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  • il y a 2 ans
Numérique et « cofarming »

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00:00...
00:07Bonjour et bienvenue à tous.
00:09On va parler ensemble de numérique.
00:11J'accueille Hervé Pillaud. Bonjour.
00:13Bonjour.
00:14Vous êtes agriculteur vendéen. Beaucoup de gens vous connaissent.
00:17Vous êtes auteur, conférencier et spécialiste du numérique,
00:21je pense qu'on peut le dire, et passionné, en tout cas.
00:25Vous aviez sorti un 1er livre
00:27et vous avez réitéré l'expérience
00:30en sortant, cette fois-ci,
00:32AgroEconomicus,
00:34manifeste d'agriculture collaborative.
00:38Alors, vous parlez de mots très compliqués dans cet ouvrage.
00:42Vous allez nous expliquer.
00:43Vous parlez de blockchain, de fintech.
00:48En quelques mots, quel est le sens de ce livre ?
00:51Qu'est-ce que vous expliquez dans ce livre ?
00:53Alors, l'histoire du livre,
00:55c'est une commande de mon auditeur de la France agricole,
00:58partant du postulat que le monde est en train de changer.
01:03Le monde urbain, notamment,
01:05est en train d'être bouleversé par les plateformes qui l'envahissent.
01:08Je pense à Uber, je pense à Airbnb,
01:11un certain nombre de plateformes comme ça.
01:12Il y avait évidemment les GAFA, Google, Apple, Facebook et Amazon
01:17qui envahissent un peu nos vies, le bon coin chez nous.
01:20Comment ces éléments-là vont pouvoir impacter
01:23le monde agricole et l'agriculture ?
01:25Et c'est comme ça que je suis arrivé à faire un certain nombre de parallèles
01:30et à découvrir un certain nombre de choses.
01:32D'abord, la 1re, c'est que l'agriculture n'était pas au départ.
01:36Dans les années 50, quand l'agriculture s'est vraiment transformée
01:40pour une 1re fois,
01:41parce qu'on a eu plus de changements depuis la dernière guerre mondiale
01:45qu'on en avait eu entre le Moyen Âge et 1950.
01:49Et en fait, je me suis rendu compte en étudiant un petit peu pour écrire
01:54que c'était déjà fait de manière collaborative,
01:57mais sans les outils qu'on a maintenant.
01:59Et avec un certain nombre, je dirais pas de travers,
02:02parce qu'il fallait le faire comme ça s'est fait,
02:04mais maintenant, on a un certain nombre de possibilités
02:06qu'il va falloir aller chercher pour continuer ce qui a été fait
02:09et puis passer à une autre agriculture.
02:12Il y a un certain nombre d'éléments qui seront essentiels,
02:14notamment le fait qu'on a développé l'agriculture
02:17avec beaucoup d'utilisation d'intrants.
02:19C'était normal. On en avait énormément besoin
02:21parce qu'il fallait produire beaucoup de nourriture
02:24avec une population augmentée à la sortie de la guerre.
02:28On a réussi très vite.
02:29Je suis pas sûr qu'on ait tant réussi que ça, en fait,
02:31parce que ce qui s'est surtout passé,
02:33c'est que certaines zones dans le monde ont été en excédent
02:37pendant que d'autres étaient en déficit.
02:38Donc il y a eu un problème de répartition.
02:40Là, maintenant, l'avènement du numérique
02:42va nous permettre de changer un certain nombre de choses.
02:44Une autre chose que ça va nous permettre de changer,
02:46c'est de passer d'une agriculture utilisatrice d'intrants
02:48de façon intensive
02:50à une agriculture utilisatrice de connaissances
02:52de façon tout aussi intensive.
02:54Et le...
02:55Aujourd'hui, il y a une sous-exploitation de la connaissance ?
02:58Oui, incontestablement.
03:00Pourquoi ? Parce qu'on n'avait pas les outils pour le faire.
03:03Qu'est-ce que c'est, le big data ?
03:04Le big data, c'est le data, les données.
03:07C'est la numérisation de connaissances.
03:09Et on aura la possibilité maintenant,
03:12mais il y a des choses à mettre en place pour ça,
03:15d'utiliser à travers d'algorithmes
03:17des grandes quantités de données,
03:19une grande variété de données
03:20et de données perpétuellement mises à jour.
03:22C'est ce qu'on appelle les 3V du big data.
03:24Et ça, on va devoir le faire en réseau collaboratif maillé.
03:28C'est pour ça que je parle d'agriculteur collaboratif.
03:29C'est quoi, exactement ?
03:31Alors, c'est quoi ?
03:32C'est la capacité à faire se lier ensemble
03:35des entreprises, les entreprises agricoles,
03:38qui sont disséminées partout sur le territoire.
03:40On est un énorme puzzle de micro-entreprises.
03:42Et on le restera.
03:43Même si elles augmentent.
03:45Et effectivement, je pense qu'il faut qu'elles augmentent en émotion.
03:47Certains le voient autrement,
03:48mais je pense que c'est à la fois inéluctable,
03:51mais aussi nécessaire.
03:52Et malgré tout, ça restera des micro-entreprises
03:55qui vont devoir faire matcher les données ensemble.
03:57Donc là, il y a des choses à mettre en place.
03:59Et c'est là que la blockchain pourra rendre
04:01un certain nombre de services, mais aussi dans d'autres domaines.
04:04Actuellement, par exemple, la traçabilité qu'on a
04:08est plus une charge, une contrainte
04:11que quelque chose qui est valorisé par les agriculteurs.
04:13On a possibilité, avec ces nouvelles technos,
04:15de le valoriser plus.
04:16Et enfin, la contractualisation, qui va être essentielle
04:19sur tous les maillons de la chaîne pour les sécuriser,
04:22pourra se faire de façon beaucoup plus simple,
04:24beaucoup plus transparente,
04:26beaucoup plus sécurisée également avec la blockchain.
04:28Ce tournant numérique, on n'en est qu'au début.
04:31Mais vous expliquez aussi dans le livre
04:33qu'il va également s'appliquer
04:34dans le financement de l'agriculture.
04:38Oui, il y a un vrai problème de financement de l'agriculture.
04:41Il y a plusieurs problèmes de financement de l'agriculture.
04:43L'agriculture est une industrie lourde
04:46qui demande énormément de capitaux
04:48pour peu de rendement de ces capitaux.
04:50Et actuellement, s'ajoute à ça une technostructure,
04:56ça peut paraître péjoratif, mais dans ma bouche, ça n'y est pas,
04:59qui sclérose un peu les choses.
05:01Donc les fintechs vont permettre d'automatiser les financements,
05:04de les rendre plus agiles.
05:06Un agriculteur qui a besoin de trésorerie
05:09comme un petit entrepreneur, comme un grand entrepreneur,
05:11très rapidement, n'est pas en capacité actuellement
05:13de les mobiliser rapidement.
05:15Demain, avec l'utilisation des fintechs,
05:19sera en capacité d'utiliser beaucoup plus facilement
05:21ces financements.
05:23Alors on pourrait considérer que c'est facilitateur,
05:27ça le sera, je le pense, mais ça sera aussi des contraintes
05:30ou une responsabilité plutôt qui sera plus importante.
05:35Tout ce qui est basé sur la confiance responsabilise.
05:38Ca ne veut pas dire que ça permet de faire n'importe quoi.
05:41On donne sa confiance à quelqu'un à travers des automatismes,
05:44mais il faudra quand même assurer la charge au bout.
05:46Je comprends ce que vous dites,
05:49mais sur le financement, par exemple,
05:52sur la transmission des données, sur l'usage des données,
05:56il y a, dans le monde agricole,
05:59un certain frein psychologique à ces évolutions.
06:03Est-ce que ça veut dire
06:05qu'il va y avoir une partie du monde agricole
06:08qui sera exclue, qui va s'exclure toute seule
06:11parce qu'elle ne prendra pas ce train en marche ?
06:14Je ne souhaite pas qu'elle soit exclue, évidemment,
06:16mais je pense malheureusement que ça pourrait être le cas.
06:20Le changement, il va être où au niveau du financement ?
06:22On va passer d'une gestion patrimoniale
06:25à une gestion de l'usage.
06:27Actuellement, on est dans une gestion patrimoniale
06:29même du matériel. On est ici, au CIMA,
06:31avec énormément de technologies et énormément de matériel
06:34qui coûtent souvent fort cher
06:35et qui, le plus souvent, n'est pas utilisé
06:37au maximum de sa valeur.
06:39Demain, on n'achètera pas un automoteur pour désherber,
06:43on achètera un acte de désherbage.
06:45A travers des échanges de matériel,
06:47on a quelques start-up comme WeFarmUp,
06:50comme une autre qui échange également du matériel,
06:55j'ai oublié son nom, qui permettent de le faire.
06:57Et ça, je pense que ça va rentrer beaucoup plus dans les pratiques.
07:00On a évidemment les entreprises de travail agricole,
07:02on a l'Ecuma, mais qui vont devoir,
07:04et ils ont déjà commencé à y réfléchir,
07:07utiliser pour optimiser encore mieux ce matériel.
07:10Et on a la capacité de sécuriser maintenant.
07:12Jusqu'ici, un des freins qui avait cette utilisation,
07:14c'était le fait qu'on disait, en cas de panne,
07:18en cas de risque, en cas de mauvaise utilisation du matériel,
07:22comment on fait ? Maintenant, on va avoir la possibilité,
07:24parce qu'on a la transparence avec ces outils-là,
07:26de pouvoir le faire. On peut équiper nos matériels de trackers
07:29qui permettent de savoir,
07:31la panne est venue là, il y a-t-elle raison ?
07:33C'est de la faute de l'utilisateur ou pas ?
07:34Donc ça va nous permettre tout ça.
07:36Donc on va optimiser ça.
07:37Donc on achètera un usage de trackers
07:39beaucoup plus qu'un tracker de façon patrimoniale.
07:42Et ça, c'est la fin d'une époque pour passer à une autre.
07:45Le problème qu'on a actuellement, c'est que quand on parle de ça,
07:48on oppose ça à un certain collectivisme.
07:51C'est plus ça, c'est autre chose qu'on va passer.
07:53C'est même une vision très capitalistique,
07:55et c'est pas du tout péjoratif, et c'est même très sain,
07:59mais qui sera une autre forme de capitalisme.
08:01Pour rendre les choses très concrètes,
08:03vous êtes aussi à l'initiative du concours Agrin Startup,
08:07qui est un concours d'initiatives
08:10pour rendre les choses bien concrètes.
08:13On a eu un exemple au Sima avec l'émergence de beaux projets
08:18sur le concours Agrin Startup qui s'est déroulé ici.
08:22Vous pouvez donner des exemples de projets
08:26pour concrétiser un petit peu ce tournant, finalement ?
08:29Alors, le problème, c'est pas facile à la sortie de concours
08:32comme celui-là de savoir ce que seront les bons projets
08:34et les moins bons. Il y a des projets séduisants
08:37qui sont récompensés, et c'est bien.
08:39Par contre, il faut que ces projets-là correspondent
08:41à un vrai besoin, un vrai usage.
08:44Je vais vous donner l'exemple du syndrome
08:47de la brosse à dents et de la yaourtière.
08:50Pour une ménagère, acheter une yaourtière, c'est super sympa.
08:53On va faire nos propres yaourts, on le fait 2 fois,
08:55ça reste dans le fond du placard, on s'en sert plus.
08:57La brosse à dents, c'est pas très sexy, mais on s'en sert tous les jours.
08:59Et les fabricants de brosse à dents gagnent plus d'argent
09:01que les fabricants de yaourtières, malgré tout.
09:03Et donc là, c'est la même chose.
09:05Il faut qu'on ait des start-up ou des entreprises
09:10qui doivent correspondre à un vrai besoin,
09:13à un nouveau besoin de l'agriculture.
09:14Ca, on le sait pas a priori.
09:16Donc il y aura du déchet, il y a des choses qui sont sympas.
09:19On peut se dire, ça, ça va vraiment percer.
09:21Peut-être, peut-être pas.
09:22Peut-être qu'une autre qui sera pas récompensée,
09:24c'est celle qui va percer.
09:26Mais le tout, c'est de faire travailler
09:27cette intelligence collective
09:29pour, dans le lot, avoir les bons projets qui sortent.
09:32Hervé Piot, merci beaucoup pour cet éclairage
09:35et retrouver d'autres informations sur ces start-up qui émergent
09:38et qui vont peut-être apporter des solutions bien concrètes
09:41et utiles pour les agriculteurs sur Terre.net.fr.
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