00:00Avec la mondialisation, on a longtemps cru que le consommateur se mondialiserait, au
00:13sens où les citoyens de tous les pays achèteraient les mêmes vêtements, les mêmes voitures
00:17ou les mêmes produits de beauté.
00:19Mais la mondialisation est surtout celle des échanges, on produit en Chine ce qu'on
00:23consomme en Europe et on fabrique en Allemagne les machines-outils utilisés en Chine.
00:27Cette mondialisation n'est pas ou n'est qu'en partie celle des consommateurs, en
00:32fait, tout dépend des secteurs.
00:33La musique paraît ainsi très mondialisée, Beyoncé, Lady Gaga ou les Daft Punk sont
00:40appréciés par tous les millenials du monde.
00:43Mais il y a parfois des bugs, vous vous souviendrez peut-être du Gangnam Style, le tube entêtant
00:49du sud-coréen Psy, qui a été jusqu'en 2017 le clip le plus visionné de l'histoire
00:55du YouTube avec plus d'un milliard de vues.
00:58Et bien les Japonais, les premiers supporters de la K-pop, y restaient insensibles.
01:03Pourquoi ? Parce que Psy n'avait pas fait l'effort de réenregistrer sa chanson en
01:09japonais, alors que les artistes sud-coréens le font toujours.
01:12C'est la même chose pour les films, on sait que les très gros succès français
01:17comme Intouchables ou Trois hommes et un couffin ont dû faire un remake avec d'autres acteurs
01:23et d'autres dialogues pour être appréciés par le public américain.
01:26Le public américain ne rit pas des mêmes choses.
01:30Si le luxe et la mode haut de gamme des produits LVMH au doudou de North Face passent les
01:36frontières quasiment sans adaptation, ce n'est pas évident pour les yaourts ou les
01:40voitures.
01:41Renault ne vante toujours pas aux Etats-Unis à cause des déboires qu'il a connus dans
01:45les années 60.
01:46La marque n'hésitait pas alors à baptiser Export un véhicule au chauffage amélioré
01:52et avait voulu y exporter sa Dauphine.
01:55En 1959, 117 000 voitures sont vendues, c'est un triomphe.
01:58Mais en 1960, les ventes s'effondrent.
02:01Car la Dauphine ne résiste pas aux conditions d'utilisation locale.
02:05Contrairement aux Français, les Yankees brutalisent leur mécanique.
02:09Ils laissent fonctionner les phares et les essuie-glaces à l'arrêt.
02:12Ils martyrisent les embrayages.
02:14En ville, le soir, ils roulent en code et nous en veilleuse.
02:18Mais comme la vitesse est limitée dans les rues à 25 miles à l'heure, les dynamos
02:22ne produisent pas assez d'énergie et les batteries sous-dimensionnées se déchargent.
02:26Sans complexe, Renault va alors envoyer une lettre à chaque client pour lui expliquer
02:31schéma à l'appui, comment conduire sa voiture en hiver.
02:34A la même époque, Renault tente aussi d'exporter les staffettes.
02:38Mais elle passe pour un danger public aux yeux des Américains.
02:42À vide, en cas de freinage énergique, les roues arrières décollent du sol de 20 cm.
02:48Et une fois chargée, la fourgonnette n'a pas un moteur assez puissant pour atteindre
02:52la vitesse minimale de 60 miles à l'heure imposée sur les autoroutes.
02:56Certains États vont carrément l'interdire.
03:00Entre un véhicule, la Dauphine, qui ne pouvait pas rouler assez doucement en zone urbaine,
03:06et un autre, les staffettes, qui ne pouvaient pas rouler assez vite en dehors, Renault a
03:10plié bagages sous les huées.
03:12Mais les Américains en France ont eu tout autant tort de se croire en territoire conquis.
03:18Les concepteurs de Disneyland avaient cru par exemple que les visiteurs français mangeraient
03:22à toute heure, debout, comme ils le font eux.
03:25Et l'amplitude d'horaire des restaurants assis allait de 11h30 à 15h.
03:30Sauf que les Français se précipitaient tous à table entre 12h30 et 13h30.
03:34Il y a des exceptions, bien sûr.
03:37Les articles basiques de création récente, le gel douche, les mouchoirs jetables, les
03:41couches culottes, fonctionnent partout.
03:42Et d'autres produits ne demandent que des aménagements mineurs.
03:46McDo ne change pas son concept à l'étranger, mais il l'adapte si nécessaire au goût
03:50loco.
03:51La leçon de cette histoire, c'est qu'aucune généralisation n'est possible.
03:56Les entreprises ont souvent affaire à un consommateur partiellement global, mondial
04:01pour certains produits et régional pour d'autres.
04:04Saint-Gobain ou Walmart ont donc pris pour bannière le fameux slogan « think local,
04:11act global ». Ils évitent ainsi les plus grosses erreurs.
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