00:00 [Musique]
00:05 On va accueillir Yoriko Bakkes, qui est donc la ministre des Finances du Luxembourg,
00:09 qui est en ligne dans l'Est de la France, bien sûr.
00:14 Bonjour madame la ministre.
00:20 Bonjour.
00:22 Bonjour Yoriko Bakkes. Vous êtes ministre des Finances du Luxembourg depuis près d'un an.
00:27 Vous avez dans votre vie professionnelle un cursus très spectaculaire, des études brillantes au Canada, à Londres, à Bruges.
00:36 Vous avez été diplomate à New York, à Bruxelles, au Japon.
00:39 Vous avez été le Sherpa, la Sherpa, je pense qu'il doit y avoir un féminin à Sherpa, de deux premiers ministres luxembourgeois.
00:46 Et vous êtes également ancienne maréchal de la cour Grand-Ducal.
00:51 Et puis vous êtes ministre des Finances, je le disais, depuis près d'un an.
00:55 Je suis donc très à l'aise vu votre parcours totalement mondial,
00:59 très à l'aise pour vous demander de faire ce matin justement un tour d'horizon des défis géopolitiques et économiques,
01:06 tels que vous les voyez, vous, de votre poste de ministre des Finances du Luxembourg.
01:09 Yoriko Bakkes.
01:11 Merci beaucoup pour cette introduction, monsieur Bettu.
01:16 En dix minutes, peut-être que ce n'est pas facile de faire ce grand tour d'horizon.
01:21 En tout cas, c'est vraiment un plaisir de vous rejoindre aujourd'hui à cette occasion de la conférence organisée par Luxembourg for Finance,
01:29 ensemble avec l'Opinion.
01:31 Je tiens aussi à saluer Nicolas Mackel, mon collègue et ami, CEO de LFF, ainsi que son équipe.
01:40 J'aurais préféré être à Paris aussi avec vous pour la réception de ce soir, mais malheureusement, ça s'est plus difficile pour moi.
01:49 Il y a deux événements à Paris aujourd'hui. Il y a Charles III qui est en France, mais il y avait surtout ce dîner de Luxembourg for Finance.
01:59 Ça sera, j'espère, pour une autre fois que je peux vous rejoindre à Paris.
02:05 Mesdames et messieurs, l'Europe a été confrontée vraiment à une série de crises, voire ce qu'on peut appeler une polycrise,
02:14 au cours de ces dernières années. Le choc de la chaîne d'approvisionnement provoquée par la pandémie,
02:22 suivi aussi de près par la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine,
02:29 et aussi la crise énergétique qui s'en est suivie, a entraîné un retour de l'inflation en Europe, comme vous l'avez mentionné.
02:37 Cela, après plus d'une décennie de taux d'intérêt faible, voire négatif.
02:44 Le resserrement rapide de la politique monétaire a contribué à un ralentissement économique.
02:51 J'étais à Saint-Jacques-de-Compostelle la semaine dernière, dans le cadre de la présidence espagnole du Conseil des ministres.
02:59 On a eu des réunions de l'Eurogroupe et une réunion informelle de l'Ecofin.
03:04 C'était peut-être un peu comme un pèlerinage en Espagne.
03:09 En tout cas, on a discuté aussi des dernières prévisions économiques que la Commission européenne nous a présentées,
03:17 qui a une nouvelle fois revu à la baisse la croissance de l'économie de l'Union européenne,
03:24 qui devrait atteindre 0,8 % cette année et 1,4 % l'année prochaine.
03:32 Ce n'est pas fameux, mais au moins c'est la croissance.
03:37 La croissance mondiale a également ralenti à 0,5 % au premier trimestre.
03:45 L'effet de rebond économique de la réouverture de la Chine a été de très courte durée.
03:52 Cela signifie aussi que l'Europe ne peut pas compter sur la demande extérieure pour combler une perte de vitesse de son économie.
04:02 À moyen terme, l'Europe est confrontée à une croissance économique modérée et à une inflation persistante dans un contexte de tensions géopolitiques
04:12 qui continue à créer de l'insuffisance pour tous les acteurs économiques que Nicolas a bien mentionnés tout à l'heure.
04:19 La bonne nouvelle, et il y a toujours une bonne nouvelle, est que l'économie européenne continue à faire preuve de résilience
04:28 face au choc considérable qu'elle a subi ces dernières années.
04:32 Les marchés de travail en particulier restent quand même robustes, il faut le souligner.
04:38 Il importe également de souligner que l'Union européenne a fait preuve de solidarité remarquable,
04:44 et peut-être qu'on ne le mentionne pas assez, face à un état qu'on pourrait appeler le permacrisme.
04:52 De l'achat contraint de vaccins, à la création de Next Generation EU,
04:59 de l'accord sur un arsenal de sanctions vraiment massives contre la machine de guerre Chine,
05:06 aussi à la création, réduction pardon, de la dépendance aux énergies fossiles russes,
05:12 et cela vraiment dans un temps record.
05:15 Cela a montré une fois de plus que l'action européenne commune est la meilleure,
05:21 et même peut-être la seule réponse viable face aux crises.
05:27 Et celui d'une Europe qui peut être un partenaire international crédible,
05:32 un partenaire international aussi fiable pour élever les défis mondiaux.
05:39 Il est important de noter que l'Union européenne a créé les bonnes leçons des crises antérieures,
05:46 et c'est grâce à l'union bancaire et aux réformes de l'union économique et monétaire
05:53 que la zone euro est aujourd'hui mieux équipée pour résister aux chocs extérieurs.
06:00 Les stress tests publiés par la Banque centrale européenne et l'autorité bancaire européenne en juillet
06:07 montrent que les banques européennes resteraient résistantes face à un scénario défavorable
06:13 combinant une grave récession, une hausse des taux d'intérêt et des écarts de crédit.
06:20 Avec Next Generation, l'Europe s'est concentrée sur les investissements favorisant l'acquisition,
06:27 notamment dans la transition verte et numérique.
06:31 C'est très différent de notre réponse à la crise de la dette souveraine.
06:36 Aujourd'hui, il n'y a personne qui parle d'austérité.
06:39 Mais ne vous méprenez pas, notre réponse aux chocs extérieurs extraordinaires de ces dernières années,
06:48 y compris la suspension temporaire des règles budgétaires communautaires,
06:52 ne peut pas être un permis de vendetté.
06:56 Afin de pouvoir prendre les mesures appropriées en cas de nouveau choc,
07:02 il est vraiment essentiel que nous prenions maintenant une position prudente
07:06 en ce qui concerne les finances publiques, tant au Luxembourg que dans le reste de l'Union européenne.
07:12 Il ne s'agit donc pas uniquement de décisions qui ont un impact maintenant à court terme,
07:19 il faut toujours penser aux défis ici à plus long terme.
07:24 Cela inclut évidemment les priorités stratégiques que nous nous sommes données,
07:30 notamment en matière de défense, de la lutte contre le changement climatique
07:34 et aussi nos investissements dans la transition écologique.
07:41 Une politique budgétaire prudente permet de maintenir la flexibilité nécessaire
07:47 pour affronter les défis futurs et à faire face à des éventuels chocs externes.
07:54 Il ne faut pas oublier, mesdames et messieurs, que pour les marchés des capitaux,
07:59 une dette, ça restera toujours une dette.
08:03 Les marchés des capitaux ne s'intéressent pas vraiment au motif de l'endettement,
08:08 aussi valable soit-il.
08:11 On doit rester crédible vis-à-vis des marchés des capitaux aussi.
08:16 Pourtant, les investissements restent un élément essentiel.
08:21 La réalisation de la double transition rend l'économie européenne
08:25 non seulement plus résiliente, mais aussi plus compétitive
08:30 dans le monde globalisé dans lequel nous vivons.
08:34 Afin de réussir cette double transition dont on parle beaucoup,
08:37 il est vraiment nécessaire d'avoir un secteur financier pan-européen fort,
08:43 à même de soutenir les entreprises européennes à financer leur croissance durable
08:49 et à investir aussi dans l'innovation.
08:53 L'Union européenne, pour sa part, doit créer l'environnement propice nécessaire
08:58 et cela signifie établir les règles et les normes cohérentes
09:02 en matière de finances durables.
09:05 Ça signifie une réglementation visant aussi à promouvoir les services financiers numériques
09:11 et un meilleur accès aux sources de financement alternatifs en le capital risk.
09:17 Cela nécessitera une union des marchés des capitaux qui s'appuie sur l'expertise
09:23 des différents États membres et la proximité des autorités de surveillance nationale,
09:29 tout en tirant profit d'un marché unique, doté d'un cadre réglementaire
09:34 qui promeut la stabilité financière et aussi la protection des investisseurs.
09:40 Contrairement aux États-Unis, l'Europe continue de s'appuyer principalement
09:45 sur le financement bancaire.
09:48 La création d'un marché unique des capitaux permettra aux entreprises
09:52 de lever des capitaux plus facilement et à moindre coût,
09:56 offrant ainsi des avantages économiques et cela pour l'ensemble de l'Union européenne.
10:01 Si l'objectif est d'améliorer les conditions de financement des entreprises
10:06 dans l'ensemble de l'Union européenne, le projet d'union des marchés des capitaux
10:11 ne peut avoir pour but de reproduire la City of London chez nous.
10:17 Les États-Unis ne peuvent pas non plus fournir pour nous un modèle approprié.
10:23 Mesdames et Messieurs, la devise de l'Union européenne, unie dans la diversité,
10:29 devrait devenir le principe directeur de la conception d'une union des marchés
10:34 des capitaux polycentriques.
10:37 Une union qui fonctionne au bénéfice des citoyens et des entreprises,
10:42 et cela dans tous les États membres.
10:44 Une union qui profite pleinement des forces et de l'expertise
10:49 des différentes places financières en Europe, dans Paris, Luxembourg, bien sûr,
10:54 Francfort, Madrid, Milan, Varsovie, Dublin, par exemple.
10:59 Nous devrons aussi promouvoir les services financiers transfrontaliers
11:03 au sein du marché intérieur, tout en restant ouverts vers le reste du monde.
11:08 Nous ne souhaitons pas une "Fortress Europe", pas de "Fortress Europe".
11:13 Ces dernières années, nous avons assisté à la mise en place de mesures
11:18 protectionnistes sur différents marchés, y compris au sein de l'Union européenne.
11:23 Toutefois, il est dans l'intérêt des investisseurs,
11:26 ainsi que dans l'intérêt des entreprises européennes,
11:29 de pouvoir accéder aux meilleurs produits et services financiers,
11:34 quel que soit l'endroit où ils se trouvent dans l'Union européenne.
11:38 Nous célébrons cette année le 30e anniversaire du marché unique.
11:44 Il s'agit sans aucun doute de l'une des plus grandes réalisations
11:49 de l'Union européenne.
11:51 Veillant non seulement ensemble à le préserver,
11:55 mais aussi à le développer davantage pour faire de l'Europe
11:59 l'une des économies les plus compétitives au monde.
12:03 J'y crois fermement.
12:05 La façon dont nous répondons à la permacrise aujourd'hui,
12:12 déterminera l'avenir de nos économies et de nos sociétés.
12:18 Elle façonnera également l'avenir de notre Union européenne.
12:23 Mesdames et Messieurs, je vous souhaite une très bonne conférence
12:27 et je vous remercie pour votre attention.
12:30 Merci beaucoup, Mme Kovachev.
12:33 Merci pour cette introduction à la fois précise et ambitieuse.
12:37 Vous avez ouvert de nombreuses pistes sur lesquelles nous allons travailler
12:40 pendant toute la matinée, aujourd'hui et demain.
12:44 L'endettement, le sur-endettement même de certains pays,
12:47 évidemment je pense à la France, la permacrise,
12:51 ce concept que vous avez évoqué à la fin de votre intervention,
12:55 la transformation écologique, les grands défis géopolitiques.
12:59 Pour tout cela, nous allons avoir le temps de débattre
13:04 avec de nombreux invités sur notre plateau et également à distance.
13:08 [Musique]
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