00:0015 000 sanctions et restrictions plus tard, l'économie russe est toujours debout.
00:15L'objectif des gouvernements occidentaux était pourtant bien de l'étouffer pour assécher le financement de la machine de guerre du Kremlin.
00:23Seulement voilà, selon les données du FMI, la Russie a enregistré une croissance plus rapide que celle de la zone euro et des États-Unis en 2023.
00:34Et il en sera de même cette année.
00:37Une année 2024 commençait tambour battant avec un PIB en hausse de près de 5% au premier semestre,
00:42ce qui place le pays au-dessus des États-Unis et loin devant une Europe à la traîne.
00:48Alors certes, le FMI lui anticipe désormais un sacré coup de frein en 2025.
00:53Mais cela ne reste qu'une prévision, maintes fois annoncée et toujours prise à défaut.
00:57Faut-il pour autant conclure sur l'inefficacité des mesures prises ?
01:02Pour le décréter, il faut d'abord revenir sur la stratégie occidentale mise en place.
01:07Outre le tarissement des entrées de devises via l'embargo sur les hydrocarbures,
01:12l'arme de destruction massive jouée est celle d'une déstabilisation économique par la guerre des changes.
01:18L'effondrement de la monnaie devait déclencher une réaction en chaîne.
01:23Ranchérissement des produits importés, rationnement des importations, donc de l'offre,
01:27pour exacerber les pénuries liées aux restrictions à l'export imposées par l'UE et les États-Unis.
01:34Ce cocktail devait conduire à l'effondrement de la croissance et à une flambée inflationniste, voire hyperinflation.
01:42Ce plan n'est pas sans failles.
01:44La principale est issue d'une combinaison mêlant préservation d'une partie des recettes issues des énergies fossiles,
01:52réorientation géographique du commerce extérieur, substitution des imports par une production plus locale,
01:58et enfin mise en place d'une économie de guerre.
02:01Si les statistiques sur les hydrocarbures sont aussi une arme de propagande,
02:05il émerge cependant de façon quasi-certaine que si les productions de pétrole et de gaz ont effectivement baissé,
02:12elles ne se sont pas effondrées.
02:15Et deux, l'Inde, la Chine, la Turquie se sont substituées à la clientèle européenne
02:20pour tout ce qui concerne les combustibles fossiles, charbon compris.
02:24Résultat, la rente issue des matières premières persiste en partie avec ce bémol,
02:29elle s'est réduite compte tenu des conditions tarifaires pratiquées.
02:32Mais même entamée, cette manne a permis jusqu'à maintenant de financer à la fois les fonds de guerre,
02:38qui sollicitent énormément l'appareil productif,
02:41de distribuer des prestations sociales en soutien aux pouvoirs d'achat et des subventions aux entreprises.
02:48Coupée des piliers occidentaux, la Russie est parvenue à trouver auprès des BRIC,
02:52un ensemble commercial, politique, financier et monétaire,
02:55lui offrant une alternative notamment en matière d'approvisionnement.
02:59Si le plan des Occidentaux ne se déroule pas comme prévu, il n'est pas sans impact non plus et des fissures sont apparues.
03:06La substitution des importations occidentales, par celles venues d'ailleurs, n'est pas parfaite,
03:12ce qui crée à la fois des problèmes d'approvisionnement et de tensions sur les prix des imports.
03:17En aidant l'Ukraine, le conflit se prolonge et a contraint la Russie à totalement réorganiser son économie
03:23autour des besoins de son armée, dont le revers de la médaille prend trois aspects.
03:28Cela crée des tensions sur l'offre, ce qui avec la hausse des coûts des imports alimente l'inflation générale.
03:35Elle dépasse désormais 9%, très loin de la cible de 4% fixée par les autorités monétaires.
03:41Signe que la hausse des prix est désormais bien ancrée, l'inflation sous-jacente, qui donne la tendance de fonds, progresse également.
03:50Le gonflement du budget de la défense et de la sécurité, près de 9% du PIB,
03:54finit par poser des problèmes d'allocation des ressources et déstabilise les finances publiques.
04:00Enfin, plus la guerre s'enlise, plus le rôle va devenir sensible au contexte géopolitique.
04:06Certes, ces pertes face au dollar restent finalement limitées depuis le début du conflit, environ 16%.
04:11Mais ces derniers sous-brousseaux à la suite de l'offensive ukrainienne cet été montrent sa fragilité.
04:17Cela a contraint la Banque centrale à relever de 200 points de base, c'est au fin juillet, pour les porter à 18%.
04:23La Russie est engagée dans un conflit économique majeur avec l'Occident.
04:28Contre toute attente, ces digues ont tenu bon, mais des fissures apparaissent.
04:31Les sanctions occidentales semblent devoir être un poison à diffusion lente.
04:36La guerre économique est aussi une guerre d'usure.
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