00:01France Inter, le 6-9
00:04Notre invité ce matin, alors que s'ouvre le festival Série Mania à Lille,
00:07est directeur du cinéma et des fictions internationales et jeunes adultes de France Télévisions.
00:12Bonjour Manuel Alduit.
00:13Bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Vous serez donc présent à Série Mania cette année encore.
00:175000 professionnels, dont vous, et plus de 100 000 visiteurs qui devraient à nouveau fouler ce tapis violet du festival
00:23Série Mania.
00:24Quelles sont les grandes tendances sur ce marché qui est toujours porteur quand même des séries ?
00:30C'est une année qui est particulière parce que, et les organisateurs du festival le reconnaissent déjà,
00:37on sent bien qu'il y a une contraction, il y a moins d'argent pour faire des séries,
00:43il y a moins de séries qui se produisent.
00:45Alors il y a toujours un temps de latence entre le moment où on a des idées de séries et
00:48le moment où vous les voyez,
00:50y compris dans les festivals.
00:52Et donc, ça a été plus compliqué, je pense, aux organisateurs et organisatrices du festival de trouver des séries.
01:02Mais, en même temps, on voit beaucoup, beaucoup de créativité.
01:06Le festival est déjà sur-encombré, tous les pays sont présents.
01:09Donc, dans les tendances professionnelles, c'est celle-là, c'est la contraction,
01:13et, en même temps, le besoin de se voir pour trouver les projets de demain.
01:1764 pays représentés quand même, mais en l'espèce, pour France Télévisions,
01:19puisque vous parlez des contraintes budgétaires,
01:22le budget des fictions est en baisse de 40 millions d'euros sur un total de 440.
01:28Concrètement, ça veut dire quoi ?
01:29Ça veut dire que vous produisez moins de séries ?
01:31Ce sont les formats qui changent ? Qu'est-ce qui se passe ?
01:33Oui, alors, c'est l'ensemble du budget de France Télévisions qui est en baisse
01:36pour les raisons de baisse des dotations publiques.
01:40Et, pour la première fois, ça se verra pour le public.
01:44Ça se verra, puisque, effectivement, nous allons coproduire moins de séries,
01:49mais aussi moins de documentaires, moins de magazines.
01:51On va faire appel à plus d'achats de séries qui sont donc moins proches de nous,
01:57qui sont, par exemple, des séries étrangères,
01:59où on fera aussi plus de rediffusions.
02:03On a déjà des téléspectatrices, téléspectateurs qui nous disent
02:06« Tiens, cet épisode, je l'ai déjà vu très récemment. »
02:08Je dis « Oui, c'est vrai, on a toujours le même nombre de chaînes
02:11et la plateforme à alimenter. »
02:13Donc, ça va se voir.
02:14Mais on ne veut pas renier sur la qualité de ce que l'on fait.
02:19Par exemple, à Série Mania, France Télévisions est présent
02:24à travers trois séries qui sont un peu emblématiques de la tendance.
02:27Il y a « Enchaînés ».
02:27On a donc une mini-série française enchaînée
02:31qui revient sur l'esclavage en France.
02:38Nous avons une très grosse coproduction internationale
02:40faite avec Disney qui est née à France Télé
02:43qui s'appelle Lucky Luke.
02:45Mais donc, cette année, nous n'en avons qu'une de cette nature,
02:48alors qu'habituellement, on en avait deux.
02:50Et puis, un projet que nous avons accompagné,
02:52mais le centre de gravité de ce projet,
02:55il est belge-flamand, c'est « The Best Immigrant ».
03:00On pourra y revenir.
03:02Donc, trois exemples.
03:03Une série qui est un peu moins de chez nous,
03:04« The Best Immigrant », une grosse coproduction,
03:06mais une seule, et une mini-série.
03:08On va quand même dire du bien du service public, Manuel Alvi,
03:11puisque vous êtes là et que vous êtes un grand défenseur
03:13de ce service public.
03:14Vous avez longtemps travaillé la fiction à Canal+,
03:17maintenant à France Télé.
03:18L'avantage, malgré tout, quand on regarde par rapport aux plateformes,
03:21c'est que vous avez une grande liberté de ton, de style.
03:24On a l'impression que vous êtes moins dogmatique,
03:27et je le dis rapidement, que les plateformes.
03:29On ne demande pas qu'il y ait un mort dans les dix premières minutes.
03:32L'obsession des plateformes, c'est que le téléspectateur regarde son écran
03:37avec un autre écran, le téléphone à la main.
03:40Là, il n'y a pas, malgré tout, ces contraintes-là,
03:44mais l'objectif, c'est faire de l'audience.
03:46À la différence des plateformes, vous avez Médiamétrie, le lendemain,
03:49qui regarde la courbe très précisément.
03:51Et sur les plateformes, on ne sait pas.
03:55Vous menez une guerre, mais elle n'est pas équitable.
03:58Alors, on mène une guerre qui n'est effectivement pas équitable,
04:03et elle est encore moins équitable en ce moment,
04:06parce que le seul endroit aujourd'hui où l'argent n'a pas de limite,
04:10c'est chez les plateformes.
04:12Vous avez toujours des super productions.
04:13Il faut savoir, une production, une série policière ou d'action pour une plateforme,
04:19c'est à peu près 3 millions d'euros par heure.
04:22Là où France Télé intervient sur des séries où le budget de production,
04:26je ne vous parle pas de l'argent qu'on met,
04:27mais le budget de production est à peu près un tiers, un million.
04:30Donc, on part sur la même course, mais pas exactement avec les mêmes moyens.
04:36On a effectivement une liberté, mais c'est un peu le cahier des charges de France Télé.
04:41En une phrase, nous ne devons exclure, nous, aucun public.
04:45On doit faire des séries pour tout le monde.
04:48Pas forcément pour tout le monde devant la même série, mais pour tout le monde.
04:52Et donc, c'est pour ça qu'on fait des séries policières,
04:54où il y a un mort et une enquête.
04:57Oui, le meurtre, la romance, ça s'appelait toujours Manuel Aldui.
05:01Mais on se sert du polar aussi pour raconter la France,
05:05ses territoires, son histoire, etc.
05:07Ce n'est juste pas simplement du polar pour du polar.
05:09On fait des mini-séries historiques, on fait des adaptations littéraires.
05:12On a diffusé Monte Cristo à Noël,
05:15principalement sur la plateforme d'ailleurs, avec un grand succès.
05:17Et vous ne vous interdisez plus rien.
05:18Avant, on disait, oh non, mais les séries en costume, c'est pas possible.
05:22Personne ne regarde ces ringards.
05:24Maintenant, vous assumez ce style-là.
05:26Vous avez, malgré tout, une capacité à innover,
05:29notamment dans la forme.
05:30Regardez ce qu'a fait l'estrade sur Sambre.
05:33C'était extraordinaire.
05:34Et en plus, ça marche.
05:36C'est-à-dire que vous ne perdez pas les gens qui adorent Marlowe,
05:39mais vous essayez de conquérir de nouveaux publics.
05:42On vient de Chlore.
05:44La série est toujours disponible.
05:45Pour de nombreuses semaines sur France.tv,
05:47l'affaire Laura Stern, ce sont mes collègues de la fiction française qui l'ont portée.
05:50Le sujet, il est difficile, c'est les violences conjugales.
05:53Là, on en est déjà à à peu près 3,5 millions de téléspectateurs.
05:56Incroyable série.
05:58Donc, en fait, il n'y a pas de limite.
06:00La mission de France.tv, c'est d'avoir la plus grande liberté de création.
06:04Et parfois, effectivement, il y a des séries créées ou soutenues par France.tv
06:08qui peuvent heurter telle ou telle catégorie publique.
06:11Mais en fait, ce n'est pas grave.
06:12Il y en a pour tout le monde.
06:13Et les organisateurs du festival Série Mania, ils parlent des séries comme de sismographes sensibles
06:18face aux secousses politiques, sociales, idéologiques du monde contemporain.
06:22Vous parliez de l'affaire Laura Stern dans l'espèce.
06:24C'est vraiment ce genre de séries qui fait briller le service public.
06:29Oui, nous, on est toujours un peu schizophrène quand on travaille dans les séries.
06:34Parce que vous avez ces séries qui sont un peu des pépites, des éléments marquants,
06:39parfois culturellement ou sociétalement, qui nous demandent plus d'investissement.
06:44Elles sont moins nombreuses.
06:45Mais ce sont ces séries-là que le public et les festivals retiennent.
06:50Et puis après, vous avez aussi le tout venant.
06:51Nous, on doit faire, nous achetons de la série policière britannique.
06:54On doit aussi donner du popcorn, donner du divertissement simple et de jongler un petit peu.
07:02On doit faire Lucky Luke, qui est un vrai divertissement très original mais familial.
07:07Et les enchaîner.
07:08Je reviens sur les deux exemples que vous pourrez voir à Série Mania pour celles et ceux,
07:13puisque c'est le grand public qui seront présents à Lille.
07:15Il y a aussi quelque chose de nouveau, c'est le replay.
07:18C'est-à-dire que maintenant, quelque chose existe qui n'existait pas avant pour les diffusions,
07:22comme on disait, linéaires.
07:23C'est-à-dire que ça change absolument tout en preview.
07:26Ou ça donne de l'audace, ça permet de changer la donne.
07:30On peut binge-watcher quand on est un fan de séries, même une série France Télé.
07:36Il y a quelque chose de particulier.
07:37J'aimerais savoir ce que vous portez comme regard sur Netflix, par exemple,
07:41qui a été la cible du mouvement MAGA pour avoir fait jouer des acteurs de la diversité dans ces séries
07:47pendant des années.
07:48Aujourd'hui, c'est fini avec Donald Trump qui est arrivé, avec des règles du jeu qui ont changé.
07:53Cette influence politique, elle joue sur la création culturelle américaine.
07:59Et ça, vous en êtes épargné.
08:02Alors, je ne sais pas si on en est épargné.
08:06On est, je pense, collectivement dans une période où les gens gênés par certaines choses,
08:13qu'ils voient à l'écran, le crient parfois avec violence.
08:18Et nous, on essaye de faire la pédagogie en France.
08:21Je ne veux pas commenter sur les Etats-Unis, mais on essaye de faire la pédagogie en France
08:24et sur France Télévisions que cesser de vouloir exclure.
08:29On ne cherche pas à imposer un modèle plutôt qu'un autre.
08:31Il y en a pour tout le monde.
08:33Nous, France Télé, une de nos grosses séries en début d'année, c'était Coeur Noir.
08:36Deuxième saison, on suit une équipe de force spéciale française en Irak en 2016.
08:42Et en même temps, pour parler d'une série qui est toujours en ligne, que je vous invite à voir,
08:45nous avons Phoenix, des jeunes activistes écologistes
08:48qui décident de commettre quelque chose de mal.
08:51Je le dis parce qu'un député a été choqué, qui est du kidnapping.
08:55Mais il y en a pour tous les goûts.
08:57Et en fait, c'est ça notre mission.
08:59On ne doit exclure aucun public, aucun visage.
09:02Et faire venir les jeunes.
09:03C'est dans la mission du service public d'être là pour tout le monde.
09:05Juste une dernière question, parce que ça se passe aujourd'hui.
09:07L'Assemblée des actionnaires de Warner, qui doit se prononcer sur le rachat par Paramount,
09:12dirigé par un proche de Donald Trump, 111 milliards d'euros.
09:14Est-ce que ça va avoir une influence sur nos séries, sur les séries françaises,
09:18sur le paysage des séries en général ?
09:20Il peut y avoir deux influences.
09:22Le rapprochement de la plateforme HBO Max avec Paramount Plus.
09:26Et une deuxième influence en ricochet.
09:30Nous, cette année, à France Télévisions, nous avons deux séries avec HBO Max.
09:34Alice Guy, un portrait d'Alice Guy.
09:36Et Rallye 82, qui est une série d'aventure.
09:38Est-ce que demain, une autre ligne éditoriale chez HBO nous permettra toujours de faire ça ?
09:42Je n'en sais rien.
09:44Merci beaucoup, Manuel Alduie, directeur du cinéma et des fictions,
09:48jeunes adultes et internationales de France Télévisions.
09:51Merci beaucoup d'être venu sur France Inter ce matin.
09:53Bon festival, Manuel Alduie.
09:54Bon festival, série Mania qui dure jusqu'au 27 mars.
09:56Et France Inter est partenaire.
09:57Tout à fait.
09:58Tout à fait.
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