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  • il y a 2 ans
Aurélien Rousseau, ministre de la Santé et de la Prévention, était l'invité du Grand Entretien, ce mardi. Il a notamment indiqué qu'une hausse des franchises sur les médicaments et les consultations est "une piste sur la table".

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Transcription
00:00 Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de la Santé et de la Prévention
00:05 dans le grand entretien du 7-10.
00:07 Questions, réactions, amis auditeurs, amies auditrices, 01 45 24 7000 et l'application
00:13 de France Inter.
00:14 Aurélien Rousseau, bonjour !
00:15 Bonjour !
00:16 Et bienvenue à ce micro, beaucoup de questions à vous poser ce matin, mais d'abord, votre
00:21 réaction au prix Nobel de médecine, décerné hier à la hongroise Cathaline Carrico, vice-présidente
00:28 de BioNTech et à l'américain Drew Weissman, professeur de vaccinologie à l'Université
00:34 de Pennsylvania, pour leur contribution à la mise au point du vaccin à ARN messager
00:39 et à la mise au point du vaccin anti-Covid.
00:42 Saluez-vous ce prix, et ce qu'il dit, à une époque où le consentement à la vaccination
00:48 peut sembler fragilisé, où la suspicion à l'égard des vaccins s'est accrue ?
00:52 Je pense d'abord que c'est une très belle nouvelle et que ces deux chercheurs, Cathaline
00:57 Carrico et Drew Weissman, ont changé la face de l'humanité il y a quelques années, parce
01:04 que le vaccin ARN messager, tout le monde en doutait, et puis après, tout le monde
01:08 l'a voulu.
01:09 Puis l'histoire personnelle de Cathaline Carrico, elle est juste exceptionnelle, cette
01:14 femme née en Hongrie, partie avec son mari aux États-Unis, lui est ingénieur, il devient
01:20 homme de ménage, sa conviction sur l'ARN messager l'a fait rétrograder à l'université.
01:26 C'est aussi une histoire de ténacité, une histoire de femme.
01:30 Et concrètement, c'est ce qui a changé, qui nous a permis de stopper la pandémie,
01:35 en tout cas dans l'ampleur qu'elle avait.
01:36 Vous n'êtes pas dans leur tête, mais pensez-vous que les jurés du Nobel ont aussi voulu souligner,
01:41 faire un message politique, souligner la robustesse de l'ARN messager et des vaccins qui en
01:45 découlent, et répondre par là même aux antivax qui ont beaucoup mis en cause ce nouveau
01:50 procédé, cet ARN messager ?
01:52 Oui, c'est sûr qu'il y a quelque chose qui est incroyable dans le monde et en France
01:57 en particulier, c'est qu'il y a toujours une suspicion généralisée aux pays du vaccin.
02:03 Moi, j'étais il y a quelques jours avec les collègues ministres de la Santé à l'ONU,
02:10 avec les collègues de l'OMS, quand on pense à tous ces pays qui attendent un nouveau
02:16 vaccin contre la tuberculose, contre les tuberculoses résistantes, qui ont attendu pendant le Covid
02:21 que la générosité des pays du Nord pour en avoir, je me dis qu'on a des réactions
02:26 quelques fois stupéfiantes.
02:28 La vaccination, c'est la prévention et c'est le progrès tout de suite.
02:32 On est sorti du Covid grâce à ça.
02:35 On peut peut-être éviter la bronchiolite dans quelques semaines parce qu'on a trouvé
02:39 un traitement, un anticorps monoclonal qui va nous en protéger.
02:43 On peut avoir une génération sans cancer du col de l'utérus dans 20 ans.
02:48 Ça s'appelle le progrès.
02:50 C'est sûr que c'est troublant.
02:53 Et en même temps, les Français, on les dit rétifs, etc.
02:56 Quand on a lancé la vaccination RN messager fin 2020, début 2021, tout le monde en a
03:04 voulu.
03:05 Et là, on a les stocks de B.
03:08 Fortus pour la bronchiolite sont très sollicités.
03:12 On va y venir à la bronchiolite, mais quand même, vous dites qu'on en a fini grâce
03:15 au vaccin, on a fini du Covid.
03:17 Bon, pas tout à fait.
03:18 Là, il y a les chiffres qui augmentent nettement ces dernières semaines.
03:22 Est-ce qu'on est face à une nouvelle vague ?
03:23 Est-ce qu'on est face à une nouvelle vague forte de Covid ?
03:25 Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur l'état du Covid en ce moment ?
03:28 D'abord, j'ai dit qu'on en a fini avec la pandémie dans sa version la plus violente.
03:32 Là, on est dans une reprise épidémique réelle.
03:36 C'est pour ça que moi, j'ai décidé il y a 15 jours d'avancer de 15 jours la vaccination.
03:39 Donc depuis hier, on peut à nouveau être vacciné.
03:41 On peut être vacciné avec un très bon vaccin.
03:44 Je dis ça pourquoi ?
03:45 Parce que l'an dernier, à la même date, on avait deux souches sur le territoire national.
03:49 Aujourd'hui, on a une qui est très largement dominante et le vaccin correspond à cette
03:53 souche.
03:54 Donc, il faut absolument, pour les personnes fragiles, pour ceux qui sont en contact avec
03:57 les personnes fragiles, pour les femmes enceintes, il faut faire ce rappel vaccinal.
04:01 On n'a pas d'alerte sur la dangerosité particulière de la nouvelle souche.
04:08 On a effectivement, on le voit tous autour de nous, pas mal de gens qui ont le Covid
04:12 et il faut que, alors je sais bien, ça paraît lassant à force de le dire, mais c'est le
04:18 masque, les gestes barrières qui vont nous permettre de franchir cette étape-là.
04:22 Et petit à petit, les immunités croisées, comme on dit, vont faire que l'impact sera
04:27 moins fort.
04:28 Mais pour l'instant, il faut protéger les personnes fragiles.
04:30 L'an dernier, seuls 20% des plus de 60 ans éligibles à la nouvelle dose en avaient
04:34 reçu une.
04:35 L'Ordre des médecins parlait alors d'un déficit d'engouement.
04:39 Cette année, comment vous allez les convaincre ?
04:42 Est-ce que vous avez un objectif sur cette classe d'âge-là et en population générale,
04:48 un objectif de taux de vaccination ?
04:49 Je n'ai pas d'objectif chiffré.
04:54 En tout cas, effectivement, 20, c'était un chiffre beaucoup trop faible.
04:58 Et je pense qu'on a une responsabilité collective vis-à-vis des personnes fragiles,
05:04 parce qu'il y a eu encore l'an dernier des morts et des centaines de morts du Covid.
05:07 Oui, mais on ne va pas les forcer.
05:09 Comment vous pouvez convaincre ceux qui nous écoutent d'aller tout à l'heure se faire
05:12 vacciner ?
05:13 Je leur dis qu'on a un vaccin qui est plus efficace que celui de l'an dernier.
05:19 Il correspond parfaitement aux souches.
05:21 Et on a un vaccin dont maintenant on a trois ans de recul.
05:25 On sait qu'on n'a pas d'effet secondaire.
05:27 Et donc, il faut y aller.
05:29 Par ailleurs, on est dans un climat global où j'espère qu'on arrive à porter sur
05:34 papillomavirus, sur la bronchiolite, sur le Covid, sur la grippe.
05:40 Il y a une dynamique où je veux montrer que la prévention, la vaccination, c'est le
05:44 progrès.
05:45 Et que ça marche.
05:46 Le papillomavirus, c'est la grande campagne de vaccination que vous avez lancée hier.
05:53 On rappelle que la France est très en retard.
05:55 Seulement 42% des filles de 15 ans ont été vaccinées, 8% des garçons.
05:58 Et si on compare par exemple à la Grande-Bretagne, c'est 80% qui sont vaccinés.
06:03 L'Australie, c'est 90%.
06:04 Ils ont quasiment réussi à mettre fin, à éradiquer le cancer du col de l'utérus,
06:09 qui est donc le produit de ce papillomavirus.
06:12 Vous avez donc décidé qu'en France, tous les enfants de cinquième, garçons et filles,
06:16 pourront être vaccinés avec l'accord de leurs deux parents.
06:19 Tous les enfants de cinquième, sauf les élèves du privé, même sous contrat, c'est-à-dire
06:24 20% des élèves français.
06:25 Pourquoi vous avez signé, c'est pas vous, c'était votre prédécesseur, avec le ministre
06:29 de l'Éducation nationale de l'époque, Papendia, et pourquoi vous avez exempté
06:32 les écoles privées, même sous contrat, de cette campagne de vaccination ?
06:36 Pourquoi vous avez fait ça ?
06:37 Aujourd'hui, il y a 7000 collèges dans lesquels il va y avoir des opérations de
06:42 vaccination, dont 1500 qui sont dans le privé.
06:45 Et moi, évidemment, à la fin, ce sont les enfants et leurs parents qui décident.
06:52 Mon objectif, il est très clair, c'est d'avoir la meilleure info possible.
06:57 Vous l'avez dit, c'est un vaccin sur lequel on a beaucoup de recul.
07:00 Il y a eu 300 millions de doses dans le monde.
07:01 Et tous ceux qui agitent quelque chose autour d'eux, ça serait une incitation à la débauche
07:09 ou que sais-je.
07:10 Ça c'est les écoles privées, parlons clairement.
07:11 Et qu'est-ce qui se passe avec les écoles privées sur ça ?
07:14 Il y a un blocage ?
07:15 Je pense qu'il y a quelque chose autour d'eux.
07:17 Si on prononce les mots, ça protège de quoi ? Ça protège du cancer du col de l'utérus,
07:23 du cancer de l'anus, du cancer du vagin, du cancer de la vulve.
07:27 Peut-être que certains trouvent que c'est choquant de dire ces mots.
07:31 Les enfants de cinquième ont tous entendu ça, qu'ils soient dans le public ou dans
07:34 le privé.
07:35 Et je vais vous donner un scoop, on n'injecte pas le démon.
07:40 Donc du coup, je le dis, que les parents et les enfants en conscience ne veuillent pas
07:48 faire la vaccination, je comprends.
07:50 Mais que des établissements ou des structures disent "on n'organise pas", là on a un
07:55 problème.
07:56 Vous avez signé une circulaire pour leur dire "vous avez le droit de choisir".
08:00 Non, aujourd'hui il y a 1500 établissements privés et on va vérifier qu'ils soient
08:06 engagés.
08:07 Et puis par ailleurs, c'est une campagne qu'on fera chaque année.
08:09 Et donc moi je crois aussi beaucoup à ce qu'on peut collectivement progresser.
08:13 Et oui, on peut éradiquer…
08:16 C'est un angle mort, vous le reconnaissez.
08:18 C'est un angle mort qui est à ce stade petit.
08:22 Mais sur les 1500, il y a 7000 collèges, on a 200 équipes, on va vacciner dans les
08:28 collèges.
08:29 Pour l'instant on a une assez bonne…
08:30 Pourquoi vous ne laissez pas cette circulaire ? Pardon, je ne comprends pas.
08:32 C'est vous-même qui signez une circulaire pour exempter les écoles privées et après
08:34 vous nous dites que c'est un angle mort.
08:35 Pourquoi vous l'avez fait ?
08:36 Alors ce n'est pas moi qui ai signé de circulaire, je le redis.
08:40 Parce qu'une campagne de vaccination, pardon, c'est une logistique énorme.
08:46 Donc on est parti sur cette idée aussi.
08:47 Commencer une campagne par une polémique sur un petit sujet, en volume, je parle en
08:53 volume.
08:54 Voilà.
08:55 Et moi je pense que la raison, au sens le plus noble du terme, va l'emporter sur tout
09:03 le reste.
09:04 Aurélien Rousseau, autre sujet, la bronchiolite.
09:06 Sanofi, AstraZeneca ont commercialisé le Bephortus, traitement contre cette maladie.
09:13 Alors là, succès foudroyant.
09:15 Vous tabliez sur 20% d'adhésion des parents, on est à 80%.
09:20 Il y a pénurie dans les pharmacies.
09:22 Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que vous dites aux parents qui n'en trouvent pas pour
09:25 leur bébé ? Patience, ça arrive ou il va vraiment falloir attendre ?
09:31 Alors d'abord, retour en arrière de quelques mois.
09:37 Juste parce que mon prédécesseur, François Braun, en mars, les labos que vous avez cités
09:43 viennent le voir en leur disant "on a un traitement, on pense que ça va marcher, on n'a aucune
09:47 autorisation, est-ce que vous en achetez ?"
09:50 François Braun, il a fait le choix courageux d'en acheter.
09:54 Les sociétés savantes disent "on aura 10% d'adhésion parce que c'est une première".
09:58 Les sociétés savantes, elles disent 10.
10:01 Parce que c'est une première et en France, le rapport, etc.
10:05 Bon, François Braun fait le choix d'en acheter 30% de la classe d'âge.
10:08 Donc 200.000 doses.
10:09 Il y a 4 pays au monde qui achètent du Bephortus.
10:12 Aujourd'hui, n'aurait-on pas eu l'autorisation ? On serait en train de jeter des doses d'un
10:18 truc qu'on aurait acheté qui ne marche pas.
10:19 Je pense que j'aurai une autre discussion avec vous.
10:22 Il se trouve, et c'est une excellente nouvelle, qu'en maternité, on a un taux d'adhésion
10:28 entre 60 et 80%.
10:30 Et donc à partir de là, c'est là que la politique d'une certaine manière doit reprendre
10:35 ses droits et décider.
10:36 Et moi, je me suis entouré évidemment de scientifiques qui disent que les cas les plus
10:40 graves l'an dernier dans les 45.000 hospitalisations pour bronchiolite, ceux qui sont allés en
10:46 réa pédiatrique, c'est les tout-petits.
10:47 C'est des enfants de quelques jours.
10:49 Donc la priorité des priorités, c'est les maternités.
10:52 Donc les maternités, elles auront du Bephortus tout au long de la saison.
10:57 Et il y a eu déjà 50.000 doses qui ont été mises en pharmacie.
11:00 Croyez bien que chaque jour à peu près, je parle aux dirigeants de ces labos pour
11:06 augmenter les productions, pour en avoir plus, pour voilà.
11:09 Mais en attendant, tous les nourrissons seront protégés, qu'ils le voudront quand ils
11:14 naissent en maternité.
11:15 Puisqu'on est sur les médicaments et les éventuelles pénuries de médicaments, est-ce
11:18 qu'on va revivre les pénuries de médicaments de l'hiver dernier ? Est-ce qu'on trouvera,
11:22 vous garantissez ce matin, qu'on trouvera du Clamoxyl, de l'Augmentin, du Doliprane
11:27 dans les pharmacies cet hiver ou ça va être la galère encore ?
11:31 Alors, ce que je peux vous dire, c'est que depuis l'an dernier, on a mis 450 médicaments
11:36 sous surveillance.
11:37 L'Agence nationale de sécurité du médicament surveille au jour le jour les stocks des pharmacies.
11:43 Elle d'ailleurs, elle fera un point cet après-midi.
11:45 Simultanément, on relocalise en France, le président de la République l'a annoncé,
11:49 la production de 25 médicaments stratégiques.
11:53 Aujourd'hui, et c'est là qu'il faut toujours être dans les mots prudents, aujourd'hui,
11:59 d'un point de vue global, on a les stocks pour l'hiver en matière notamment, vous citiez
12:04 l'amoxycyline, l'antibiotique le plus courant.
12:08 Mais par contre, on a des répartitions et notamment les plus grosses pharmacies qui
12:14 ont fait des surstocks comme ça peut exister.
12:18 Donc, moi j'ai pris la décision de redonner à ceux qui font la répartition, la responsabilité
12:24 que toutes les pharmacies, y compris les plus petites, aient accès à ces stocks.
12:28 Globalement, on a les stocks d'amoxycyline, on les a.
12:31 Et puis évidemment, ça va dépendre de l'intensité des épidémies.
12:35 C'est pour ça qu'on se bagarre sur la bronchiolite, c'est pour ça qu'on se bagarre
12:39 sur la vaccination, sur la grippe aussi.
12:41 On passe au standard inter.
12:43 Bonjour Michaëla.
12:44 Bonjour.
12:45 Bienvenue, on vous écoute.
12:46 Merci.
12:47 Bonjour Monsieur le ministre.
12:48 Bonjour Madame.
12:49 Je vais être rapide en concernant le Covid long.
12:53 Ce que j'aimerais savoir, c'est ce que vous comptez faire pour faire avancer la recherche
12:59 française et donner le moyen aux médecins qui travaillent sur ce sujet de pouvoir aider
13:04 les malades et leurs familles qui sont quand même confrontés à une maladie qu'on connaît
13:08 peu et qui a des répercussions très graves sur leur vie professionnelle, sociale, etc.
13:12 Mais vous le savez.
13:13 Vous accompagnez vous-même un malade souffrant d'un Covid long, c'est ça ?
13:19 Oui, écoutez, je suis l'accompagne d'un malade qui souffre du Covid long depuis deux
13:25 ans dont la sœur souffre de Covid long, des formes graves de Covid long et en étant vaccinée,
13:31 je précise.
13:32 Donc que faire ?
13:35 Que faire pour le Covid long ?
13:38 Merci.
13:39 Concrètement, que faire ?
13:40 Merci Michaëla.
13:41 Aurélien Rousseau vous répond.
13:42 D'abord, le Covid long, ça existe.
13:44 Donc je le redis, oui.
13:46 Et il faut le redire parce que quelques fois, dans les premiers mois, on a semblé dire
13:50 non, les gens se font des idées où c'est dans la tête.
13:53 Ce n'est pas dans la tête.
13:54 C'est dans les symptômes.
13:55 Donc on augmente les moyens de la recherche.
13:58 Il y a des équipes de recherche dans des centres hospitaliers, universitaires qui font
14:02 un boulot remarquable.
14:03 Le sujet aujourd'hui, c'est toujours pareil.
14:06 On en reparlera peut-être sur l'endométriose.
14:07 C'est que les médecins généralistes puissent orienter dans les bonnes filières de prise
14:12 en charge parce que de la bonne prise en charge de Covid long, ça peut être de la neuro,
14:16 ça peut être de la kiné, ça peut être beaucoup de choses.
14:18 Et on a, je le dis très simplement, on a encore à s'améliorer sur cette prise en
14:25 charge.
14:26 Mais il n'y a aucun déni sur le fait que c'est un sujet de santé publique aujourd'hui
14:30 majeur.
14:31 Henri Austandard, bonjour, bienvenue.
14:33 Merci, monsieur le ministre.
14:35 Je vis dans une ville de 12 000 habitants du sud de la France.
14:39 Mon médecin traitant va prendre sa retraite incessamment, à la suite de trois autres
14:43 récemment.
14:44 Non remplacés, les quelques médecins encore en activité exercent sur rendez-vous et sont
14:49 dans l'incapacité d'accueillir de nouveaux patients.
14:51 Six millions de Français sont, semble-t-il, aujourd'hui privés de médecins référents.
14:55 Pour ce qui nous concerne, les soins les plus accessibles se déportent peu à peu à 30
15:00 voire 50 kilomètres en tenant des frais supplémentaires pour les patients.
15:04 Alors, face à cette avancée du désert médical, où ce sont les plus précaires qui sont directement
15:10 impactés, comment, monsieur le ministre, comptez-vous agir concrètement pour faire
15:14 en sorte que le droit à la santé pour tous soit la norme et non pas l'exception réservée
15:19 désormais aux plus aisés ?
15:21 Merci Henri pour cette question parfaitement formulée, à laquelle Aurélien Rousseau
15:26 répond.
15:27 Bonjour monsieur.
15:28 D'abord, on n'est pas dans la norme et l'exception.
15:31 Il y a encore évidemment une armature et une couverture en médecins qui est exceptionnelle
15:39 en France.
15:40 Et oui, vous avez raison, il y a des territoires.
15:42 Je le vois chez moi, dans le Gard, la recherche d'un médecin traitant, y compris pour des
15:47 proches, est quelquefois, et souvent, une galère sans nom.
15:51 On n'a que ça sur la pli d'inter.
15:52 Je vous le dis tout de suite.
15:54 Ben, j'habite une ville de 40 000 habitants dans le sud-est de la France.
15:57 Pas du tout un désert médical, mais 5 médecins partis cette année, certains en désaccord
16:00 avec la sécurité sociale.
16:02 Timothée, je suis médecin généraliste dans les Hauts-de-Seine, je vois mes collègues
16:04 partir à la retraite ou retirer leur plaque sans être remplacés.
16:07 Que comptez-vous faire pour sauver la profession ?
16:09 Sauver la profession.
16:10 Sauver la profession et lutter contre les déserts médicaux.
16:13 En 2018, le président de la République, il a décidé de mettre fin au numerus clausus.
16:18 Donc aujourd'hui, en formation, il y a beaucoup plus de médecins qu'il n'y en avait.
16:22 Et simultanément, ce qu'on est en train d'organiser, de faire, c'est qu'autour du médecin, on
16:28 a l'organisation des professionnels qui ne sont pas médecins, paramédicaux notamment,
16:35 pour prendre en charge une partie de ces patients.
16:39 Je vais prendre deux exemples, parce que c'est parlant.
16:42 Dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, deux mesures.
16:46 Vous avez une cystite, vous pouvez aller chez le pharmacien.
16:50 Les cystites aujourd'hui, c'est 3 millions de visites chez les médecins.
16:54 Une angine, vous pouvez aller chez le pharmacien, c'est 6 millions de visites.
16:58 Qui donnera les antibiotiques.
16:59 Qui donnera les antibiotiques.
17:00 Adéquats.
17:01 Et puis par ailleurs, on a aussi un sujet qui préoccupe beaucoup les médecins auxquels
17:04 on veut s'attaquer.
17:05 26 millions de personnes qui posent ce qu'on appelle des lapins, qui ne viennent pas au
17:09 rendez-vous.
17:10 Et le cœur du cœur, c'est l'organisation entre les différents professionnels de santé
17:15 en fonction de leurs compétences.
17:17 Aujourd'hui, trois quarts de la population est dans ce qu'on appelle les communautés
17:20 professionnelles de santé territoriales.
17:23 Et on va organiser ça.
17:25 Mais on a devant nous, et je ne vais pas le dire l'inverse, on a devant nous des années
17:29 qui vont être tendues.
17:30 Mais on s'organise.
17:31 Et c'est aussi pour ça qu'on se bagarre.
17:34 Il faut 10 ans pour retrouver un nombre de médecins.
17:36 Oui, et par ailleurs, les nouveaux médecins ne travaillent pas de 7h à 23h.
17:41 Mais on voit que là où ils s'installent, là où ils se mettent en groupe, ils se répartissent
17:45 la tâche, ils se répartissent mieux la tâche.
17:47 Et on arrive à avoir des prises en charge, notamment en les libérant des tâches administratives.
17:51 Monsieur le ministre, il nous reste 4 minutes et il y a beaucoup de questions.
17:54 Je vais vous demander d'être court.
17:55 On va accélérer vraiment parce qu'il y a beaucoup de sujets qu'on aimerait encore
17:58 aborder avec vous.
17:59 Une question, puisque vous parlez du PLFSS, du budget de la sécurité sociale.
18:02 Les arrêts maladies de plus de 3 jours délivrés en téléconsultation ne seront plus acceptés.
18:06 Vous voulez lutter contre les arrêts maladies et vous voulez mettre les médecins qui donnent
18:10 trop d'arrêts maladies sous surveillance ? C'est ce que j'ai lu.
18:12 C'est mal lu.
18:13 Ce n'est pas exactement ça.
18:15 D'abord, un arrêt maladie de plus de 3 jours, ça n'est pas rien.
18:20 Donc oui, par téléconsultation, on veut les contrôler, sauf si c'est le médecin
18:24 traitant qui les donne.
18:26 Et oui, quand il y a 7% de plus d'arrêts maladies sur une année, on veut voir ce qui
18:32 se passe et comprendre ce qui se passe parce que c'est 7% d'arrêts maladies qu'on
18:35 paye.
18:36 C'est du fric qu'on ne peut pas mettre ailleurs.
18:38 Vous avez une liste de médecins qui font trop d'arrêts maladies ?
18:40 Aujourd'hui, on regarde l'assurance maladie, on regarde ceux qui sont à x3 ou x4 par rapport
18:45 à la moyenne.
18:46 Ils sont mis sous tutelle ?
18:47 Non, il y a d'abord un médecin, un conseil de l'assurance maladie qui discute avec eux
18:51 parce qu'ils peuvent avoir une patientelle qui est particulièrement difficile.
18:54 Il n'y a pas de stigmatisation ou de mise à l'index.
18:58 On doit discuter avec eux.
19:00 Sur le cannabis thérapeutique, une expérimentation a été lancée en France auprès de 3000
19:04 patients atteints de maladies graves et en impasse thérapeutiques.
19:08 Les conclusions selon le monde de cette étude ont montré des améliorations significatives
19:13 des symptômes.
19:14 Pas d'effets secondaires inattendus, ni abus dans les usages, ni dépendance.
19:18 Pas un mot sur le sujet dans le PLFSS ? Pourquoi ?
19:23 Il y aura des éléments sur le cannabis thérapeutique qui n'ont pas forcément besoin du PLFSS.
19:29 On va, à partir de la rentrée de janvier, mettre un cadre ad hoc.
19:34 On est comme beaucoup de pays, je le dis en Europe, qui avons expérimenté ça.
19:39 Et on n'a pas, à l'échelle européenne, d'autorisation de mise sur le marché parce
19:43 que c'est compliqué d'avoir des données scientifiques.
19:46 Mais globalement, vous avez raison, c'est concordant sur une certaine pathologie, des
19:51 douleurs profondes, etc.
19:53 Donc il y aura un cadre ad hoc et il ne va pas y avoir de rupture de la prise en charge
19:57 avec du cannabis thérapeutique pour les personnes qui sont aujourd'hui prises en charge comme cela.
20:02 Vous aviez parlé de doubler les franchises médicales sur les médicaments et les consultations
20:06 médicales.
20:07 Finalement, dans le PLFSS, ça n'existe pas.
20:09 Ça veut dire quoi ? Que les médicaments ne vont pas augmenter, pour être très très clair ?
20:12 Non, ça ne veut pas dire ça.
20:15 Ça veut dire qu'aujourd'hui, on a le budget de la Sécu et de l'assurance maladie qui
20:21 est augmenté de 8 milliards.
20:23 Si on laissait tout filer comme aujourd'hui, il augmenterait de 3,5 milliards, 2 plus.
20:28 Donc on doit faire des économies quand même.
20:31 Ça veut dire ? Dites-nous exactement, les franchises vont augmenter ?
20:34 On a dans le paysage toute une série de mesures et on en parlera, on en discutera au Parlement
20:40 parce que contrairement à ce qui est dit, il y aura bien un débat au Parlement sur
20:43 ces sujets-là, puisqu'il y a dans les tableaux de chiffres du PLFSS, il y a des économies
20:48 et on parlera de celles qui sont les plus pertinentes.
20:51 Donc il y aura des augmentations des franchises de médicaments ?
20:54 Je ne dis pas non, je vous ai répondu, il y aura le débat au Parlement, c'est une
20:59 des pistes qui est sur la table.
21:01 Et pour les consultations ?
21:02 Et pour ces franchises, si elles sont faites, ce sera sur les médicaments et sur les consultations
21:08 avec un plafond de 50 euros sur les deux.
21:12 Dernière question sur la terreur du moment, les punaises de lits.
21:15 On découvre qu'il y en a au cinéma, dans les TGV, dans les aéroports.
21:19 Mathilde Panot, la députée insoumise, dit "ce que nous demandons c'est que les punaises
21:22 de lits soient reconnues comme un problème de santé publique, qu'on arrête de dire
21:25 aux gens de se débrouiller tout seul".
21:26 Qu'est-ce que vous leur dites ? C'est un problème de santé publique aujourd'hui ?
21:28 D'abord, on ne dit pas du tout aux gens de se débrouiller tout seul.
21:31 Moi, j'étais DG de l'ARS, directeur général de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France
21:35 il y a quelques années.
21:36 On diffusait beaucoup d'éléments là-dessus.
21:39 Ce qui me préoccupe, c'est que les gens ne se fassent pas gruger avec des boîtes
21:45 qui leur font payer 2000 ou 3000 euros.
21:47 Il y a des gestes simples.
21:50 Il faut d'abord que ce soit reconnu que c'est vraiment des punaises de lits.
21:53 Il y a des gestes simples et il y a des professionnels agréés.
21:55 Il y a des abus là ?
21:56 Oui, il y a des abus.
21:57 Quand on vous fait payer 2000 balles pour votre appart, c'est un abus.
22:02 Il y a 450 professionnels ou 480 qui sont aujourd'hui agréés, qu'on retrouve sur
22:07 le site du gouvernement.
22:08 Et on va essayer, moi je veux travailler à ça, notamment à la limitation de ces
22:13 tarifs parce que là il y en a qui se font du dos.
22:14 C'est un vrai problème de santé publique parce que tout le monde ne parle que de ça.
22:18 Vous dites quoi ?
22:19 Halte à la panique générale ?
22:21 Ou non, il y a un vrai gros problème à un an des jours ?
22:24 Je pense qu'il n'y a pas de motif à une panique générale.
22:26 Mais quand vous êtes, et vous avez dû avoir autour de vous, quand vous avez des punaises
22:29 de lits chez vous, c'est l'enfer.
22:32 Mais il n'y a pas de panique générale.
22:35 On n'est pas envahi par les punaises de lits.
22:36 Ça n'a rien à voir avec l'immigration.
22:38 S'il fallait le redire, je le redis.
22:39 Ça n'a rien à voir avec l'immigration ?
22:42 Ça n'a rien à voir avec l'immigration.
22:43 Ça a à voir avec la mobilité.
22:45 Quand vous revenez de l'étranger, vous pouvez porter des punaises de lits en étant cadre
22:52 et dans un avion tout nickel.
22:55 Ce n'est pas ça le sujet.
22:56 Le sujet aujourd'hui, il y a des gestes simples.
22:58 Si ça ne marche pas, il y a des entreprises agréées et on va travailler à ce qui n'est
23:02 pas d'abus parce que les gens, dans ces situations-là, sont quelques fois prêts
23:06 à payer des prix qui sont démontrés.
23:08 Merci Monsieur le ministre Aurélien Rousseau d'avoir été au micro-dentaire ce matin.
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