00:00 (Musique)
00:15 J'aimerais qu'Emmanuelle change un peu de casquette et passe de modératrice à experte,
00:20 ce qu'elle est tous les jours.
00:22 Oui, c'est moins facile déjà.
00:24 Alors, en une minute, au fil de tes interviews, de tes enquêtes, de tout le travail que tu fais toute l'année,
00:34 est-ce qu'il y a deux, trois petits signaux faibles, deux, trois petites choses
00:38 qu'on n'a pas eu le temps d'aborder ce matin et qui te paraissent mériter que les professionnels qui nous écoutent y songent un peu ?
00:45 Alors, oui, il y a plusieurs choses. Ce n'est pas facile de sortir du chemin habituel.
00:51 Bref, il y a un premier sujet qui me semble intéressant, c'est celui des fractures alimentaires.
00:56 On a un monde où il y a presque un milliard de personnes qui sont dans des situations de disette, de famine.
01:02 Et on a, à l'autre bout du spectre, toute une partie du monde où les gens sont malades de leur alimentation
01:08 et ils développent des obésités, des maladies cardiovasculaires.
01:12 Il y a quelque chose qui ne colle pas très, très bien dans tout ça.
01:15 Et ces fractures alimentaires et l'accès, ce sont deux phases du même rapport de la pauvreté à l'alimentation.
01:24 Il va falloir qu'on s'y intéresse. Ça, c'est la première chose.
01:26 La deuxième, c'est l'émergence des nouveaux ravageurs.
01:31 Ça a été un peu dit. C'est l'incertitude qui frappe le monde d'agricole en général.
01:37 Chaque année en France, avec le réchauffement climatique, les échanges mondiaux,
01:41 on a sept à dix nouveaux ravageurs qui arrivent et face auxquels on est totalement démuni.
01:46 Pour, par exemple, les arbres, on a les punaises diaboliques qui, depuis quelques années, mangent les pommes.
01:52 On ne sait pas faire quoi que ce soit contre ça.
01:54 On a des drosophiles Suzuki qui ravagent les cerises.
01:57 On ne sait pas encore faire quelque chose contre ça.
02:00 Et donc, ça symbolise juste le fait qu'il faut s'adapter en permanence et que la transition, en fait, c'est jamais terminé.
02:05 On ne va pas d'un point A à un point B. C'est un chemin qui ne s'arrête jamais.
02:09 Et ça, je pense qu'il faut qu'on le garde dans nos têtes.
02:11 Quand on demande des efforts à l'agriculture, il faut bien comprendre qu'on lui demande des efforts qui ne s'arrêtent jamais.
02:15 Ce n'est même pas un marathon. Ce serait un marathon qui ne s'arrête pas.
02:18 Donc, voilà, il faut aussi un peu réserver ses forces dans tout ça.
02:23 Et ça ne touche pas que les fruits et les légumes et les cultures.
02:25 Ça touche aussi les animaux parce qu'on voit là, avec les épidémies de grippe aviaire qui étaient épisodiques
02:31 et qui sont déjà installées sur notre territoire, ça change complètement notre manière de faire les choses.
02:35 Si on ne fait pas attention, ça ravage des filières entières.
02:37 Donc ça, ce sont des signaux faibles. Il faut s'adapter tout le temps, tout le temps.
02:40 La deuxième chose, c'est la peur, qui n'est vraiment pas une très, très bonne conseillère en matière de grande transition
02:46 et notamment en matière d'agriculture.
02:48 Le monde va vite et le monde va sans nous et sans les craintes de l'Europe.
02:53 On parlait des nouvelles technologies de sélection varietale, mais ça marche de beaucoup d'expérimentations.
02:57 On s'est un peu renfermé sur nous-mêmes parce que comme on n'a plus l'habitude de manquer, on n'a plus l'habitude de s'adapter.
03:03 Et l'Europe est un peu une île. Il faut qu'elle pense à regarder ailleurs et à ne pas se laisser totalement distancer.
03:09 Et puis la dernière chose, c'est le foncier, la terre au sens large du terme.
03:15 On a vu à quel point il est nécessaire de la soigner, d'en prendre soin au sens sanitaire du terme.
03:22 Elle a été très blessée, elle a été très érodée, elle a été très appauvrie.
03:26 C'est réversible et ça, c'est la bonne nouvelle.
03:28 Il faut aussi se préoccuper de la propriété de la terre.
03:31 On voit depuis quelques années des investisseurs du reste du monde venir faire leurs courses sur le foncier en France, en Europe,
03:37 parce qu'on a des très belles terres. Il faut faire attention qu'ils ne nous échappent pas.
03:40 C'est notre bien commun et il faut aider les jeunes générations d'agriculteurs, de mon point de vue, à porter le foncier.
03:47 C'est un poids super lourd quand on s'installe et qu'on est un jeune agriculteur, le poids de la terre.
03:52 Peut-être qu'il va falloir des structures collectives pour les alléger de ce poids.
03:55 Ils pourront là travailler cette terre sans avoir à payer quotidiennement pour son poids.
04:00 C'est très terre à terre, mais peut-être que c'est ça.
04:02 Il faut qu'on soit parfois très terre à terre pour reprendre un peu de hauteur.
04:06 Merci beaucoup, Emmanuelle.
04:08 (Applaudissements)
04:12 (Musique)
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