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  • il y a 5 minutes
Comme beaucoup de plateformes, France Télévisions fait face à des contraintes budgétaires qui vont limiter ses capacités de production de séries. Son directeur du cinéma, des fictions internationales et jeunes adultes assure que le service public conserve une liberté de ton. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-vendredi-20-mars-2026-2783861
Transcription
00:01France Inter, le 6-9
00:04Notre invité ce matin, alors que s'ouvre le festival Série Mania à Lille,
00:07est directeur du cinéma et des fictions internationales et jeunes adultes de France Télévisions.
00:12Bonjour Manuel Alduit.
00:13Bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Vous serez donc présent à Série Mania cette année encore.
00:175000 professionnels, dont vous, et plus de 100 000 visiteurs qui devraient à nouveau fouler ce tapis violet du festival
00:23Série Mania.
00:24Quelles sont les grandes tendances sur ce marché qui est toujours porteur quand même des séries ?
00:30C'est une année qui est particulière parce que, et les organisateurs du festival le reconnaissent déjà,
00:37on sent bien qu'il y a une contraction, il y a moins d'argent pour faire des séries,
00:43il y a moins de séries qui se produisent.
00:45Alors il y a toujours un temps de latence entre le moment où on a des idées de séries et
00:48le moment où vous les voyez,
00:50y compris dans les festivals.
00:52Et donc, ça a été plus compliqué, je pense, aux organisateurs et organisatrices du festival de trouver des séries.
01:02Mais, en même temps, on voit beaucoup, beaucoup de créativité.
01:06Le festival est déjà sur-encombré, tous les pays sont présents.
01:09Donc, dans les tendances professionnelles, c'est celle-là, c'est la contraction,
01:13et, en même temps, le besoin de se voir pour trouver les projets de demain.
01:1764 pays représentés quand même, mais en l'espèce, pour France Télévisions,
01:19puisque vous parlez des contraintes budgétaires,
01:22le budget des fictions est en baisse de 40 millions d'euros sur un total de 440.
01:28Concrètement, ça veut dire quoi ?
01:29Ça veut dire que vous produisez moins de séries ?
01:31Ce sont les formats qui changent ? Qu'est-ce qui se passe ?
01:33Oui, alors, c'est l'ensemble du budget de France Télévisions qui est en baisse
01:36pour les raisons de baisse des dotations publiques.
01:40Et, pour la première fois, ça se verra pour le public.
01:44Ça se verra, puisque, effectivement, nous allons coproduire moins de séries,
01:49mais aussi moins de documentaires, moins de magazines.
01:51On va faire appel à plus d'achats de séries qui sont donc moins proches de nous,
01:57qui sont, par exemple, des séries étrangères,
01:59où on fera aussi plus de rediffusions.
02:03On a déjà des téléspectatrices, téléspectateurs qui nous disent
02:06« Tiens, cet épisode, je l'ai déjà vu très récemment. »
02:08Je dis « Oui, c'est vrai, on a toujours le même nombre de chaînes
02:11et la plateforme à alimenter. »
02:13Donc, ça va se voir.
02:14Mais on ne veut pas renier sur la qualité de ce que l'on fait.
02:19Par exemple, à Série Mania, France Télévisions est présent
02:24à travers trois séries qui sont un peu emblématiques de la tendance.
02:27Il y a « Enchaînés ».
02:27On a donc une mini-série française enchaînée
02:31qui revient sur l'esclavage en France.
02:38Nous avons une très grosse coproduction internationale
02:40faite avec Disney qui est née à France Télé
02:43qui s'appelle Lucky Luke.
02:45Mais donc, cette année, nous n'en avons qu'une de cette nature,
02:48alors qu'habituellement, on en avait deux.
02:50Et puis, un projet que nous avons accompagné,
02:52mais le centre de gravité de ce projet,
02:55il est belge-flamand, c'est « The Best Immigrant ».
03:00On pourra y revenir.
03:02Donc, trois exemples.
03:03Une série qui est un peu moins de chez nous,
03:04« The Best Immigrant », une grosse coproduction,
03:06mais une seule, et une mini-série.
03:08On va quand même dire du bien du service public, Manuel Alvi,
03:11puisque vous êtes là et que vous êtes un grand défenseur
03:13de ce service public.
03:14Vous avez longtemps travaillé la fiction à Canal+,
03:17maintenant à France Télé.
03:18L'avantage, malgré tout, quand on regarde par rapport aux plateformes,
03:21c'est que vous avez une grande liberté de ton, de style.
03:24On a l'impression que vous êtes moins dogmatique,
03:27et je le dis rapidement, que les plateformes.
03:29On ne demande pas qu'il y ait un mort dans les dix premières minutes.
03:32L'obsession des plateformes, c'est que le téléspectateur regarde son écran
03:37avec un autre écran, le téléphone à la main.
03:40Là, il n'y a pas, malgré tout, ces contraintes-là,
03:44mais l'objectif, c'est faire de l'audience.
03:46À la différence des plateformes, vous avez Médiamétrie, le lendemain,
03:49qui regarde la courbe très précisément.
03:51Et sur les plateformes, on ne sait pas.
03:55Vous menez une guerre, mais elle n'est pas équitable.
03:58Alors, on mène une guerre qui n'est effectivement pas équitable,
04:03et elle est encore moins équitable en ce moment,
04:06parce que le seul endroit aujourd'hui où l'argent n'a pas de limite,
04:10c'est chez les plateformes.
04:12Vous avez toujours des super productions.
04:13Il faut savoir, une production, une série policière ou d'action pour une plateforme,
04:19c'est à peu près 3 millions d'euros par heure.
04:22Là où France Télé intervient sur des séries où le budget de production,
04:26je ne vous parle pas de l'argent qu'on met,
04:27mais le budget de production est à peu près un tiers, un million.
04:30Donc, on part sur la même course, mais pas exactement avec les mêmes moyens.
04:36On a effectivement une liberté, mais c'est un peu le cahier des charges de France Télé.
04:41En une phrase, nous ne devons exclure, nous, aucun public.
04:45On doit faire des séries pour tout le monde.
04:48Pas forcément pour tout le monde devant la même série, mais pour tout le monde.
04:52Et donc, c'est pour ça qu'on fait des séries policières,
04:54où il y a un mort et une enquête.
04:57Oui, le meurtre, la romance, ça s'appelait toujours Manuel Aldui.
05:01Mais on se sert du polar aussi pour raconter la France,
05:05ses territoires, son histoire, etc.
05:07Ce n'est juste pas simplement du polar pour du polar.
05:09On fait des mini-séries historiques, on fait des adaptations littéraires.
05:12On a diffusé Monte Cristo à Noël,
05:15principalement sur la plateforme d'ailleurs, avec un grand succès.
05:17Et vous ne vous interdisez plus rien.
05:18Avant, on disait, oh non, mais les séries en costume, c'est pas possible.
05:22Personne ne regarde ces ringards.
05:24Maintenant, vous assumez ce style-là.
05:26Vous avez, malgré tout, une capacité à innover,
05:29notamment dans la forme.
05:30Regardez ce qu'a fait l'estrade sur Sambre.
05:33C'était extraordinaire.
05:34Et en plus, ça marche.
05:36C'est-à-dire que vous ne perdez pas les gens qui adorent Marlowe,
05:39mais vous essayez de conquérir de nouveaux publics.
05:42On vient de Chlore.
05:44La série est toujours disponible.
05:45Pour de nombreuses semaines sur France.tv,
05:47l'affaire Laura Stern, ce sont mes collègues de la fiction française qui l'ont portée.
05:50Le sujet, il est difficile, c'est les violences conjugales.
05:53Là, on en est déjà à à peu près 3,5 millions de téléspectateurs.
05:56Incroyable série.
05:58Donc, en fait, il n'y a pas de limite.
06:00La mission de France.tv, c'est d'avoir la plus grande liberté de création.
06:04Et parfois, effectivement, il y a des séries créées ou soutenues par France.tv
06:08qui peuvent heurter telle ou telle catégorie publique.
06:11Mais en fait, ce n'est pas grave.
06:12Il y en a pour tout le monde.
06:13Et les organisateurs du festival Série Mania, ils parlent des séries comme de sismographes sensibles
06:18face aux secousses politiques, sociales, idéologiques du monde contemporain.
06:22Vous parliez de l'affaire Laura Stern dans l'espèce.
06:24C'est vraiment ce genre de séries qui fait briller le service public.
06:29Oui, nous, on est toujours un peu schizophrène quand on travaille dans les séries.
06:34Parce que vous avez ces séries qui sont un peu des pépites, des éléments marquants,
06:39parfois culturellement ou sociétalement, qui nous demandent plus d'investissement.
06:44Elles sont moins nombreuses.
06:45Mais ce sont ces séries-là que le public et les festivals retiennent.
06:50Et puis après, vous avez aussi le tout venant.
06:51Nous, on doit faire, nous achetons de la série policière britannique.
06:54On doit aussi donner du popcorn, donner du divertissement simple et de jongler un petit peu.
07:02On doit faire Lucky Luke, qui est un vrai divertissement très original mais familial.
07:07Et les enchaîner.
07:08Je reviens sur les deux exemples que vous pourrez voir à Série Mania pour celles et ceux,
07:13puisque c'est le grand public qui seront présents à Lille.
07:15Il y a aussi quelque chose de nouveau, c'est le replay.
07:18C'est-à-dire que maintenant, quelque chose existe qui n'existait pas avant pour les diffusions,
07:22comme on disait, linéaires.
07:23C'est-à-dire que ça change absolument tout en preview.
07:26Ou ça donne de l'audace, ça permet de changer la donne.
07:30On peut binge-watcher quand on est un fan de séries, même une série France Télé.
07:36Il y a quelque chose de particulier.
07:37J'aimerais savoir ce que vous portez comme regard sur Netflix, par exemple,
07:41qui a été la cible du mouvement MAGA pour avoir fait jouer des acteurs de la diversité dans ces séries
07:47pendant des années.
07:48Aujourd'hui, c'est fini avec Donald Trump qui est arrivé, avec des règles du jeu qui ont changé.
07:53Cette influence politique, elle joue sur la création culturelle américaine.
07:59Et ça, vous en êtes épargné.
08:02Alors, je ne sais pas si on en est épargné.
08:06On est, je pense, collectivement dans une période où les gens gênés par certaines choses,
08:13qu'ils voient à l'écran, le crient parfois avec violence.
08:18Et nous, on essaye de faire la pédagogie en France.
08:21Je ne veux pas commenter sur les Etats-Unis, mais on essaye de faire la pédagogie en France
08:24et sur France Télévisions que cesser de vouloir exclure.
08:29On ne cherche pas à imposer un modèle plutôt qu'un autre.
08:31Il y en a pour tout le monde.
08:33Nous, France Télé, une de nos grosses séries en début d'année, c'était Coeur Noir.
08:36Deuxième saison, on suit une équipe de force spéciale française en Irak en 2016.
08:42Et en même temps, pour parler d'une série qui est toujours en ligne, que je vous invite à voir,
08:45nous avons Phoenix, des jeunes activistes écologistes
08:48qui décident de commettre quelque chose de mal.
08:51Je le dis parce qu'un député a été choqué, qui est du kidnapping.
08:55Mais il y en a pour tous les goûts.
08:57Et en fait, c'est ça notre mission.
08:59On ne doit exclure aucun public, aucun visage.
09:02Et faire venir les jeunes.
09:03C'est dans la mission du service public d'être là pour tout le monde.
09:05Juste une dernière question, parce que ça se passe aujourd'hui.
09:07L'Assemblée des actionnaires de Warner, qui doit se prononcer sur le rachat par Paramount,
09:12dirigé par un proche de Donald Trump, 111 milliards d'euros.
09:14Est-ce que ça va avoir une influence sur nos séries, sur les séries françaises,
09:18sur le paysage des séries en général ?
09:20Il peut y avoir deux influences.
09:22Le rapprochement de la plateforme HBO Max avec Paramount Plus.
09:26Et une deuxième influence en ricochet.
09:30Nous, cette année, à France Télévisions, nous avons deux séries avec HBO Max.
09:34Alice Guy, un portrait d'Alice Guy.
09:36Et Rallye 82, qui est une série d'aventure.
09:38Est-ce que demain, une autre ligne éditoriale chez HBO nous permettra toujours de faire ça ?
09:42Je n'en sais rien.
09:44Merci beaucoup, Manuel Alduie, directeur du cinéma et des fictions,
09:48jeunes adultes et internationales de France Télévisions.
09:51Merci beaucoup d'être venu sur France Inter ce matin.
09:53Bon festival, Manuel Alduie.
09:54Bon festival, série Mania qui dure jusqu'au 27 mars.
09:56Et France Inter est partenaire.
09:57Tout à fait.
09:58Tout à fait.
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