00:00Yves Calvi, Vincent Derosier, RTL Soir.
00:04RTL, il est 18h45, bonsoir Isabelle Thys Saint-Jean, vous êtes économiste, professeur à la Sorbonne-Paris-Nord, pardonnez-moi.
00:11Les médicaments doivent-ils être remboursés en fonction du train de vie et des revenus des assurés ?
00:15La question est posée par la très sérieuse Cour des comptes qui suggère, je cite, de moduler les remboursements en fonction des revenus des assurés.
00:23Quelle est votre réaction et est-ce que ça peut, selon vous, permettre des économies ?
00:27Alors, ma réaction est quand même très réservée, parce que, pour que ça permette des économies conséquentes,
00:38il faudrait, à ce moment-là, qu'on ait une vision très très large de ceux qui doivent être concernés par une baisse des remboursements.
00:49En gros, l'idée, c'est, plus vous êtes riches, moins vous allez être remboursés.
00:54Mais si vous voulez que c'est un impact fort sur les finances publiques, à ce moment-là, il va falloir vraiment descendre dans l'échelle des revenus.
01:06Donc, ça veut dire qu'un peu tout le monde va être concerné.
01:10C'est-à-dire pas seulement ni ceux qu'on appelle les ultra-riches ou les très-riches,
01:15mais on va descendre petit à petit vers les classes moyennes supérieures, classes moyennes inférieures,
01:22et puis finalement, ça sera quasiment tout le monde.
01:25Et le risque, selon moi, c'est que ça mette à mal ce qui est constitutif de notre système de sécurité sociale.
01:36C'est les principes de 1945 sur lesquels on a fondé notre système, c'est égalité d'accès aux soins, qualité des soins et solidarité.
01:46Et en faisant ça, vous sapez le principe de solidarité.
01:51Et donc, petit à petit, il va y avoir un degré d'acceptabilité pour ceux qui ne seront pas pleinement remboursés par le système de sécurité sociale,
02:02un niveau d'acceptabilité qui va baisser, et puis, en se disant, mais pourquoi j'accepterais de payer,
02:09puisque finalement, je ne suis pas bien remboursé, et puis finalement...
02:12Et tout ça pris dans un discours où, ah bah oui, mais de toute façon, c'est toujours nous qui payons
02:18pour ceux qui ne participent pas à l'effort collectif, les assister, etc.
02:25Et donc, ça vient ruiner, ça vient ruiner un système sur lequel, qui est tout à fait particulier,
02:31il faut qu'on en prenne conscience, nous tous, un système tout à fait particulier
02:36qu'on a décidé de mettre en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
02:41et qui est constitutif de notre pays.
02:44Voilà, ça veut dire qu'il y a beaucoup de prélèvements,
02:49mais il y a aussi beaucoup de choses qui sont prises en charge par un système de socialisation,
02:54la santé, l'éducation, l'enseignement supérieur, etc.
02:57Donc, vous voyez, c'est tout à fait particulier.
02:59On entend vos nombreuses réserves, mais est-ce que cela ouvre un débat nécessaire, en tout cas ?
03:06Alors, je pense que le débat qui est nécessaire, c'est celui de comment dépenser mieux,
03:14ou comment faire pour...
03:18Il y a une nécessité d'une réflexion collective sur la dépense publique
03:23et sur les prélèvements, sur la fiscalité, parce que le monde a bougé,
03:28parce qu'on a une population qui vieillit, parce que les inégalités se sont très fortement déplacées,
03:34c'est-à-dire la répartition aussi bien dans le patrimoine que dans les revenus s'est déformée,
03:40avec une hyper, hyper concentration.
03:42Alors, presque personne n'est concerné dans les auditeurs qui nous écoutent en ce moment,
03:48mais il y a une toute petite partie de la population où il y a eu une espèce d'hyperconcentration.
03:55Ce n'est pas propre à la France, c'est assez général dans les économies développées.
03:59Et donc, il faut qu'on repense notre système à partir de ça.
04:03Ça, c'est très important de le faire.
04:05Donc, cette réflexion-là, elle est très importante.
04:09Le problème, c'est qu'elle est posée, je ne sais pas si j'aurai le temps d'y revenir,
04:12mais dans un débat qui est celui du déficit et de la dette,
04:16qui est absolument présenté d'une manière absolument...
04:22d'une dramatisation absolument incroyable.
04:26On s'en fout de la dette, ce n'est pas grave ?
04:29Non, je ne dis pas ça.
04:30Je ne dis pas ça, je ne dis qu'il ne faut pas, à mon avis,
04:34le présenter comme les nuettes sauterelles qui nous menacent.
04:38En gros, ce qu'a fait hier François Bayrou.
04:41Donc, je ne dis pas du tout qu'il faut absolument laisser filer la dette,
04:45que le déficit, on n'en a rien à faire, etc.
04:47Je dis qu'il faut...
04:48Que je trouve que la façon dont c'est présenté est une façon qui contraint les choses
04:53et qui est excessive dans le diagnostic.
04:56Je vais dire ça aussi vertement que ça.
04:58et qui, du coup, empêche de penser de manière efficace
05:03l'ensemble des aménagements qui, eux, sont nécessaires.
05:07Par exemple, sur les questions du financement de la sécurité sociale,
05:11les cotisations sociales,
05:13il y a eu deux de mes collègues qui ont déposé un rapport
05:16qui montre que les exonérations de cotisations sociales,
05:20qui coûtent très chères à la puissance publique,
05:24il évalue à peu près à 80 milliards d'euros.
05:29Eh bien, en fait, ce dispositif n'est pas bien ajusté,
05:32ni pour créer de l'emploi,
05:34ni pour faire en sorte que tout le monde ne soit pas collé au niveau du SMIC
05:38et qu'on ne progresse pas dans la hiérarchie,
05:41et que ça ne bénéficie pas forcément aux PME
05:45qui ont le plus besoin d'être aidés.
05:48Donc, vous voyez, ce genre de choses,
05:49là, il y a possibilité d'aller chercher les financements,
05:52de refinancer la sécurité sociale,
05:54parce que, oui, on vieillit,
05:56on est une population vieillissante,
05:58les soins de santé, ça coûte cher,
06:00mais je pense qu'aller chercher cette piste
06:03qui va venir saper notre modèle social,
06:06ça me paraît extrêmement problématique.
06:08Merci beaucoup d'avoir pris la parole,
06:10en tout cas en direct sur notre antenne,
06:11Isabelle Thys Saint-Jean,
06:12économiste et professeure à Sorbonne-Paris-Nord.
06:15Dans un instant, un médicament contre l'anxiété,
06:17la tristesse, voire le désespoir,
06:19il est gratuit.
06:20Marc-Antoine Lebray pour son Breaking News.
Commentaires