00:00 L'invité de l'actu ce matin sur France Info est Michel Daillon, bonjour.
00:03 Bonjour.
00:03 Vous êtes avocate, présidente de Lawyers for Women,
00:06 association de juristes qui luttent contre les violences faites aux femmes.
00:10 À la fin de sa très longue interview où il a abordé quantité de sujets,
00:14 Emmanuel Macron hier soir a été interrogé sur Gérard Depardieu.
00:17 Et là encore, il s'est exprimé longuement, très longuement.
00:20 Il utilise une expression, c'est une chasse à l'homme, dit-il,
00:24 au sujet d'un acteur accusé de viol et filmé en train de tenir des propos outranciers.
00:28 La chasse à l'homme, est-ce que l'expression vous heurte ?
00:30 Évidemment. Je ne peux pas imaginer qu'un président de la République,
00:34 et en particulier Emmanuel Macron, ne choisisse pas ces mots.
00:37 Chasse à l'homme. A l'homme, pas forcément à l'humain.
00:40 Moi je pense qu'il y a surtout une chasse à la femme,
00:42 en tout cas dans les propos de Gérard Depardieu, et pas une chasse à l'homme.
00:45 Donc je pense que les mots qui sont utilisés,
00:47 ils sont utilisés à dessein pour parler aux hommes.
00:51 Aux hommes virils qui, et il y en a encore beaucoup,
00:54 et des femmes aussi, qui vous disent que finalement, ces propos, c'est pas si grave,
00:58 que c'est drôle, que finalement, GG, il est comme ça.
01:03 Et c'est une façon de s'adresser et de raconter quelque chose de notre société.
01:09 Je ne suis pas certaine qu'Emmanuel Macron y croit totalement, à ce qu'il dit,
01:12 mais en tout cas, il veut s'adresser à quelqu'un, et à plusieurs.
01:15 Mais le président de la République, il le fait aussi au titre de ses fonctions.
01:19 Président, c'est-à-dire garant des institutions, il parle de la présomption d'innocence,
01:23 il estime que c'est d'abord à la justice de se prononcer,
01:26 avant éventuellement de retirer la Légion d'honneur de Gérard Depardieu.
01:31 Ça, en tant qu'avocate, vous l'entendez ?
01:33 Alors en tant qu'avocate, et en tant que citoyenne française,
01:36 je suis extrêmement attachée à la présomption d'innocence,
01:38 qui est une valeur cardinale de notre État de droit.
01:41 Mais la présomption d'innocence, elle ne doit pas servir de prétexte
01:46 à ne pas écouter des femmes qui se disent victimes de violences,
01:50 elle ne doit pas s'opposer à ce que j'appellerais une présomption,
01:54 en tout cas un crédit de véracité, de celles qui parlent.
01:57 Je crois que c'est important, c'est une valeur trop importante pour la dévoyer ainsi.
02:03 D'autant qu'en l'occurrence, si l'on parle notamment de cette caméra cachée,
02:12 et des propos de l'émission Complément d'enquête,
02:16 il n'y a pas de sujet de présomption d'innocence,
02:18 parce que, hélas ou pas, il n'y a pas véritablement d'infraction pénale,
02:23 et il n'y a pas de contexte non plus, parce que c'est assez clair ce qui est dit.
02:27 – Il a été loin, on le disait, dans cet exercice de défense de Gérard Depardieu,
02:32 le Président de la République, ça dure assez longtemps, plusieurs minutes,
02:35 mais il ne parle pas seulement de chasse à l'homme, écoutez notamment ce qu'il dit.
02:39 – Moi je suis un grand admirateur de Gérard Depardieu,
02:42 c'est un immense acteur, il a servi les plus beaux textes,
02:45 lui aussi c'est un génie de son art, complet.
02:48 Il a fait connaître la France, nos grands auteurs, nos grands personnages,
02:52 dans le monde entier, et je le dis en tant que Président de la République,
02:56 mais aussi en tant que citoyen, il rend fier à la France.
02:59 – C'est impossible ça à entendre aujourd'hui dans le contexte actuel ?
03:02 – Alors entendre aujourd'hui dans le contexte, encore une fois, actuel,
03:07 et lorsque, j'aimerais quand même, on va revenir à l'origine de ce quinquennat,
03:11 enfin de ce deuxième quinquennat, après le premier quinquennat,
03:14 la lutte contre les violences faites aux femmes, grande cause nationale.
03:18 – Alors il dit hier soir d'ailleurs "je suis inattaquable sur la lutte
03:20 sur les agressions faites aux femmes, les violences faites aux femmes
03:22 et pour l'égalité femmes-hommes".
03:23 – Sauf que les violences faites aux femmes, elles commencent là,
03:27 elles ne commencent pas dans les commissariats,
03:28 et elles ne commencent pas dans les tribunaux correctionnels,
03:31 elles commencent à cet endroit-là, elles commencent dans l'image qu'on a de la femme.
03:35 Et lorsqu'on réduit la femme, non pas à son corps, mais à ses organes génitaux,
03:38 parce que c'est ce que fait Gérard Depardieu,
03:40 et l'homme a besoin d'exprimer une libido débordante,
03:45 qui se moque éperdument du consentement de la femme,
03:48 elle commence là la lutte contre les violences faites aux femmes.
03:50 – C'est important parce que vous accusez à demi-mot le Président de la République
03:53 de participer à une sorte de continuum entre le verbe, les mots et puis les agressions.
04:00 – Moi je n'accuse personne, et pas particulièrement le Président de la République,
04:04 en revanche je suis extrêmement…
04:06 – Non mais vous dites "ça commence là la violence".
04:07 – Elle commence là, elle commence dans les propos de Gérard Depardieu,
04:09 et elle commence dans ceux qui volent à son soutien,
04:11 comme il y a quelques années on a volé, de nombreux intellectuels ont volé au soutien de DSK,
04:16 sans accorder une seconde, une crédibilité, une véracité à la parole d'une femme de chambre,
04:21 parce que Gérard Depardieu il prend en plus le pouvoir sur celles qui n'en ont pas.
04:24 Et donc qu'un Président de la République, en ce moment,
04:27 alors il a certainement ses raisons, il ne fait rien par hasard,
04:30 en ce moment soit à ce point à la défense de Gérard Depardieu,
04:35 par le contexte, par de chasse à l'homme, alors qu'il a entendu comme nous,
04:38 et de fierté, ça me choque.
04:39 – C'est relativisé de parler de contexte ?
04:41 – Alors le contexte, on sait que c'est en général un terme qui est utilisé
04:47 pour ne pas dénoncer quelque chose.
04:49 Quand on dit "c'est un contexte" ou "c'est plus compliqué",
04:51 on l'a vu pour les attaques du Hamas,
04:54 on a entendu récemment certains présidents de grandes universités américaines
04:58 parler de "contexte" pour ne pas dénoncer un antisémitisme et un appel au génocide,
05:03 donc c'est extrêmement curieux, ça interroge et ça inquiète de parler de contexte,
05:08 parce qu'en plus il n'y a pas de contexte,
05:10 les paroles du complément d'enquête, elles sont là, il n'y a pas de contexte.
05:13 – Merci beaucoup, Michèle Vaillant, avocate, présidente de l'association
05:17 "Lawyers for Women", vous étiez l'invité de l'Actu de France Impos ce matin.
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