00:00...
00:05Je vais inviter Emmanuelle Ducroux à me rejoindre sur scène
00:09pour la conclusion de cette matinée très enrichissante.
00:13Emmanuelle, merci.
00:14C'est totalement artisanal, Stéphanie.
00:16Voilà. On va faire un tour d'horizon pour conclure
00:20des sujets qui ont été évoqués ce matin.
00:24Et surtout, quels sont les 3 grands défis du secteur à venir ?
00:29Je dois dire que c'est assez intimidant
00:31parce que je vous parle à la place d'Agnès Pannier-Runacher
00:34qui devait conclure cette matinée.
00:35C'est un challenge que tu relèves, Olamou.
00:37Donc pardonnez-moi, ce ne sera pas aussi...
00:40Par curiosité, je suis allée relire le texte
00:44que j'avais écrit l'an passé pour ce même événement
00:47et pour ce même thème à la fin de notre conférence.
00:51Et j'avais parlé des risques pour l'agriculture en 2023.
00:54J'étais restée assez terre à terre.
00:56C'est important quand même de rester terre à terre,
00:58mais j'avais parlé des nouveaux ravageurs
01:01qui arrivent avec le changement climatique
01:03et pour lesquels il faut lutter avec des moyens
01:05un peu plus raisonnables pour ne pas nuire à l'environnement.
01:08J'avais aussi parlé de la défiance au progrès
01:10qui gagne une partie de la société,
01:12qui affecte l'agriculture,
01:14et qui affecte aussi la prise en main
01:15des nouveaux outils numériques, robotiques, génétiques.
01:18Et enfin, j'avais parlé de la terre,
01:20du poids de la terre et des préoccupations sur sa priorité.
01:24La terre arable est rare et chère sur la planète.
01:27C'est un objet de convoitise.
01:28Alors, pas un de ces sujets n'a perdu de son intérêt,
01:32n'a perdu de son acuité,
01:33mais cette année, il y en a d'autres
01:35qui vont forcer l'agriculture à penser plus grand.
01:37Et donc, je vous propose de dézoomer les questions.
01:41Avec tout d'abord cette Europe
01:43qu'on voit en plein doute actuellement,
01:44mais la France aussi.
01:46Le début de l'année 2024 a été marqué,
01:49je ne l'apprends à personne ici,
01:50par des mouvements massifs d'agriculteurs
01:52dans toute l'Europe.
01:53Alors, ça a commencé aux Pays-Bas dès 2022.
01:56La contestation a gagné la Pologne, a gagné la Hongrie,
01:59a gagné l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la Grèce.
02:01Alors, un mouvement pas toujours simple à analyser
02:04parce qu'il y a des revendications très locales,
02:07mais elles se sont mêlées à une grande angoisse commune agricole
02:11à l'échelle du continent.
02:12Alors, aux Pays-Bas, c'était d'abord un projet massif
02:14de fermeture d'élevage par le gouvernement
02:17qui a poussé les agriculteurs dans la rue
02:19et qui s'est d'ailleurs traduit par une poussée électorale
02:22des agriculteurs néerlandais.
02:23C'était assez inédit.
02:25En Allemagne, c'était la perspective d'un tour de vis fiscal
02:28sur le carburant et sur le matériel qui les a mis en colère.
02:30En Pologne, la concurrence des importations ukrainiennes
02:35de céréales. Et puis, en France, un ras-le-bol un peu général
02:38de normes surappliquées,
02:39de tracasseries administratives délirantes.
02:42Cela dit, il y a quand même un point commun
02:44à toutes ces mobilisations agricoles.
02:46C'est la place de l'Europe agricole dans le monde
02:49et la feuille de route pas claire pour les agriculteurs.
02:52Qu'est-ce qu'on leur demande ?
02:53Le projet Farm to Fork, de la ferme à la fourchette,
02:57la version agricole du pacte vert européen,
02:59est assez décroissant.
03:02Et ça a ouvert beaucoup de questions.
03:04Est-ce qu'on veut encore produire pour nous-mêmes en Europe
03:07ou est-ce qu'on veut déléguer une partie de notre alimentation
03:10au reste du monde,
03:11avec des effets collatéraux à bien prendre en compte ?
03:14Les bilans carbone de l'agriculture brésilienne, par exemple,
03:18ce n'est pas les nôtres.
03:19Les atteintes à la biodiversité non plus.
03:21Est-ce qu'on va accepter de laisser faire ailleurs et moins bien
03:25ce qu'on peut faire ici de façon meilleure ?
03:26Alors oui, avec des effets indésirables,
03:28mais quand même assez meilleurs.
03:30Est-ce qu'on va laisser faire quelque chose
03:33qui serait loin de nos yeux, loin de nos cœurs
03:35et loin de notre contrôle ?
03:36Je trouve ça intéressant parce que les expériences
03:38d'Arnaud Montebourg ou de Nicolas Chaban
03:40nous montrent que tout ça, c'est aussi une question de valeur.
03:45Qu'est-ce qu'on donne comme valeur à notre alimentation ?
03:47Est-ce qu'on n'a pas intérêt très vite à retrouver
03:50la valeur de cette alimentation qui nous est arrivée
03:52toute cuite dans nos assiettes pendant des décennies
03:53sur laquelle on ne s'est pas posé de questions ?
03:56Tout ça, ça participe à la prise de conscience
03:59qu'on doit tous avoir.
04:00Et puis donc, il y a aussi une autre question pour l'Europe.
04:03Est-ce qu'elle veut produire pour elle-même,
04:06se replier ou aussi exporter ?
04:08On y reviendra un peu plus tard.
04:10Mais je pense que ça, ce sont des questions importantes
04:11auxquelles la prochaine Commission européenne
04:14va devoir répondre.
04:15Et il y a des choix politiques, des choix géopolitiques
04:18qui sont absolument cruciaux dans cette histoire.
04:20Et l'alimentation qui est devenue dans un tel contexte
04:22un outil géopolitique crucial.
04:25Oui, le changement climatique, la poussée démographique mondiale,
04:28on savait que ça allait nous arriver.
04:31Et puis la guerre en Ukraine a surgi dans le quotidien agricole
04:34et tout ça doit nous ouvrir les yeux.
04:35Alors, il y aura 10 milliards d'êtres humains
04:39à nourrir en 2050 sur la planète
04:41avec des terres, comme je l'ai dit, rares,
04:44des aléas climatiques de plus en plus aigus,
04:47les dépendances alimentaires de certaines zones du monde
04:49vont se faire dramatiques.
04:52On voit l'appétit croissant de la Chine
04:55pour les ressources, pour les productions agricoles.
04:57On voit aussi que la Russie a fait croître
04:59sa production de céréales de manière exponentielle.
05:02Elle s'en sert pour influencer la politique
05:05dans des pays entiers.
05:06Et maintenant, elle maîtrise 25%
05:09des échanges de blé du monde.
05:13Et ça, ça lui donne un énorme pouvoir.
05:14Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On laisse faire, on se bat.
05:17Il ne s'agit pas que de blé, il s'agit aussi de démocratie
05:19parce que maîtriser l'assiette,
05:21c'est aussi maîtriser la politique,
05:22c'est maîtriser la paix sociale
05:24et c'est aussi diffuser un modèle de société.
05:26Alors, nous avons devant nous, je vais encore citer
05:29Sébastien Abysse qui sera sans doute
05:31la personne la plus pillée de cette journée.
05:34Nous avons devant nous un Everest alimentaire à franchir.
05:37Ça ne va pas se faire ni tout seul, ni en tongs.
05:41Et en plus, ça se fait dans des vents contraires
05:43pour la démocratie. La prise de conscience, elle est là.
05:46L'alimentation, c'est la paix, la stabilité politique.
05:48Et ce sont aussi des moindres migrations
05:50à l'échelle de la planète.
05:51Et donc, il faut le considérer comme ça,
05:53pas simplement pour le plaisir de la table.
05:54Mais avec quels agriculteurs ?
05:56Ça, c'est toute la question.
05:57En Europe, nos agriculteurs sont performants.
06:00Ils sont passionnés, mais ils sont aussi vieillissants.
06:03Alors, il faut attirer des nouvelles générations,
06:06des nouveaux profils.
06:07Il faut que l'agriculture accepte de faire de la place
06:08à des gens qui viennent d'ailleurs,
06:10qui ont des conceptions différentes des choses.
06:12Et ça, c'est super parce que ça donne du sang neuf.
06:15Ça se fait avec des frictions, mais ça se fait,
06:16et ça, c'est super.
06:17Et puis, au niveau mondial, c'est la même question.
06:19Les agriculteurs sur la planète ont 49 ans d'âge moyen.
06:23Ca veut dire que là aussi, cette question de la démocratie,
06:25elle se pose avec, en plus, un énorme besoin de formation
06:30pour que tous ces agriculteurs aient accès
06:32aux nouvelles technologies qui leur permettent
06:33de faire mieux avec moins d'un tranc,
06:36d'être efficaces économiquement,
06:37de vivre correctement de leur travail
06:39et de produire plus que pour leur propre foyer.
06:43Voilà.
06:44Il y a une révolution démographique de l'agriculture à passer.
06:47Après des décennies d'urbanisation sur la planète,
06:50il va falloir redonner du lustre
06:51pour que les gens reviennent de manière heureuse
06:54vers les campagnes et dans une optique de production.
06:57Alors, j'aime citer un de mes amis agriculteurs
07:00qui a ce slogan et qui dit
07:01« Aimez-nous, on fera le reste ».
07:03Alors, tout ça, ça paraît un peu naïf,
07:04un peu cucul à Praline, peut-être,
07:06mais finalement, non.
07:07Il faut aimer l'agriculture pour ce qu'elle nous donne,
07:09pas seulement pour le rôti du dimanche midi,
07:13mais pour aussi toute la paix du quotidien.
07:15Et ce sera le mot de la fin.
07:17Et ce sera le mot de la fin.
07:18Merci beaucoup, Emmanuelle.
Commentaires