- il y a 3 ans
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, est l'invité du Grand entretien ce mercredi 31 mai 2023. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-31-mai-2023-6082470
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00:00 Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Economie et des Finances.
00:04 Dans le grand entretien du 7-9-30, vous avez la parole, amis auditeurs, amis auditrices,
00:09 au 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter.
00:14 Bruno Le Maire, bonjour.
00:15 Bonjour Nicolas Demorand.
00:16 Bonjour.
00:17 Bonjour Léa Salamé.
00:18 Et bienvenue sur Inter, monsieur le ministre, on va aller droit au but, on est à deux jours
00:21 de la décision de l'agence de notation Standard & Poor's.
00:25 Pensez-vous qu'après Fitch, il y a un mois, cette agence va dégrader la note de la France,
00:31 est-ce qu'il faut s'y préparer ?
00:32 Très franchement, je ne sais pas.
00:34 C'est une agence qui est indépendante, elle prend ses décisions de manière indépendante.
00:39 En revanche, je pense que nous avons de bons arguments à faire valoir.
00:42 J'ai reçu l'agence Standard & Poor's, comme l'a rappelé la première ministre.
00:46 J'ai présenté nos arguments, je pense qu'ils sont convaincants.
00:49 D'abord, contrairement à ce que disait l'agence Fitch, nous faisons des réformes.
00:53 Nous arrivons à les faire passer à les appliquer, réforme de l'assurance chômage, réforme
00:57 des retraites, c'est à mettre au crédit du président de la République et de la majorité.
01:01 En deuxième lieu, nous avons des résultats économiques qui sont solides.
01:05 Nous avons une croissance qui s'est maintenue à 0,2% au premier trimestre, là où notre
01:10 voisin allemand est en récession.
01:11 Nous avons créé 42 000 emplois au premier trimestre et nous sommes en train de faire
01:15 reculer l'inflation.
01:16 Et en troisième lieu, nous avons une stratégie crédible de réduction des déficits et d'accélération
01:23 du désendettement, puisque la dernière proposition que nous avons faite durcit le désendettement
01:27 du pays.
01:28 Oui, c'est sur ça, manifestement, qu'ils ont des doutes.
01:30 Vous pensez les avoir convaincus ? Vous pensez que dans deux jours, vos arguments ont été
01:35 suffisamment forts et suffisamment tendus pour que la note ne soit pas abaissée ?
01:38 Ou il faut se préparer à ça ?
01:41 Nous verrons, mais je vais vous dire, toutes les décisions dont je viens de vous parler,
01:46 je ne les prends pas et nous ne les prenons pas pour les agences de notation.
01:48 Nous les prenons parce qu'elles sont bonnes pour les Français.
01:51 Quand nous décidons, avec le président de la République, avec Elisabeth Borne, d'accélérer
01:55 le désendettement du pays, il faut aller plus vite sur la réduction de la dette.
01:58 C'est tout simplement parce que les taux d'intérêt augmentent et qu'on ne veut
02:00 pas payer des charges de la dette vertigineuses avec de l'argent qui pourrait servir aux
02:05 hôpitaux, aux crèches, aux policiers ou aux gendarmes.
02:07 C'est pour les Français que nous faisons cette politique.
02:09 Je sais bien, les agences de notation, ce n'est pas l'alpha et l'oméga, il ne faut
02:11 pas leur donner trop de pouvoir, mais ils ont quand même un pouvoir.
02:14 C'est-à-dire que quand ils baissent la note, ça a des conséquences économiques qui sont
02:17 qu'on va emprunter plus cher.
02:19 Je ne suis pas certain de ces conséquences-là, donc je ne vais pas lire dans le mar de café.
02:27 Je ne sais pas quelles soient les décisions de Standard & Poor's.
02:29 Il y a d'autres indicateurs pour les marchés.
02:31 Je pense que ce qui compte pour les marchés, c'est est-ce que, oui ou non, cette majorité
02:35 continue à faire des réformes ? La réponse est oui.
02:37 Est-ce que le président de la République est déterminé à continuer sur la voie des
02:40 réformes ? La réponse est oui et il a la capacité de le faire et les instruments constitutionnels
02:45 pour le faire.
02:46 Est-ce que cette majorité a une stratégie crédible de réduction des déficits et de
02:50 réduction de la dette ? Oui, j'ai expliqué que nous allions retirer le bouclier sur le
02:55 gaz et sur l'électricité, que nous avions de la croissance, que nous avions mis sur
03:00 pied une revue des dépenses publiques dont je donnerai les résultats le 19 juin lors
03:04 des assises des finances publiques.
03:05 Oui, mais nous avons une dette à 3 000 milliards.
03:06 Avec plusieurs milliards d'euros d'économie en 2024.
03:08 Donc tout ça, ce sont des éléments crédibles de désendette.
03:11 Le service de la dette, donc la charge de remboursement sera de 71 milliards en 2027.
03:17 Ça deviendra le premier budget de l'État.
03:20 C'est ce que nous disait Pierre Moscovici à ce micro.
03:23 C'est absolument considérable et c'est ce qui est au cœur, Bruno Le Maire, du possible
03:29 abaissement de la note française.
03:31 Oui, mais d'abord, pourquoi est-ce que nous avons cette dette élevée ? Ça remonte
03:35 à plusieurs années, ça ne remonte pas à 2017.
03:37 Nous avons ensuite fait face à la crise du Covid et il y avait un choix à faire que
03:41 nous assumons que nous revendiquons avec le président de la République.
03:44 Est-ce qu'il va aller mieux protéger nos entreprises et nos salariés ou laisser exploser
03:48 le nombre de faillites et le nombre de chômeurs ?
03:50 Nous avons fait le premier choix, nous avons protégé massivement.
03:53 Résultat, nous avons aussi retrouvé nos résultats économiques plus vite que tous
03:57 les autres pays européens et retrouvé de la croissance.
03:58 Avec une dette qui a aussi explosé plus que nos voisins européens, Bruno Le Maire.
04:02 Elle n'a augmenté pas plus que nos voisins européens dans des dimensions qui sont parfaitement
04:05 comparables.
04:06 En revanche, maintenant que nous sommes revenus dans une situation normale, que l'inflation
04:10 est en train de reculer, nous devons accélérer le désendettement.
04:14 Je rejoins parfaitement Pierre Moscovici avec qui nous discutons très régulièrement.
04:18 Il faut accélérer le désendettement du pays.
04:20 Nous le ferons et je ne veux laisser aucune ambiguïté, Nicolas Demorand, sur ce sujet.
04:23 Nous serons intraitables sur le rétablissement de nos finances publiques, sur la réduction
04:28 des déficits et sur l'accélération de la baisse de la dette publique.
04:31 Mais dans ce contexte, annoncer 2 milliards de baisse d'impôt pour les classes moyennes,
04:35 est-ce raisonnable ? Se priver de 2 milliards de recettes fiscales alors que vous disiez
04:39 en septembre que la France est à l'europrès, est-ce que ça n'est pas paradoxal ? Le gouverneur
04:44 de la Banque de France, vous le savez, François Villeroy de Gallo, appelle à arrêter la
04:47 course à la baisse d'impôt dans ce pays, surtout avec les déficits que nous avons.
04:52 Ce sont ces mots que je viens de citer.
04:53 Moi, ça me semble à la fois raisonnable et cohérent.
04:57 Raisonnable parce qu'on parle de 2 milliards d'euros, donc c'est une somme qui est raisonnable
05:01 et cohérent parce que depuis 2017, ça fait maintenant 6 ans que je suis dans ses fonctions.
05:07 Avec le président de la République, le fil directeur de notre politique, c'est le travail
05:11 et la rémunération du travail.
05:13 Le travail, nous sommes en train de réussir.
05:14 Nous n'avons jamais eu un niveau d'emploi aussi élevé depuis plusieurs décennies.
05:18 Et la rémunération du travail, c'est un combat permanent parce que tous les salariés,
05:22 vous le diront, ils veulent toucher plus pour leur travail.
05:25 On a baissé l'impôt sur le revenu de ceux qui avaient les salaires les plus modestes.
05:29 Nous avons mis en place une prime d'activité.
05:30 Nous avons défiscalisé les heures supplémentaires.
05:33 Nous avons augmenté les primes pour ceux qui reviennent au travail.
05:38 Donc nous avons tout fait pour que le travail paye davantage.
05:41 Cette baisse d'impôt s'inscrit dans cette logique-là.
05:43 Oui, mais vous avez de plus en plus de voix et de voix qui ne sont pas, pardon, François
05:47 Villeroy de Gallo, c'est pas les Insoumis, qui vous disent, ou la BCE, qui vous disent
05:51 arrêtez d'être obsédé par ce postulat qui est de dire "on ne baissera pas les impôts"
05:57 alors qu'on est endetté à 3 000 milliards.
05:59 C'est ce que de plus en plus de voix vous le disent.
06:01 Je ne suis pas obsédé du tout par ça, je suis obsédé que par une chose, que les gens
06:05 qui travaillent vivent bien, aient une rémunération digne, puissent construire leur vie sans se
06:10 dire "on est à l'euro près à la fin du mois".
06:12 C'est mon obsession.
06:13 Et je pense que ce qui va rassembler la société française dans les années qui viennent,
06:18 c'est le sentiment que oui, le travail paye, que tout le monde peut avoir un travail, s'il
06:24 se donne le mal de le faire et on accompagnera ceux qui sont le plus éloignés de l'emploi
06:28 pour le faire également, mais en plus c'est leur intérêt parce que le travail paye.
06:31 Je pense que c'est un combat juste, nécessaire, important pour notre pays.
06:35 Un mot sur le rapport Pisani-Maffouz consacré au coût de la transition écologique, rapport
06:40 que Jean-Marc Jancovici jugeait très intéressant hier à notre micro, et Jancovici regrettait
06:47 d'ailleurs que vous l'ayez balayé si rapidement de la main.
06:50 Ce rapport préconise, je le rappelle, un recours accru à l'endettement, 10 points de PIB d'ici
06:56 à 2030, couplé à un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des 10% des contribuables
07:03 les plus aisés, ce qui rapporterait 5 milliards d'euros par an.
07:06 Pierre Moscovici, je le recite, défendait aussi le rapport et il a souligné que si
07:11 on ne finance la transition écologique ni par les impôts, ni par la dette, on prend
07:16 le risque de ne pas la financer du tout.
07:18 Vous lui répondez quoi ?
07:19 Que c'est effectivement un très bon rapport, c'était ma première réaction chez vos confrères
07:23 sur RTL, je pense que c'est un rapport très important.
07:25 Le rapport Pisani-Ferry.
07:27 Je pense que c'est un rapport qui pose pour la première fois très clairement l'équation
07:32 économique et financière de la transition écologique.
07:35 J'ai commencé à lire, il est très long, donc ça prendra un peu de temps, mais je
07:39 trouve que l'évaluation qui est faite du coût économique de la transition écologique
07:43 est très juste et très impressionnante.
07:45 Et je valide les chiffres au niveau du ministère de l'Economie et des Finances, on estime
07:50 qu'on est sur 60 à 70 milliards d'euros de financement nécessaire chaque année.
07:55 Les leviers d'aides ?
07:56 Les leviers, je vous donne juste un exemple.
07:58 Un ISF vert qui toucherait 10% des contribuables.
08:03 Ce 10% des contribuables, c'est ceux qui payent déjà 75% de l'impôt sur le revenu.
08:07 Donc je dis non.
08:08 Et je redis avec beaucoup de fermeté, non, nous n'augmenterons pas les impôts sur
08:12 ces 10% des contribuables qui payent déjà 75% de l'impôt sur le revenu.
08:17 La somme, c'est 5 milliards d'euros.
08:18 5 milliards d'euros par an, c'est ce que rapporterait cet ISF vert.
08:21 Je fais une autre proposition.
08:22 Mon autre proposition, plutôt que d'augmenter l'impôt des Français, c'est de mobiliser
08:27 l'épargne des Français.
08:29 Si nous mobilisons l'assurance vie, et il y aura dans le projet de loi industrie verte
08:32 une obligation d'avoir des unités de compte qui iront vers le financement de la transition
08:36 écologique.
08:37 Si nous mettons en place ce plan épargne vert qui est aussi dans le projet de loi industrie
08:41 verte, et si nous réorientons les sommes du livret de développement durable et solidaire,
08:45 c'est très exactement 5 milliards d'euros chaque année qui pourront être dégagés
08:50 pour le financement de la transition écologique.
08:51 Je préfère financer la transition par la mobilisation de l'épargne plutôt que par
08:55 l'augmentation des impôts.
08:56 Là aussi, on vous cite quelqu'un qui a contribué à écrire le programme d'Emmanuel Macron
09:01 et qui dit ça.
09:02 On vous cite le gouverneur de la Banque de France, on vous cite Jean Pisaniferi qui a
09:07 contribué à écrire.
09:08 Mais j'ai reçu Jean Pisaniferi, j'ai discuté avec lui.
09:09 Oui, mais je ne dis pas le contraire, je dis que vous entendez-vous ces voix qui ne sont
09:13 pas des voix extrême-gauchistes ou même gauchistes, qui vous disent qu'un ISF vert
09:18 serait une bonne idée et vous le balayez immédiatement.
09:20 Il me paraît même, c'est le Parisien qui le dit, qui rapporte les propos du président
09:24 de la République en Conseil des ministrières, il est utile, qui aurait dit sur ce rapport
09:28 et sur l'ISF vert, il est utile de révéler le coût de la transition écologique, mais
09:32 il est important d'éviter le piège à con du débat sur la fiscalité des riches.
09:36 C'est un piège à con.
09:38 Pour qu'on comprenne bien ce que vous pensez au fond, parce que vous pouvez dire oui, c'est
09:40 un piège à con, c'est un piège à con de parler de la fiscalité des plus riches.
09:43 D'abord, je ne suis pas au Conseil des ministrières pour ne pas valider des propos.
09:46 Mon avis est très clair, d'abord, je ne balayais jamais rien d'arrière de la main.
09:49 Il n'y a aucun mépris, aucune facilité de pensée chez nous.
09:55 Il y a simplement une équation financière, 60 à 70 milliards d'euros à trouver par
09:59 an.
10:00 Il y a cette recette que nous avons employée pendant des années, des années, des années,
10:04 qui est de dire on a besoin d'argent, on taxe ceux qui travaillent.
10:08 Désolé, ma réponse sera toujours non.
10:12 On dit les plus riches, c'est 10% de nos compatriotes.
10:15 Et à la fin, quand on s'aperçoit qu'il faut encore plus d'argent, on va à la classe
10:19 moyenne et on finit par taxer tout le monde.
10:21 Nous avons le niveau de prélèvement obligatoire le plus élevé de tous les pays développés.
10:25 De tous les pays développés.
10:27 Je pense que les gens en ont marre.
10:29 Je pense que beaucoup de gens qui travaillent, qui voient ce qui leur reste à la fin du
10:32 mois, disent trop, c'est trop.
10:34 Et je prends vraiment très à cœur de répondre à tous ceux qui travaillent.
10:39 Oui, ça c'est les classes moyennes.
10:40 Vous avez raison sur les classes moyennes, mais sur les plus riches, ils disent trop,
10:43 c'est trop.
10:44 Mais les plus riches ne disent pas trop, c'est trop.
10:46 Les 10%, c'est beaucoup de Français.
10:48 C'est des millions de nos compatriotes.
10:49 Et on sait très bien que quand on commence à ouvrir la voie d'une augmentation des
10:52 impôts des 10% les plus riches, on vous dit que c'est temporaire.
10:55 C'est définitif.
10:56 Et on vous dit que c'est les 10% les plus riches.
10:58 On finit par les classes moyennes.
10:59 Je pense que notre raisonnement est très simple.
11:02 Quand on a le niveau d'impôts et de taxes le plus élevé de tous les pays développés,
11:07 on cherche des solutions alternatives.
11:08 S'il n'y avait pas, les Assamé, de solutions alternatives, je dirais, bon, on n'a pas
11:12 le choix.
11:13 Mais on a des solutions alternatives.
11:14 Vous avez 500 milliards d'euros d'épargne privée qui se trouvent sur des livrets ou
11:20 sur des placements sur lesquels vous n'avez pas l'épargne qui est orientée dans la bonne
11:25 direction.
11:26 Vous pouvez réorienter la fiscalité.
11:27 C'est vrai que c'est plus difficile de dire on va fiscaliser davantage tout ce qui est
11:32 dépenses brunes, dépenses pour les énergies fossiles, tous les avantages fiscaux qui existent
11:36 sur des véhicules qui sont très lourds et très polluants.
11:38 On va les retirer.
11:39 On va récupérer l'argent et on va le mettre sur la transition écologique.
11:42 Il me semble que c'est plus vertueux d'avoir l'État qui accompagne et qui, par exemple,
11:47 vous aide à acheter votre véhicule électrique, à rénover votre bâtiment.
11:50 Ça, c'est vertueux.
11:51 On peut le faire sans augmenter les impôts.
11:52 S'il n'existait pas de solutions alternatives, je me poserais la question.
11:55 Mais à partir du moment où il existe des solutions alternatives pour financer ces 60
11:59 milliards d'euros et la transition écologique, je préfère ces solutions alternatives à
12:03 la facilité de l'impôt qui exaspère nos compatriotes.
12:07 - Hier, Bruno Le Maire, vous étiez à l'inauguration de la première usine produisant en France
12:11 des batteries pour voitures électriques, co-entreprise Telentis, Total Energy, Mercedes.
12:17 Deux questions.
12:19 Combien faudra-t-il d'usines de ce genre pour combler notre retard avec les Chinois ? D'autant
12:24 que vous avez dit que la bataille est au couteau entre Chine, Etats-Unis, Europe pour attirer
12:29 les industriels et que personne ne se fait en la matière de cadeaux.
12:34 Il y a eu évidemment les fonds mis par ces entreprises, mais aussi énormément d'argent
12:40 public, plus d'un milliard de fonds public, l'écrasante majorité venait de la France.
12:46 Donc on va combler notre retard avec les Chinois, en combien de temps ? Et c'est la guerre ?
12:53 - Oui, c'est une guerre économique, il ne faut faire aucune illusion.
12:56 En tout cas, c'est un combat économique qui est très dur parce que la transition écologique
13:00 amène une nouvelle répartition des chaînes de valeur et des industries partout à travers
13:03 la planète.
13:04 Deuxième observation, cette usine est la preuve vivante que la politique peut changer
13:09 la donne.
13:10 Personne ne croyait il y a quelques années, quand nous avons lancé ce projet avec le
13:14 ministre de l'économie allemand de l'époque, Peter Altmaier, avec la chancelière Angela
13:18 Merkel et avec le président de la République, Emmanuel Macron, qu'on pouvait faire des
13:20 batteries en Europe.
13:21 Personne.
13:22 Tout le monde nous a rionné, y compris de grands industriels qui participaient hier
13:27 à cette réunion, mais qui finalement ont soutenu le projet.
13:31 Tout le monde disait "c'est plié".
13:32 Les batteries électriques, c'est la Chine et on ne pourra pas faire autrement.
13:35 Nous nous sommes mobilisés.
13:37 Les industriels Total, PSA, Stellantis, Mercedes se sont mobilisés, les ingénieurs, l'ensemble
13:44 des forces publiques, la Commission européenne qui nous a permis de financer largement cette
13:49 usine pour rattraper notre retard.
13:51 Résultat, nous avons cette usine.
13:53 Nous aurons quatre usines de batteries électriques en France dans les années qui viennent.
13:56 Elles représentent 10 000 emplois salariés.
13:59 10 000 dans l'industrie.
14:00 Hier, la CGT a manifesté pour dénoncer la casse sociale liée à l'électrification
14:06 des véhicules à dos.
14:07 Il y a des inquiétudes de la part de tous les ouvriers qui travaillaient dans le véhicule
14:11 thermique.
14:12 Ces inquiétudes, elles sont légitimes.
14:14 Nous y répondrons et les industriels doivent aussi y répondre.
14:17 Mais nous sommes en train de réussir notre rattrapage sur la Chine en matière de véhicules
14:21 électriques.
14:22 Le véhicule électrique sera le véhicule du 21e siècle.
14:24 Si nous ne faisions pas de batteries électriques en France et en Europe, nous risquions de
14:29 voir disparaître la filière de l'industrie automobile en Europe.
14:32 Là, nous allons réussir.
14:33 Je pense que c'est la preuve vivante, une fois encore, que la politique peut changer
14:37 la donne, que nous pouvons livrer le combat face à la Chine et face aux Etats-Unis et
14:41 qu'il faut investir massivement dans ce véhicule électrique.
14:44 Deux questions économiques encore, monsieur le ministre de l'économie, avant de vous
14:47 poser quelques questions politiques, parce qu'on voulait aussi vous entendre sur la
14:49 situation politique du pays.
14:50 D'abord, le moral des patrons continue de s'assombrir.
14:53 Pour le troisième mois consécutif, le climat des affaires s'est détérioré en France,
14:56 selon les données de l'INSEE, paru hier.
14:58 Dans ce contexte, vous maintenez votre prévision de croissance à 1% en 2023 ou c'est plus
15:02 réaliste ?
15:03 Je maintiens la prévision de croissance à 1%.
15:06 Nous avons un premier trimestre où, une fois encore, nous avons 0,2% de croissance.
15:11 Donc la croissance française résiste.
15:12 Après, soyons lucides, l'environnement économique est un environnement qui est plus
15:19 difficile.
15:20 Avoir notre premier partenaire commercial, l'Allemagne, qui est entrée en récession,
15:25 ce n'est pas une bonne nouvelle pour la France.
15:27 Avoir le conflit en Ukraine qui persiste, ce n'est pas une bonne nouvelle non plus
15:31 pour l'économie française.
15:32 Vous pensez qu'on arrivera au 1% ?
15:34 Nous résistons.
15:35 Je maintiens la prévision de croissance à 1%.
15:37 Je suis lucide sur les risques qui pèsent aujourd'hui sur notre croissance et sur
15:41 l'économie française.
15:42 Sur l'inflation alimentaire, elle se maintient à un niveau élevé, près de 15% en avril.
15:46 Vous avez dit que les prix arrêteraient de monter à partir de l'automne.
15:50 Mais vont-ils baisser ? Michel-Edouard Leclerc a déclaré début mai qu'on ne reviendrait
15:56 jamais aux prix d'avant.
15:57 Avis partagé par Dominique Schellcher de System U qui avertit les consommateurs.
16:02 Il ne faut pas laisser croire que les prix vont revenir au niveau de ceux qui existaient
16:06 avant le conflit en Ukraine.
16:07 Ils ont raison ?
16:08 L'inflation ralentit.
16:10 Elle ralentit même fortement.
16:12 C'est la première fois depuis plusieurs mois que nous voyons que l'inflation ralentit
16:17 en France.
16:18 De combien ? Je ne peux pas donner le chiffre pour le moment.
16:21 Ça va sortir en 5 minutes.
16:22 Je pense que vous pouvez le dire.
16:23 L'inflation va baisser dans 5 minutes.
16:24 On saura que l'inflation a baissé.
16:25 Nous n'avons pas tout les embargos mais nous avons toujours indiqué avec le gouvernement
16:30 que à l'entrée de l'été nous verrions l'inflation ralentir.
16:34 Nous y sommes.
16:35 L'inflation ralentit.
16:36 Et il y a un certain nombre de prix qui vont commencer à baisser.
16:39 Sur les prix alimentaires, maintenant il faut accélérer la baisse.
16:41 Il faut que chacun tienne ses engagements.
16:43 Les distributeurs ont tenu leurs engagements sur le panier anti-inflation, sur le trimestre
16:48 anti-inflation.
16:49 Et ils ont pris la décision de le prolonger au-delà du 15 juin.
16:54 Très bonne nouvelle.
16:55 Il faut que les industriels qui se sont engagés dans mon bureau à revenir à la table des
17:01 négociations commerciales pour traduire cette baisse de l'inflation dans les prix sur
17:06 les rayons tiennent leurs engagements.
17:08 Vous avez entendu ce que dit le patron de Super U.
17:13 Il dit tout français.
17:15 Il faut qu'ils s'habituent les consommateurs.
17:19 À l'automne, l'inflation va baisser mais les prix ne vont pas baisser.
17:21 La bouteille d'huile va rester au prix où elle est aujourd'hui.
17:24 Je souhaite que les prix qui doivent baisser, c'est-à-dire ceux dans lesquels les intrants
17:28 ont fortement baissé, je pense aux pâtes avec le prix du blé qui a baissé, ça se
17:32 traduise dans les rayons.
17:34 Je le redis, les grands industriels ont pris dans mon bureau des engagements de revenir
17:38 à la table des négociations commerciales avec les distributeurs.
17:41 L'engagement pour le moment n'a pas été tenu.
17:43 De deux choses l'une.
17:45 Soit les grands industriels tiennent leurs engagements dans les jours qui viennent.
17:48 Soit j'utiliserai l'instrument fiscal pour récupérer les marges qu'ils doivent rendre
17:53 aux consommateurs.
17:54 Mais Bruno Le Maire, ça vous l'est depuis un mois et ils ne le font pas.
17:57 Très bien, la loi de finances, il y a sa lame, elle n'est pas en juin, elle est en octobre.
18:02 Donc je mets le marché dans la main des industriels de manière très claire.
18:05 Ils se sont engagés dans mon bureau, les 75 plus grands industriels de l'agroalimentaire
18:11 et des produits d'hygiène, à répercuter dans les prix la baisse des prix de gros pour
18:18 que le consommateur paye moins cher dans ses rayons de supermarché.
18:22 Aujourd'hui, aucune de ces négociations commerciales ne s'est rouverte.
18:25 J'avais laissé jusqu'au fin mai, début juin, nous y sommes.
18:28 Donc vous le sanctionnerez les entreprises si elles ne le font pas ?
18:32 Plus précis, ce n'est pas une sanction.
18:33 Ce sera une taxation des très grandes entreprises de l'agroalimentaire, les 75 qui étaient
18:41 dans mon bureau, qui s'étaient engagées à redistribuer les marges aux consommateurs
18:45 en baissant les prix avec des négociations commerciales.
18:47 Soit elles le font et tout se passera bien.
18:49 Et je leur fais confiance pour tenir parole.
18:51 Mais si elles ne tiennent pas parole, je pense que je serai fondé à utiliser l'instrument
18:56 fiscal pour récupérer les marges et rendre ces marges aux consommateurs.
19:00 Ça répond à la question de Camille sur l'application d'un terme.
19:03 Mikael, sur la question de la notation de la France.
19:06 Le gouvernement fait donc des réformes pour les marchés et non pour le peuple.
19:10 Nous ne sommes plus en démocratie quand nous sommes dépendants d'intérêts extérieurs
19:14 et financiers.
19:15 Une réaction très rapide sur ce point.
19:17 Je ne peux que répéter ce que j'ai dit.
19:19 Toute la politique que nous menons depuis six ans, elle est faite pour nos compatriotes.
19:22 Elle donne des résultats.
19:23 Croissance, emploi, réindustrialisation.
19:26 On ne le fait pas pour les agences de notation.
19:28 Sur l'immigration, vous savez qu'il y a une volonté, en tout cas affichée, je ne
19:33 sais pas si elle est véritable, entre Gérald Darmanin et LR, votre ancien parti, de travailler
19:37 ensemble pour essayer de proposer et de faire voter ensemble un texte commun sur l'immigration.
19:40 Hier, Bruno Retailleau était à ce micro et il disait quelque chose.
19:43 Il disait qu'il y avait une ligne rouge.
19:45 C'est votre proposition de titulariser, de donner un titre de séjour pour les métiers
19:48 en tension.
19:49 LR est archi contre.
19:51 Il dit que c'est une ligne rouge.
19:52 On ne transigera pas sur ça avec un argument.
19:54 Parce que quand on lui dit « oui mais les patrons le veulent, ont besoin de main d'œuvre
19:58 dans le BTP, dans l'hôtellerie, restauration », ils répondent, ils tapent le Medef, hier,
20:03 Bruno Retailleau, en disant « je sais qu'une partie du patronat adorerait importer de la
20:07 main d'œuvre pour garder les salaires bas et ce n'est pas notre politique sociale ».
20:11 C'est ça qu'ils disent, c'est-à-dire qu'ils disent que si on augmentait les salaires,
20:14 on n'aurait pas besoin d'immigration.
20:15 Qu'est-ce que vous répondez à cet argument ?
20:17 D'abord, sur votre première remarque, je pense que Gérald Darmanin a parfaitement
20:21 raison de chercher un accord avec LR sur ce projet de loi immigration.
20:25 Ce projet de loi immigration doit être marqué du sceau de la fermeté.
20:29 Nos compatriotes, dans leur immense majorité, veulent que nous fassions preuve de fermeté
20:36 en matière d'immigration.
20:37 Parce que c'est une question de souveraineté et d'autorité de l'État.
20:41 Et que rien n'est plus important que l'autorité de l'État.
20:44 C'est à mon sens la priorité absolue de ce texte de loi.
20:48 Il y a un deuxième élément, est-ce qu'il faut des régularisations ?
20:50 Peut-être qu'au cas par cas, d'ailleurs beaucoup de LR le demandent parfois, vous
20:54 avez des personnes qui sont parfaitement intégrées, qui parlent bien notre langue.
20:57 La question c'est sur les métiers en tension.
20:58 Je vais venir, mais je voudrais juste que vous soyez de raisonnement global pour que
21:01 vous ne me disiez pas que je balaye les choses d'un revers de la main.
21:03 Il peut y avoir au cas par cas des régularisations qui sont nécessaires, de gens qui sont parfaitement
21:07 intégrés dans notre pays, qui parlent bien la langue, qui travaillent et qui contribuent
21:11 à la croissance de notre pays.
21:13 Sur le sujet de faire appel à de la main d'œuvre étrangère sur les métiers en tension.
21:19 Tant que nous avons un chômage, même s'il est en baisse, qui reste supérieur à la
21:25 moyenne européenne.
21:26 Tant que nous ne sommes pas au plein d'emplois.
21:27 Tous nos efforts, et c'est ce que nous faisons avec la Première ministre, c'est ce que
21:30 nous faisons depuis plusieurs années, doivent être engagés pour faire revenir sur le marché
21:35 du travail ceux de nos compatriotes qui en sont le plus éloignés.
21:38 C'est ma priorité.
21:39 Et ça passe effectivement par rendre parfois plus attractifs des métiers qui ne sont pas
21:43 suffisamment attractifs, par l'augmentation des salaires dans certains métiers, par l'augmentation
21:48 des rémunérations et des conditions de vie plus souples et plus faciles pour ceux qui
21:53 reprennent la voie du travail.
21:54 Notre priorité absolue, c'est le plein emploi et que tous nos compatriotes puissent
21:58 trouver un travail.
21:59 Au sujet du Rassemblement National, Elisabeth Borne a déclaré ce week-end sur Radio-Ogique
22:04 que ce parti était héritier de Pétain.
22:07 Hier, en Conseil des ministres, Emmanuel Macron a désavoué la Première ministre.
22:12 Il a affirmé qu'il ne fallait pas combattre l'extrême droite par des arguments moraux.
22:16 Vous n'arriverez pas à faire croire à des millions de Français qui ont voté pour l'extrême
22:20 droite que ce sont des fascistes.
22:22 Propos rapportés par Le Parisien et Le Figaro.
22:24 Qu'en pensez-vous ?
22:25 Je ne pense absolument pas qu'il y ait eu de désaveu du président de la République
22:29 vis-à-vis de la Première ministre.
22:31 Ensuite, le Rassemblement National est un parti qui a une histoire, qui est l'héritier
22:35 du Front National.
22:36 Chacun la connaît.
22:37 J'ai toujours décrit le Rassemblement National ou le Front National, appelez-le comme vous
22:41 voulez, c'est le même, comme le parti de la défaite et de la capitulation, qui n'apporte
22:46 aucune solution aux problèmes des Français.
22:49 On parlait d'industrie tout à l'heure.
22:51 Vous pensez qu'en fermant les frontières, comme le propose le Rassemblement National,
22:54 on arrivera à réindustrialiser le pays et à conquérir de nouveau au marché ?
22:57 On parlait de la baisse des prix.
22:59 La seule proposition qui est faite au Rassemblement National pour lutter contre l'inflation et
23:04 l'augmentation des prix, c'est la baisse de la TVA qui a montré toute son inefficacité
23:08 dans d'autres pays.
23:09 Est-ce que vous pensez, comme le président de la République, qu'on ne combat plus l'extrême
23:12 droite aujourd'hui par des arguments moraux ?
23:14 C'est ça la question.
23:15 Par rappeler le passé pétenniste de certains fondateurs du Front National en 1972 qui étaient
23:21 Oaf, Favre et Bessesses.
23:22 Est-ce que ça ne marche plus les traités de fascisme ?
23:24 C'est ça qu'il dit.
23:25 Je pense que le Rassemblement National a une histoire et que la Première ministre
23:28 est parfaitement fondée à rappeler cette histoire.
23:30 Et je pense surtout qu'aujourd'hui, nous avons un parti qui a plus de 80 députés,
23:36 qui a une force politique dans notre pays et dont pourtant aucune des solutions ne fonctionne,
23:42 ne peuvent être efficaces et ne peuvent améliorer la vie de nos compatriotes.
23:46 Je le redis avec beaucoup de fermeté.
23:49 Les arguments moraux, vous dites, aujourd'hui peuvent encore être utilisés pour combattre
23:53 le Rassemblement National ?
23:54 Je dis simplement qu'on peut rappeler parfaitement, comme l'a fait la Première ministre, l'histoire
23:57 du Rassemblement National, tout en combattant le Rassemblement National sur ses propositions
24:01 et sur ses idées.
24:02 Enfin, ce parti, depuis 10 ans, n'a fait des propositions sur aucun des sujets de préoccupation
24:08 de nos compatriotes avec aucune solution qui soit efficace.
24:11 Je rappelle qu'il voulait la suppression de l'euro.
24:13 C'est l'euro qui nous a sauvés face à la crise du Covid.
24:15 Je rappelle qu'il voulait l'alliance avec la Russie.
24:16 La Russie a attaqué l'Ukraine.
24:18 Je rappelle qu'il a proposé la baisse de la TVA.
24:20 C'est complètement inefficace pour lutter contre l'augmentation des prix.
24:23 Je rappelle qu'il veut fermer les frontières.
24:25 C'est l'assurance de la désindustrialisation du pays.
24:27 Mais je pense qu'il faut prendre une à une les propositions du Rassemblement National,
24:32 montrer qu'elles sont totalement inefficaces, que c'est à chaque fois du vent et que ce
24:36 parti n'est pas en mesure de gouverner la France.
24:40 Il mettra le pays dans le mur pour une raison qui est simple et à salamer.
24:42 Il ne croit pas dans les forces de la France.
24:45 Il ne croit pas dans les forces des Françaises et des Français.
24:48 C'est le parti de la capitulation nationale.
24:51 Merci Bruno Le Maire.
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