00:00Il y avait déjà l'afflux de nouveaux patients aux urgences, le manque annoncé d'internes
00:08et maintenant ce virus Mpox qui inquiète.
00:11Notre hôpital est-il sur le point de craquer ?
00:13Question posée ce matin à notre invité.
00:16Bonjour François Braun.
00:17Bonjour Monsieur Boutsol.
00:18Vous avez été ministre de la Santé de juillet 2022 à juillet 2023.
00:22Vous êtes médecin urgentiste de formation, ancien président du SAMU.
00:25Ce constat alarmant que je viens de dresser, est-ce que vous le partagez ?
00:28Je le partage dans le sens où on voit bien que notre système de santé, d'une façon
00:34globale d'ailleurs, parce que l'hôpital est en difficulté, je le partage moins parce
00:39que nous avons des raisons et je crois qu'il faut le dire d'être optimiste puisque ce
00:44système de santé vit actuellement une mutation, une mutation qui suit la mutation de notre
00:49société et nous avons les moyens d'accompagner cette mutation.
00:53Le système de demain ne sera pas le système d'hier et je crois que c'est d'abord
00:57ça qu'il faut accepter.
00:58L'actuel ministre de la Santé démissionnaire, Frédéric Veltoux, déclare, je le cite
01:02« une cinquantaine d'hôpitaux sont en tension ». Il fait notamment référence
01:06à l'afflux toujours plus important de patients aux urgences.
01:09Alors, on peut se dire que les Français ont souvent le réflexe d'aller directement
01:12à l'hôpital mais d'un autre côté, ils ont aussi du mal à trouver un médecin généraliste
01:17et non souvent que c'est une solution.
01:19On a l'impression qu'on ne sort pas d'une sorte de cercle vicieux.
01:22Bien sûr, il y a des besoins qui ne sont pas couverts ou en tout cas les patients ont
01:28le ressenti qu'on ne peut pas répondre à leur attente.
01:31C'est bien pour ça que nous avions mis en place le début des services d'accès
01:35aux soins, ces fameuses SASS qui malheureusement ne sont pas encore généralisés mais qui
01:39répondent à cette attente et qui d'ailleurs sur les services d'urgence ont un effet
01:44très positif puisque là où l'accès aux urgences est régulé et je crois que c'est
01:48ça aussi ce changement qu'il faut accepter, c'est-à-dire que vous n'accédez plus
01:53aux urgences comme vous le voulez, vous avez un contact d'abord avec un médecin, que
01:57ce soit votre médecin traitant ou que ce soit ce médecin du SAMU, du SASS qui vous
02:02dit ok, votre cas relève des urgences, vous pouvez y aller ou alors non, nous allons vous
02:06trouver une autre solution.
02:07Et bien lorsque ce système est en place, cela diminue de 10 à 20% la fréquentation
02:12des urgences.
02:13Donc on voit bien que ces changements un petit peu de paradigme, il faut les accompagner,
02:18il faut les suivre parce que c'est ça notre système de santé de demain.
02:21Alors on sait aussi François Braune qu'à la campagne notamment, mais c'est de plus
02:25en plus le cas en ville, on manque tout simplement de médecins, on a du mal à trouver un généraliste
02:30même pour une simple consultation.
02:32Comment faire pour susciter les vocations si je puis dire ? Certaines municipalités
02:35vont jusqu'à offrir de l'argent pour que des médecins s'installent.
02:39C'est traiter la maladie en traitant simplement le symptôme de la fièvre si vous voulez,
02:46si je peux prendre cette comparaison.
02:48J'en fais état également, lorsque j'ai mis en application les conclusions de la mission
02:55FLASH, c'était ça, c'était un traitement un petit peu du symptôme mais pas de la maladie.
02:59Traitement de la maladie, c'est dire que le médecin ne fera plus tout, que d'autres
03:03professionnels de santé ont des missions qui sont complémentaires de celles du médecin,
03:07que le rôle du médecin doit se concentrer sur sa réelle plus-value, nous avons permis
03:11aux infirmiers, aux pharmaciens de vacciner, on se rend compte que ça marche, il doit
03:15y avoir ce travail pluriprofessionnel, en commun, qui est beaucoup plus développé,
03:21continuer à développer cela, continuer à développer des modes d'exercice différents,
03:25c'était tout l'intérêt des conclusions de ce fameux CNR sur la santé, qu'on a beaucoup
03:31brocardé mais qui a apporté énormément de solutions de terrain, parce que ce sont
03:35bien des solutions de terrain qu'il faut mettre en avant, certains déserts médicaux
03:39comme on les appelle se sont organisés différemment avec des médecins qui viennent une semaine,
03:44trois jours, de façon successive, il y a des outils de télémédecine qui permettent,
03:48par exemple en dermatologie, qui est une spécialité dont on parle souvent, de faire de la téléconsultation
03:53et c'est extrêmement efficace, nous avons aujourd'hui une palette d'outils, il faut
03:57les appliquer mais il faut surtout accepter que notre système de santé de demain n'aura
04:03pas la même image que notre système de santé de nos parents et de nos grands-parents et
04:06c'est tout à fait logique parce que les besoins évoluent et la société évolue.
04:10Je reviens au service d'urgence, certains sont obligés de fermer cet été, la nuit
04:14c'est le cas notamment dans la Sarthe, en Mayenne ou en Vendée.
04:17François Braune, je vous propose d'écouter Caroline Brémeau, elle est médecin aux urgences
04:22du CHU de Laval, elle s'adresse directement à vous.
04:25Moi ma question c'est de savoir dans quelle mesure il s'est rendu compte quand il est
04:30arrivé au ministère de la Santé qu'il n'avait pas le pouvoir de changer les choses.
04:35J'ai l'impression finalement que le ministère de la Santé est quand même pied et poing
04:42lié et que les décisions viennent de Bercy et du président directement, c'est la sensation
04:47qu'on a nous sur le terrain.
04:48Que lui répondez-vous ce matin sur RTL ?
04:51Que je suis désolé de ne pas avoir montré le contraire parce que ce qu'elle dit et
04:56ce qu'on entend trop souvent n'est pas vrai, je suis obligé de le dire.
05:00Oui le ministre de la Santé peut changer les choses, mais il ne peut pas les changer
05:04tout seul, c'est surtout avec les professionnels de santé et avec les patients qu'il faut
05:08le changer.
05:09J'ai repris ma blouse pour travailler au niveau du SAMU et de la régulation.
05:14J'ai vu par exemple l'autre jour une dame qui voulait rentrer dans le service des urgences
05:18parce qu'elle avait décidé un jeudi après-midi de faire changer son stérilet parce qu'elle
05:23avait fini ses courses et qu'elle avait du temps de libre.
05:26Eh bien ça aussi il faut changer cette idée auprès des patients.
05:29Donc oui nous avons tous ensemble la capacité de changer ce système de santé et ce n'est
05:36pas qu'une histoire d'argent loin de là.
05:38François Bronte, vous le disiez vous-même, vous étiez cet été aux côtés des équipes
05:42du SAMU de Metz, vous avez été le président du SAMU Urgences de France pendant huit ans.
05:48Vous les avez trouvés comment les urgentistes ? Ils sont démobilisés ? Ils sont fatigués
05:52ou ils ont toujours la foi ?
05:53C'est une question difficile.
05:56Ils sont toujours là et je crois que c'est important.
05:59En tout cas, il y en a qui ont quitté l'hôpital, un petit peu déçus de cette charge de travail,
06:06mais ils ont la foi parce que travailler main dans la main avec nos collègues généralistes
06:11qui, entre parenthèses, sont dans les mêmes difficultés en termes d'effectifs, travailler
06:16au changement un petit peu de l'organisation de notre hôpital public qui là aussi a modifié
06:22sa façon de fonctionner dans la façon de prendre en charge, d'hospitaliser les gens
06:25et c'est d'ailleurs pour cela que les urgences sont trop souvent une voie sans
06:29issue, sans possibilité d'hospitalisation derrière.
06:32Se mettre tous autour de la table et discuter de ces évolutions et mettre en avant ce
06:37qui fonctionne, ça c'est motivant.
06:39Par contre, se contenter de subir et ne pas voir le bout du tunnel, ça, ça amène des
06:45gens à quitter malheureusement l'hôpital public.
06:47Mais quand on revient au terrain comme vous cet été, qu'on a été d'abord et avant
06:51au ministère de la Santé, on voit, j'imagine, ce qui reste aussi quand même à accomplir.
06:56Oui, il y a énormément de choses à accomplir.
07:01Je crois que nous avions commencé par la mission Flash à donner le paracétamol pour
07:06faire tomber cette fièvre, à mettre en place quelques mesures structurelles comme la régulation
07:13de l'entrée aux urgences, changement d'organisation de l'hospitalisation à l'échelle d'un
07:17territoire.
07:18Il faut aller plus loin, il faut absolument continuer dans cette voie et aussi un petit
07:23peu arrêter cet hôpital bashing que l'on entend partout parce que bien sûr ce n'est
07:30pas parfait en France, mais en France tout le monde peut se faire soigner à l'hôpital
07:35quel que soit le coût des médicaments.
07:36Et puis n'oublions jamais qu'en France, où que vous soyez et quelle que soit l'heure
07:41de la journée, en cinq minutes vous avez un médecin, c'est ce médecin au SAMU, c'est
07:45ce médecin au SAS au téléphone qui va pouvoir préparer avec vous le parcours de soins qui
07:51vous est nécessaire et vous envoyer les moyens qui sont nécessaires à ce que vous ressentez.
07:55Pour être parfaitement clair, François Braun, si vous avez donné un coup de main cet été
07:58à Metz, c'était pour retourner sur le terrain ou parce qu'il y avait vraiment besoin de bras ?
08:02C'est parce que c'est mon métier déjà, mon métier c'est urgentiste et puis bien sûr à Metz
08:10nous avons des grosses difficultés en termes d'effectifs médicaux sur les urgences,
08:14ce qui a aussi besoin de bras et c'est tout à fait normal que je vienne aider mes collègues.
08:18Alors n'oublions pas les pathologies qui menacent toujours d'engorger nos hôpitaux.
08:22Le Covid, il est toujours là, on en parle moins, mais il est là.
08:25L'Organisation Mondiale de la Santé le dit, impossible développement de l'épidémie de
08:30Mpox en Europe. Est-ce que ce sont des facteurs inquiétants, aggravants ?
08:34Alors ce sont des facteurs qu'il faut surveiller, bien entendu. Alors le Covid est toujours là,
08:39j'ai hospitalisé une patiente d'ailleurs hier pour le Covid sévère. Le Mpox, on a eu il y a un peu
08:46plus d'un an, un an et demi maintenant, une première alerte sur ce Mpox. Nous avons la
08:52capacité de prendre en charge, nous avons les vaccins, c'est une maladie que l'on connaît,
08:56que l'on connaît bien. Alors ce nouveau variant laisse un certain nombre d'interrogations,
09:01mais je crois que nous avons en place en France maintenant aussi bien des systèmes d'alerte que
09:06des systèmes de définition des prises en charge. Je pense en particulier à ce fameux COVARS,
09:12ce comité de veille et d'alerte sanitaire, qui nous permettent de prendre en charge correctement
09:17ces patients et d'aborder avec, j'allais dire sérénitude, c'est peut-être un petit peu trop
09:23fort, mais en tout cas d'aborder cette possible épidémie de Mpox de façon tout à fait sérieuse
09:29et professionnelle. Vous retournez sur le terrain avec le Samu de Metz aujourd'hui ? Ah oui,
09:33j'y serai dans une demi-heure. Courage à vous François Braun, ancien ministre de la Santé.
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