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Anne Fulda reçoit Gérard de Cortanze pour son livre «Il ne rêvait plus que de paysages et de lions au bord de la mer» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'Heure des Livres, Gérard de Cortens.
00:02Bon, vous connaissez, vous avez une oeuvre déjà considérable,
00:05presque une centaine de livres, l'Heure de rien,
00:08traduites en plus d'une vingtaine de langues.
00:11Le Redodo pour Assam, entre autres.
00:13Et vous venez de publier Il ne rêvait plus que de paysages
00:17et de lions au bord de la mer,
00:18les derniers jours d'Ernest Hemingway,
00:20pardon, c'est paru chez Albain Michel.
00:22C'est un beau roman, un roman vrai, on dirait,
00:25dédié à Paul Auster, peut-être que vous nous direz pourquoi,
00:29et qui revient sur les derniers jours,
00:32les dernières semaines de ce génie tourmenté.
00:35Alors déjà, décidément, pour vous, c'est une passion Hemingway,
00:39puisque c'est le troisième livre que vous lui consacrez.
00:41C'est ça, j'avais publié deux essais,
00:43et là c'est un roman.
00:45Je voulais me mettre à l'intérieur du personnage d'Hemingway
00:49qui m'a fasciné, qui me fascine toujours,
00:51que je relis.
00:53Je trouve que c'est un des plus grands écrivains du XXe siècle
00:56qui a apporté beaucoup de choses à la littérature,
00:58qui est une voix totalement nouvelle.
01:00Alors vous vous mettez dans la peau de l'auteur de l'Adieu aux armes,
01:04alors là, il a 60 ans environ,
01:07il est dans sa maison, une maison qui est à Cuba,
01:11qui se situe sur l'île de Cuba.
01:14Il a tout eu finalement, il a eu les honneurs,
01:16il a même eu le prix Nobel, il a eu des femmes,
01:18il a eu des frissons, il a connu des frissons,
01:21mais bon, il n'est pas en grande forme.
01:24Il y a une sorte de remise en question,
01:27notamment sur sa capacité à écrire encore,
01:32ce qui est évidemment essentiel pour lui.
01:34Oui, en fait, il dit qu'il n'entend plus les rumeurs du monde.
01:38Avant, il avait pour habitude de filtrer ces rumeurs,
01:40il en sortait la substantifique moelle qui donnait ses romans.
01:44Et puis, il est plus tranquille à Cuba.
01:47On l'embête en permanence,
01:49il y a la révolution castriste qui arrive,
01:52il n'est pas très pro-castrisme,
01:55malgré tout ce qu'on peut raconter,
01:57et il décide tout simplement de partir à Madrid,
02:00c'est l'époque des corridas,
02:02il a un malaise, il va se retrouver à Quechum,
02:05dans l'Aïdao, dans son chalet qui est une sorte de bunker.
02:09Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il n'a plus qu'un an à vivre.
02:13Alors, vous dites, il quitte Cuba,
02:17et pour lui, ce n'est pas rien,
02:19parce que Cuba, c'était un peu sa terre créatrice,
02:22d'une certaine façon, il s'y sentait bien,
02:24il avait adopté les mœurs,
02:28il aimait la mer, il aimait la vie là-bas,
02:31malgré les contraintes, et les Cubans.
02:33– Il est arrivé à Cuba, en fait, en 1928,
02:35d'abord à Key West, puis ensuite à Cuba,
02:37il a écrit la majorité de son œuvre à Cuba,
02:39je crois qu'on ne comprend pas Hemingway,
02:42si on n'a pas en tête qu'il a vécu à Cuba,
02:45il est cubain, il n'est pas américain,
02:47c'est quelqu'un du sud, d'ailleurs, quand il vit en Europe,
02:50contrairement à Henry James, qui est venu en Europe,
02:53pour retrouver les vieilles racines britanniques,
02:55il vient pour fuir les Etats-Unis,
02:57et il fuit l'Europe à Cuba,
02:59et Cuba, c'est sa terre d'élection,
03:03et donc c'est un arrachement lorsqu'il doit quitter Cuba.
03:08– Oui, finalement, les Etats-Unis,
03:10il n'est pas très à l'aise, d'ailleurs,
03:12il y a très peu de livres qui sont écrits
03:14par Hemingway sur les Etats-Unis,
03:16ça se passe en Espagne,
03:18ça se passe en Italie,
03:20ça se passe en Afrique,
03:22à Cuba, mais pas de livres qui se passent aux Etats-Unis.
03:25– Alors, au début du livre,
03:27vous corrompez notamment le personnage de sa femme,
03:31de sa dernière femme, Mary Welsh,
03:33c'est aussi la fin d'un mariage qui a été heureux,
03:36bon, il regarde toujours les femmes,
03:38il regarde toujours les jeunes femmes,
03:40et vous écrivez un moment
03:42qu'elle lui reproche son manque d'hygiène,
03:45sa lâcheté, sa grossièreté, l'alcool,
03:47entre autres travers,
03:49c'est effectivement la fin d'une histoire aussi,
03:51mais elle reste quand même.
03:53– Elle reste jusqu'au bout,
03:55c'est sa quatrième femme,
03:57elle aura vécu le plus longtemps avec lui,
03:59c'est-à-dire 17 ans,
04:01et c'est un livre qui traite à la fois
04:03de la dernière année de vie de Hemingway,
04:05mais aussi du couple,
04:07elle a un rôle très important, Mary Welsh,
04:09c'est pas du tout un rôle secondaire,
04:11et ça me permet de donner une image,
04:13je crois entièrement nouvelle d'Hemingway,
04:15qui est présentée comme une brute épaisse,
04:17un buxeur, un chasseur, un alcoolique,
04:20absolument pas que ça.
04:22Et lorsqu'on lit son oeuvre,
04:24lorsqu'on la relit, on s'aperçoit qu'il y a une tendresse,
04:26il y a une, comment dire,
04:28une subtilité,
04:30un amour des gens
04:32que j'aimerais faire passer
04:34dans ce livre.
04:36– Et que vous réussissez à faire passer,
04:38c'est quelques mois, c'est une descente aux enfers,
04:40néanmoins il fait des six jours en asile psychiatrique.
04:42– Voilà,
04:44je tenais beaucoup à raconter
04:46cette dernière vie pour deux raisons,
04:48parce que c'est vraiment quelqu'un,
04:50c'est un écrivain
04:52qui est empêché d'écrire, qui est massacré
04:54par le FBI,
04:56qui a poursuivi durant toute sa vie,
04:58alors certes il est paranoïaque,
05:00mais depuis la guerre d'Espagne,
05:02depuis 1936,
05:04le FBI filtre son courrier,
05:06écoute son téléphone,
05:08le fait suivre,
05:10il dit le FBI chez les gestapos,
05:12il dit Hoover c'est Hitler,
05:14et vient s'ajouter à cela,
05:16c'est six jours en asile psychiatrique,
05:18il fait deux six jours en asile psychiatrique,
05:20c'est l'époque des électrochocs,
05:22et lorsque vous avez les descriptions des électrochocs
05:24de l'époque, vous comprenez
05:26que ça va massacrer l'écrivain en question.
05:28Et c'est ça que je voulais raconter.
05:30– En tout cas c'est à lire,
05:32donc ça s'appelait Il ne rêvait plus que de paysages
05:34et de lions au bord de la mer,
05:36les derniers jours d'Ernest Hemingway,
05:38c'est donc paru chez Albin Michel,
05:40merci Gérard de Corstens,
05:42c'est un très beau livre. – Merci de m'avoir invité.
05:46– Sous-titrage ST' 501
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