00:00Aux commandes de l'Italie depuis le 22 octobre 2022,
00:12Giorgia Meloni a suscité beaucoup d'espoir national et de crainte internationale
00:18en prenant la tête du gouvernement le plus à droite depuis 1946.
00:23Cette méfiance des investisseurs étrangers s'est traduite par une prime de risque
00:27sur les obligations d'État à l'isang, révélée par l'écart grandissant avec le taux allemand,
00:32à l'approche de l'élection, puis immédiatement après son accession au pouvoir.
00:37Un sacré coup de semonce pour le pays européen le plus endetté après la Grèce.
00:41Mais les inquiétudes se sont vite apaisées et le spread est rapidement revenu à son niveau antérieur.
00:46Car le constat est celui d'une présidence normale, aucune révolution à l'horizon.
00:52Giorgia Meloni a en partie conquis le pouvoir sur un discours anti-immigration très dur.
00:57Or la réalité est celle d'une économie qui ne peut pas tourner sans l'apport des étrangers.
01:02Décès en hausse, naissances en baisse, le solde naturel démographique italien est invariablement négatif depuis 2007,
01:10sans aucune chance de retournement à court terme, compte tenu d'un taux de fécondité trop faible
01:16et de l'immigration notamment des jeunes diplômés.
01:19En moins de 20 ans, le nombre d'Italiens vivant à l'étranger a doublé pour atteindre aujourd'hui 6 millions de personnes.
01:26Si ces tendances se poursuivent, la diminution de la population totale et plus encore en âge de travailler ira en s'accélérant,
01:32avec des répercussions en cascade sur la croissance, les recettes fiscales, le déficit public et le financement du système des retraites.
01:40Face à cet hiver démographique, le gouvernement Meloni a renforcé la politique nataliste,
01:46déjà mise en place avec pêle-mêle, une augmentation importante des allocations familiales,
01:51l'extension du congé maternité, l'instauration d'un crédit d'impôt pour les entreprises embauchant des femmes.
01:59Autant de dispositions dont les effets se mesurent sur un temps long.
02:03Dans l'urgence, le gouvernement s'est donc résolu à octroyer 450 000 titres de séjour à des travailleurs étrangers d'ici 2025.
02:11Il faut remonter plus de dix ans en arrière pour trouver un tel appel à candidature à des travailleurs en dehors de l'Union européenne.
02:18Quant à la conduite de la politique économique et budgétaire, aucun bras de fer n'a été engagé avec Bruxelles
02:23et le gouvernement suit une feuille de route somme toute assez conventionnelle.
02:27Sur le plan des recettes fiscales, l'exécutif a décidé des réductions d'impôts en faveur des artisans, commerçants,
02:33chauffeurs de taxi et autres petits entrepreneurs, une composante notable de son électorat.
02:39La réforme de l'impôt sur le revenu visant un taux unique pour tous, une promesse électorale, est lancée,
02:44avec la fusion des deux premières tranches pour offrir un taux allégé de 23% jusqu'à 28 000 euros de revenu annuel contre 25% auparavant.
02:53Elle ne s'adresse à ce stade qu'aux classes moyennes, lui retirant son caractère controversé d'un cadeau fait aux riches.
03:00C'est enfin l'instauration d'une taxe sur les superprofits des banques.
03:04Côté dépenses, dans une logique d'assainissement des finances publiques,
03:07le gouvernement a remplacé le revenu universel par un chèque d'inclusion aux périmètres beaucoup plus limités.
03:14Le Superbonus 110, un système d'aide à la rénovation des logements ultra coûteux,
03:19premier responsable de la dérive du déficit public ces dernières années, a été arrêté.
03:26Ce dispositif est emblématique.
03:29Il pose la question de l'utilisation, à bon ou à mauvaise action,
03:32de l'espace d'endettement budgétaire apparu grâce à la mise en place du plan européen Next Generation
03:38qui représente pour le pays près de 200 milliards d'euros de prêts et de subventions.
03:44Une opportunité historique pour mettre en place des réformes et des investissements
03:48permettant un relèvement de la croissance potentielle, estimée aujourd'hui à moins de 0,5%.
03:55Selon l'Union des chambres de commerce, une offre d'emploi sur deux ne trouve pas preneur.
03:59Parce que les profils recherchés sont introuvables, même pour les postes qualifiés.
04:04C'est révélateur de la carence du système de formation et d'éducation et pointe le problème de la fuite des cerveaux.
04:10L'omniprésence de l'économie informelle, 11% du PIB, la fracture persistance entre le Nord et le Sud
04:16font partie de ces défis structurels comme celui du redressement de la productivité.
04:21Or, sur ces sujets, peu ou pas d'avancée.
04:24Alors bien sûr, la croissance italienne est depuis deux ans supérieure à celle de la zone euro.
04:29Le taux de chômage recule et le déficit public se réduit, rendant crédible l'objectif de 3% d'ici 2026.
04:39Mais c'est plus une histoire de pragmatisme et de circonstance avec ce risque.
04:44Il faut que tout change pour que rien ne change, donc une Italie qui reste figée.
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