00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h42, l'invité d'RTL Soir pour tout comprendre, c'est vous Laurent Bronski.
00:08Vous êtes chef d'entreprise, vice-président de l'association d'entrepreneurs Croissance Plus.
00:12Quel est l'état d'esprit de nos entreprises dans cette rentrée bien particulière ?
00:16Je ne sais pas comment la qualifier, chaotique, floue, incertaine, bancale ? Choisissez le terme.
00:20C'est déjà pas mal, je pense que je sais un petit peu tout à la fois.
00:24Je pense que si je devais, vous savez que la concision est l'âme de l'esprit, donc je vais la résumer en un mot,
00:28c'est qu'il y a beaucoup d'incertitudes. Il y a beaucoup d'incertitudes par rapport à ce qui peut se passer,
00:32par rapport à ce qui va se passer au niveau de l'avenir.
00:36Et pour les entrepreneurs, c'est un problème, parce que nous, notre métier, c'est de prendre des risques.
00:40Mais la différence, c'est que le risque se mesure et que l'incertitude ne se mesure pas.
00:44Et là, on est vraiment dans l'incertitude. Je veux dire, prendre des marchés, investir,
00:48embaucher du personnel, ça c'est prendre des risques. Donc là, on sait faire un calcul.
00:52Mais là, je veux dire qu'on est rentré dans une espèce de brouillard politico-économico
00:56qui, à mon avis, est très préjudiciable au climat des affaires
01:00à un moment où, je le souligne quand même, il y avait une économie assez fragile.
01:04L'incertitude est le pire ennemi de l'entrepreneur ?
01:08Absolument. Parce qu'il ne peut pas projeter ? Parce qu'il ne peut pas projeter.
01:12Que vous disent les patrons, les entrepreneurs ? Ils sont inquiets ?
01:16Est-ce qu'ils ont espoir de voir les choses s'améliorer dans les semaines à venir ?
01:20Ou au contraire, vous avez la tête dans le tunnel, si je puis dire ?
01:24Est-ce que vous voulez que M. Macron mette la lumière, d'une certaine façon ?
01:26Non, je pense qu'on doit vraiment compter sur nous-mêmes.
01:28Je veux dire, notre métier, je vais vous dire, c'est vraiment d'être une éponge,
01:32d'aspirer le négatif et de restituer du positif.
01:36De toute façon, on vient de traverser, collectivement, depuis 2020,
01:40donc depuis le Covid, sept crises systémiques.
01:44Donc, si on est optimiste, et je veux dire, nous, on n'a pas le droit de ne pas l'être,
01:48ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. Donc là, on a un phénomène, la bonne nouvelle,
01:52c'est quelque chose de très hexagonal. Ça n'est pas une crise mondiale.
01:56Ce que nous avons vécu, par contre, les sept crises systémiques étaient des crises mondiales.
02:00Donc, j'ai plutôt bon espoir que, à la française, un petit peu comme quand on lit Astérix,
02:04je veux dire, vous savez, au début, à la fin, ça commence, tout le monde fait un banquet,
02:08puis après, on se tape dessus, mais finalement, globalement, on arrive...
02:10On reprend le banquet.
02:12Alors, j'espère que, passé cet épisode, je dirais qu'il intervient au plus mauvais des moments.
02:18Je le répète, l'économie en 2024 est quand même assez fragile.
02:22Vous avez des secteurs qui sont vraiment dans des situations très précaires.
02:26Le bâtiment, par exemple, c'est sans doute l'un des pires.
02:28Tous les commerces de détail, aujourd'hui, connaissent des difficultés.
02:32On a quand même vu des sociétés emblématiques qui ont déposé le bilan.
02:34Là, cet été, on vient de battre un triste record de dépôts de bilan et de faillite.
02:38Donc, on voit bien qu'on n'est pas, si vous voulez, dans une économie florissante.
02:416000 défaillances d'entreprises en juillet, 32 000 emplois menacés,
02:44c'est donc du jamais vu depuis une vingtaine d'années, c'est ce que vous venez de nous dire.
02:47La situation est grave, docteur Wronski ? Vous comprenez mon inquiétude ?
02:52Je pense qu'elle n'est pas grave, mais elle est préoccupante.
02:56Et nous allons avoir sans doute le dénouement du scénario dans les semaines à venir.
03:01En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est de la concrétude,
03:04parce que nous, on est dans la concrétude, chef d'entreprise,
03:06c'est que depuis l'annonce de la dissolution de l'Assemblée,
03:09vous avez littéralement des projets qui n'ont pas vu le jour.
03:13Vous avez des embauches qui sont sur poses.
03:15Ça, c'est du concret.
03:17Quelle est l'angoisse, exprimons-le avec simplicité,
03:20quelle est l'angoisse de nos chefs d'entreprise ?
03:23Arriver de l'extrême gauche au pouvoir ?
03:25Je vais vous dire.
03:26Disons les choses simplement.
03:27Croyez-moi, je vais être très simple et très concret.
03:29Je veux dire que depuis à peu près six semaines, on a entendu tout et n'importe quoi.
03:33Et donc, beaucoup de gens se disent, on a des choses absolument hallucinantes,
03:36donc n'importe quoi pourrait finalement se réaliser.
03:40Dans ce climat, je dirais où finalement il y a une espèce de surenchère
03:44du concours Lépine de la bêtise,
03:46parce qu'il y a des mesures économiques qui sont, vous voulez de la simplistique,
03:49qui sont particulièrement stupides.
03:50Lesquelles ? Dites-nous les choses.
03:52Je veux dire, par exemple, quand vous avez...
03:54Les entreprises françaises, au niveau de l'OCDE,
03:58sont parmi celles qui ont les marges les plus faibles.
04:00Les fonds propres les plus faibles.
04:02Donc, il y a un grave problème de financement.
04:04Vous avez beaucoup d'entreprises qui ne le trouvent pas.
04:06Elles sont plus fragiles.
04:07Elles sont plus fragiles que les autres.
04:08Donc, je veux dire que d'annoncer, par exemple, qu'on va retirer la flat tax,
04:12qu'on va instituer l'ISF,
04:14c'est un tue-l'amour pour les investisseurs.
04:17Je veux dire, on va accroître les difficultés
04:21pour ces entreprises à trouver des financements,
04:23à faire venir des gens de l'extérieur.
04:25Donc, c'est bien l'instabilité politique
04:27qui, en ce moment, menace nos entreprises.
04:29Et les éventuels projets qui vous inquiètent.
04:31Exactement.
04:32Voilà ce qu'en dit le gérant d'une PME de 25 salariés,
04:35en tout cas croisée cet après-midi par Pierre Herbulot.
04:37C'était à la rencontre des entrepreneurs de France,
04:39organisée à Longchamp par le MEDEF.
04:42Alors, nous, en tant que chef d'entreprise,
04:44on aime bien avoir un peu de visibilité.
04:46Parce qu'on a quand même, soit un investissement,
04:48que ce soit en termes d'hommes ou de matériel,
04:51on a besoin de savoir où on va.
04:52Et actuellement, on n'a absolument aucune idée
04:54de la feuille de route du gouvernement à venir, effectivement.
04:57Donc, on ne sait pas à quelle sauce les uns et les autres vont être mangés.
05:00Qu'est-ce que, si vous aviez Emmanuel Macron,
05:02vous lui diriez, si vous pouviez vous dépêcher, ce serait bien ?
05:05Oui, ce serait bien de se dépêcher et de choisir intelligemment, on va dire.
05:09Bon, je vous vois rire. Pourquoi ?
05:11Parce que vous pensez exactement la même chose ?
05:13Évidemment, on pense tous la même chose.
05:15Je dois vous dire que, compte tenu des conséquences économiques
05:18qui ont déjà commencé, je le précise,
05:20parce que cette incertitude, si vous voulez,
05:22a fait mettre sur pause beaucoup de projets.
05:24Donc, pourquoi attendre aussi longtemps ?
05:27Je veux dire, on sait très bien que ce genre,
05:31surtout dans une rentrée qui est une rentrée délicate,
05:33je le répète.
05:34Donc, je veux dire, ça sert à quoi d'attendre ?
05:38Pendant ce temps-là, on se dit qu'il y a peut-être des perspectives
05:41qui sont un peu plus positives.
05:43Est-ce que vous les voyez à moyen terme ?
05:44Ou est-ce qu'en ce moment, vraiment, vous êtes barré ?
05:46Non, mais, monsieur Kelly,
05:48moi, je dirige une entreprise industrielle.
05:50Je suis le dernier de mon secteur.
05:51Donc, si vous voulez, je dis ça très modestement,
05:52mais les flammes, je les ai traversées depuis 30 ans.
05:54Donc, de toute façon, je sais que je vais m'en sortir
05:56parce que je n'ai pas le choix.
05:57Moi, j'ai le dos à la mer.
05:58Donc, il y a beaucoup de chers entreprises
06:00qui ont cet état d'esprit.
06:01Simplement, aujourd'hui, moi, je fais face à une concurrence mondiale
06:04puisque j'exporte 90% de mes produits en dehors de la zone euro.
06:07Donc, la dernière chose dont j'ai besoin,
06:09c'est d'avoir les pieds entravés par des mesures hexagonales
06:12qui nous mettent en défaut par rapport à nos concurrents.
06:14Mais, au moment où nous parlons,
06:15est-ce que, pour vous, les perspectives sont bonnes ?
06:17On oublie le climat politique qui vous inquiète.
06:19Au-delà de ça, est-ce que vous pensez
06:21que les perspectives peuvent être bonnes ?
06:23Je n'en ai aucune idée.
06:24Vous n'en avez aucune idée ?
06:25Aucune idée.
06:26Qu'est-ce qu'on fait quand on est dans cette situation-là ?
06:28Quand on ne peut pas voir ce qui se passe demain, après-demain
06:30et dans une semaine ?
06:31Écoutez, on fait ce que nous, nous faisons depuis le Covid
06:34où on a dû gérer des espaces-temps qui étaient réduits à la semaine.
06:39Donc, on a une certaine habitude.
06:41Si vous voulez, on prend des risques plus importants qu'à l'accoutumée.
06:45Surtout, on se démène pour essayer de remplir le carnet de commandes.
06:48C'est ça, le véritable indicateur.
06:50Le carnet de commandes et, bien sûr, les règlements.
06:52Vous avez licencié ?
06:53Absolument pas.
06:54Et on n'a pas du tout l'intention de licencier.
06:57Vous comprenez ma question.
06:58Mais, croyez-moi, je comprends très bien votre question.
07:02La France reste-t-elle un grand pays industriel ?
07:06La France a été un grand pays industriel.
07:08Et, justement, moi j'ai un engagement.
07:10Alors, je mets ma casquette croissance plus.
07:13Si vous voulez, depuis 30 ans, je me suis battu
07:15parce qu'on a oublié que la France est à l'origine de nombreuses inventions,
07:19a eu un très grand passé industriel
07:22et on a toujours pointé du doigt notre voisin Germain
07:25comme un exemple.
07:26Mais je veux dire que la France peut redevenir un très grand pays industriel.
07:29Rien n'est perdu.
07:31Simplement, il faudrait peut-être faire avec l'industrie et l'économie
07:35ce qu'on a fait avec les Jeux Olympiques et nos champions.
07:37C'est-à-dire ?
07:38Être positif, pouvoir, si vous voulez, créer un climat
07:41qui leur permet justement de faire de la performance
07:44et pas sortir des lois qui, parfois, n'ont ni queue ni tête.
07:48Vous avez un message à notre président et peut-être à notre futur Premier ministre ?
07:51Oui, bien sûr.
07:52Être simple et efficace, pragmatique, pas de dogmatisme.
07:54Ça veut dire quoi, concrètement ?
07:56Exactement ce que je viens de dire.
07:58Ça veut dire que plutôt que d'avoir, si vous voulez, de pondre des idées
08:01par des grands technocrates qui n'ont jamais mis les mains dans le cambouis,
08:04de se rapprocher du terrain et de pouvoir aider les entreprises à fructifier.
08:09C'est assez simple.
08:10Politiquement, ça veut dire aussi éventuellement ouvrir à droite et à l'extrême droite ?
08:13Mais...
08:15C'est au cœur du problème, vous savez très bien.
08:18Quand les idées sont bonnes, cher monsieur,
08:21elles n'ont pas de couleur politique.
08:23Moi, je ne fais pas de politique, je fais de l'économie.
08:25Mais est-ce qu'elles sont bonnes aussi à l'extrême droite ?
08:27Est-ce que vous pensez que l'extrême droite est capable de diriger notre pays aujourd'hui
08:30pour que des entreprises puissent y vivre normalement ?
08:34Ou est-ce que c'est une inquiétude ?
08:36Ou seul l'extrême gauche vous inquiète ?
08:38Cher monsieur, nous avons examiné, nous avons passé à la loupe
08:41tous les programmes économiques, tous les partis.
08:44Donc, dans le programme économique de l'extrême droite
08:48comme dans le programme économique de l'extrême gauche,
08:50il y avait des aberrations.
08:52Donc les extrêmes restent pour vous un danger absolu ?
08:54Absolument !
08:56C'est une évidence.
08:57Qu'est-ce que vous diriez aujourd'hui à un jeune entrepreneur qui a envie de se lancer ?
09:01Il y a des courageux !
09:04Mais si vous voulez, encore une fois,
09:07ce qu'il faut bien comprendre,
09:09et j'ai souvent cette question de la part de jeunes entrepreneurs,
09:12c'est que c'est avant tout un mode de vie.
09:15On a dressé une image hollywoodienne de l'entreprenariat,
09:18j'ai une idée géniale, je vais dans un incubateur,
09:21au bout d'un mois j'ai levé 3 millions d'euros,
09:24je fais fructifier ma vatte et je suis multimillionnaire au bout de 5.
09:27Non, ça ce n'est pas la vraie vie.
09:29La vraie vie, et justement, c'est un mode de vie très particulier.
09:32Il y a des gens qui ne sont pas faits pour être entrepreneurs.
09:35Parce qu'on doit gérer ce genre de situation,
09:38ou je dirais, gérer ce genre de situation,
09:40ça veut dire que vous ne dormez pas bien toutes les nuits.
09:43Mais c'est le choix que vous avez fait, jamais je ne reviendrai en arrière.
09:47Je vous souhaite une bonne nuit.
09:49Merci d'être venu, voire deux jours.
09:51Merci beaucoup Laurent Wronski, vous êtes chef d'entreprise,
09:53vice-président de l'association d'entrepreneurs Croissance+.
09:56Très bonne soirée et bon travail à vous et à Recoll Laborateur.
09:59Merci beaucoup.
10:00Dans un instant, Marc-Antoine Lebray pour nous détendre et nous surprendre.
10:03Ce n'est pas compliqué d'étendre.
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