00:00 [Générique]
00:09 Les récentes déclarations de la ministre de l'Éducation,
00:12 évoquant le non remplacement des heures dans le secteur public,
00:15 ont relancé une polémique que l'on croyait assoupie.
00:18 L'idée que l'école publique serait le parent pauvre du système scolaire,
00:22 que la France abriterait hypocritement un système à deux vitesses,
00:26 a ressurgi au premier plan.
00:27 Que sait-on du manque de moyens de l'école publique
00:31 et de l'écart entre public et privé ?
00:34 Pour rappel, près de 17% des élèves, premier et second degré confondus,
00:39 sont scolarisés dans un établissement privé,
00:43 pour l'essentiel sous contrat d'association avec l'État.
00:46 Si l'on prend le problème sous l'angle des moyens, alors c'est une idée fausse.
00:51 Le secteur privé dispose d'une structure de financement
00:54 différent sensiblement de celle du public,
00:56 avec plus de ressources venant des droits d'inscription,
00:59 mais moins de ressources venant de l'État et notamment des collectivités territoriales.
01:04 Cela n'en fait pas une école mieux lotie financièrement.
01:07 Les dépenses par étudiant sont moindres dans l'école privée.
01:10 Et même si l'école privée vise un public plus riche,
01:13 cela n'en fait pas une école riche pour autant.
01:17 Pour deux raisons essentielles.
01:18 Premièrement, les écoles privées disposent de classes plus chargées encore que celles du public.
01:24 Et d'un nombre d'élèves par enseignant structurellement plus élevé,
01:28 donc d'un encadrement plus fragile.
01:30 Deuxièmement, les enseignants du privé sont sensiblement moins bien rémunérés que les enseignants du public.
01:35 -12% dans le premier degré et -14% dans le second degré en 2022.
01:42 Pour des raisons de structure de qualification d'abord.
01:44 Les non-titulaires sont plus nombreux dans le secteur privé sous contrat, 20%,
01:49 que dans le secteur public, 9%.
01:51 A contrario, l'école publique concentre bien plus d'enseignants agrégés.
01:56 Mais même à qualification égale, les salaires nets sont structurellement plus faibles dans le privé.
02:02 Et pour se centrer sur la question plus épineuse qui a enflammé le débat sur les heures non remplacées du public,
02:08 la réserve d'enseignants remplaçants est presque deux fois plus étoffée dans l'école publique.
02:14 Avec un taux de réussite au brevet et au bac supérieur pour les écoles privées,
02:18 en comparaison des collèges et lycées publics,
02:21 tout laisse entendre que l'enseignement privé fait mieux avec moins de moyens.
02:26 Ce qui contient en creux un procès en inefficacité de l'école publique.
02:31 Faux procès cependant, car les études sur ce point montrent clairement que si le privé a de meilleurs résultats,
02:37 c'est parce que son recrutement est de plus en plus uniforme et concerne majoritairement des familles aisées.
02:45 La mixité sociale dans les établissements privés sous contrat est en fort recul depuis une vingtaine d'années.
02:51 Le poids des élèves de familles très favorisées et favorisées n'a cessé d'augmenter depuis 2000.
02:59 Cette catégorie est devenue majoritaire en 2021, alors qu'elle représente 32,3% des élèves dans le public.
03:07 A contrario, le secteur public concentre les populations socialement plus vulnérables.
03:13 La capacité du privé à rattraper les élèves en difficulté n'est pas meilleure.
03:18 Il faut s'en retourner vers l'international et comparer le système français aux autres
03:23 pour saisir que la fausse rivalité française entre public et privé recouvre des problèmes de fonds communs aux deux systèmes.
03:31 L'un comme l'autre souffre de la pauvreté des moyens qui lui sont dédiés.
03:35 Le diagnostic est maintenant largement étayé au plan international.
03:39 Premièrement, la France souffre d'un sous-effectif d'enseignants chroniques, privés comme public,
03:44 qui transparaît dans son très mauvais rang en termes de taux d'encadrement au sein des pays développés.
03:50 Particulièrement marqué pour l'enseignement primaire, mais sensible aussi au niveau secondaire.
03:57 Un lourd handicap à l'heure où les enseignants doivent gérer une hétérogénité sociale et culturelle de plus en plus problématique.
04:04 Deuxièmement, les enseignants français apparaissent à la traîne de la plupart des pays développés en termes de rémunération dès leur début de carrière.
04:14 Les écarts sont spectaculaires avec l'Allemagne, mais aussi avec l'Espagne, pour prendre deux voisins comparables.
04:20 Et se creusent encore en milieu de carrière.
04:22 Bref, privé et public sont deux systèmes pauvres.
04:26 L'un s'épargne la difficile gestion de la mixité sociale grâce au filtrage des droits d'inscription.
04:32 L'autre se le prend à plein.
04:34 Mais de part et d'autre, la reconnaissance sociale du métier d'enseignant et le renforcement de l'encadrement pour faire progresser les élèves et conjurer la reproduction sociale restent à construire.
04:46 [Musique]
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