00:00...
00:11Bonjour.
00:12Nous allons tout de suite parler d'un sujet
00:14dont on traite assez peu en élevage,
00:16qui est la filière du cuir.
00:18Donc, ce qu'on appelle un des 5e quartiers
00:21de la viande bovine.
00:23Pour cela, je suis en compagnie de Charline Vincent.
00:26Bonjour.
00:27Donc, Charline, vous êtes à la fois ingénieure cuir
00:30pour une marque qui fabrique des sels,
00:33de la sellerie de luxe, je crois, qui s'appelle CWD,
00:37également missionnée par la Chambre économique de Dordogne,
00:41donc à l'origine d'un projet assez original
00:44pour rétribuer les éleveurs qui font des efforts
00:48pour avoir un cuir de bonne qualité.
00:51C'est ça ?
00:52C'est ça. Un pôle d'excellence rurale
00:54labellisé par l'Etat,
00:56qui a des subventions de la part de l'Etat,
00:59Conseil général, Conseil régional
01:01et leader PIP Gros Vert,
01:03qui permet donc à l'éleveur d'avoir un guide d'opération
01:08permettant d'avoir des cuirs de meilleure qualité.
01:10En fait, aujourd'hui, les éleveurs français
01:12y profitent très peu du prix du cuir,
01:15qui apparemment fait des hauts et des bas,
01:17et surtout des hauts, non ?
01:19Exactement. Il y a une certaine opacité sur ce secteur-là.
01:23L'éleveur élève sa bête d'abord pour la viande
01:28et ne connaît absolument pas le prix de la peau
01:33lorsqu'elle est revendue par l'abattoir pour le tanneur.
01:35D'accord. Une peau, comment fonctionne la filière ?
01:38Quelle est la demande sur la peau ?
01:41Aujourd'hui, la demande est de plus en plus importante
01:43parce que le secteur du luxe se porte très bien.
01:46Il y a une augmentation chaque année
01:49de la demande en matières premières de qualité.
01:52Et le marché n'arrive plus à suivre.
01:55Aujourd'hui, en France, on a un pourcentage de qualité
01:57qui est assez faible, de l'ordre de 10 %,
02:00qui partent dans le secteur du luxe,
02:03contre 65 % dans les pays comme l'Irlande,
02:06parce que justement, les éleveurs dans ces pays-là
02:08sont rémunérés pour leur peau et donc font attention
02:11aux défauts qui peuvent apparaître durant la vie de l'animal.
02:13Pourtant, on a quand même des races allaitantes
02:15qui produisent des peaux de qualité.
02:18Pourquoi les éleveurs n'ont pas des peaux de qualité aujourd'hui ?
02:23Aujourd'hui, on a 4 principaux problèmes sur les cuirs français.
02:28Tout d'abord, on a le problème des barbelés.
02:31Donc les clôtures en France sont omniprésentes
02:35et ça crée des cicatrices assez longues sur le cuir,
02:38pouvant recouvrir la surface totale du cuir
02:40et le rendre invendable par le tanneur.
02:43D'accord. Ca veut dire que c'est invendable.
02:45C'est quoi ? Ca pose un problème de travail du cuir ?
02:47Ca pose un problème d'esthétisme, déjà, d'une part,
02:51et de 2, du travail du cuir,
02:52parce que ça peut créer une amorce à la déchirure.
02:55Et donc le travail du cuir est impossible.
02:58Pourtant, toutes les bêtes qu'on voit dans les champs
03:00ne sont pas balafrées par des grosses traces de barbelés.
03:05On ne le voit pas, en fait.
03:06Lorsque la peau est surpoilée, sortie d'abattoir,
03:09le tanneur achète les peaux de la même manière,
03:12enfin le même prix.
03:13Et c'est lorsque le travail du tanneur a commencé,
03:17lorsqu'on a fait tomber les poils,
03:18qu'on peut s'apercevoir du nombre de défauts sur la peau de l'animal.
03:22Et donc là, on se rend compte
03:23que les barbelés ont une réelle influence sur la peau
03:25et créent des mini-cicatrices.
03:26D'accord. Il y a d'autres problèmes que les barbelés ?
03:30Il y a un problème de parasitisme, notamment les parasites externes,
03:34comme le poux et la teigne.
03:37D'accord.
03:38Qui créent aussi un affaiblissement de l'épaisseur du cuir.
03:43D'accord. Ça fait quoi ?
03:45C'est notamment sur les veaux, peut-être, la teigne du veau ?
03:48C'est un problème assez connu.
03:49On le connaît plus sur le veau,
03:51notamment les veaux de boucherie, les veaux sous la mer.
03:54Ces veaux sortent peu.
03:56Et donc, une fois qu'un veau est infesté,
03:58la plupart le sont autour.
04:00D'accord.
04:01D'autres problèmes, je ne sais pas, de déchirures,
04:05je pense, notamment en bâtiment,
04:07des choses comme ça qui peuvent arriver ?
04:08Dans les bâtiments, exactement.
04:10Des petites vis qui dépassent
04:11lorsque l'animal rentre en contention
04:14ou des choses comme ça,
04:15qui peuvent laisser une cicatrice plus grosse
04:18que dans le cas d'un barbelé.
04:19Et donc, lorsqu'elle cicatrise,
04:22cette cicatrice ne disparaît pas
04:24et laisse une balafre sur la peau.
04:27D'accord. Je reviens un peu au prix.
04:29Ça coûte combien, une peau ?
04:31Un abatteur qui veut vendre une peau à une tannerie,
04:33ça vaut combien ?
04:35Aujourd'hui, le marché fluctue énormément.
04:38On a le prix des peaux brutes, comme on dit,
04:42sorties abattoirs, qui grimpent depuis plusieurs mois.
04:46Et donc, c'est difficile à définir.
04:48Mais aujourd'hui, une peau réputée de qualité
04:50pour un abattoir qui a l'habitude de vendre des peaux de qualité,
04:53une peau de veau peut aller jusqu'à 110 euros.
04:56D'accord. Ah oui, l'abattoir vend 110 euros aux tanners
04:58sans que l'éleveur n'en profite du tout, quoi.
05:00Non. L'éleveur n'en touche pas un centime
05:03ou les abattoirs vont vous dire que c'est compris
05:07dans le prix au kilo de la viande.
05:10D'accord. Donc votre initiative
05:11du pôle d'excellence rural de Dordogne,
05:14c'est de rétribuer un peu plus les éleveurs
05:16qui font des efforts pour avoir des peaux de qualité, c'est ça ?
05:19C'est exactement ça.
05:21C'est donner aux éleveurs un guide d'opération
05:23permettant d'augmenter la qualité des cuirs
05:25pour qu'ils puissent réclamer une rétribution de valeur.
05:29Dans ce but-là, on a créé un circuit court
05:32sur le haut de la Dordogne, dans le Pays des Rigueurs Verts,
05:36pour allier différents partenaires,
05:38donc différents échelons de la filière,
05:40à savoir éleveurs, coopératifs d'éleveurs,
05:43abattoirs, tanneurs et transformateurs de cuir,
05:47de façon à ce que le circuit reste sur le territoire
05:51et que le transformateur final,
05:54qui pour ce projet est CWD, rétribue une valeur à l'éleveur
05:57pour avoir fait les efforts sur sa peau.
05:59D'accord. Et quelle rémunération touche l'éleveur au final ?
06:05De la part de CWD, on donne 30 euros.
06:09D'accord. 30 euros par peau en plus ?
06:11Pour l'éleveur, oui.
06:13Et l'éleveur, lui, qu'est-ce qu'il doit faire ?
06:16Il doit suivre le guide d'opération inscrit dans la charte qualité,
06:22à savoir le remplacement de ses barbelés,
06:25qui est possible grâce à des subventions
06:28qui couvrent 50 % du total des opérations.
06:33Il doit faire appel à un vétérinaire
06:35pour faire des diagnostics parasitaires sur son cheptel
06:39et faire attention à ce que son animal soit propre
06:42pour éteindre des tâches d'hygiène sur le cuir
06:44liées à l'urine et la grotte.
06:46D'accord. C'est un projet qui débute tout juste.
06:48Là, vous avez des éleveurs qui sont intéressés par cette démarche ?
06:52Tout à fait. On a un 1er éleveur signataire depuis le mois de juin.
06:56Et on a une dizaine qui sont en train de monter des dossiers
06:59pour obtenir les subventions accordées
07:02par les différentes structures.
07:04C'est un projet plutôt à but expérimental pour le moment
07:07ou ça attend à se développer, à peut-être s'étendre ?
07:10Le projet est territorialisé.
07:12Ca ne peut pas concerner tous les éleveurs de France.
07:15Le but, c'est que ça soit expérimental,
07:16que l'on parte d'un état de départ en termes de qualité de peau.
07:20Et on a fixé une date sur 4 ans.
07:22Ce projet est sur 4 ans.
07:23Dans 4 ans, nous ferons un point
07:25pour savoir comment a évolué la qualité des cuirs.
07:28Et le but étant d'avoir des résultats positifs
07:30pour pouvoir le diffuser.
07:31Très bien. Merci, Charline Vincent.
07:33Et on espère que d'ici quelques années,
07:35les éleveurs seront payés pour leur cuir
07:38et la qualité des cuirs que l'on a en France.
07:41C'est le but. Merci beaucoup.
07:42Merci. Au revoir.
Commentaires