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Guerre en Ukraine : Envoyé Spécial montre les conséquences visibles et invisibles côté russe
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il y a 2 ans
Le grand reporter Luc Lacroix est parti à la rencontre des blessés russes que le Kremlin cache. Un reportage saisissant diffusé sur France 2
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Bonjour Luc Lacroix, ce sont effectivement des images très rares que vous ramenez de
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Russie après bientôt deux ans de conflits.
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Vous avez pu vous entretenir avec des combattants, avec leurs proches.
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On sait que c'est un pays difficile d'accès aujourd'hui, surtout pour les journalistes
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qui veulent interroger la population parce que Vladimir Poutine contrôle tout ce qui
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se dit.
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Comment avez-vous obtenu les autorisations de tournage ?
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Alors en fait c'est le fruit d'un long travail.
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Moi j'étais correspondant et avec le bureau de Moscou on a travaillé pendant très longtemps.
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On a réactivé tous les contacts qu'on s'était fait pendant ces années de guerre
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qu'on avait déjà vécues, des gens qu'on avait rencontrés, parfois qu'on n'avait
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même pas interviewé à l'époque.
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On les a tous sollicités.
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C'est donc ce travail-là qui a payé.
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On a appelé, on a passé beaucoup de coups de fil et on a surtout travaillé en quelque
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sorte très vite.
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C'est-à-dire que dès qu'on avait une piste, on y est allé un peu à l'ancienne
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en voiture et on est allé à leur rencontre de ces gens, on leur a parlé.
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Et puis dès que c'était fini, on passait tout de suite à une autre histoire.
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On ramassait un peu tout ce qu'on pouvait sans trop savoir à quoi ça allait ressembler
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à la fin en se disant "Voilà, ces paroles il faut les recueillir".
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Et puis voilà, c'est comme ça qu'on a trouvé ces histoires.
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Mais vous étiez toujours surveillé, accompagné par des hommes du pouvoir ?
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Alors à ma connaissance on n'était pas suivi.
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Moi je ne m'en suis en tout cas pas rendu compte.
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On sait très bien qu'en Russie, s'ils veulent savoir où on est, où est-ce qu'on
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fait, bien sûr ils en ont la possibilité.
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Mais moi je n'ai pas ressenti de pression directe.
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En tout cas je ne les ai pas vus.
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Après il faut être prudent et faire attention notamment aux interlocuteurs avec qui on va
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parler.
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Mais moi je n'ai pas vu ça.
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Après il y a des endroits très précis où on était accompagné, notamment dans
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un centre de réhabilitation.
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Ça faisait des semaines qu'on essayait d'aller y tourner.
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Et là, vraiment, il y avait quelqu'un du ministère local de la santé qui était
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là, qui nous attendait, qui nous a suivi pendant tout notre reportage et qui est même
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intervenu.
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Ça c'est le centre qui accueille des blessés à la fois physiques et psychologiques ?
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Exactement, c'est celui-là.
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Justement, on va écouter un extrait.
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Il y a un soldat blessé qui est là et qui vous explique sa difficulté à se réadapter
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à la vie civile.
02:00
J'ai eu une commotion et un traumatisme colossal par un obus.
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Un obus m'a touché, un éclat d'obus est rentré dans ma tête.
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Ici, ça contribue beaucoup à notre réhabilitation après l'opération militaire spéciale.
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Pour moi, le plus dur, c'est revenir auprès de ma famille.
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Autrement dit, ma famille ne me comprend pas très bien.
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C'est-à-dire ?
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C'est-à-dire…
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Les gars, je vais vous interrompre là.
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Excusez-moi, mais je vous demande de couper la partie où il dit que l'adaptation est
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dure pour lui.
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Je ne voudrais pas que vous ne laissiez au montage que le moment où il dit que son
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adaptation se passe mal.
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Alors, Luc Lacroix, on ne comprend pas bien en fait.
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Quel est le problème ?
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Pourquoi la direction interrompt l'entretien ?
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Parce qu'ils ont peur.
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Ils ont peur de renvoyer une mauvaise image.
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Ils ont peur probablement de se faire taper sur les doigts par je ne sais qui qui est
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au-dessus d'eux parce qu'on aurait laissé passer une parole discordante.
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Ce qui est intéressant, c'est que ce soldat commence par dire "ici, on s'occupe bien
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de nous".
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Il est plutôt content.
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Mais dès qu'il commence à dire "c'est difficile de retrouver ma famille parce qu'il
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y a des problèmes etc.", ils interviennent.
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C'est assez typique de la Russie d'aujourd'hui où il ne faut vraiment rien qui dépasse.
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Il y a parmi les soldats russes des professionnels, des volontaires et puis des hommes comme vous
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j'ai envie de dire qui ont été contraints d'aller au front.
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Est-ce que tous défendent aujourd'hui la position de Poutine ?
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Est-ce que tous défendent cette guerre ?
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Non, ce n'est pas le cas.
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Ils disent souvent "c'est comme ça, c'est le destin, c'est pour ça qu'on y va,
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il a fallu y aller".
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Ils utilisent souvent ce terme-là "il a fallu y aller" et on ne comprend pas toujours
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très bien si c'est parce que c'est une nécessité et ils croient en ce que raconte
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Vladimir Poutine ou si c'est parce qu'il y a un ordre et que déserter en Russie, c'est
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risquer la prison.
03:52
En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'ils n'ont pas eu le choix.
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Il y a des hommes, pour échapper à cette mobilisation, c'est quand même 300 000
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hommes qui ont été mobilisés en Russie, la seule solution c'était de quitter le
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pays et c'est ce qui s'est passé à l'automne 2022.
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Vous vous êtes rendu dans un hôpital où sont soignés des soldats blessés.
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Ça c'est vraiment exceptionnel parce que finalement le Kremlin cache ses échecs.
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Il ne veut pas montrer.
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Il ne parle pas des pertes humaines et il ne parle pas des blessés non plus.
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Non, on ne les voit jamais ces blessés.
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Surtout quand on est un média occidental, on ne vous laisse jamais d'habitude accéder
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à ces blessés.
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Quand on les voit de temps en temps à la télévision russe, c'est toujours pour
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montrer qu'ils vont bien, qu'ils sont en uniforme, assis sur le lit et c'est pour
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raconter un des exploits qu'ils ont fait.
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On ne les voit jamais comme ça.
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Il y a un des hommes qu'on a rencontré, le matin même, il était sur le front.
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Il a 22-24 ans.
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C'est quelqu'un qui vivait à 3000 kilomètres de là.
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Il était tellement loin de cette guerre et il se retrouve là.
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Le matin même, il y a un drone kamikaze qui est arrivé sur le char où il était et il
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a perdu sa jambe.
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Sa vie est détruite parce qu'il vient d'une région très pauvre.
04:54
Il était conducteur d'engin.
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On se demande quelle sera sa vie après.
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Et eux, ils nous ont parlé, j'ai eu l'impression, avec plutôt une certaine franchise.
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C'était des hommes mobilisés.
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Certains nous disaient avec cette formule « je ne brûle pas d'envie d'y retourner ».
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C'est souvent comme ça qu'ils nous disent les choses.
05:10
C'est un euphémisme.
05:11
C'est un euphémisme.
05:12
En tout cas, c'est comme ça qu'ils voulaient nous le dire.
05:13
Il y a des femmes aussi qui témoignent dans votre reportage.
05:16
Des femmes de soldats alors qu'elles n'ont pas le droit de parler.
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Vous ne les mettez pas en danger en les interrogeant ?
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Alors, elles, elles partagent déjà leurs actions, leurs propos sur les réseaux sociaux.
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Donc, on ne les met pas plus en danger.
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Elles contrôlent très bien aussi ce qu'elles disent.
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C'est-à-dire que, notamment l'une d'entre elles, elle dit « moi je soutiens la guerre
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mais je veux que ce soit des professionnels qui fassent la guerre, ce ne soit pas nos
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maris ». Donc, elles connaissent très bien les lignes.
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Même si, même quand on connaît les lignes, en Russie, on se met en danger.
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La preuve, c'est que quelques semaines après notre reportage, on va à proximité du Kremlin.
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Elles vont poser des fleurs sur la tombe du soldat inconnu.
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Et elles ont en quelque sorte le droit puisque ce sont les femmes de ces combattants.
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Donc, elles ont le droit d'aller là-bas, entre guillemets, dans la vision russe des
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choses.
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Et donc, quelques semaines après qu'on y soit allés, les journalistes qui filmaient
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cela, eux ont été interpellés.
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La même chose que vous.
06:09
La même chose que nous.
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Et ils ont été interpellés.
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C'est d'ailleurs pour ça que nous, on l'avait filmé avec des téléphones pour
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être plus discret, pour prendre le moins de risques possibles.
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Et puis, il y a l'après.
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Après la guerre, quand ces hommes reviennent pour une permission, alors qu'ils ne peuvent
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plus aller sur le front parce qu'ils sont trop amochés, le retour à une vie normale
06:24
est-il possible ? On voit dans votre reportage que certains se mettent à boire, deviennent
06:29
violents, tuent parfois même.
06:30
Oui, c'est le début.
06:33
C'est pour ça qu'on a fait ce reportage.
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En fait, c'est ce qui a été le déclencheur.
06:36
Il y a maintenant près d'un an, on était dans un hôtel à Donetsk et on essayait de
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faire des reportages et rien ne marchait.
06:43
Donc, on passait du temps à l'hôtel à passer des coups de fil, à aller voir des
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gens, etc.
06:47
Et dans cet hôtel où nous étions, on a vu deux hommes qui étaient là, fracassés
06:52
par cette guerre.
06:53
Un, il avait eu une commotion et donc, il était à moitié sourd.
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Il nous parlait, il voulait nous parler, mais il ne nous entendait pas.
06:58
Et un autre, qui était complètement perdu, qui se promenait en pyjama dans les couloirs
07:03
et qui avait vraiment perdu tout, qui était devenu fou à cause de cette guerre.
07:08
Et tous deux étaient dans cet hôtel.
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Et là, on s'est dit qu'il y avait quelque chose qui se passait.
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En tout cas, cette guerre avait des conséquences visibles et invisibles.
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Et c'était ça qu'on voulait raconter.
07:20
Les pires, j'ai envie de dire, ce sont ceux qui ont combattu au sein de la milice Wagner,
07:24
non ?
07:25
Alors, la particularité de ceux qui ont combattu dans la milice Wagner, c'est qu'une
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partie d'entre eux sortait de prison.
07:28
C'était des criminels qu'on est allé chercher, que Yevgeny Prigozhin lui-même,
07:32
à l'époque, il y a maintenant plus d'un an, le chef de la milice Wagner qui depuis
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est mort, est allé chercher en prison même.
07:39
Et il leur a proposé un deal qui était "vous allez combattre dans ma milice pendant six
07:45
mois et en échange, vous aurez la liberté, vous ne purgerez pas votre peine".
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Et donc, eux, ils reviennent.
07:50
D'abord, c'était parfois des criminels qui sont passés par la prison.
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Et on sait que la prison en Russie est aussi quelque chose de très difficile.
07:59
Il y a des tortures en prison, etc.
08:00
Ensuite, ils sont allés sur le front.
08:01
Ils sont revenus chez eux, sans accompagnement, auréolés de leur statut de héros de la
08:06
guerre.
08:07
Et certains d'entre eux ont commis des crimes de nouveau.
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Ils ont tué de nouveau.
08:11
Vous, Luc Lacroix, vous étiez correspondant en Russie quand la guerre a éclaté.
08:16
Vous y êtes resté à peu près un an et demi après le début du conflit.
08:20
Comment on quitte ce pays ? Dans quel état on est ?
08:25
Parce que vous êtes journaliste, mais vous êtes un homme aussi.
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Alors, on ne le quitte pas tout à fait.
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C'est d'ailleurs pour ça que je continue à faire ce reportage pour Envoyé Spécial.
08:33
C'est bien sûr difficile de sentir qu'on laisse des gens là-bas, des gens qu'on
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a rencontrés par hasard sur le terrain, des anonymes, mais aussi une équipe, l'équipe
08:44
du bureau de Moscou, qui m'a pendant ces années énormément aidé, qui fait un travail
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formidable, qui continue de le faire, avec Anne Ponsiné qui m'a remplacé.
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Donc oui, on a un petit pincement au cœur.
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On ne sait pas trop ce qu'on en garde de ça.
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C'est ça pour moi la vraie question.
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Je ne sais pas ce que je garde de ces années.
09:00
Mais vous avez besoin d'y retourner, visiblement.
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Il y a encore des histoires à raconter.
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Donc j'ai ce besoin-là.
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Et après, il faut aussi passer en partie à autre chose.
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Il faut préciser quand même que la Russie, ça reste un pays extrêmement dangereux
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pour les journalistes.
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Bien sûr.
09:14
Il y a par exemple Evan Gershkovitch, qui est journaliste au Wall Street Journal.
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Pendant longtemps, nous les correspondants étrangers, on a pensé que le pire qui pouvait
09:20
nous arriver, c'était d'être expulsé.
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Ce qui n'est pas agréable.
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Mais bon, moi, j'ai une vie en France aussi.
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Être expulsé de Russie, ce n'est pas ce que je voulais.
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Mais c'est supportable.
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En revanche, aller en prison, c'est quelque chose de bien pire.
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Et Evan Gershkovitch, correspondant du Wall Street Journal, a été arrêté il y a maintenant
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plus de 300 jours.
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Il est accusé d'espionnage, ce qui n'est bien sûr pas le cas, puisque c'est un journaliste.
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On le connaît tous.
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Tous les journalistes le connaissent à Moscou.
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Et il est en prison.
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Et on ne sait pas quand il sortira.
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