00:00 Parce que ce qui est affolant aujourd'hui, c'est non seulement les chiffres, vous l'avez rappelé, on est en France, en 2023,
00:06 il y a un enfant sur six qui est en surpoids ou obèse, à quel moment on accepte l'inacceptable dans ce pays qui a les moyens, première chose.
00:13 Et ce qui est affolant, c'est qu'on doit se battre pour l'essentiel, pour la base, c'est un droit fondamental.
00:19 Pourquoi doit-on se battre pour protéger la santé des enfants ? Le gouvernement le sait.
00:23 Est-ce que la publicité ciblée n'a pas un peu bon dos ? C'est une question d'éducation beaucoup aussi, non ?
00:31 Non, alors ça, il faut tout de suite arrêter de mettre la responsabilité en permanence sur les consommateurs et les consommatrices.
00:37 Ils ont une responsabilité, oui, comme tout le monde dans la chaîne. Mais là, ce dont on parle, c'est deux choses.
00:42 C'est la responsabilité de l'offre. À un moment donné, il faut remettre les choses où elles sont.
00:47 Ce que les gens achètent, c'est aussi ce qu'ils trouvent dans les rayons des supermarchés.
00:52 Donc la responsabilité de l'industrie agroalimentaire, des distributeurs et de l'État de réguler ce qui est vendu est extrêmement importante.
00:58 Et par les temps aujourd'hui d'inflation de précarité alimentaire et de malbouffe, il va vraiment falloir en parler.
01:03 Sur la publicité, les parents ont bien sûr un rôle, mais ils ne peuvent en aucun cas contrôler.
01:08 Aujourd'hui, on ne parle pas que de la publicité à la télévision, ce qui était un sujet des années 80.
01:12 Aujourd'hui, on parle d'Internet, on parle des tablettes, on parle des influenceurs, on parle des sponsors.
01:17 Les gamins sont en permanence exposés, surexposés, matraqués.
01:22 Et là, ce n'est pas l'avis de Karine Jacquemart contre je ne sais pas qui ou de Foodwatch contre je ne sais pas qui.
01:26 On a fait exprès de proposer à tous ces experts, associations de consommateurs, associations de parents d'élèves,
01:32 de se réunir. Plus de 50 se sont réunis là pour envoyer un cri d'alarme et dire "c'est scientifique".
01:37 Santé publique France, la Cour des comptes, l'OMS, UNICEF, ils le disent tous.
01:42 Vous venez de voir Monsieur Didier Courbet, le professeur Didier Courbet, c'est un expert.
01:46 Il y en a beaucoup d'autres avec qui on est en contact. Pourquoi Foodwatch relé ? Parce que c'est prouvé.
01:51 Et on ne demande pas la lune, on ne demande pas une interdiction de toute la publicité.
01:55 On demande de protéger les enfants pour du marketing et de la publicité.
02:00 Attention, c'est très précis, pour des produits trop sucrés, trop gras, trop salés, selon un tableau de l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé.
02:07 C'est facile, ils rentrent dans la grille, on peut faire du marketing qui cible les enfants.
02:11 Ils ne rentrent pas, on sort.
02:12 Et dans les pays où il y a moins de publicité ciblée, ça marche véritablement ? Ca produit des effets ?
02:18 Non seulement ça marche, il y a des expériences au Chili, la Norvège vient de l'adopter, la Grande-Bretagne l'a adopté.
02:23 Mais à un moment donné, écoutons les scientifiques.
02:25 L'Organisation mondiale de la santé dit depuis 2010 "oui, c'est la mesure".
02:30 Ca n'est pas la seule, bien sûr. Il ne s'agit pas de dire "c'est la baguette magique", mais c'est la mesure la plus efficace.
02:36 Il y a la publicité, mais il y a aussi un levier d'action sur le conditionnement, les quantités.
02:40 Je suis allé au ciné il n'y a pas très longtemps, impossible de trouver un paquet d'M&M's de 100 grammes, il y avait 250, 500, 750.
02:46 Tu n'es pas obligé d'acheter non plus ?
02:48 Non, mais c'est un plaisir aussi. Les gamins ont envie de manger quelques bonbons, pourquoi pas ?
02:52 Mais il y a aussi le problème, vous l'avez dit, l'offre.
02:55 Oui, exactement. On est face à un système alimentaire aujourd'hui, et ça il faut qu'on en parle, qu'on remette en perspective.
03:00 Ce système alimentaire est malade, il marche sur la tête.
03:03 On a au début de la chaîne des agriculteurs dont un tiers vit en dessous du seuil de pauvreté.
03:08 On a en fin de chaîne des consommateurs, des consommatrices qui sont en train de se prendre une inflation, de la "shrinkflation".
03:14 Ils ont l'impression qu'on se fout d'eux en permanence.
03:16 Il y a aujourd'hui en France plus de 8 millions de personnes dans l'insécurité alimentaire.
03:20 Ça n'est pas tolérable.
03:22 Là, sur ce cas précis, comme sur d'autres cas, quand Foudois se montre au créneau qu'il y a 50 scientifiques, experts, autres associations,
03:29 et on pourrait en réunir 2000, mais ce n'est pas le sujet.
03:31 Le sujet c'est à quel moment l'État prend ses responsabilités.
03:34 Il parle tout le temps, le gouvernement, de responsabiliser tout le monde.
03:37 À quel moment il prend sa responsabilité de protéger la santé des enfants.
03:40 – Mais vous parliez tout à l'heure de réguler l'offre dans le rayon,
03:42 ça veut dire qu'il y a des produits qu'il faudrait interdire ?
03:43 – Ça veut dire qu'aujourd'hui, on a un problème avec quand même des produits souvent qui sont mis sur le marché,
03:49 qui sont de la malbouffe et remarqués, qui sont souvent moins chers que des produits plus sains.
03:53 Il y a une responsabilité ici, il va falloir en parler.
03:55 – Merci d'être venu nous voir Karine Jacquemart, directrice de Foodwatch.
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