00:00« Je vous ai compris ! »
00:07Et pour qu'il y ait une rentrée, il faut des enseignants et des professeurs.
00:10Il y a encore des postes vacants dans les collèges et les lycées.
00:13Les premiers résultats du concours des professeurs sont tombés.
00:16Dans certaines disciplines, le nombre de candidats éligibles n'est pas suffisant.
00:20Nous sommes très inquiets et bien évidemment, ici, nous allons subir,
00:24comme dans tous les départements, de nombreuses fermetures de classes.
00:27On a de moins en moins de profs qui candidatent.
00:31Dans les collèges et lycées, cela concerne l'allemand,
00:34les lettres classiques, l'éducation musicale,
00:36mais aussi les mathématiques et le français.
00:41Et il y a un constat qui interroge en pleine semaine de cette rentrée.
00:44L'éducation nationale ne parvient plus à mettre un enseignant devant chaque classe.
00:493 000 postes sont restés vacants cette année à l'issue de ces derniers concours.
00:54A cela s'ajoutent bien entendu les postes vacants déjà l'an dernier, Philippe.
00:58Alors parlons bref. Faut-il revoir notamment les critères d'affectation des enseignants
01:02qu'on envoie un peu partout en France pour stimuler les candidatures ?
01:06Faut-il ressacraliser le métier d'enseignant ?
01:08Et à cette question, comprenez-vous le manque de vocation pour être enseignant ?
01:11Vous dites oui à 89%. Vous voulez réagir ?
01:14Au datant, vos appels au 0826 300 300.
01:16Et un témoignage avec nous, Léo, professeur au lycée Innovant Germain-Tillon au Bourget en Seine-Saint-Denis.
01:23Merci d'avoir accepté notre invitation.
01:26Pardon, bonjour.
01:27Bonjour.
01:28L'équipe de l'établissement, c'est important de le dire, est en grève reconductible depuis la rentrée
01:32pour dénoncer justement le manque de moyens, notamment que vous n'avez pas d'assistance sociale depuis 3 ans.
01:39Ce qui est quand même assez surréaliste.
01:40Philippe Bilger sur ces problèmes de vocation finalement, de crainte.
01:46À chaque fois qu'on parle du métier de professeur, je suis très touché.
01:51Et évidemment, j'ai scrupule à parler de ce métier qui est noble, grand, très important
01:59devant quelqu'un qui est confronté aux problèmes quotidiens.
02:03Mais je suis frappé de voir à quel point ces problèmes quotidiens, dont je ne sous-estime pas l'importance,
02:11il y en a de nombreux, ont fait perdre à beaucoup d'enseignants.
02:16Au fond, l'exaltation initiale qui est celle qui devrait habiter tous les professionnels
02:26qui sont au sein d'un immense métier pour la France.
02:32Je pourrais le dire aussi d'une certaine manière pour la magistrature, mais là, on parle des professeurs.
02:38Je ne sous-estime pas du tout les moyens, les problèmes de violence, les problèmes d'autorité.
02:47Mais pourquoi n'y a-t-il plus aussi intense l'étincelle qui fait la fierté de ce métier ?
02:54François Seguin ?
02:55Oui, moi je ne suis pas du tout d'accord avec vous.
02:57Je pense qu'il y a...
02:58Mais non, mais parce que ça recommence le c'était mieux avantisme.
03:04Les générations de professeurs qui arrivent ont autant de vocation que celles d'il y a 50 ans ou de 30 ans.
03:09Moi, je suis né dans une famille de profs et la tradition se continue avec tous les enfants qui veulent devenir profs.
03:16Simplement, les temps ont changé.
03:17Moi, je crois quand même qu'il faut avoir un sacré courage pour décider de devenir professeur.
03:22Pierre-Yves Martin ?
03:24Pour moi, le vrai sujet, c'est le parcours d'intégration, l'absence de parcours d'intégration.
03:29C'est une profession qui est certes très noble, mais qui est en 2024, je trouve pour des raisons sociales notamment, très complexe.
03:38Et donc du coup, on n'apprend pas à être professeur en 2 minutes 30 ou en 6 mois ou en 12 mois.
03:44Donc je pense qu'il devrait y avoir des parcours qui soient dessinés de plusieurs années pour que les professeurs puissent monter en puissance au niveau de leurs compétences
03:54et notamment au niveau de leur capacité à gérer des classes qui sont plus ou moins disciplinées,
04:00dans lesquelles aussi, il y a 50 ans, l'enfant n'était pas roi.
04:04Aujourd'hui, l'enfant a plutôt tendance à avoir une place centrale.
04:08Et du coup, ça perturbe certainement la relation entre l'enfant, l'équipe professorale et aussi la posture des parents qui a changé par rapport au domaine pédagogique.
04:19On va demander à Léo d'ailleurs. Léo, bonsoir, c'est une vocation pour vous ?
04:23Est-ce que c'est une vocation ? J'en suis pas certain.
04:27D'accord.
04:27Enfin, en tout cas, pas certain dès le début. C'est quelque chose que j'ai progressivement décidé de faire.
04:33Ce dont je suis certain par contre, c'est que j'adore mon métier encore aujourd'hui.
04:37J'ai la chance de travailler dans un lycée innovant dans lequel on travaille beaucoup en équipe.
04:41Et je crois que l'ensemble de mes collègues sont contents d'aller au travail le matin.
04:45Enfin, on n'a pas perdu l'étincelle, loin de là.
04:48En revanche, c'est vrai qu'on fait face à des réalités sur le terrain qui parfois sont difficiles et à un manque de ressources,
04:54un manque de personnel qui nuit forcément à notre quotidien au jour le jour parce qu'il nuit à celui des élèves.
05:00Je voudrais, Léo, poser crûment la question. La réalité, c'est aussi la réalité et la question des salaires.
05:07En réalité, nous sommes probablement avec l'Italie, les deux pays européens où les professeurs sont les moins bien payés.
05:15Les salaires que vous avez ne sont pas acceptables par rapport, si vous voulez, à la fonction sociale,
05:19et je rejoins Pierre-Yves, de plus en plus importante que vous exercez.
05:24La question des salaires, elle existe, c'est sûr, et je n'ai pas envie de l'écarter du tout.
05:28Je pense que c'est important de faire un effort et d'avoir une réflexion là-dessus.
05:31Après, je pense que vraiment ce qui suscite le manque de vocation et ce qui suscite aussi l'épuisement des professeurs partout,
05:38c'est le manque de personnel et le manque de moyens sur place.
05:41Ce n'est pas forcément notre rémunération, c'est vraiment l'impossibilité de faire notre travail correctement,
05:45parce que justement, il nous manque des assistantes sociales dans les lycées, enfin des assistants ou des assistantes sociales,
05:50parce qu'on réduit le nombre de postes de psy-EN, donc de psychologues et conseils d'orientation,
05:54parce que les postes de conseils principaux d'éducation sont instables,
05:58et qu'au fur et à mesure, dans les établissements, ça a des conséquences directes sur nos conditions de travail,
06:03et puis, il faut encore, sur les conditions des élèves, et c'est surtout ça qui est dangereux.
06:06Pierre-Yves Martin, je voulais vous poser une petite question,
06:09j'entends bien le besoin de moyens que vous évoquez,
06:13entre la nécessité de disposer de moyens supplémentaires et la dimension psychologique dans laquelle évolue le corps professoral,
06:24qu'est-ce qui est, à votre avis, parmi ces deux points, le sujet le plus important à traiter ?
06:29Est-ce qu'on peut mettre une graduation, entre guillemets ?
06:32Encore ?
06:34J'ai pas pu m'empêcher de l'appeler.
06:36Elle est moins belliqueuse.
06:38Excusez-moi, allez-y.
06:40Je pense que c'est exactement le même sujet,
06:42je pense que c'est psychologiquement, on commence à être fatigué,
06:44et nous, ce qui nous mène à aller jusqu'à poser une grève reconductible le jour de la rentrée,
06:50c'est justement parce qu'on n'a pas suffisamment de moyens,
06:53c'est-à-dire qu'on a beaucoup d'élèves par classe,
06:55on a beaucoup de situations à gérer,
06:57donc on a des heures qui s'allongent,
06:59et on a de moins en moins la possibilité de faire notre travail d'enseignement et notre travail pédagogique correctement,
07:04et c'est cette frustration-là qui fait qu'on s'en sort plus,
07:08et qu'au bout d'un moment, on craque un peu aussi, ouais.
07:11Pardon, allez-y Philippe.
07:13Léo, pardon pour cette question,
07:16j'ai l'impression que, assez généralement,
07:20les professeurs sont assez réservés
07:25face aux politiques des ministres de droite ou de gauche
07:29en matière d'éducation nationale.
07:31Est-ce que vous le sentez,
07:34ou est-ce que, tout simplement,
07:36c'est que ces politiques mises en œuvre
07:39vous apparaissent critiquables ?
07:42Moi, mon sujet, ce n'est pas tellement celui-ci.
07:44Les ministres font les annonces qu'ils veulent.
07:47Moi, ce que je regarde, c'est ce qui se passe jour le jour dans mon établissement.
07:50La grève, si elle est décidée, c'est parce qu'on a besoin d'une assistance sociale
07:52au jour le jour dans notre établissement.
07:54Et ça, pour le coup,
07:56ce n'est pas les effets d'annonce de l'uniforme,
07:58d'équipe de niveau, etc.
08:00Et ce n'est pas votre souci.
08:02Mais nous, on a juste envie de dire que
08:04si ces moyens-là existent, on a envie de les reorienter au bon endroit
08:07pour pouvoir répondre concrètement aux problèmes auxquels on fait face.
08:11François Segault.
08:13Vous avez, Léo, Pierre-Yves, tout à l'heure, parlé de l'intégration.
08:15Parlons presque de la formation.
08:17Est-ce que vous avez le sentiment, par exemple,
08:19que vous êtes suffisamment formé ?
08:21Parce que, vous, quand je vous écoute, vous êtes un prof heureux
08:23dans un lycée innovant, et ça, c'est formidable.
08:25Mais beaucoup de professeurs n'ont pas cette chance-là,
08:27entre guillemets,
08:29et atterrissent souvent dans des zones d'éducation prioritaire.
08:31Ils se retrouvent face à des classes surchargées
08:33avec, parfois, des mômes qui ont des comportements limites.
08:35Est-ce que vous avez le sentiment
08:37que, finalement,
08:39la formation, votre formation,
08:41également, n'a pas été bradée ?
08:43Une fois encore,
08:45ça dépend de ce que l'on nous demande de faire.
08:47Moi, j'ai eu la sensation d'avoir eu
08:49une formation suffisante pour ma matière,
08:51pour enseigner ma matière.
08:53Vous enseignez quoi, d'ailleurs ?
08:55J'enseigne les SES, moi, au lycée.
08:57En revanche,
08:59on nous demande quand même de plus en plus de choses
09:01au fur et à mesure des années.
09:03Dans les dernières années, on nous a demandé
09:05de mettre en place l'éducation à la vie affective et sexuelle,
09:07de mettre en place
09:09des programmes phares pour lutter contre le harcèlement.
09:11Ces programmes-là, forcément,
09:13font ressortir auprès des élèves
09:15des discours,
09:17des remarques de violences sexuelles
09:19qu'ils peuvent subir,
09:21des enfants en cas familial qu'ils peuvent subir.
09:23Pour le coup, ces discours-là, on n'est pas formés pour les recevoir,
09:25on n'est pas formés pour les traiter correctement.
09:27C'est pour ça qu'on a besoin d'assistants
09:29et d'assistantes sociales, de PCEN dans nos établissements
09:31pour nous accompagner, pour pouvoir orienter les élèves correctement.
09:33Merci, en tout cas,
09:35Léo, d'avoir accepté
09:37notre invitation.
09:39Moi, je salue
09:41tout le travail des professeurs, parce que c'est vrai
09:43qu'un bon professeur
09:45change votre vie, à un moment donné.
09:47Tout à fait, c'est vrai.
09:49Et ça, c'est important.
09:51Merci beaucoup, professeur
09:53Philippe Bilger, merci professeur
09:55Françoise Degrois.
09:57Un professeur qui apprend beaucoup.
09:59Oui, mais c'est ça qui est fou.
10:01Professeur, tiens, Pierre-Yves Martin.
10:03Ça me va bien.
10:05Philippe et moi, on est les deux cancres.
10:07Au fond de la classe, à côté du radiateur.
10:09En tout cas, cette émission a été
10:11très agréable. Dans un instant,
10:13on va vous parler du...
10:15Mais moi, je suis toujours
10:17très heureuse avec moi-même.
10:21Dans un instant, on va vous parler du
10:23Made in France, avec Olivier Robert,
10:25avec de belles entreprises, innovantes.
10:27Et tout de suite, une nouvelle rubrique,
10:29les incontournables de la crypto-monnaie,
10:31avec Thomas Binet et Alexandre Staschenko.
10:33Et c'est absolument passionnant.
10:35A tout de suite.
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