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00:02 RTL Matin
00:06 7h43 c'est devenu une mauvaise ritournelle de l'été tous les ans.
00:12 Les services d'urgence ferment par dizaines. 70 services touchés en ce moment selon le syndicat des intérimaires
00:18 hospitaliers. Leur accès est donc régulé. La nuit pour certains, 24 heures sur 24 pour d'autres.
00:25 Cherbourg, Laval, Vittel, Manosque, Maubeuge, la liste est longue. On en parle ce matin avec Dominique Savary, chef des urgences du CHU
00:33 d'Angers, membre du conseil d'administration du syndicat SAMU Urgences de France.
00:37 Dominique Savary, comment ça se passe cet été dans votre hôpital à Angers ?
00:42 Alors à Angers ça se passe pas trop mal
00:46 même si c'est compliqué pour les équipes parce qu'on manque de personnel mais
00:52 on arrive à tenir le cap sans forcément réguler
00:57 l'accès aux urgences.
00:59 A l'échelle nationale, est-ce que cet été 2023, est-ce que vous diriez qu'il est pire que l'été 2022 ?
01:06 Alors sur le plan national, on a plein de retours de collègues qui nous disent que c'est plus dur que l'année d'avant
01:15 avec un certain nombre de professionnels qui ont quitté le navire
01:20 et beaucoup plus en tous les cas de retours de services qui sont fermés partiellement ou totalement.
01:25 Et pour quelles raisons c'est plus dur cette année, cet été ?
01:28 Et bien parce que
01:30 des praticiens sont partis,
01:32 un certain nombre de
01:35 missions, en particulier des intérimaires, vous les citiez tout à l'heure,
01:40 ont compliqué les choses et les intérimaires ne sont pas tous revenus pour nous aider à faire fonctionner les services.
01:46 Ça c'est à cause de la loi RIST qui encadre les rémunérations des intérimaires ?
01:51 Tout à fait, et puis je dirais
01:54 l'attractivité des carrières hospitalières et la pénibilité de nos services,
01:59 c'est pas amélioré dans l'année, alors que c'était une grande attente depuis les trois ans qu'on a vécu du Covid.
02:06 Vous diriez que là, le personnel hospitalier, les médecins, les infirmiers,
02:12 c'est un personnel qui a
02:15 à bout de souffle, qui est dégoûté par les pratiques ?
02:19 Alors tout à fait, vous citez les médecins, les infirmiers bien sûr, mais il n'y a pas que eux.
02:25 En ce moment par exemple, on assiste à une grève des assistants de régulation médicale,
02:29 c'est le personnel qui répond au téléphone au centre 15 et dans les services d'accès aux soins,
02:35 et donc tout voilà, l'ensemble des personnels d'urgence
02:39 vit cette tension.
02:42 Ces difficultés au sein des services d'urgence, c'est aussi à cause de l'été,
02:46 qui serait une période plus chargée, on pense notamment aux hôpitaux dans les zones touristiques ?
02:52 Alors vous avez raison, il y a un surcroît de travail et de tension
02:57 sur ces hôpitaux qui sont dans les zones saisonnières,
03:00 on pense aux bords de mer ou aux zones de montagne,
03:04 mais c'est aussi parce que c'est le moment où
03:09 les équipes médicales et paramédicales ont aussi besoin de prendre des vacances, et donc
03:14 avec ces départs, il y a moins de personnes sur le pont pour
03:18 faire fonctionner la maison.
03:20 Et on a du mal à recruter des intérimaires, puisqu'il y a eu cette loi qui encadre leur rémunération.
03:25 Exactement.
03:26 L'an dernier,
03:28 Dominique Savary, il y a eu les mesures flash, les fameuses mesures flash de François Braun, ministre de la santé de l'époque,
03:35 dont cette fameuse régulation de l'obligation d'appeler le 15 avant de se rendre aux urgences.
03:40 La mesure a donc été reconduite cet été, est-ce que c'est tenable sur le long terme ?
03:45 Alors cette mesure nous a aidé l'été dernier et nous aide encore cette année.
03:51 C'est même un peu généralisé, donc ça c'est plutôt bien,
03:55 et à Samurgence de France, on pense que c'est la solution, mais
03:59 cette solution est pérenne, à condition qu'on renforce ses personnels
04:05 à la régulation médicale, ses assistants de régulation dont je parlais il y a quelques instants.
04:09 Et puis il faut sur le territoire une généralisation des services d'accès aux soins, des SASS, ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui.
04:15 Si je prends mon hôpital, un centre hospitalier universitaire,
04:18 le service d'accès aux soins n'est pas encore en place, parce que ça prend du temps, parce qu'il faut mobiliser
04:25 les praticiens libéraux, qui pourtant essayent de nous aider, mais eux aussi sont en tension pour arriver à faire fonctionner
04:32 et la régulation, mais aussi des solutions d'infection pour les patients qui viennent nous voir.
04:37 Et pourquoi c'est une bonne solution ? Parce que quand on se met à la place des gens,
04:41 quand on voit que les urgences vont être fermées de telle heure à telle heure, ou alors
04:44 carrément toute la journée, on se dit c'est pas une bonne solution, on a envie de pouvoir
04:49 se rendre aux urgences, on a envie de pouvoir être soigné le plus rapidement possible.
04:54 Alors vous avez raison,
04:56 et je me permets de rappeler, le bon réflexe en journée c'est d'appeler son médecin traitant, et puis le deuxième réflexe, s'il n'est pas là
05:02 ou si c'est un week-end ou une nuit, il faut appeler le 15, parce que quand on est un patient,
05:06 on a toujours l'impression que ce qu'on a c'est grave, mais pas forcément, et donc un praticien, lui va pouvoir juger professionnellement
05:14 de la pertinence des symptômes que vous avez, s'il faut effectivement aller aux urgences.
05:19 Et donc ça évitera, on l'a vécu pendant le Covid, que des patients qui ont des infarctus, qui sont des maladies très graves,
05:26 ou des accidents vasculaires cérébraux, des AVC,
05:28 ne viennent pas aux urgences parce qu'on leur a dit "attention il y a le Covid", et aujourd'hui on leur dit "attention les services du genre sont fermés",
05:34 alors qu'ils ont une maladie grave. Et puis d'autres ont des pathologies qui sont un petit peu plus bénignes, ils peuvent attendre,
05:39 et donc c'est cette population là, qui représente entre 15 et 30%, ça dépend des services, mais qui viennent à l'urgence, mais finalement qui pourraient
05:47 déplacer et venir un petit peu plus tard, ou organiser les choses dans les 48 heures.
05:52 Et donc l'idée c'est vraiment d'accueillir aux urgences les patients qu'on a besoin immédiatement, et qui ont une vraie urgence.
05:58 Lundi, le nouveau ministre de la Santé Aurélien Rousseau était en visite à Sarla, il a reconnu ne pas se satisfaire de la situation,
06:05 sans pour autant annoncer de nouvelles mesures, je le cite "il faut encaisser le coup", et ensuite petit à petit on remonte.
06:14 Comment vous Dominique Savary, vous interprétez ces propos ?
06:18 Alors je trouve ça plutôt bien qu'il se soit déplacé, et qu'il se rende compte des difficultés dans lesquelles on est.
06:25 Maintenant encaisser le coup, le coup il est quand même prolongé depuis trois ans, et donc
06:31 effectivement on a tous envie de dire, et notre syndicat en particulier, qu'il faut agir
06:36 sur le long terme, penser à l'attractivité, et puis organiser les choses,
06:40 et mettre en place un certain nombre des mesures qui ont été proposées par François Braun dans les mesures flash,
06:46 et puis retravailler avec nous sur l'attractivité des carrières hospitalières, tout à fait.
06:53 Vous lui faites confiance à Aurélien Rousseau, nouveau ministre de la Santé ?
06:57 Alors d'emblée on lui fait confiance,
07:00 d'abord parce que c'est quelqu'un qui a eu une expérience hospitalière, et qui connaît le monde hospitalier,
07:07 et donc on s'est proposé de
07:10 le rencontrer, et de travailler avec lui, mais bien sûr que oui,
07:14 les urgentistes, les généralistes, et je pense les professions
07:20 médicales en général, ont plutôt tendance à faire confiance, et à voir sur le papier ce qui va se passer bien sûr.
07:26 Pour parler des solutions, est-ce que selon vous Dominique Savary, est-ce qu'il faut plus de coordination, de passerelle entre
07:33 l'hôpital et la médecine de ville ? Vous l'avez un petit peu abordé, je prends l'exemple
07:38 d'Ucel, c'est en Corrèze, on y était ce matin dans le journal de 7 heures, où des généralistes
07:44 acceptent de faire des remplacements aux urgences cet été, est-ce que c'est un début de solution ?
07:50 Alors c'est certainement une solution pour les patients que je venais de décrire, c'est à dire qu'ils ne sont pas très graves.
07:55 Après on a des patients qui sont des patients urgents, et là il faut que ce soit des urgentistes qui les prennent en charge,
08:01 et donc oui, que j'ai des passerelles, et qu'on puisse travailler avec ces généralistes, c'est très bien.
08:06 Les généralistes ne peuvent pas remplacer des urgentistes ?
08:08 Alors il y a certains généralistes qui
08:11 ont des compétences en médecine d'urgence, et qui ont travaillé, et dans mon service j'ai des généralistes qui travaillent, et qui sont
08:18 des urgentistes pour moi. Donc non, non, oui, c'est tout à fait possible.
08:22 Après, chacun son métier,
08:24 mais de les avoir à la porte des urgences, ça permet,
08:28 quand un patient n'est pas si grave que ça, de le proposer à notre collègue,
08:32 pour qu'il ait quand même une réponse. Parce que souvent dans nos villes, la problématique c'est que les gens,
08:37 en dehors des urgences, il n'y a pas de lumière, et donc ils n'ont pas de réponse. Et donc nous on est là pour apporter une
08:43 réponse à tous les gens qui se présentent.
08:47 Les obliger, les contraindre, ces médecins libéraux à assurer des gardes à l'hôpital, est-ce que là encore c'est une solution ?
08:53 Ou est-ce qu'elle est trop radicale ?
08:55 Je pense qu'elle est beaucoup trop radicale.
08:57 On sait très bien, surtout en France, que la contrainte ça ne fonctionne pas.
09:02 Non, il faut travailler, et qu'on se mette ensemble autour de la table, auprès de notre ministre, pour avancer sur des solutions qui soient pérennes,
09:08 durables.
09:10 On parle d'attractivité, pénibilité, voilà, c'est là dessus qu'il faut travailler. Et puis on va y arriver.
09:16 On va y arriver, on garde espoir. Merci beaucoup Dominique Savary.
09:20 Je vous en prie.
09:22 [SILENCE]
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