00:00 [Générique]
00:09 À chaque innovation disruptive à portée générique,
00:12 resurgit le spectre de la fin du travail, avec tout le vertige que cela suscite,
00:18 tant cette perspective s'attaque au cœur même des mécanismes de socialisation.
00:23 Comment faire société si l'homme délègue entièrement la production à la machine ?
00:28 Comment bâtir une convention acceptée de répartition de la richesse ?
00:33 Et dans quel champ se redéploie l'activité humaine
00:36 si se disloque le lien structurant entre effort et récompense ?
00:41 La considérable accélération de l'IA relance la prophétie mille fois formulée
00:45 depuis les débuts de la révolution industrielle de la fin du travail humain,
00:49 mobilisant toujours les mêmes raisonnements a priori imparables,
00:53 où la mécanisation étant son empire vidant peu à peu de leurs substances,
00:58 les métiers existants, et où seules quelques professions complexes,
01:02 intellectuelles ou manuelles, échappent à la grande faucheuse technologique.
01:07 Avec une spécificité de l'IA, elle attaque le travail sur trois fonds.
01:12 Un, elle laisse entrevoir l'idée de machine idéale,
01:16 qui n'a presque plus besoin de supervision humaine
01:19 et en mesure d'opérer des tâches de plus en plus précises et fines,
01:23 le robot parfait, humanoïde ou non, capable de s'attaquer au dernier reliquat des métiers manuels.
01:31 Deux, maîtrisant le langage, elle étend sa conquête au métier communicationnel,
01:36 relationnel, de contact, de coordination et de supervision.
01:40 Trois, elle attaque de plein front enfin les métiers intellectuels,
01:45 qui pour la première fois sont confrontés à des outils capables de rivaliser avec l'humain,
01:50 voire de surperformer.
01:53 L'économie des services qui avait constitué l'espace de déversement des métiers industriels,
01:58 y compris les plus complexes du point de vue des connaissances, est en ligne de mire.
02:04 Ce qui fait dire récemment à Elon Musk que nous nous rapprochons du point où il n'y aura plus besoin de travailler.
02:11 À contre-courant de cette prophétie qui ne fait que prolonger celle plus ancienne d'une société algorithmique,
02:17 la production ne cesse de mobiliser plus d'emplois dans les économies avancées,
02:22 tandis que le temps de travail a ralenti sa longue tendance de décrue séculaire.
02:27 Nulle trace de l'éviction de l'homme par le logiciel et le robot.
02:32 Les raisons de ce paradoxe, on les connaît.
02:34 Nous nous interrogeons toujours sur l'impact de la technique sur l'emploi existant.
02:40 De façon statique, en mettant le focus sur la question du comment faire avec l'IA.
02:47 Cette dernière étant le champ de l'automatisation des tâches répétitives,
02:51 comme tous les progrès techniques qui l'ont précédé, banalise certaines compétences les rendant accessibles au plus grand nombre,
02:58 les tâches rédactionnelles, la production d'images par exemple.
03:01 Elle augmente les capacités des métiers les plus pointus.
03:05 Mais avant de détruire l'emploi, elle modifie le contenu et l'articulation des métiers.
03:10 Or l'erreur récurrente est de penser ces derniers comme un ensemble fini de compétences et de tâches figées.
03:17 Alors que les individus libérés de certaines tâches se redéploient sur de nouveaux champs sous-explorés et sous-investis.
03:27 Nous tendons ensuite à systématiquement sous-questionner le champ des nouveaux usages qu'ouvre la technologie.
03:34 Aveuglement récurrent, nous raisonnons à usage constant.
03:38 Or le défi principal de l'entreprise est de faire du nouveau avec l'IA.
03:43 Innover en matière de produits et de services et de désirs, pas seulement en termes de process.
03:50 C'est typiquement la grande erreur commise avec la prophétie de fin du travail face à la désindustrialisation.
03:57 Incapable de penser le pouvoir d'absorption de toute la sphère des services en matière d'emploi et de consommation.
04:05 Nous sous-estimons ensuite tout le phénomène de complexification des sociétés induits par l'irruption des technologies.
04:12 Les nouvelles astreintes, les nouveaux risques, les besoins de formation, de maintenance, de conseils, etc. qui en découlent et suscitent de nouveaux métiers.
04:22 Évidemment, le grand fantasme de l'IA relayé par Elon Musk, c'est la capacité de créer des spécimens égalant l'homme ou le dépassant sur tous les points.
04:32 Alors pourquoi continuer à s'en remettre à l'homme ?
04:36 Pour deux raisons essentielles. D'abord parce que la robotisation de tout, la démultiplication des avatars numériques de l'homme,
04:44 a un coût en termes de matière et d'énergie qui n'est probablement pas soutenable du point de vue environnemental.
04:51 Ensuite, parce que le capitalisme se boucle sur le consommateur ou le prosumeur, qui est l'autre face du travailleur
04:59 et avec lui son imaginaire que l'entreprise façonne, produit et renouvelle sans cesse.
05:06 En évincant le travail, le capitalisme évince son énergie première que constitue le désir humain et toutes les conventions de partage de la valeur.
05:15 Ne laissant plus entrevoir, dans le meilleur des cas, que la dystopie d'un asistana universel et d'une société entièrement livrée au jeu.
05:25 [Musique]
05:28 !
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