:51Et avec le président Macron, ça donne quoi ?
03:53Eh bien, écoutez, aujourd'hui, il n'y a pas de raison.
03:57J'ai été critique quand je cherchais à établir le budget de l'Elysée qui n'existait pas.
04:03Tout était opaque et ça n'existait pas.
04:05À la suite de mes travaux, on sait maintenant, si vous voulez, quel est le montant du budget.
04:11Enfin, depuis d'ailleurs Nicolas Sarkozy, on sait quel est le montant du budget de l'Elysée.
04:15Donc, ce budget est maintenant transparent.
04:17L'Elysée, d'ailleurs, répond aux questions qu'on peut lui poser quand on lui en pose.
04:23Et puis, par ailleurs, la Cour des comptes, depuis 2008, fait tous les uns un contrôle.
04:28L'Elysée, c'est le budget institutionnel le plus contrôlé de la République.
04:33Aucune institution n'est contrôlée autant que l'Elysée.
04:36Donc, si vous voulez, les choses sont claires.
04:38Il peut y avoir des bavures, quelques dérives.
04:42Ça, il faut naturellement le dénoncer.
04:45L'Assemblée devrait s'en préoccuper.
04:47Elle ne fait pas ses malheureux.
04:48Mais, si vous voulez, du côté de l'Elysée, les choses sont réglées.
04:52Ça n'est plus un vrai problème.
04:54Sauf que, naturellement, le chef de l'État doit quand même avoir un comportement exemplaire.
04:58Par exemple, je vous prends un exemple.
05:00La Cour des comptes, dans son dernier rapport, a dit qu'il y a des dépenses fortes en matière de réception.
05:09Pourquoi est-ce que l'Assemblée n'essaie pas de savoir combien il y a eu de réception,
05:16ce qu'a coûté chaque réception,
05:18combien il y avait de participants à chaque réception,
05:21pour voir s'il n'y a pas eu quelques abus ?
05:24Là, elle serait dans son rôle.
05:25Mais ce n'est pas ce qu'elle fait.
05:27C'est dommage.
05:28Comment l'expliquez-vous cette espèce de pudeur ?
05:33Entre 2017 et 2022, la majorité des gens qui s'occupaient du budget, les échangeaient tous les ans.
05:43Ils étaient tout à fait incompétents dans le sujet.
05:47Ils ne voulaient pas faire des plaisirs à Macron.
05:49Depuis 2022, la rapporteure fait de la politique,
05:53mais elle ne fait pas du travail d'investigation parlementaire.
05:57Elle est dans la posture politique.
05:59Ce n'est pas comme ça qu'on peut faire du contrôle.
06:01On les connaît, les montants.
06:03Charles III à Versailles, ça a été 475 000 euros.
06:06Le Premier ministre indien au Louvre, 412 000.
06:09Mais finalement, est-ce que ça ne fait pas partie aussi de la diplomatie d'un pays ?
06:14On va dire que ces dépenses sont incompressibles, si je me fais l'avocat du diable ?
06:18S'agissant des montants que vous avez évoqués,
06:22c'est le coût des repas, des grands repas d'État,
06:27qui ont lieu 4 ou 5 fois dans l'année,
06:30lorsque l'on reçoit un chef d'État étranger.
06:32J'ai été, je dois vous le dire, choqué que la Cour des comptes
06:36puisse donner le détail, le coût de ces repas.
06:39Quand vous invitez quelqu'un chez vous,
06:41vous ne lui dites pas combien a coûté le repas.
06:44Quand on invite un chef d'État étranger,
06:46on se contorte de la même manière.
06:48Oui, mais c'est mon budget chez moi.
06:50Alors là, c'est celui des Français.
06:52On a une idée, on peut avoir une idée du coût global.
06:55On n'est pas obligé de savoir
06:57combien on a pris de vin blanc, de champagne, etc.
07:01Mais vous parliez de transparence, M. Dozière.
07:03Oui, mais la transparence n'est pas le voyeurisme.
07:05Et là, vous avez une petite pudeur inattendue.
07:07Non, parce que la transparence n'est pas le voyeurisme.
07:10Et dans mon dernier bouquin sur l'Élysée,
07:13quand j'ai parlé et évoqué des repas d'État,
07:16j'ai dit combien ça coûte.
07:18C'est une question que je ne suis jamais posée
07:20et que je ne poserai pas pour les motifs que je viens de vous évoquer.
07:23La transparence n'est pas du voyeurisme.
07:25Ce sera donc la phrase du soir.
07:27Merci beaucoup René Dozière, ancien député socialiste de l'Aisne
07:29et grand spécialiste de nos finances publiques.
07:31Dans un instant, Marc-Antoine Lebret va rentrer dans ce studio.
07:34Ce portrait compliqué, il est en très grande forme.
07:36Ce sera le Breaking News.
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