00:00...
00:00Alors effectivement, on est dans la droite lignée
00:08de ce qui vient d'être évoqué à l'instant
00:10par les précédents intervenants.
00:12Yannick Fiali, vous êtes président du Centre national
00:15pour la promotion des produits agricoles et alimentaires.
00:18Vous êtes aussi éleveur de bovins en Haute-Loire.
00:20Vous présidez la commission économique de la FNSEA
00:22et vous présidez aussi le collectif export et souveraineté alimentaire
00:25qui va plus particulièrement nous intéresser aujourd'hui très logiquement.
00:29Ce collectif a publié en début d'année une étude
00:31réalisée par le cabinet Asterès
00:34qui a mis en lumière un déclin très net
00:37des exports de produits agricoles et alimentaires français.
00:41C'est quasiment une baisse de moitié en moins de 15 ans.
00:45Comment on peut expliquer ce déclin très significatif ?
00:50Bonjour à toutes et à tous.
00:52Alors effectivement, ce déclin, il est assez important.
00:54On est passé de 13 milliards d'euros sur la balance commerciale
00:57excédentaire en France à à peine 5 milliards aujourd'hui, 4 milliards 9.
01:01Il y a des faits conjoncturels, il y a des faits structurels.
01:04Alors effectivement, ça a été rappelé par les intervenants tout à l'heure
01:07sur la partie céréales.
01:08Il y a eu une moindre production l'année dernière, donc ça baisse.
01:11Il y a aussi une moindre production sur la partie viticole,
01:13mais qui aura un effet sur 2025, 26 plus important, 2025 et 26,
01:18parce que vous savez qu'on vénifie, il faut un peu de temps pour exporter.
01:21Mais c'est vrai que d'avoir perdu de 13 milliards à 4 milliards 9 d'excédents agricoles,
01:27ça pose une vraie question.
01:28Je dirais que ce qu'on a pu voir, et ça ressemble un peu aux tables rondes
01:32qu'il y a pu avoir tout le matin, il faut qu'on ait un message clair.
01:37Sébastien Abyss a parlé, le mot production était un peu un gros mot.
01:41Je dirais que le mot exporter était encore un mot encore moins développé.
01:46Il ne fallait pas le prononcer il y a quelques années en France.
01:48Et on a besoin d'exporter, parce que ça crée de la richesse.
01:53C'est une bonne chose pour nos filières, pour nos territoires.
01:56Et le cabinet Asterès nous a démontré que ça crée de la richesse localement.
02:00Et cette exportation, elle est bénéfique à la France.
02:04Et on voit qu'aujourd'hui, on a peut-être repris un peu du poil de la bête,
02:08mais c'est compliqué.
02:09Et ce que je peux regretter, c'est qu'on a des politiques publiques,
02:11un peu du stop and go depuis quelques années.
02:13Et arrive un jour un gouvernement qui dit qu'il faut monter en gamme.
02:19On ne fait que du luxe.
02:21Bon, oui, très bien.
02:22Qu'est-ce qu'on fait de l'entrée de gamme ?
02:23On n'est plus présent, donc on le laisse à l'importation.
02:26Un autre arrive en disant qu'il ne faut faire que du bio.
02:28Bon, ça pose des difficultés.
02:30Un autre arrive avec du carbone.
02:31Et face à cela, nous, agriculteurs et filiers agroalimentaires,
02:37on ne peut pas réagir.
02:38On a besoin d'un cap clair sur des années.
02:39Un agriculteur, c'est un investissement de 15-20 ans.
02:41Les filiers agroalimentaires, c'est 10-15 ans d'investissement.
02:44Vous ne pouvez pas vivre avec des politiques comme cela.
02:46Et donc, on a besoin de retrouver un cap clair sur l'exportation
02:50et de dire que la France est un grand pays producteur agricole.
02:54Mais je dirais qu'aujourd'hui,
02:54quand on fait un peu cette définition de la France,
02:57c'est un colosse au pied d'argile.
02:58Parce qu'aujourd'hui, il n'assume pas d'exporter, de produire.
03:01Mais par contre, il est capable de le faire.
03:03Il suffit de leur donner un cap.
03:05Alors justement, on va y revenir sur ce qu'on peut préconiser
03:08pour exporter davantage, relancer cet export.
03:12Simplement, vous l'avez un petit peu effleuré.
03:14Mais pourquoi finalement, c'est si important que ça d'exporter ?
03:17Est-ce qu'il ne faut pas juste produire pour ses propres besoins
03:19avec ce qu'on a ?
03:20C'est une question naïve, vous l'avez compris.
03:23Mais est-ce qu'on peut expliquer un peu
03:23en quoi c'est un levier de croissance ?
03:26Alors, c'est un levier de croissance
03:27parce que je pense que ça crée de la richesse.
03:30L'export permet à notre pays d'avoir plus de devises
03:33et on en a bien besoin.
03:36C'est une réflexion qu'on devrait avoir sur le plan économique.
03:39En France, toutes filières confondues.
03:40Je pense que depuis 30 ans,
03:41on a basé notre développement économique
03:43sur les seuls biens de consommation.
03:45En disant qu'il fallait soutenir la consommation
03:47de l'ensemble des ménages français
03:48pour créer de la richesse,
03:49sans savoir d'où venaient ces biens de consommation.
03:52On est tous habillés dans la France,
03:53on est tous habillés dans la salle.
03:55Si on retourne les étiquettes,
03:56on verra qu'il y a peu de français.
03:58Effectivement, sur le luxe,
03:59mais on ne s'habille pas avec des cardins tous les jours.
04:02C'est la même chose sur un certain nombre de denrées.
04:04Et l'agriculture commence à être dans ce cadre-là.
04:06Donc, remettre une politique de production de biens
04:10agricoles et agroalimentaires,
04:12c'est créer de la richesse.
04:13Et je donnerai un exemple très concret
04:14qui me concerne en tant qu'agriculteur.
04:16Je suis producteur en haute loire, vous l'avez rappelé.
04:17Je suis producteur de lait
04:18avec une entreprise un peu importante
04:21qui est basée à Laval, en France.
04:24Il se trouve que pour des accords de collecte,
04:26ce lait est transformé à côté de chez moi,
04:28à Brioude,
04:29dans une entreprise qui fait de la raclette,
04:31qui est un consortium entre une entreprise sodiale
04:34et Savientia.
04:34C'est la plus grosse entreprise de création de raclette d'Europe.
04:3920 000 tonnes.
04:40400 employés.
04:42J'ai rencontré le sous-préfet.
04:43Quand il vient chaque année,
04:44je suis président de la chambre d'agriculture.
04:46Quand il y a un sous-préfet qui arrive,
04:48il veut me rencontrer.
04:48Et quand il me rencontre il y a 4-5 ans à Brioude,
04:50il me dit,
04:50mais l'agroalimentaire, c'est fini à Brioude.
04:53L'agriculture, ce n'est pas l'avenir.
04:55Je lui dis, mais sachez qu'à Brioude,
04:58quand on prend l'agroalimentaire,
04:59c'est le principal poste d'employabilité des actifs.
05:03Et puis, je n'ai pas parlé de tous les agriculteurs
05:04qu'il y avait autour.
05:05Il n'avait pas cette conscience-là
05:07qu'autour de lui, il y avait cela.
05:09Alors, le maire en est conscient,
05:11mais vous voyez qu'à l'intérieur de nos territoires,
05:13un certain nombre de décideurs
05:14n'ont pas cette conscience
05:16que l'agroalimentaire est un élément.
05:18Et cette usine de raclette,
05:19elle produit bien sûr pour la France,
05:20mais elle exporte de raclette.
05:21On l'exporte en Allemagne.
05:22Et c'est une bonne chose.
05:24Et ça permet de la création de richesses,
05:25de l'emploi.
05:26Ça permet des agriculteurs d'avoir une sécurité
05:27pour pouvoir commercialiser leurs produits.
05:29Et j'en fais partie.
05:30Donc, le vrai sujet,
05:33peu autour de cela,
05:34je dirais qu'il faut qu'on retrouve
05:35cette fierté d'exporter en France.
05:37Et alors, justement,
05:38vous avez évoqué déjà la nécessité
05:40d'un cap, d'un cap politique,
05:42même avec un horizon long terme.
05:46C'est ce dont le secteur a besoin.
05:47Qu'est-ce que vous préconisez d'autre
05:49pour relancer cette machine ?
05:52Alors, le CNPA a vocation
05:55de rassembler différentes filières
05:57et différents acteurs
05:58de l'agroalimentaire en France.
06:00Et on a publié un rapport
06:02avec 18 propositions.
06:03Je ne veux pas vous détailler
06:0418 propositions,
06:05mais d'en détailler 2 ou 3,
06:06qui me semblent essentielles.
06:09Première chose,
06:10il faut qu'on simplifie
06:11un certain nombre de certificats
06:12d'export en termes de sanitaire.
06:14Bon, j'étais au Maroc
06:16il n'y a pas très longtemps
06:16lors du salon agricole au Maroc.
06:18Ils m'ont dit que c'est très compliqué
06:19de pouvoir importer des bovins
06:21qui viennent de France.
06:22Il faut quelquefois
06:23attendre 15 jours
06:23que le certificat sanitaire soit arrivé,
06:25que les animaux viennent.
06:26J'ai rencontré un abatteur
06:28qui m'a dit,
06:29moi je téléphone au Brésil
06:30en 3 jours,
06:32ils sont capables
06:32de m'envoyer le cargo
06:33qui me va bien
06:34avec les bovins.
06:35On est à côté,
06:36c'est quand même
06:36un petit problème.
06:38Il faut qu'on ait déjà aussi
06:39un bilan annuel
06:40de l'exportation en France
06:41parce que les chiffres
06:42que vous avez donnés,
06:43c'est la balance commerciale.
06:44La balance commerciale,
06:45c'est plus et moins.
06:46Nous, ce qu'on voudrait,
06:47c'est qu'au sein
06:49du ministère de l'agriculture
06:49ou de l'économie,
06:50on ait un bilan
06:51plus quantitatif
06:52et qualitatif
06:53de l'ensemble des filières.
06:56Et qu'on analyse cela.
06:59Ça a été dit tout à l'heure,
07:00notamment par mon collègue
07:01sur l'export des céréales
07:02avec l'Algérie.
07:03On souhaiterait, nous,
07:04avoir un conseiller
07:04interministériel
07:05de façon que,
07:06quand on prend
07:06une décision politique,
07:08et je comprends
07:08que le ministre de l'Intérieur
07:09a des problèmes
07:09avec l'Algérie,
07:11mais qu'on considère
07:12que derrière, attention,
07:13il y a un intérêt
07:13pour la France.
07:14Alors, je ne sais pas
07:16si on arrivera
07:16à remettre les choses,
07:17mais là, on a dit,
07:18on prend une décision,
07:19on ne regarde pas
07:19si derrière,
07:20il y a un effet économique.
07:21Donc, du coup,
07:21un conseiller interministériel
07:24à l'export agroalimentaire
07:25serait une bonne chose.
07:27Et puis,
07:28un dernier thème,
07:29un peu,
07:30voilà,
07:30qui est un terme
07:31qu'on utilise beaucoup
07:32au CNPA,
07:32c'est chasser en meute.
07:34Ça veut dire quoi,
07:34chasser en meute ?
07:35Chasser en meute.
07:35Alors, ça a été dit tout à l'heure
07:36et ça va un peu
07:37dans le sens
07:38de la montée en gamme.
07:39Oui, quand on est monté en gamme,
07:40on a plutôt privilégié
07:41les IGP,
07:43les démarches commerciales,
07:44locales.
07:45C'est très bien,
07:46il en faut
07:46pour le marché français.
07:47Par contre,
07:48quand vous êtes à l'international,
07:49ça ne parle à personne.
07:50Je suis de la région
07:51Auvergne-Rhône-Alpes.
07:52Oui, on a une marque
07:52Auvergne-Rhône-Alpes.
07:53Mais à l'international,
07:54la marque Auvergne-Rhône-Alpes,
07:55elle ne parle rien.
07:55Sud de France,
07:56pareil.
07:57Quand on parle des vins
07:58entre les Bordelais,
07:59les Bourgognes,
08:00les Côtes-du-Rhône,
08:01oui, c'est très bien
08:01pour la France
08:02parce qu'on a un peu
08:02de connaissances.
08:03Mais quand vous êtes
08:04à Shanghai,
08:04que vous êtes aux Etats-Unis,
08:06c'est le logo France.
08:07Donc, chasser en meute,
08:08c'est d'être fier
08:08de ce logo France,
08:09d'afficher fermement
08:10en France.
08:11Et là, on a
08:12des vrais progrès à faire.
08:14Je regrette
08:14qu'au salon
08:16que j'ai visité
08:17au Maroc,
08:18là, dernièrement,
08:19on avait,
08:20parce qu'il y a
08:20Business France,
08:21il y a l'Etat
08:21qui subventionne,
08:22on met République française.
08:24À côté de nous,
08:24il y avait l'Espagne.
08:25C'était des grands drapeaux
08:26espagnols,
08:26l'Espagne en Espagne.
08:27C'était clair.
08:28Entre les deux,
08:29il y en avait un
08:29qui était plus atratif
08:30que l'autre.
08:31Donc, il faut qu'on apprenne
08:32un peu de nos erreurs
08:32et qu'on arrive
08:33à afficher clairement
08:34le drapeau France
08:35sur l'ensemble
08:36de nos produits agricoles
08:37et qu'on se sache
08:38à ses emmeutes.
08:39D'ailleurs, au CNPA,
08:40quand on accompagne
08:40les filières à l'exportation,
08:41on les oblige
08:42à y aller collectivement.
08:43Quand on va sur un salon,
08:44on dit qu'il faut au moins
08:45deux filières agricoles
08:46qui soient présentes
08:46sous la même bannière.
08:49C'est quoi votre état d'esprit ?
08:50Vous êtes optimiste ?
08:51C'est quoi le mood au CNPA ?
08:54Alors, oui,
08:55il faut être optimiste.
08:56Déjà, quand on est agriculteur,
08:57on est optimiste par nature
08:58parce que notre métier
09:01nous oblige
09:02à se projeter en permanence.
09:04Je sème un grain de blé
09:05au mois de septembre
09:06en espérant que je récolte
09:08mieux au mois de juillet prochain.
09:10Là, on est en train
09:11de faire les récoltes.
09:11On est déjà tourné
09:12sur la prochaine.
09:13C'est la même chose
09:13avec les animaux.
09:14On élève une vache.
09:16On espère que derrière
09:17la naissance,
09:18ça fera une bonne génisse
09:20et qu'on pourra produire
09:21avec cette bête
09:22pendant 10, 15 ans qui viennent.
09:23Donc, on se projette
09:24en permanence.
09:25Et l'agriculture
09:25et l'agroalimentaire,
09:26c'est un peu la même chose
09:27parce qu'on traite du vivant
09:28et c'est essentiel
09:29qu'on puisse se projeter.
09:30Donc là, je pense
09:34qu'il nous faut un cap clair.
09:36Les agriculteurs
09:36et les filles agroalimentaires
09:37qu'on a entendues ce matin
09:38sont prêtes à répondre
09:39à ce défi.
09:40Et donc, recréer de la richesse
09:42en France à partir
09:42des biens de production,
09:43on est prêt à le faire.
09:45Et puis, exporter,
09:46je finirai par...
09:47Je voudrais vous faire partager
09:48un mot, souvent,
09:49une expérience un peu personnelle.
09:52Mes grands-parents,
09:53quand j'ai commencé
09:54la ferme agricole,
09:55parce que vous avez vu
09:55qu'il y a un lien familial,
09:56bien sûr, dans les exploitations.
09:58Quand j'ai commencé,
09:58mes grands-parents,
09:59quand je me suis sent allé en 90,
10:01alors ils étaient à la retraite,
10:02mais ils m'expliquaient une chose
10:04qui, pour moi,
10:04a encore du sens.
10:06C'est qu'eux avaient vécu
10:08des périodes de disette importantes,
10:10l'après-guerre,
10:10qui étaient compliquées.
10:12Ils me disaient
10:12que tu sauras dans la vie
10:13que pour être sûr
10:14d'en avoir assez,
10:15il faut en avoir trop.
10:16Et ça colle complètement
10:17à notre filière agricole.
10:19C'est-à-dire que quand on veut
10:20baser, par exemple,
10:21la production sur une base 100,
10:23si vous n'êtes pas sûr
10:24de faire 120,
10:25vous allez faire 80.
10:26Et les orages de cette nuit
10:27nous ont bien démontré
10:28que celui qui a basé
10:29la filière agricole,
10:31par exemple,
10:31céréales en disant
10:32on ne va faire que 100 cette année.
10:33Il y a une partie
10:34qui a été détruite.
10:35L'an dernier,
10:35il y a eu un problème sanitaire
10:36sur les animaux
10:37avec la FCO,
10:38mais vous ne faites que 80.
10:39Et donc,
10:39pour être sûr d'avoir 100,
10:40il faut faire 120.
10:41Et c'est 120.
10:42Les 20% supplémentaires,
10:43c'est l'export.
10:43Je pense que là,
10:44c'est là qu'on redéfinit
10:45la souveraineté alimentaire.
10:47Je dirais que pour répondre
10:48tout à l'heure
10:48à Emmanuel Ducro,
10:49c'est plus la sécurité alimentaire
10:50que la souveraineté alimentaire
10:51qu'il faut mettre en avant.
10:52Très bien.
10:53Écoutez,
10:53un grand merci
10:54pour cet éclairage
10:55très concret.
10:56Très rapide.
10:58C'était très clair.
10:59C'était très clair.
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