00:00 (Musique)
00:15 -On va se pencher sur un autre sujet d'actualité,
00:17 le sujet des pesticides.
00:19 Alors j'invite notre intervenant à me rejoindre,
00:23 Raphaël Dumas, vous êtes responsable
00:25 Monde pour l'innovation et les partenariats chez Bayer.
00:28 Bonjour. Bonjour et merci de l'invitation.
00:30 Matinée est facile.
00:32 -Alors...
00:34 On a un peu hésité sur la formulation du titre et de la question,
00:40 mais je vais être très cash.
00:42 Est-ce qu'avec la transition écologique,
00:44 on voit arriver la fin totale des pesticides ?
00:49 -La transition écologique, on a beaucoup parlé du Green Deal.
00:52 Bayer fait partie prenante, évidemment,
00:54 de cette aventure de transition agroécologique.
00:57 Puisque nous vendons aujourd'hui des produits phytosanitaires,
01:00 en termes de Green Deal, le premier message,
01:02 je veux qu'il soit clair, Bayer accompagne cette transition.
01:04 Nous supportons la mission et l'objectif
01:07 de réduire l'usage des produits phytosanitaires au champ.
01:09 Il n'y a pas de souci là-dessus.
01:11 Par contre, ce que nous voulons, c'est être sûrs
01:13 que les agriculteurs ne se retrouvent pas sans solution.
01:15 C'est-à-dire, on veut accompagner cette transition
01:19 des produits phytosanitaires,
01:21 faire la transition avec de nouvelles solutions
01:24 pour réduire de manière ultime
01:26 l'usage de ces produits phytosanitaires au champ.
01:29 Le deuxième point, l'usage des pesticides,
01:32 des produits phytosanitaires, il faut savoir qu'aujourd'hui,
01:34 on a tout un tas de nouveaux outils à disposition,
01:37 que ce soit des outils génomiques,
01:39 des plateformes d'intelligence artificielle.
01:42 Notre recherche et développement
01:43 est faite différemment d'il y a 10, 15, 20 ans.
01:46 Aujourd'hui, l'idée, c'est vraiment de développer
01:48 des nouveaux produits chimiques
01:50 avec des profils réglementaires encore meilleurs
01:53 et encore plus durables.
01:54 Et pour être clair, aujourd'hui, on n'y est pas.
01:56 On ne peut pas se passer des produits phytosanitaires.
01:58 Nous pensons, en tant que compagnie,
02:00 qu'on aura toujours besoin de ces produits,
02:02 mais combinés à d'autres solutions.
02:04 -Concrètement, si on se projette à un horizon de 10, 15 ans,
02:08 comment va s'organiser cette protection des cultures ?
02:12 -La protection des cultures, c'est pas forcément dans 10 à 15 ans,
02:15 mais c'est dès aujourd'hui,
02:17 parce que cette transition a déjà commencé.
02:19 Ca fait plusieurs années.
02:20 La réduction des produits phytosanitaires n'est pas nouvelle,
02:23 donc elle est déjà en marche.
02:25 Ca va se baser sur 3 grands piliers, j'ai envie de dire.
02:27 La 1re, c'est être certain
02:29 qu'on offre une gamme complète de solutions à l'agriculteur.
02:32 On ne peut pas se contenter d'un type de solution.
02:35 Donc le 1er message, c'est qu'il nous faut
02:36 une gamme de solutions, une boîte à outils,
02:38 on en a tous parlé.
02:39 Le 2e message, c'est qu'évidemment,
02:41 chaque solution doit être compatible
02:43 avec les objectifs du Green Deal.
02:44 Donc des solutions durables.
02:46 Et le 3e pilier d'activité,
02:49 c'est que ces solutions doivent être sur mesure.
02:51 Aujourd'hui, il y a des surmesures en pharma,
02:53 dans tous les domaines.
02:55 Il y aura des surmesures dans le domaine agricole,
02:58 il y a déjà des surmesures à la ferme, à la parcelle.
03:01 Ca, c'est les 3 grands axes, je dirais.
03:04 -Dans la boîte à outils, on met quoi ?
03:06 -Dans la boîte à outils,
03:08 la protection de culture n'est pas faite au niveau de la feuille.
03:12 Elle commence à la graine.
03:13 Ca, c'est fondamental.
03:14 Il faut qu'on regarde l'ensemble du cycle de vie de la plante.
03:18 Ca commence évidemment avec la graine.
03:20 Donc la graine, aujourd'hui,
03:21 on peut encore améliorer le profil génétique des variétés.
03:24 On continue à les améliorer.
03:26 Si on a des variétés qui sont plus tolérantes aux maladies,
03:30 aux ravageurs, aux insectes,
03:31 on a déjà fait moitié du chemin,
03:32 sans même parler de produits phytosanitaires.
03:35 Donc le 1er axe de travail, c'est évidemment la graine.
03:38 Le 2e axe de travail, c'est comment on protège la culture
03:41 lorsqu'il y a des ravageurs, des insectes, des maladies,
03:43 des mauvaises herbes.
03:45 Donc là, on parle de crop protection,
03:47 de protection des cultures, tout simplement.
03:51 Et dans cette protection des cultures,
03:53 aujourd'hui, on utilise principalement
03:55 des produits phytosanitaires.
03:57 Mais on a développé depuis quelques années
03:59 ce qu'on appelle les produits de biosolutions.
04:01 Dans les biosolutions, on met beaucoup de choses,
04:03 mais grosso modo, il y a deux grandes catégories.
04:06 -C'est une solution bio ? Expliquez-moi concrètement.
04:10 -C'est des bactéries, des champignons,
04:12 des acides aminés, des produits naturels.
04:15 Il y a des produits de biocontrôle
04:16 qui permettent de contrôler les pestes,
04:18 les ravageurs, les insectes, les maladies.
04:22 Il y a des produits de ce qu'on appelle des biostimulants
04:24 qui permettent d'augmenter le rendement
04:26 avec des apports améliorés d'azote, de phosphate, etc.
04:31 Donc il y a vraiment ces produits de biosolutions
04:34 qui permettent, combinés actuellement
04:36 aux produits phytosanitaires,
04:38 de diminuer l'apport au champ de produits phytosanitaires.
04:42 Ça passe soit par une diminution de la dose.
04:45 Ça nous permet de diminuer soit les doses,
04:47 soit le nombre d'applications,
04:49 soit le moment auquel on pulvérise.
04:53 Et donc, dans l'ensemble, on arrive à réduire
04:55 l'empreinte de l'agriculture
04:57 avec ces produits phytosanitaires au sol.
04:59 Le troisième axe, et ça, c'est super important.
05:02 Aujourd'hui, il y a énormément d'activités également
05:06 dans le développement de ce qu'on appelle
05:08 de la modélisation, de la prédiction
05:10 de l'émergence de maladies,
05:12 d'émergence des insectes et des ravacheurs.
05:14 Ces outils sont associés à des plateformes digitales.
05:17 Si on combine ces plateformes digitales
05:19 avec ces outils de modélisation et de prédiction,
05:21 là encore, on peut anticiper.
05:23 On peut anticiper le besoin.
05:25 Et donc, si on traite plus en amont,
05:27 si on anticipe le problème
05:28 grâce aux outils de modélisation et de prédiction,
05:31 là encore, on peut diminuer
05:33 l'apport des produits phytosanitaires.
05:35 C'est un ensemble de solutions.
05:37 Jusque-là, je parlais des solutions techniques.
05:40 La variété, les produits de biosolutions
05:42 et les outils de modélisation.
05:44 Mais tout ça s'accompagne
05:46 d'un changement de modèle économique également.
05:48 C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
05:50 l'agriculteur ne doit pas être le seul
05:51 à prendre le risque de cette transition.
05:53 Donc nous, en tant que compagnie,
05:54 on ne veut plus vendre uniquement des produits,
05:56 on veut vendre des solutions.
05:57 Et pour ça, on veut partager les bénéfices,
06:00 mais aussi les risques.
06:02 Et donc, typiquement, en termes quantitatifs,
06:04 chez Bayer, en tout cas, d'ici 2030,
06:06 on souhaite avoir 30 % de notre chiffre d'affaires
06:08 qui est lié à ces nouveaux modèles économiques
06:10 de partage de valeurs et de risques.
06:12 -Vous allez encore me dire que ce n'est pas à lointaine échéance,
06:16 mais on va dire dans un futur proche, alors.
06:19 Ca va être quoi, la vie d'un agriculteur ?
06:21 Quand vous décrivez toutes ces solutions,
06:23 il va être à la fois informaticien,
06:26 un petit peu assureur ?
06:28 -L'agriculteur, pour commencer, comme vous le savez,
06:31 il y a une crise de la profession.
06:32 Le nombre d'agriculteurs diminue drastiquement.
06:35 -En nombre ? -En nombre.
06:38 Et l'une des problématiques, c'est évidemment
06:40 comment cette transition agroécologique est faite.
06:42 Donc nous, en tant que société,
06:43 on veut accompagner les agriculteurs à chaque étape
06:46 pour qu'ils ne soient pas seuls face à ces choix.
06:48 Donc ce qu'on veut, c'est offrir tout un panel de solutions.
06:51 Donc, encore une fois, la vie d'un agriculteur dans le futur,
06:54 aujourd'hui, par exemple,
06:55 nous avons une plateforme FieldView développée par Bayer
06:58 qui est développée en Amérique du Nord,
07:00 qui est développée en France, en Allemagne aujourd'hui.
07:02 Donc c'est du tangible, c'est concret aujourd'hui.
07:05 On peut avoir des recommandations de semences,
07:07 de variétés adaptées à sa parcelle,
07:10 adaptées au climat de la localisation de la ferme.
07:15 Donc la première étape, c'est vraiment pour l'agriculteur,
07:18 je dirais, de modéliser, d'utiliser les outils digitaux
07:21 pour sélectionner les bonnes variétés.
07:23 Ensuite, c'est vraiment à travers ces plateformes digitales,
07:27 ce qu'on veut, en association avec la modélisation,
07:30 la prédiction, c'est fournir des recommandations.
07:33 Donc l'agriculteur, ensuite,
07:35 avec la cartographie de ses champs,
07:37 les cartographies satellitaires.
07:38 Aujourd'hui, on utilise des tracteurs avec des GPS,
07:40 c'est courant.
07:41 En plus, la transition qui est faite actuellement,
07:44 c'est utiliser des données satellitaires,
07:46 c'est utiliser des capteurs qui sont au champ,
07:48 qui sont répartis sur les champs
07:49 pour déterminer là où il y a un stress hydrique,
07:52 là où on manque d'azote, là où il y a une maladie,
07:54 là où il y a un insecte.
07:55 Et donc, si on combine tout ça,
07:57 l'agriculteur va être capable de mettre...
08:00 Je dirais, il va être capable de sélectionner le bon produit,
08:03 de mettre la bonne dose au bon moment
08:06 pour la problématique associée du jour.
08:09 -Ce sera beaucoup plus ajusté, en fait.
08:11 Vous avez cité des exemples de plusieurs pays.
08:15 Concrètement, l'Europe est dans un paysage mondial, on l'a vu.
08:21 Où est-ce qu'on en est dans l'avancée de cette technologie,
08:25 l'utilisation de cette boîte à outils que vous avez citée ?
08:29 Est-ce qu'on est en avance, en retard,
08:32 par rapport à d'autres pays ?
08:34 -Ce qui est très important,
08:35 c'est que la plupart de ces solutions existent déjà.
08:37 On les améliore au fur et à mesure, mais elles existent.
08:40 Typiquement, l'Europe, on va parler franc,
08:42 est clairement en retard en termes de régulation,
08:45 d'environnement réglementaire.
08:46 C'est-à-dire qu'avec le Green Deal,
08:47 on met en place des solutions très stringentes
08:50 au niveau des affaires réglementaires
08:52 pour diminuer les produits phytosanitaires.
08:54 Mais ça ne s'accompagne pas aujourd'hui
08:56 de plus de souplesse pour l'usage de ces nouvelles solutions.
08:59 Donc aujourd'hui, on a une contrainte réglementaire
09:03 la plus forte sur les produits phytosanitaires,
09:05 mais également une contrainte réglementaire
09:06 la plus forte sur ces nouvelles solutions.
09:08 Donc c'est un problème.
09:09 Je vais juste illustrer mon propos
09:11 avec trois technologies, tout simplement.
09:13 En termes de produits de biocontrôle,
09:17 il faut rendre 6 mois à 1 an pour mettre un produit,
09:19 le même produit, aux Etats-Unis sur le marché.
09:22 En Europe, il faut rendre 5 à 7 ans.
09:25 Donc là, on a 5 fois ou 8 fois plus de temps
09:28 pour mettre un produit de biocontrôle sur le marché.
09:30 On peut prendre l'exemple aujourd'hui des drones,
09:34 des applications digitales également.
09:36 En Asie, c'est utilisé aujourd'hui massivement.
09:39 En Chine, au Japon, etc.
09:41 Ils utilisent déjà les drones pour faire du diagnostic,
09:44 également pour pulvériser, encore une fois,
09:45 au bon moment, une dose microscopique
09:47 pour prévenir les maladies.
09:49 Et ça, on est clairement en retard
09:51 au niveau de l'utilisation des drones,
09:53 parce que réglementairement, également,
09:54 on est très contraints au niveau de la législation.
09:56 Et juste, on a parlé un petit peu
09:58 de ce qu'on appelle des nouvelles techniques de croisement.
10:02 -On va en reparler, je crois.
10:03 -On va en reparler.
10:04 Et donc, au niveau de ces nouvelles techniques de croisement,
10:07 comme vous le savez, les ciseaux moléculaires,
10:09 qui permettent de modifier finement,
10:12 je dirais, certaines parties de la plante,
10:14 et ces outils moléculaires,
10:17 aujourd'hui, il y a déjà les premières variétés.
10:19 Ces variétés qui permettent d'être plus tolérantes
10:22 sont mises sur le marché en Chine,
10:23 qui sont mises sur le marché aux Etats-Unis.
10:26 Et ces techniques, on en parle depuis plus de 10 ans,
10:29 15 ans au niveau de l'Europe,
10:31 et aujourd'hui, on n'a toujours pas de clarté.
10:33 Donc, en tant qu'industriel, ce qu'il nous faut absolument,
10:36 c'est de la visibilité et de la clarté
10:39 au niveau des affaires réglementaires,
10:40 et évidemment, idéalement, plus de souplesse
10:43 sur les outils qui vont nous permettre
10:45 de réduire les produits phytosanitaires.
10:48 -Je crois qu'Emmanuel va revenir dans quelques instants
10:50 sur ces nouvelles technologies.
10:52 Au cours de la dernière table ronde,
10:53 j'ai envie de vous demander, pour conclure,
10:55 qu'est-ce qu'il faut retenir aujourd'hui sur les pesticides ?
10:57 -Pour conclure sur les pesticides, j'ai envie de vous dire...
11:02 On partage le même objectif.
11:04 On a les solutions, elles sont là, elles sont disponibles.
11:07 Donc maintenant, il faut absolument,
11:09 pour attraper le retard, on a,
11:11 il faut absolument qu'on travaille entre les partenaires.
11:13 Ça a été dit auparavant.
11:15 Jusqu'à des décennies auparavant,
11:16 l'innovation était principalement de l'innovation fermée,
11:19 c'est-à-dire basée sur la propriété intellectuelle.
11:21 Aujourd'hui, ces nouvelles solutions,
11:23 c'est un ensemble de combinaisons de solutions.
11:25 Donc ça fait appel à des compétences et à du savoir-faire
11:29 qui ne sont pas uniquement basées sur la propriété intellectuelle.
11:32 Et donc, il faut que tous les acteurs se mettent ensemble,
11:35 c'est-à-dire les partenaires privés, les partenaires publics,
11:39 c'est-à-dire créer un écosystème
11:41 pour faire émerger les start-up,
11:43 pour faire émerger les universités,
11:45 pour mettre en valeur le savoir-faire qu'on a
11:46 et les compétences qu'on a en Europe,
11:49 pour pouvoir les traduire
11:51 et les impliquer dans cette boîte à outils.
11:54 Parce qu'aujourd'hui, on a toutes les pièces du puzzle,
11:56 ce qu'il faut, c'est mettre ces pièces ensemble.
11:59 On a la capacité de le faire.
12:01 Et simplement, il faut vraiment maintenant
12:03 qu'on y aille ensemble,
12:04 qu'on construise ensemble ces nouvelles solutions.
12:08 -Merci beaucoup, Raphaël Dubain.
12:10 -Merci de l'invitation.
12:12 (Musique)
12:15 ---
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