00:00 [Générique]
00:06 Les élections européennes ont lieu dans trois mois, le 9 juin régulièrement dans Smart Impact.
00:11 Je vous propose un zoom sur ce que fait concrètement l'Union européenne après le spatial le mois dernier,
00:18 un thème en pleine actualité aujourd'hui.
00:20 L'agriculture avec nous en duplex en visioconférence Sophie Twoyet qui est directrice de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture,
00:28 l'alimentation et l'environnement. Bonjour et bienvenue.
00:33 Peut-être une question assez générale sur ce mouvement social, pas seulement syndical d'ailleurs, qui touche toute l'Europe.
00:43 Pourquoi les agriculteurs européens sont en colère ?
00:46 Comment en est arrivé un tel ressentiment, notamment vis-à-vis des règles européennes ?
00:51 D'abord une chose, que les agriculteurs soient en colère et qu'ils s'expriment dans la rue parfois de façon un petit peu forte voire violente, ce n'est pas nouveau.
01:01 Oui mais dans autant de pays en même temps quand même.
01:06 Un peu plus, vous avez raison. Je pense que la dimension européenne de l'expression de ce mécontentement-là est nouvelle.
01:12 En tout cas, on l'avait entendu en 92 au moment de la réforme de la PAC, donc ça existait quand même déjà avant.
01:19 Alors je pense que le feu couvait depuis longtemps. Les agriculteurs, dans leur grande majorité, sont très gênés par le sentiment que leur revenu est très faible
01:33 au regard des capitaux qu'ils immobilisent et puis du travail qu'ils fournissent. Et c'est vrai.
01:38 Par unité de travail ou par unité d'euros immobilisés sur une exploitation, une exploitation en moyenne en France, c'est 1 million d'euros.
01:46 Donc c'est beaucoup d'argent immobilisé. Et bien il génère finalement peu de revenus, puis un revenu très variable du fait de la variation des prix sur les marchés mondiaux,
01:54 du fait des accidents climatiques. Et puis ce qui a mis le feu aux poudres, en tout cas en France mais aussi dans d'autres pays comme l'Allemagne,
02:01 ça a été la décision européenne de réduire la ristourne fiscale qui était donnée sur le gazolement routier qui est celui qu'ils utilisent dans leurs tracteurs en fait.
02:10 – Oui donc ça c'est vraiment l'élément déclencheur. On va détailler ensuite d'autres questions liées au Green Deal, au pacte vert qui ne concerne pas que l'agriculture
02:21 évidemment mais qui est perçu par les agriculteurs parfois comme un peu punitif. Un chiffre qui est important dans le cadre de la politique agricole commune,
02:28 les agriculteurs français reçoivent chaque année plus de 9 milliards d'euros de subventions européennes.
02:33 C'est rapidement, Sophie Twaillé, c'est la France qui touche le plus, ce qui est logique ?
02:39 – Oui tout à fait, c'est logique parce que finalement c'est le plus gros pays agricole européen et comme en gros les budgets sont calculés
02:48 sur la surface agricole utile de chaque pays, eh bien c'est nous qui touchons le plus effectivement.
02:54 Mais nous donnons aussi beaucoup à l'Europe.
02:55 – Oui il faut le rappeler, on donne effectivement, on contribue beaucoup au budget de la politique agricole commune.
03:00 Parlons de ce pacte vert européen et de ce qui doit arriver s'il est mis en œuvre pour nos agriculteurs.
03:10 Quels sont peut-être les changements les plus problématiques pour eux ?
03:15 – Alors d'abord vous avez raison de le dire, on a beaucoup stigmatisé le pacte vert.
03:19 Le pacte vert c'est une feuille de route, c'est un projet mais qui pour l'instant ne s'est pas traduit véritablement,
03:27 fortement dans les contraintes auxquelles font face les agriculteurs en fait.
03:33 C'est toute une série de réglementations ou des directives qui doivent être mises en place dans les années à venir.
03:39 Donc en fait ce qui aujourd'hui entre autres préoccupe les agriculteurs c'est la petite traduction des ambitions du pacte vert
03:49 qui en ont été faites dans la PAC de 2023 qu'on vit actuellement.
03:56 Et notamment un certain nombre d'exigences environnementales un petit peu renforcées,
04:03 mais pas tant que ça par rapport à ce qu'il y avait dans la PAC précédente, celle qui s'est arrêtée fin 2022.
04:10 – Donc ça veut dire, je vous entends bien et c'est peut-être aussi pour ça qu'ils sont si fortement mobilisés,
04:15 il y a une amorce d'application du pacte vert et ils commencent déjà à dire c'est trop,
04:22 pour empêcher la suite de se mettre en œuvre, c'est ce qu'on peut comprendre ?
04:26 – On peut le dire comme ça, je pense qu'il y a une inquiétude sur le futur,
04:28 mais il y a aussi le fait que la PAC par exemple n'a pas attendu le pacte vert pour se verdir.
04:36 Voilà, en 2014 il y a eu ce qu'on a appelé le verdissement de la PAC,
04:39 le pacte vert n'existait pas à l'époque où on a pris un tournant environnemental assez fort
04:45 en proposant qu'une partie des aides que touchent les agriculteurs soient conditionnées
04:50 à la mise en œuvre de pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement.
04:54 Donc pour eux ce n'est pas nouveau.
04:57 Peut-être ce qui aujourd'hui crispe beaucoup,
05:02 c'est le fait qu'il y a une multiplication de ces demandes environnementales
05:07 qui se traduisent dans beaucoup de dispositifs de la PAC différents
05:11 et qui fait que pour un agriculteur qui reçoit tout ça,
05:14 c'est un avancélement d'exigences à droite à gauche qui lui faut respecter
05:21 et sur lesquelles parfois même il a du mal à s'y retrouver.
05:23 Je dirais même que les conseillers agricoles qui les accompagnent eux-mêmes sont un petit peu perdus.
05:28 Avec des normes supplémentaires, est-ce qu'il y a aussi des injonctions contradictoires ?
05:34 En tout cas c'est ce que nous disent certains agriculteurs.
05:38 Est-ce que la question centrale, et elle vaut pour l'agriculture mais pas seulement,
05:44 et ça vaut pour d'autres secteurs dans lesquels l'Union européenne a un pouvoir et un point important,
05:50 c'est la rapidité de la transformation environnementale.
05:53 On est face à une urgence climatique et en matière de biodiversité,
05:57 on aurait peut-être dû prendre ces décisions à 10 ans, mais bref c'est aujourd'hui qu'il faut les prendre.
06:01 Sauf que ça craque, c'est cette impression que nous donne ce conflit des agriculteurs.
06:06 Est-ce qu'il y a une norme ou une accélération de normes qui vous semble un peu emblématique ?
06:12 Je ne suis pas sûre. En fait, c'est intéressant de regarder par exemple le cas français.
06:20 Il se trouve que dans la nouvelle PAC 2023, les États membres ont beaucoup plus de marge de manœuvre
06:26 pour appliquer la feuille de route, ou le règlement européen, c'est ce qu'on appelle le nouveau modèle de mise en œuvre.
06:35 Et par exemple la France, comme tous les autres États membres, a établi le plan stratégique national
06:44 dans lequel elle établit justement les exigences environnementales, entre autres, qu'elle demande aux agriculteurs
06:51 dans le cadre d'un dispositif qui s'appelle les éco-régimes. Ces éco-régimes en France sont très peu exigeants.
06:58 D'ailleurs, vous avez très peu entendu les agriculteurs dénoncer les éco-régimes.
07:03 Je ne suis même pas sûr que vous ayez entendu le mot très souvent dans les manifestations.
07:06 Effectivement, ce n'est pas un mot qu'on a beaucoup entendu.
07:09 Ce qui les a crispés, c'est la conditionnalité, c'est-à-dire le renforcement des conditions exigibles pour pouvoir obtenir les aides.
07:17 Notamment, ça s'est beaucoup cristallisé autour, comme vous l'avez entendu, des jachères obligatoires sur les terres arables.
07:25 Les fameux 4% de terres arables qui doivent être dédiées à des surfaces improductives, des haies, des bosquets, ou à une mise en jachère.
07:36 En fait, on ne produit pas des éléments qui peuvent être vendus sur le marché.
07:41 Il y avait une autre thématique qui était liée aux produits phytosanitaires, aux pesticides notamment,
07:47 avec cette question de surtransposition des normes européennes. Est-ce le cas ? Et qu'est-ce qui est en train de changer ?
07:57 La surtransposition, normalement, ça veut dire que quand on traduit le droit européen en droit national,
08:04 on irait au-delà des exigences demandées par l'Union européenne.
08:12 Dans le cas des pesticides, c'est variable. En France, on autorise la mise en marché d'un certain nombre de produits pesticides.
08:25 Et on peut, dans certains cas, la France, l'Annecès, en fait, peut décider d'appliquer des restrictions sur la mise en marché de ces pesticides,
08:35 ou sur leur usage aussi, même quand ils sont autorisés, plus strictes que dans d'autres États membres.
08:41 Et c'est ça que les agriculteurs traduisent comme étant de la surtransposition, qui n'en est pas tout à fait,
08:48 et dont ils estiment qu'elles peuvent créer pour eux une distorsion de concurrence avec leurs voisins européens.
08:54 Là, on ne parle pas forcément de la distorsion de concurrence avec le reste du commerce international hors Union européenne.
09:01 Mais sur les pesticides, peut-être par rapport à l'Espagne, on est plus strict, mais par rapport à l'Allemagne, pas forcément beaucoup plus, en fait.
09:13 Un dernier mot. Il nous reste une minute. C'est passé trop vite. Peut-être sur le bio.
09:19 Je vais donner un chiffre. 14 % des exploitations françaises sont engagées dans le bio.
09:23 Alors il y a eu un vrai coup de frein en matière de consommation. Mais je voudrais qu'on parle de rémunération.
09:28 Est-ce que les agriculteurs qui sont passés au bio, pour certains, font marche arrière parce qu'ils se sentent mal rémunérés ?
09:37 Oui. Je pense qu'il y a eu une partie de ça. C'est dommage. C'est lié en grande partie à la crise du pouvoir d'achat, l'inflation,
09:46 qui a fait qu'un certain nombre de consommateurs se sont détournés des produits bio parce que finalement, l'alimentation,
09:55 bizarrement, c'est la variable d'ajustement lorsque le pouvoir d'achat se restreint un peu chez les consommateurs,
10:02 beaucoup plus que d'autres choses comme l'électronique ou les vacances. Et donc, il y a... Alors la rémunération du bio, il y a deux choses.
10:13 Il y a le prix de vente qui est normalement plus élevé que pour un produit conventionnel, vous le constatez vous-même en général,
10:20 pas toujours le cas, et puis les aides que la PAC donne. Et là aussi, les aides de la PAC ont été réduites par rapport à ce qu'elles étaient avant.
10:28 Et c'est ça aussi qui les dérange. – Oui, évidemment. Merci beaucoup, Sophie Toyé. Et à bientôt sur Bismarck.
10:35 On passe à notre débat « Comment améliorer le bilan carbone des usines automobiles ? » Passé à l'électrique.
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