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  • il y a 3 jours
L'invitée de 6H20 est Leïla Chaouachi, docteure en pharmacie, experte nationale de l’enquête soumission chimique auprès de l’ANSM, "Soumission chimique, Pour en finir avec les idées reçues" (JCLattes). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-lundi-26-janvier-2026-1357159

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Transcription
00:00Il est 6h21 après l'affaire des viols de Mazan, un nouveau procès de la soumission chimique.
00:05L'ancien sénateur Joël Guériot est jugé aujourd'hui et demain devant le tribunal correctionnel de Paris
00:09pour avoir drogué à son insu une collègue, la députée Sandrine Jossot.
00:14Et je reçois ce matin l'une des plus grandes spécialistes du sujet.
00:16Bonjour Leïla Chawashi.
00:17Bonjour.
00:18Vous êtes docteur en pharmacie, experte nationale de l'enquête soumission chimique auprès de l'ANSM, l'agence de sécurité du médicament.
00:24Alors là on se focalise sur deux affaires emblématiques, médiatiques, Mazan et ce procès de Joël Guériot.
00:31Mais ce ne sont pas des cas isolés, loin de là, et ce ne sont surtout pas de simples faits divers.
00:36Je sais que vous détestez qu'on dise que ce sont des faits divers.
00:38Non, ce ne sont pas des faits divers, effectivement c'est un enjeu de santé publique, un enjeu de santé publique majeur
00:43qui s'inscrit aussi dans des violences systémiques.
00:45C'est très important de rappeler que la soumission chimique n'est qu'un mode opératoire criminel.
00:49Le phénomène c'est celui des violences, et notamment des violences sexistes et sexuelles qui s'exercent effectivement contrairement aux idées reçues,
00:56souvent dans une sphère de confiance, la sphère privée, voire professionnelle ou amicale.
01:00Oui, ces idées reçues, vous les battez en brèche dans votre livre qui va sortir dans dix jours, c'est mercredi de la semaine prochaine.
01:06Justement, soumission chimique pour en finir avec les idées reçues.
01:09Ce que vous nous dites c'est que ce n'est pas un épiphénomène qui renverrait la monstruosité de marginaux déséquilibrés.
01:15Non, ça peut être monsieur et madame tout le monde autour de chez nous,
01:17ça peut être avec des médicaments qu'on trouve dans la boîte à pharmacie, pas forcément des drogues illicites, il y a de tout,
01:22et ça touche toutes les couches de la société.
01:24Exactement. On continue à entretenir une idée reçue qui est vraiment tenace, selon laquelle les victimes seraient des imprudentes.
01:31Les victimes de soumission chimique sont celles qui laissent traîner leur verre, comme ça,
01:35et qui ne respectent pas les règles élémentaires de prudence, ne pas parler aux inconnus, ne pas rentrer trop tard le soir,
01:40et puis ne pas trop s'alcooliser.
01:43Non, il faut le dire et le rappeler en permanence, les victimes de soumission chimique sont des victimes dont on a trahi la confiance.
01:49Ce sont des personnes qui ont laissé leur verre sous la surveillance d'une personne de confiance,
01:53qui vont accepter leur verre d'une personne de confiance,
01:56ou qui vont effectivement laisser leur verre sans surveillance,
01:58mais dans un contexte qui a gagné leur confiance.
02:00Ce matin encore, dans vos studios, j'ai laissé traîner, comme on dit, mon café,
02:04parce que je suis en confiance, et on fait également confiance à l'inconnu.
02:07L'inconnu, nous le connaissons, c'est vous et moi, c'est n'importe qui, et bien sûr qu'on se fait confiance.
02:12Il est fréquent que les victimes culpabilisent, donc ?
02:15Elles le disent, ça ?
02:16Énormément, puisque déjà toutes les victimes de violences, de façon générale, ont tendance à culpabiliser,
02:23à fortiori lorsqu'elles sont victimes de soumission chimique,
02:25parce qu'on continue à entretenir cette idée qu'il n'y avait qu'à faire attention, en réalité.
02:30Il fallait garder son verre sous surveillance en permanence,
02:33et puis de plus en plus, on a des outils de réduction des risques, en tout cas présumés,
02:36qui vous disent, mettez un capuchon de verre, mettez un vernis anti-viol,
02:39utilisez des bandelettes test, et vous verrez, le viol ne sera qu'un mauvais souvenir.
02:43C'est ne rien comprendre au mécanisme des violences.
02:46La violence, elle est systémique, elle est ancestrale, elle est patriarcale également,
02:51et donc c'est quelque chose qui, malheureusement, ne se combat pas avec des vernis anti-viol.
02:56Les victimes sont en grande majorité, vous le disiez, des femmes,
02:59et bien souvent, effectivement, pour des agressions sexuelles, pour des viols,
03:03mais pas que. Il peut y avoir aussi des hommes, et il peut y avoir de la soumission chimique
03:07pour extorquer de l'argent, par exemple.
03:08Bien sûr.
03:09Ça peut arriver.
03:10Alors déjà, les victimes, vous avez raison de le rappeler, elles sont de tout genre.
03:12Ce sont majoritairement des femmes, mais il y a aussi des hommes et des personnes transgenres,
03:16qui s'agissent d'hommes.
03:17Des enfants aussi ?
03:17Des enfants, évidemment, mais pour les personnes transgenres,
03:20qu'il s'agisse d'hommes assimilés, femmes à la naissance,
03:22ou de femmes assimilées, hommes à la naissance,
03:24les enfants sont représentés dans les...
03:26Si on regarde l'historique de nos données d'enquête, qui datent de plus de 20 ans,
03:30la plus jeune des victimes à 4 jours, et la plus âgée à 98 ans.
03:34Donc il n'y a pas non plus d'âge, tout comme il n'y a pas de violences spécifiques.
03:37C'est un mode opératoire des violences.
03:39Violences sexuelles, mais aussi enlèvements, séquestrations, vols, tentatives d'homicide,
03:43infanticides, maltraitances chimiques, traite des êtres humains.
03:47Il y a autant de faits criminels ou délictuels possibles qui n'en existent.
03:50Qu'attendez-vous du procès qui s'ouvre aujourd'hui ?
03:53Alors, les procès, on en attend d'abord justice, évidemment,
03:55mais ce qui est très important, c'est qu'il continue justement à éclairer les esprits
04:01et qu'il continue justement à susciter cet électrochoc au sein de la société.
04:05On le voit déjà depuis le hashtag balance ton bar en 2021.
04:09On l'a vu avec la sortie du livre de Caroline Darian
04:11« Et j'ai cessé de t'appeler papa » en 2022, avec son mouvement « M'endors pas ».
04:15Et le procès des viols de Mazan, comme le procès actuellement,
04:19montre que c'est également dans la sphère privée et professionnelle
04:22et jusqu'au plus haut sommet de l'État.
04:23Oui, vous dites éclairer les esprits, mais dans votre livre,
04:26on comprend bien que c'est une histoire vieille comme le monde.
04:28En tout cas, pour la France, vous donnez deux dates que je trouve importantes.
04:31Première alerte donnée par un médecin, vraiment une professionnelle, 1982.
04:35C'était une femme qui était médecin légiste à Marseille.
04:37C'est à propos d'enfants qui étaient assommés par les médicaments, par leurs parents.
04:421997, donc il y a 30 ans, première enquête nationale.
04:45Première enquête nationale, on a fait quoi depuis ?
04:47Alors, on a fait beaucoup de choses depuis.
04:49La première chose, c'est bien sûr d'institutionnaliser une enquête nationale pharmaco-épidémiologique
04:54dont le maître d'œuvre est l'agence du médicament.
04:56Mais pour cela, on parle surtout de vigilance sanitaire.
05:00On est en train de surveiller des tendances, mettre en place des réglementations
05:03pour réduire au maximum le détournement du médicament.
05:06Le médicament qui reste accessible.
05:07On parle de traiter les gens, mais il faut mettre en place ces verrous.
05:10On a mis en place évidemment des protocoles, déjà à l'époque, aux urgences, etc.
05:13La difficulté, c'est comment les tenir dans le temps, avec tous les enjeux qui se mettent en place.
05:17Et aujourd'hui, la force de la société civile, c'est d'imposer leur calendrier.
05:21Et de dire qu'aujourd'hui, il y a urgence à gérer ces situations.
05:24Donc, c'est comme si on vous disait, ça fait très longtemps qu'on parle d'inceste,
05:28mais qu'avons-nous fait depuis ?
05:29Pour ça, il faudrait que les violences nous concernent au premier niveau.
05:32Il faut que la société entière chance.
05:33Et donc, merci MeToo.
05:34Et merci toutes ces ramifications, notamment le MeToo GHB.
05:37Et aujourd'hui, le Mandorpa.
05:39Et puis ensuite, le fameux Sénatoport qu'on a vu circuler.
05:41Et puis, pour vérifier qu'il s'agit bien d'une soumission chimique,
05:44il faut que les victimes sachent à qui s'adresser.
05:46On fait quoi quand on a une suspicion ?
05:48On va voir son médecin, pharmacien.
05:50Si ça arrive en pleine nuit, on fait comment ?
05:51Alors, ce qui est très important, c'est qu'il faut relativiser également l'urgence.
05:56Bien sûr, il faut agir rapidement, mais il faut d'abord avoir la bonne information.
05:59Et pour le moment, nous avons un formidable centre.
06:02Donc, il s'appelle le Centre de référence sur les agressions facilitées par les substances.
06:06Le CRAF, ce que vous avez fondé.
06:07Tout à fait.
06:07Donc, le CRAF, ce qui lui, justement, permet d'orienter les victimes en fonction de leurs besoins,
06:13en fonction de leur temporalité, en connaissance du maillage territorial,
06:16puisque chaque conseil est différent d'une région à l'autre, parfois d'un département à l'autre.
06:20Mais aujourd'hui, il y a quand même une bonne nouvelle sur trois régions,
06:24Île-de-France, Hauts-de-France et Pays-de-la-Loire.
06:25Une expérimentation est mise en place suite à l'amendement qui a été déposé par la députée Sandrine Jossot.
06:30Et aujourd'hui, nous pouvons, dans ces régions-là, se rendre directement auprès d'un médecin
06:34qui fera les examens nécessaires et puis les prescriptions pour les prélèments nécessaires.
06:39Et pour les autres régions, donc, le CRAF, c'est un C-R-A-F-S.
06:42Voilà, c'est cinq lettres très importantes.
06:44Et parce que six minutes ne suffisent pas, Leïla Shawashi, j'invite les auditeurs à lire votre livre.
06:48Un livre écrit, justement, pour que la honte change définitivement de camp.
06:52Et pour en finir avec les idées reçues, il sort mercredi de la semaine prochaine chez la TES.
06:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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