00:00 [Musique]
00:04 Bonjour Estelle Diacona.
00:06 Merci d'avoir accepté mon invitation pour parler notamment de ce sujet important des filles dans les filières scientifiques.
00:13 Avant de vous donner la parole, je vais faire un très bref résumé de votre parcours.
00:18 Vous avez fait des études d'ingénieur, vous étiez à Polytech Nantes puis Centrale Supélec.
00:24 Vous avez d'ailleurs un thème de thèse qui était le rayonnement des gaz et tout ça pour servir l'industrie des fusées notamment.
00:31 Donc bon, ça parle à tout le monde mais on voit que c'est bien du scientifique dont il s'agit.
00:35 Et vous avez fait votre parcours dans le monde universitaire.
00:39 Vous avez pris votre première responsabilité en 2016 où vous êtes devenue la directrice générale déléguée de Centrale Supélec.
00:46 Puis après d'autres postes et en juin 2022 vous avez été nommée présidente de ce très prestigieux et important
00:53 - vous allez nous en parler - campus qu'est l'université de Paris-Saclay.
00:58 Et vous veniez en succession de Sylvie Rotaillot qui elle venait d'être nommée ministre de l'enseignement supérieur.
01:06 Avant de vous écouter sur votre expérience personnelle, je voulais que vous nous parliez en quelques mots et en quelques chiffres de Paris-Saclay.
01:15 Alors avec plaisir. Donc l'université Paris-Saclay prépare l'avenir, en tout cas contribue à préparer l'avenir
01:22 puisque l'université Paris-Saclay forme, diplôme des étudiants en Bac +3, Bac +5 et Bac +8.
01:28 Donc on diplôme chaque année à peu près 20 000 étudiants.
01:31 Ce qui veut dire que nous avons à l'université Paris-Saclay autour de 60 000, 70 000 étudiants.
01:36 Nous préparons aussi l'avenir puisque nous faisons avancer le front des connaissances en faisant de la recherche,
01:41 de la recherche fondamentale, de la recherche appliquée et nous mettons aussi en oeuvre des innovations.
01:46 Donc avec le lien avec les entreprises.
01:48 J'avais noté 15% de la recherche française.
01:51 Alors nous représentons environ entre 13 et 15% de la recherche publique française.
01:55 Très bien. Et donc l'université Paris-Saclay regroupe également, est un regroupement en fait de diverses, à la fois de grandes écoles et universités.
02:06 Alors l'université a été créée en 2020 sur la base d'historiques extrêmement solides.
02:11 Des historiques d'universités de renom, des historiques d'écoles, de grandes écoles d'ingénieurs de renom et d'organismes de recherche.
02:17 Et ça a été effectivement une volonté partagée de ces institutions de se regrouper pour faire bénéficier l'ensemble du secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche.
02:26 Des points forts de chacun de ces établissements et d'aller aussi au-delà des clivages habituels dont on a beaucoup entendu parler en France entre les universités, les écoles et les organismes.
02:34 Et aujourd'hui nous sommes un bel ensemble académique au service de la société.
02:39 Très bien. Alors vous êtes donc à la tête de ce très bel ensemble. On peut dire d'ailleurs qu'il est également prestigieux au sens où je crois qu'il a été 15e, donc la seule université européenne à être dans le classement de Shanghai.
02:51 Donc on peut s'en réjouir. Alors cette position de dirigeante d'un tel univers, est-ce que c'est courant ? Quel est le pourcentage de femmes dans ces fonctions ? Comment ça se passe ?
03:02 Et dites-nous aussi ce qui vous a donné envie, vous, quand vous étiez jeune, d'aller vers l'études d'ingénieur ?
03:07 Alors je vais peut-être commencer par ce point-là. L'intérêt, voire la passion pour les sciences et la technique et les techniques.
03:14 Et une conviction profonde depuis longtemps que la science au plus haut niveau a un impact sur le quotidien, sur la société, un impact positif pour le progrès et pour une société plus juste et plus équitable.
03:27 Donc c'était vraiment le point qui m'a poussée à faire des études scientifiques et finalement qui m'a aussi poussée après à rester dans le monde académique.
03:35 Parce que quand je suis arrivée dans mon école d'ingénieur, j'avais la ferme intention en sortant d'aller dans une entreprise pour construire, contribuer à la construction des aspects techniques.
03:46 Et puis j'ai découvert en faisant une thèse, j'ai découvert l'enseignement supérieur à la recherche, j'ai découvert l'impact finalement que je pouvais avoir aussi en tant qu'enseignant-chercheur,
03:55 puis ensuite déléguée générale à Centrale Supélec, puis présidente d'université, l'impact qu'on pouvait avoir en formant les jeunes et en accompagnant nos chercheurs à faire une encore meilleure recherche et en allant encore plus vers l'innovation.
04:08 Donc c'est vraiment cet aspect éducation et science qui m'a motivée jusqu'à aujourd'hui, qui est absolument passionnant.
04:16 Donc pour répondre à votre première question sur la place des femmes peut-être dans l'enseignement supérieur à la recherche, à des postes à responsabilité,
04:25 alors au niveau des présidents d'université par exemple, nous sommes 14 présidentes sur une centaine, une petite centaine, donc 19-20%.
04:33 Donc on est autour des 20% que l'on retrouve dans les postes typiquement de chercheurs dans les domaines scientifiques, mathématiques, physiques, chimie, informatique,
04:45 où nous sommes environ 20-25% depuis plusieurs années femmes dans ces secteurs-là.
04:51 Alors pour arriver à faire progresser ces chiffres, il faut aussi en amont qu'il y ait davantage de filles dans les filières.
04:57 Alors vous me disiez que bien évidemment les chiffres ne sont pas du tout identiques entre les différentes disciplines.
05:04 La question qu'on me pose souvent sur ce sujet c'est combien y a-t-il de jeunes femmes diplômées à l'université Paris-Saclay ou présentes à l'université ?
05:12 Alors on diplôme un peu plus de jeunes femmes que de jeunes hommes, 54%, et c'est très proche de ce qui se passe au niveau national.
05:21 Là où on commence déjà à voir une différence, c'est qu'une fois qu'elles sont diplômées, ces jeunes femmes, elles sont insérées de manière un petit peu plus difficile dans le monde professionnel.
05:31 Maintenant si on regarde à l'intérieur de l'université, il faut regarder deux aspects.
05:35 Il faut regarder l'évolution au fil des cycles, donc premier cycle, master, doctorat, où là le pourcentage de jeunes femmes diminue au fur et à mesure que l'on monte dans les cycles.
05:46 Et puis ensuite à l'intérieur d'un même niveau, regarder les différentes filières.
05:51 Et là, mes 54% de jeunes filles vont de 15-20% sur des filières mathématiques, informatiques, intelligence artificielle, ingénierie, à 70% sur des filières médecine, pharmacie, droit.
06:04 Et puis évidemment un spectre à l'intérieur.
06:07 Et ces données-là n'évoluent pas, ils vont très peu au fil des années, malgré le nombre d'actions extrêmement poussées que nous menons au sein des universités,
06:17 à l'université Paris-Saclay, mais évidemment plus globalement dans toutes les universités françaises.
06:21 Et il est intéressant de regarder comment, à travers des actions nouvelles, et en particulier des formations nouvelles que nous avons ouvertes il y a quelques années,
06:31 donc encore un peu tôt pour vous donner les résultats,
06:34 en mathématiques, typiquement en premier cycle, donc au niveau licence, nous avons à peu près 20% de jeunes femmes dans les filières classiques.
06:42 Et nous avons ouvert des licences double diplôme, qui permettent à des jeunes filles qui veulent à la fois faire des mathématiques et de l'économie par exemple,
06:51 ou de l'informatique et des sciences de la vie.
06:56 Là nous sommes à 47%, proche des 50%.
07:00 D'accord, donc le couplé permet d'attirer davantage.
07:03 Alors c'est un couple des disciplines, mais c'est aussi un double diplôme.
07:08 En trois ans, les étudiants obtiennent un double diplôme.
07:12 C'est beaucoup plus de travail.
07:14 Et là il y a plus de filles.
07:15 Donc voilà, on sent qu'il y a un intérêt, quelque chose à suivre de près sur ces enjeux.
07:21 Très bien, donc à voir évoluer.
07:23 Ma dernière question, c'était la relation entre l'université et le monde de l'entreprise.
07:27 Ce que j'avais retenu quand nous avons discuté ensemble, à un moment vous avez eu une formulation qui m'a marqué,
07:32 qui était de dire que les établissements et les universités devaient se sentir autorisés à assumer leur rôle d'acteurs socio-économiques.
07:40 Donc je trouve que c'était intéressant et je pense que c'est le début de ce que vous pouvez nous dire à ce propos.
07:45 Oui, oui. Alors c'est vrai qu'une des raisons pour lesquelles l'université Paris-Saclay a été créée,
07:50 tout à l'heure je vous disais, participer à la construction à l'avenir,
07:53 c'est effectivement assumer ce rôle au sein d'un écosystème socio-économique,
07:59 et c'est d'ailleurs même géographiquement, l'université Paris-Saclay est géographiquement dans un écosystème extrêmement actif,
08:07 avec des grands groupes, des PME et des start-up.
08:10 Et assumer ce rôle, ça veut dire assumer un lien au quotidien et avec le plus d'impact possible vis-à-vis de ces entreprises,
08:19 sous différents angles, sous l'angle de contribuer à leur fournir des diplômés,
08:24 sous l'angle des actions que l'on peut avoir en recherche avec ces entreprises,
08:29 et puis dans un sens un peu symétrique, que les entreprises viennent aussi expliquer à nos jeunes diplômés,
08:37 et en amont, puisque beaucoup de travail doit être fait en amont,
08:40 c'est-à-dire nous menons beaucoup d'actions au sein de l'université pour en particulier attirer les jeunes filles,
08:46 mais on sait bien qu'il faut agir au lycée, agir au collège,
08:49 puisque c'est au moment où les jeunes réfléchissent à leur choix d'orientation au lycée, à leur choix de métier,
08:55 et le rôle des entreprises à ce moment-là est extrêmement important,
09:00 puisque comme je le dis souvent, il faut convaincre les jeunes, mais il faut aussi convaincre les parents,
09:03 il faut convaincre la société de manière générale.
09:05 Donc on va terminer sur cet appel que vous faites aux entreprises,
09:08 de venir justement exprimer encore davantage leurs besoins et solidifier les liens,
09:13 et c'est sûr qu'on a tout à gagner à ce que le monde de l'entreprise, le monde de la formation, soit très proche l'un de l'autre.
09:19 Merci beaucoup Estelle pour ce témoignage.
09:23 Merci.
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