00:00Bonjour à tous. Bienvenue sur l'espace TV.
00:09On va parler des états généraux de l'alimentation et de la
00:12construction des prix dans la filière laitière.
00:14Alors, les parlementaires ont repris leur débat à l'Assemblée
00:18nationale pour discuter de ce projet de loi alimentation.
00:23On va en parler avec Thierry Roquefeuille.
00:25Bonjour.
00:25Vous êtes président de la FNPL et président du CNIEL,
00:29l'interprofession laitière.
00:32Qu'attendez-vous concrètement de ce nouveau débat et de cet
00:37aboutissement, on l'espère, très rapidement,
00:41de ce projet de loi alimentation ?
00:44Je pense qu'en tant que représentant des producteurs
00:47de l'interprofession laitière, moi, ce que j'entends,
00:49c'est qu'on trouve une issue, un débat qui commence à être
00:55très récurrent dans la filière laitière, à savoir le revenu
00:57des producteurs.
00:58Et au-delà de mes attentes et des attentes de la filière laitière,
01:01c'est les attentes aussi du président de la République dans son
01:04discours de Rungis, mois d'octobre dernier.
01:06Donc les choses ont été clairement identifiées.
01:09Donc aujourd'hui, il nous faut effectivement répondre
01:11à cette question.
01:12Emmanuel Macron, justement, a missionné les interprofessions
01:15pour construire des indicateurs.
01:17Vous êtes président de l'interprofession laitière.
01:19Est-ce que vous pouvez faire le point aujourd'hui de vos travaux
01:21à l'interprofession pour construire ces indicateurs ?
01:24Aujourd'hui, on est en marche accélérée sur cette construction
01:29des indicateurs, puisque très rapidement,
01:33les agendas vont nous obliger à rendre une copie.
01:38Donc tout ce qui est indicateurs, prix de revient,
01:40coût de production, je pense que les choses sont très avancées,
01:43puisque nous avons fait appel aux gens dont c'est le métier.
01:46Ce n'est pas le métier de l'interprofession en tant que tel
01:48de faire des indicateurs, mais c'est de s'appuyer sur des gens
01:52qui sont référents, donc les centres de gestion,
01:56le conseil en élevage, l'Institut.
01:58Donc tous ces gens-là nous permettent aujourd'hui
01:59de pouvoir répondre à la construction
02:01de ces indicateurs de coût de production et de prix de revient.
02:04Et ensuite, tous les indicateurs de marché,
02:06ça, c'est un coeur de métier qui est plus celui de l'interprofession,
02:09avec les différents indicateurs sur l'évolution des marchés
02:12au niveau français, internationaux.
02:15Et là, il y a des grosses discussions
02:18au niveau de l'interprofession pour savoir
02:19quels seront les bons indicateurs
02:22qui nous serviront à travailler et à avoir l'objectif initial,
02:27à savoir un meilleur revenu pour les producteurs.
02:29Mais pourquoi c'est si compliqué de définir des indicateurs
02:32sur cette partie-là, sur les PGC, le mix produit,
02:36en fait, la valeur du marché français ?
02:39Pourquoi c'est si compliqué ?
02:41Parce qu'il faut à la fois donner des outils
02:44pour donner davantage de transparence au marché,
02:47mais ne pas faire une entente sur le marché français,
02:52à savoir, aujourd'hui, on ne peut pas dire
02:54la valeur du marché français et de temps
02:57et l'ensemble des acteurs de la filière
02:59doivent faire référence à cette valeur.
03:01Ce serait une entente de l'ensemble des acteurs
03:03de la filière laitière sur un marché donné.
03:05Donc ça, c'est complètement incompatible
03:08avec le droit de la concurrence.
03:09Je me souviens, en décembre 2017,
03:11le ministre avait réuni tous les acteurs des filières
03:14pour signer une charte de volonté
03:18pour des négociations commerciales plus raisonnables.
03:25On a vu, les semaines qui ont suivi,
03:27que finalement, les acteurs, entre guillemets,
03:29se sont un petit peu assis sur leurs intentions
03:32et leurs signatures.
03:33On l'a vu avec des négociations commerciales
03:35aussi difficiles que les années passées.
03:38Quelle garantie vous avez, vous, président du CNIEL
03:41et producteur, que les intentions,
03:45les volontés qui s'expriment de la part des transformateurs,
03:47des distributeurs,
03:51quelle garantie on a que la démarche
03:55va être plus positive de leur part ?
03:58Juste un petit bémol sur l'analyse.
04:01C'est-à-dire que la charte, malgré tout,
04:05au dire des industriels laitiers, en février dernier,
04:09l'analyse a été de dire
04:12qu'on a pu passer quelques tarifs à la distribution
04:15grâce à l'effet EGA
04:16et grâce aux discussions qui avaient été initiées
04:19dans le plan de filière.
04:20Je pense qu'il y a eu un effet positif sur les tarifs
04:23au mois de février dernier.
04:25Par contre, effectivement, depuis, on a l'impression quand même
04:27que des choses ont évolué,
04:29les choses ont été oubliées dans la nature
04:32et que devant l'évolution du prix de revient des producteurs
04:35avec l'aspect climatique, la sécheresse qu'on connaît,
04:38devant l'évolution des tarifs qui ont été à hausse
04:41au mois de février,
04:42nous, producteurs, enfin, moi, producteur
04:45et représentant au niveau de l'interprofession,
04:47cette dynamique du mois de février,
04:49effectivement, on ne l'aperçoit plus.
04:50Donc il faut effectivement aujourd'hui
04:52concrétiser à travers la loi
04:54et concrétiser pour les éleveurs dans les années à venir
04:57ce changement de mentalité qu'il y avait eu à un moment donné
05:00et qui a été oublié depuis un petit peu par certains.
05:02Les indicateurs qui vont être mis en place,
05:04comment ils vont être appliqués ?
05:06Il va y avoir des explications de texte
05:09pour cadrer un petit peu tout ça concrètement,
05:12pour calculer les prix ?
05:14Disons que les choses vont être...
05:17Il y aura des points de départ.
05:18Si on parle de prix de revient et de coût de production,
05:20il y aura des points de départ, des évolutions,
05:22des indicateurs d'évolution de ces prix de revient
05:25ou de ces coûts de production.
05:26La même chose sur les marchés,
05:27les valorisations du marché intérieur
05:29ou d'autres différents marchés.
05:31Donc ensuite, les acteurs auront connaissance
05:35de ces indicateurs.
05:37Ils doivent les prendre en compte.
05:39Il n'y aura pas une obligation à 100% de la loi
05:42de dire aux acteurs, vous êtes obligés
05:44de prendre cet indicateur ou cet indicateur.
05:45Ce sera dans la négociation entre les OP,
05:48les entreprises privées ou au sein des coopératives
05:51de travailler en s'inspirant de ces indicateurs.
05:55Par contre, nous, au syndicalisme,
05:57nous aurons la connaissance des indicateurs.
05:59Le consommateur aura connaissance de ces indicateurs
06:01parce qu'ils seront publics,
06:03parce que publiés par l'interprofession.
06:04Et c'est là où, dans les Etats généraux,
06:07on a pu percevoir quelque chose qui est relativement fort,
06:10c'est que les consommateurs ont aujourd'hui
06:12comme 1re demande le revenu des producteurs.
06:16Donc la boucle est un peu bouclée.
06:18C'est-à-dire le président de la République nous dit
06:19qu'il faudra un revenu de producteurs.
06:21Nous, au syndicalisme, on le demande depuis longtemps.
06:23Le consommateur nous dit que c'est la 1re demande.
06:25Si demain, personne ne répond à ces demandes
06:26au niveau des transformateurs et de la distribution,
06:28il y aura un gros souci
06:30dans l'évolution de la filialité française.
06:31Mais justement, c'est intéressant ce que vous dites
06:32parce que je pense à la démarche,
06:34c'est qu'il y a eu le patron qui a été largement médiatisé.
06:38C'est une démarche de communication aussi
06:40sur le prix qui est prêt à payer le consommateur
06:43et sur le coût, sur le prix qui revient au producteur.
06:48Finalement, est-ce que vous n'auriez pas intérêt
06:50à communiquer aussi auprès du consommateur
06:52sur ces indicateurs,
06:54même si ce sont des sujets assez complexes, assez techniques,
06:57mais pour rendre compte de la réalité
07:00et rendre compte de la répartition,
07:02la réalité de la répartition de la valeur au sein de la filière ?
07:06Oui, mais je pense que cette hypothèse-là
07:10est bien sûr devant nous.
07:11Donc on ne va pas anticiper
07:13puisque tous les indicateurs ne sont pas encore connus.
07:15Donc il faut les valider, il faut faire passer les étapes.
07:19Mais bien sûr qu'ensuite, c'est l'objectif.
07:21C'est-à-dire l'objectif,
07:23c'est d'avoir du revenu pour les producteurs,
07:25mais expliquer pourquoi les producteurs
07:27ont besoin de ce revenu, pourquoi dans l'engagement
07:29que nous avons pris au niveau de la filière,
07:31dans un plan de filière ambitieux,
07:33avec des centres de valeur qui parlent d'environnement,
07:35qui parlent de bien-être animal,
07:36pourquoi on va répondre à toutes ces questions
07:38avec une ferme laitière bas carbone aujourd'hui
07:39qui est le fer de lance de la filière laitière ?
07:41Donc ça veut dire que les aspects climatiques
07:43aussi seront pris en compte dans notre filière laitière.
07:45Tout ça, nous pouvons le prendre en compte à une condition,
07:48c'est que dans la filière, tout le monde gagne sa vie.
07:50Donc ça, le consommateur,
07:52il achètera le yaourt ou le lait ou autre.
07:55Et aujourd'hui, vous avez donné un exemple
07:57avec ce qui est le patron,
07:58mais je pense que demain, il faut
08:01que l'ensemble de la filière laitière
08:02s'engage dans cet objectif de revenu pour les producteurs
08:05et l'équilibre de la répartition de la valeur
08:08sur l'ensemble de la chaîne.
08:10Je me projette aux prochaines négociations commerciales
08:13en février.
08:14A chaque fois, c'est un psychodrame.
08:16Les producteurs le dénoncent chaque année.
08:19Est-ce que les Etats généraux, la loi, les indicateurs,
08:23votre travail à l'interprofession
08:25va éviter un prochain psychodrame ?
08:28C'est un des enjeux.
08:31Ensuite, s'il y avait des acteurs
08:36qui ne respectent pas
08:38ce qui va sortir dans les prochaines semaines,
08:41ça sera peut-être au consommateur, au final, de décider,
08:44parce que nous, en nous produisant,
08:47il y a des choses qui sont mises en magasin
08:48dans le marché français.
08:50Après, on exporte aussi une partie de la filière laitière,
08:52des produits laitiers.
08:53Mais après, s'il y a aujourd'hui des distributeurs
08:57qui décident de ne pas jouer le jeu de cette filière
09:01avec un revenu au producteur, ça sera à eux d'assumer.
09:04Je pense que là, par contre, dans ce que vous disiez,
09:06oui, nous nous dirons au consommateur, effectivement,
09:09le fameux name and shame qui a été évoqué par certains.
09:15Je pense que nous saurons le faire.
09:16En attendant, c'est une négociation commerciale.
09:18Il faut voter la loi.
09:20Vous devez terminer votre travail à l'interprofession.
09:22Et tout ça dans un délai serré.
09:24Vous avez une rencontre prévue à où ?
09:29À Matignon ?
09:30À Matignon, la semaine prochaine,
09:32et pour préparer une réunion avec le président de la République
09:35dans la 1re quinzaine d'octobre.
09:37On sent bien que le président de la République
09:39veut boucler ça en moins d'un an, finalement,
09:43depuis son discours de Rungis.
09:44Oui, et puis je pense que nous, producteurs,
09:47on est aussi très impatients à retrouver du revenu.
09:49Donc si c'est un objectif qui va dans ce sens-là,
09:53on ne peut que partager.
09:54Après, la communication du président de la République,
09:56je ne la maîtrise pas.
09:57Thierry Hedfeuille, merci.
09:59Retrouvez d'autres informations sur les Etats généraux,
10:03la construction des prix en filière laitière
10:04sur webagri.fr.
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