00:00Au départ, il y a une promesse, ça date de la fin d'année 2023, un consortium MediTwin
00:11qui annonce, alors il réunit déjà, je vais préciser quand même, 7 IHU, des instituts
00:15hospitaux universitaires, le CHU de Nantes, INRIA et puis des start-up aussi associés
00:21d'AssoSystem et donc ils nous promettent qu'avec des jumeaux virtuels, des jumeaux
00:26numériques, on va pouvoir améliorer la qualité des soins de santé.
00:29Bonjour Stanley Durleman, bienvenue dans Smartech, vous êtes le directeur de recherche, enfin
00:35vous êtes directeur de recherche INRIA, INRIA donc Institut National de Recherche en Sciences
00:40et Technologies du Numérique, vous êtes aussi chef d'équipe à l'Institut du Cerveau,
00:44membre de l'Institut de Recherche en IA de Paris, cofondateur de Kernel, c'est une
00:49spin-off d'INRIA qui est dédiée à l'accès à la neurologie de précision au plus grand
00:56nombre et vous avez lancé DocteurMemo.fr, première clinique digitale comme vous l'a
01:01présenté, qui est dédiée aux troubles de la mémoire.
01:04Alors je reviens sur cette promesse du consortium, créer des jumeaux numériques personnalisés,
01:09des organes, du métabolisme, de tumeurs cancéreuses, comment est-ce que ça peut nous aider à
01:16améliorer la manière dont on va être soigné ?
01:18Le concept de jumeaux numériques d'abord il faut le rappeler vient de l'industrie,
01:23on réalise des modèles trois dimensions d'une pièce comme une aile d'avion et puis
01:27on modélise les efforts qui s'exercent sur la pièce et on regarde est-ce qu'elle va
01:31tenir, est-ce qu'elle va briser et ça permet aujourd'hui de faire de la maintenance prédictive.
01:35Donc j'ai une aile d'avion, l'avion vole, j'ai des capteurs qui mesurent la pression,
01:39la température, les forces qui s'exercent et je suis capable de prédire le moment où
01:41la pièce va casser et je la change avant qu'elle casse.
01:44On peut appliquer ça à la biologie ?
01:47Exactement, l'idée c'est de faire la même chose sur la biologie, on va modéliser des
01:50tissus, des organes, on va regarder effectivement comment la personne vieillit ou se développe
01:55avec ces différents données qu'on va pouvoir capturer sur cette personne et essayer de
02:00prédire ce qui va lui arriver donc pour prévenir l'apparition éventuellement de maladies.
02:04Alors moi la question que je me posais c'est comment est-ce possible de modéliser alors
02:09que chaque être humain est tout à fait unique et donc j'imagine qu'il y a oui des grands
02:15modèles de développement de maladies mais pour arriver à une médecine plus personnalisée
02:20ça ne me semble pas compatible avec leur attachement à des grands modèles très généralistes.
02:24Alors les modèles sont effectivement personnalisables, il y a deux grands types de modèles, il y
02:28a des modèles où on va prendre toute la connaissance biologique qu'on a, par exemple sur le cœur,
02:34on connaît la mécanique du cœur, on connaît assez bien l'électrophysiologie et puis
02:37on va intégrer toutes ces équations, on va voir comment le cœur évolue et dans ce modèle
02:42il y a des paramètres.
02:43Donc je vais mesurer les paramètres que vous avez vous, les paramètres de votre cœur,
02:46votre tension artérielle, etc.
02:47Je vais personnaliser le modèle pour avoir un modèle qui est aussi proche que possible
02:51de votre cœur à vous.
02:53Mais quand il fonctionne bien alors ?
02:54Quand il fonctionne bien ou alors effectivement dans certaines conditions on va apercevoir
02:58que s'il y avait un choc qui apparaît, si vous avez un tel type de pathologie, effectivement
03:01votre cœur comment va-t-il évoluer ? Si on va faire une intervention chirurgicale,
03:05on va essayer de déterminer, on va simuler l'intervention chirurgicale sur le modèle
03:09pour voir comment le cœur se comporterait après l'opération.
03:12Et déterminer par exemple la meilleure façon d'opérer.
03:14Mais ça veut dire qu'il faut pouvoir presque nous modéliser quand on est en bonne santé
03:19finalement ?
03:20Oui.
03:21Et oui, alors ça c'est un premier défi non ?
03:22C'est un premier défi.
03:23Alors nous par exemple on ne s'intéresse pas au cœur, on s'intéresse au cerveau.
03:26Le cerveau c'est encore plus compliqué parce qu'on connaît encore moins de choses que
03:28sur le cerveau.
03:29On a la chance d'avoir beaucoup de données chez beaucoup de patients qu'on a vu à plein
03:34d'incendies dans le temps.
03:35Donc effectivement on a plein de patients qui racontent un peu finalement la façon dont
03:39leur cerveau vieillit avec ou non une maladie.
03:42Et donc nous on a construit des algorithmes d'intelligence artificielle générative
03:45qui permettent de prendre l'ensemble de ces données, les faire analyser par un ordinateur
03:48qui va permettre de restituer, de dire ben voilà en fait la maladie en premier ordre
03:52elle se découle comme ça mais en fait chez plein de patients elle se développe de manière
03:55très différente.
03:56Et donc maintenant moi j'ai un patient qui arrive, je mesure un certain nombre de données
04:00sur ce patient et je dis ben voilà j'ai ce patient là, il a un score de mémoire
04:04de temps, un score d'attention de temps, il a ses constantes biologiques qui sont comme
04:07ça et je demande à l'intelligence artificielle de me dire comment est-ce que cette personne
04:12dans 3 ans par exemple, je lui demande dans 3 ans quelle sera sa capacité de se repérer
04:15dans l'espace ou quelles seront ses capacités de mémorisation.
04:18Et en fait aujourd'hui du coup on a des modèles qui arrivent jusqu'à 3-4 ans après dire
04:23comment...
04:24Mais vous avez déjà testé et prouvé, donc vous pouvez mesurer les résultats ?
04:27Absolument.
04:28Donc on n'est plus dans la recherche là ?
04:30On est déjà dans une transition effectivement, dans un produit quasiment technologique.
04:34Et tout l'enjeu effectivement c'est comment on fait pour que ces outils là sortent du
04:37laboratoire et arrivent pour être mis entre les mains dans la vie de tous les jours.
04:42Oui, alors expliquez-nous, quels sont les défis à relever pour qu'on y arrive ?
04:46Le premier défi c'est que, donc c'est jumeau numérique on a compris, l'intérêt c'est
04:49pour prévenir ce qui va arriver et on a un système de soins qui n'est absolument pas
04:53construit pour la prévention.
04:54On a un système qui est construit autour de l'acte médical, de la prescription.
04:57Aujourd'hui on ne sait pas faire de la prévention dans le système de soins et donc on a créé
05:02avec mon associé il y a deux ans, docteurmemot.fr, justement pour les maladies liées à la mémoire,
05:09arriver à mettre en place des parcours de soins très tôt, dès les premiers signes
05:13et de façon à pouvoir débuter des stratégies de prévention vraiment dès les premières
05:18plaintes de mémoire.
05:19C'est pour ça qu'éveiller la conscience en fait de la personne et des familles sur
05:23les problèmes de mémoire au stade les plus précoces en fait améliore déjà la qualité
05:27de vie et de bonne santé et offre des perspectives effectivement en mettant en place des mesures
05:31de prévention médicamenteuses ou non.
05:32Et alors moi j'ai lu prédire traiter Alzheimer, ça c'est possible, c'est atteignable ?
05:36Alors traiter Alzheimer, non, guérir, aujourd'hui dans l'état actuel des connaissances il n'y
05:42a aucun espoir de guérir la maladie d'Alzheimer.
05:44Par contre avant-hier la FDA a autorisé la mise sur le marché d'un médicament contre
05:49Alzheimer qui s'il est prescrit suffisamment tôt donne l'espoir effectivement de pouvoir
05:54faire reculer l'apparition des symptômes, de pouvoir freiner la progression de la maladie.
05:59Donc on est bien dans un cadre de prévention.
06:01Et ça on va pouvoir en plus le mesurer grâce aux jumeaux ?
06:03Et on pourra effectivement le mesurer et voir que la question auquel aujourd'hui personne
06:07ne sait répondre c'est aujourd'hui ces médicaments, si je les prescris à une personne quel est
06:12le bénéfice à m'attendre et quel est le risque associé ?
06:14Merci beaucoup Stanley Durlman, vous êtes directeur de recherche INRIA je le rappelle
06:19et merci pour vos travaux et vos explications.
06:21Merci à vous.
06:22A suivre c'est notre rendez-vous Game Business.
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