00:00 RTL bonsoir, Vincent Parizeau, Isabelle Choquet.
00:04 Place maintenant au deuxième invité d'RTL bonsoir, c'est l'invité pour tout comprendre.
00:09 Tout comprendre ce soir à l'eau minérale, car à nouveau le groupe Nestlé est mis en cause.
00:14 Nestlé c'est-à-dire Vitel, Contrex ou encore Perrier.
00:17 L'agence de sécurité sanitaire, l'ANSES, évoque un niveau de confiance insuffisant
00:23 pour assurer la qualité sanitaire des eaux minérales
00:26 et elle recommande une surveillance renforcée sur les sites de captage.
00:30 Alors on en parle ce soir avec Anaïs Le Bouffant, bonsoir.
00:34 Bonsoir.
00:34 Vous êtes la directrice des programmes du réseau Environnement Santé,
00:38 association qui travaille justement sur l'exposition aux polluants et aux perturbateurs endocriniens.
00:44 La première question qui vient à l'esprit, elle est finalement directe et simple,
00:48 est-ce qu'on peut continuer aujourd'hui à boire ces eaux minérales ?
00:52 Alors écoutez, cette question du rapport qui a été remis par l'ANSES en octobre dernier,
00:59 quand même il y a quelque temps, pose vraiment la question de ce qu'on appelle l'eau potable aujourd'hui.
01:06 On a évidemment des eaux minérales qui sont suspectées d'avoir eu des bactéries,
01:12 des contaminations chimiques, des contaminations microbiologiques
01:17 et qui ont été traitées ou au moins partiellement traitées.
01:20 Et il est clair que le flou règne sur la qualité sanitaire de ces eaux.
01:26 On ne peut pas dire que la situation des eaux en bouteilles de l'industriel
01:32 a été marquée par une grande transparence depuis le début de cette histoire.
01:36 Donc c'est vrai qu'on peut vraiment s'interroger sur la qualité sanitaire de ces eaux.
01:40 La présidente de Nestlé France affirme que son groupe a intensifié la surveillance des forages sous le contrôle des autorités
01:46 et elle précise "chaque bouteille qui sort de nos sites peut être bue par les consommateurs en toute sécurité".
01:51 Est-ce qu'on peut croire ça ?
01:52 Alors écoutez, j'imagine qu'elle croit sincèrement à ce qu'elle dit.
01:56 Effectivement, il y a des tests qui sont tout à fait possibles pour contrôler la qualité de l'eau.
02:01 Ce qui est sûr, c'est que l'eau qu'il pompe dans les nappes profondes est, elle, polluée,
02:06 à la fois par ces polluants microbiologiques, donc des bactéries, des virus et des polluants chimiques.
02:12 Polluants, en général, qui sont issus quand même de l'activité humaine, il faut le rappeler.
02:16 On a beaucoup parlé des PFAS ces dernières semaines, à raison, il y a également les pesticides, les métabolites de pesticides,
02:23 des contaminations qui sont liées à des activités d'élevage, potentiellement aussi à des traitements d'eau usée
02:31 qui ont été faits, pas forcément de façon très sécurisée.
02:35 Et donc, quand on vend de l'eau en bouteille, qui s'appelle eau minérale naturelle ou eau de source,
02:43 qui doit faire l'objet de multiples traitements complètement illégaux, certains sous dérogation,
02:50 pour pouvoir la vendre, ça pose quand même problème.
02:52 Et on peut même aller plus loin. On a eu, il y a quelques mois,
02:56 des études qui sont sorties sur la contamination au microplastique des eaux embouteillées.
03:01 Et donc, on a en plus une pollution eau nano et microplastique dans les eaux embouteilles,
03:08 où on a dans un litre d'eau, en moyenne, 240 000 particules de plastique,
03:13 dont la plupart des nanoplastiques qui franchissent les barrières biologiques s'accumulent dans les tissus.
03:18 Donc, on voit que cette question, elle soulève, en fait, énormément d'interrogations
03:22 et nous incite à réfléchir à la façon dont on peut éviter cette pollution à la source,
03:29 parce que c'est quand même anormal qu'on constate qu'on a des nappes phréatiques profondes,
03:34 polluées à ce point et là ne cesse à l'air sur des pollutions régulières.
03:38 Donc, il faut vraiment s'interroger sur cela.
03:40 - Parce que l'eau utilisée par le groupe Nestlé, elle vient d'où exactement ?
03:44 Ce sont des sources ? Ou vous parlez de nappes ?
03:47 - L'eau, généralement, qui est utilisée par les vendeurs d'eau embouteillée,
03:50 c'est de l'eau qui est pompée dans des nappes souterraines.
03:54 C'est de l'eau, du coup, qui est censée être extrêmement pure, en fait,
03:58 qui est très profonde sous la terre et qui est censée, du coup, par sa situation en profondeur,
04:03 échapper à un certain nombre de pollutions de surface.
04:06 - Mais justement, l'eau de source, normalement, c'est l'eau de source et uniquement l'eau de source,
04:12 sans aucun traitement. C'est ça, à la base, non ?
04:14 - Absolument. Donc, il y a une réglementation qui encadre ces appellations-là.
04:18 L'eau qu'on a au robinet, c'est une eau qui peut être traitée, filtrée,
04:23 il y a un certain nombre de techniques qui permettent, justement, de la rendre plus pure.
04:26 L'eau de source, l'eau minérale naturelle, théoriquement, n'a pas à subir de traitement.
04:31 Donc, Nestlé avait fait ces traitements de façon illégale parce que l'eau était de mauvaise qualité,
04:38 il ne pouvait pas la vendre. Donc, heureusement qu'il y a eu ces traitements,
04:40 sinon l'eau n'aurait pas pu être consommée.
04:42 En revanche, du point de vue de l'appellation, on est dans une situation où, effectivement,
04:47 théoriquement, il ne devrait pas y avoir ces traitements.
04:49 Et ce qu'il semble là être le cas, c'est que la dérogation n'a finalement été accordée
04:54 que pour une partie des traitements et que cette partie des traitements de micro-filtration
04:59 ne permettrait peut-être pas complètement d'éliminer les polluants.
05:03 - Mais, Annelies Le Bouffant, comment on peut éviter, empêcher cette contamination des eaux ?
05:10 - Cette contamination, et notamment la contamination chimique
05:13 et la contamination par des bactéries fécales, donc H. yerifia coli et les enterococques,
05:18 elle est quand même liée à l'activité humaine.
05:20 Donc, on a une réflexion à avoir sur la façon dont on produit,
05:25 la façon dont on contrôle les effluents des industries, etc.
05:29 Le type de substances qu'on autorise aussi, le débat sur l'EPFAS l'a montré,
05:33 pour qu'on puisse, à la source, éviter de produire des substances
05:37 dont, après, on ne peut pas se débarrasser, qui finissent dans nos ressources en eau,
05:41 ressources quand même vitales, donc on a intérêt à les protéger.
05:45 - L'alternative, c'est l'eau du robinet ?
05:47 - Absolument. - Et elle est plus sûre ?
05:49 - Alors, l'eau du robinet, elle est déjà beaucoup moins chère,
05:53 et ensuite, elle est traitée, c'est-à-dire qu'elle a l'autorisation,
05:57 comme elle n'est pas soumise à une appellation, si vous voulez,
06:00 ou à une catégorie particulière qui justifierait d'une grande pureté,
06:03 - Oui, ce n'est pas de l'eau minérale. - Elle est de toute façon traitée, voilà.
06:06 Donc, elle est soumise à des contrôles, elle est soumise à des traitements,
06:09 elle est soumise à des filtrations, qui sont tout à fait légales,
06:14 elle est très contrôlée, les résultats sont publics,
06:17 il y a quand même une transparence un peu plus grande
06:21 qui entoure cette eau du robinet,
06:23 donc de façon générale, l'eau du robinet en France,
06:26 elle est de bonne qualité.
06:27 - Merci d'être intervenue ce soir sur RTL,
06:30 Annelies Le Bouffant, directrice des programmes du réseau Environnement.
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