- il y a 9 heures
Oscars 2026 : on refait le match ! Florence Colombani, journaliste critique de cinéma pour Le Point, et intervenante régulière dans Le Masque et la Plume. Jordan Mintzer, journaliste critique de cinéma pour Hollywood Reporter. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat/le-debat-de-la-grand-matinale-du-lundi-16-mars-2026-2714599
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00:01Et l'Oscar va à Michael B. Jordan.
00:30Aujourd'hui, les acteurs américains sont-ils décidément trop sages face à Donald Trump ?
00:35Oscar 2026, on refait le match.
00:38France Inter, la grande matinale, Sonia De Villers.
00:43Avec deux critiques de choix, Florence Colombani, bonjour.
00:46Bonjour.
00:47Critique de cinéma pour Le Point, intervenante régulière du Masque et la Plume, excellente connaisseuse du cinéma américain.
00:52Vous avez vécu aux Etats-Unis à une époque.
00:55Et puis face à vous, un Américain, un vrai Jordan Mincer, bonjour.
01:01Journaliste, critique de cinéma chez Hollywood, reporter.
01:04Tout va bien ?
01:05Ça va.
01:06Ça va, ça va.
01:07Un peu fatigué, là.
01:08Un peu fatigué, voilà.
01:09Alors, qui a regardé la cérémonie ?
01:11En tout cas, par extrait, en entier.
01:14Jordan, je crois que vous n'êtes pas, comment dire, un fou de ces cérémonies américaines.
01:19Non, en fait, j'ai réussi à ne pas regarder pendant des années.
01:23Mais pour cette émission, j'ai décidé de regarder.
01:25Je n'ai pas réussi à finir.
01:27Je pense que j'ai arrêté vers 2h30 du matin.
01:31Moi, tout ça, toujours un peu ennuyeux.
01:34Surtout, c'est une cérémonie.
01:35L'industrie, c'est don des prix, en fait.
01:37Il n'y a pas de jury pour les Oscars.
01:40C'est l'industrie qui se fête.
01:43Et je trouve quelque chose un peu...
01:44Qui se célèbre.
01:45Qui se célèbre.
01:46Et je trouve ça toujours un peu gênant, en fait, malgré la qualité du film, en fait.
01:51Oui, impression générale, Florence Colombani.
01:54Oui, une impression un peu de platitude et de quelque chose d'étouffé.
01:59Comme un couvercle qui est sur les acteurs, sur les gens du cinéma.
02:04Même si moi, j'aime bien le palmarès.
02:05Je trouve qu'il était juste.
02:07Il était juste.
02:08Alors, on va commencer par le cataclysme Marti Suprême, nommé dans neuf catégories, dont Meilleur film ou Meilleur acteur.
02:16Le film Marti Suprême repart avec zéro statuette.
02:20Malgré une campagne promotionnelle, alors quand je dis massive, le mot est faible.
02:25On en a bouffé du Marti Suprême, mais alors à toutes les sauces.
02:29Qu'est-ce que vous en pensez ?
02:30Moi, je trouve qu'en fait, la campagne promotionnelle qui était quasiment portée par Timothee Chalamet tout seul, ça a
02:38réussi parce que le film a marché en salle.
02:40Il a fait plus de 200 millions de dollars de box-office et ce n'est pas forcément un film
02:45grand public.
02:46Donc, je trouve que dans ce sens-là, c'était une réussite.
02:50Après, pour les Oscars, oui, peut-être qu'il y avait un peu trop de swagger de la part de
02:55Chalamet.
02:56C'est quoi, un peu de swagger ?
02:58Comment on dit en français ?
02:59Un peu de forfanterie, on dirait.
03:03Est-ce qu'il s'est auto-saboté, Florence Colombani ?
03:06Je pense qu'il s'est auto-saboté, mais comme dit Jordan Minzer, c'est les professionnels de la profession,
03:11ce que disait Godard, les Oscars.
03:12C'est-à-dire, on s'auto-célèbre, on se regarde et c'est aussi un vote.
03:16Donc, il faut se faire aimer.
03:17Et il n'a pas été populaire auprès de ses pairs à cause de son attitude, en effet, très arrogante.
03:24Trop sûr de lui.
03:24Il y a beaucoup à dire, je donne des performances formidables depuis plusieurs années, je suis au top de mon
03:31jeu.
03:32Il a joué un peu rappeur, presque, dans sa personnalité.
03:36Et je pense aussi qu'il y a un élément people qui a joué, c'est le couple avec Kylie
03:40Jenner.
03:41Ah oui ?
03:41Ah oui, qui n'était pas du tout affiché au départ, jusque-là.
03:45Ça fait plusieurs années qu'il est avec elle et qu'il ne se montrait pas du tout avec elle.
03:49Et là, pour Marty Suprême, il est arrivé surtout les tapis rouges en couple.
03:53Et être associé à la famille Kardashian, ce n'est pas très classe.
03:56Et je ne pense pas que ça l'ait aidé.
03:58Ah, vous pensez que ça l'a desservi ?
04:00Parce que, pour le coup, pour la presse, mode, Instagram, people, alors là, c'est d'une efficacité redoutable.
04:07C'est-à-dire que chaque fois qu'ils sont apparus en couple à une de ces remises de prix
04:12américaines, ça a fait le tour du monde.
04:14On ne voit qu'eux, on ne voit qu'eux.
04:16Mais c'est vrai qu'en fait, maintenant, je commence, c'est elle qui était à côté de lui pendant
04:20les Oscars.
04:22Et elle n'avait pas l'air très contente.
04:24Mais les deux, en fait, c'était un peu gênant parce qu'ils n'arrêtaient pas de montrer Charamé.
04:28Parce qu'il y avait des blagues sur lui, en fait.
04:30Mais lui, il tirait franchement la gueule, non ?
04:32Un petit peu, un petit peu.
04:34Il y a eu une blague sur sa fameuse sortie sur l'Opéra et le ballet.
04:38Racontez Florence Colombani pour ceux qui auraient raté ce bad buzz.
04:42Dans le cadre de cette campagne pour les Oscars qui était vraiment très, très active de Timothée Chalamet,
04:49il a fait une émission pour CNN où il dialoguait avec Matthew McConaughey pour parler de son art, etc.
04:56Donc déjà, là, on était à un certain niveau d'auto-célébration.
05:00Et c'est là, dans cette interview, enfin pas cette interview, ce dialogue entre acteurs, qu'il a dit
05:04« Moi, je suis heureux de participer à une forme d'art qui parle aux gens, qui est moderne, contrairement
05:10au ballet et à l'opéra. »
05:13Ça a choqué énormément et notamment, il y a tous les ballets et tous les opéras du monde entier qui
05:17ont répondu à Timothée Chalamet.
05:20« Nous ne sommes pas ringards, nous avons encore des choses à dire et votre mépris est insupportable. »
05:26Jordan, c'est drôle parce que vous, vous le défendez, Timothée Chalamet.
05:30Déjà, peut-être qu'il a un peu fait la promo pour l'Opéra et le Ballet.
05:33Je pense qu'ils ont vendu pas mal de billets grâce à lui.
05:36Non, mais je pense qu'en fait, ce qu'ils voulaient vraiment dire, et ça, je pense qu'il y
05:41a la vérité,
05:41c'est que le cinéma, il y a la crainte que le cinéma est en train de se transformer,
05:47de ne plus être l'art populaire qu'on a connu, qui marchait parce que la fréquence de ça aux
05:52États-Unis a énormément baissé
05:53et ça n'a pas été rattrapé depuis Covid.
05:56Et donc, je pense qu'ils voulaient dire que ça risque d'être plus un art populaire et peut-être
06:01un art plus d'élite.
06:03Et ce n'est pas le cinéma qu'on a connu, ce n'est pas le cinéma qu'on a
06:06toujours fêté,
06:06ce n'est pas le cinéma que les Oscars ont toujours fêté.
06:09Donc, je pense qu'ils voulaient un peu parler de ça parce que c'est de plus en plus dur
06:13de faire...
06:13Il s'y est très, très, très, très mal pris quand même, non ?
06:15Oui, oui, oui. Mais bon, il est jeune, il faut lui donner un peu de temps.
06:19Alors, un mot sur Michael B. Jordan, donc cet acteur afro-américain
06:24qui est donc passé devant, en force devant Timothée Chalamet,
06:28pour ce film que la France n'a pas tellement célébré, qui s'appelle Sinners.
06:32Vous voulez en dire un mot, Florence Colombani ?
06:34Je pense que c'est intéressant le fait que la France n'ait pas un peu passé à côté de
06:37ce film
06:37parce que c'est un film de gens, donc un film de vampires,
06:41sur la question de l'identité afro-américaine et notamment par la musique,
06:45avec énormément de blues et toute une sorte de plongée dans le sud
06:48et dans les racines culturelles de l'identité afro-américaine.
06:51Je pense qu'il faut avoir beaucoup de clés sur cette culture pour comprendre le film.
06:55Et c'est sans doute pour ça qu'il n'a pas été perçu à la mesure, voilà, en France,
06:59de ce qu'il est.
07:01Et Michael B. Jordan, par ailleurs, est quelqu'un qui, pour le coup, a un capital de sympathie énorme
07:05parce que, justement, il a une attitude assez humble dans son rapport au cinéma.
07:09Et ça fait longtemps...
07:09Donc, c'est l'anti-chalamet ?
07:10C'est un peu l'anti-chalamet.
07:11Ça fait un moment qu'il creuse ce sillon avec Ryan Coogler, ce réalisateur,
07:15puisqu'il a joué dans Creed, il a joué dans Black Panther...
07:18Fruitvale Station, c'est un des premiers films.
07:20Le premier film qu'ils ont fait ensemble, c'est presque son premier long-métrage
07:24en tant qu'acteur pour Michael B. Jordan.
07:26Et donc, c'est le couronnement d'un parcours ensemble.
07:28Et c'est vrai que c'était émouvant de le voir recevoir cet Oscar.
07:31Jordan Minster, on est quand même dans une période très particulière.
07:35L'est un an de Donald Trump qui vient de déclencher une guerre.
07:39Ah bon ?
07:39Deux morts à Minneapolis, des polémiques à n'en plus finir sur ICE, la police des frontières,
07:47sur l'affaire Epstein, la ministre de l'Intérieur qui vient d'être limogée, Christine Homme.
07:53Et on a l'impression que, comme a dit très justement Florence Colomani au début de ce débat,
07:58tout était passé sous silence.
08:00Tout était écrasé.
08:01Il y avait comme une sorte de non-dit.
08:03Ça vous a frappé ?
08:05Pas du tout.
08:06En fait, je pense que l'industrie a toujours fait ça.
08:09C'est vrai.
08:09On n'a jamais eu...
08:10Peut-être un peu pendant la guerre de Vietnam,
08:12il y a eu un peu plus d'action politique pendant les Oscars.
08:16Mais les Oscars et l'industrie en général,
08:19il y avait toujours cette crainte de parler trop de la politique.
08:24Il y a toute l'histoire d'Hollywood avec McCarthyism,
08:27même avant la Deuxième Guerre mondiale.
08:29Il y a la collaboration entre le studio et...
08:31Le McCarthyisme, c'était pendant la guerre froide,
08:34c'était la chasse aux sorcières.
08:36Exactement.
08:36On voulait débusquer des amis des communistes.
08:39Et au niveau de ne pas montrer beaucoup de courage politique.
08:42Je veux dire, moi, c'est toujours comme ça.
08:46Cette année, j'ai trouvé justement,
08:48quelques petits discours politiques,
08:50ça venait de la part des étrangers.
08:51C'était Javier Bardem et puis un peu Joachim Thuyère,
08:55qui a eu l'Oscar de Meilleur film étranger.
08:57Ils avaient peut-être un peu moins peur que les Américains,
08:59parce qu'on a l'impression d'être dans une période d'un peu de censure.
09:03On ne sait pas pour quel studio on va travailler.
09:05Est-ce que ce studio va être racheté par quelqu'un qui a mis avec Donald Trump ?
09:09Il faut dire qu'en ce moment, il y a la question de qui va racheter la Warner.
09:13On a pensé que ça allait être Netflix.
09:15Finalement, c'est la Paramount.
09:22C'est la Paramount.
09:29Une bataille après l'autre, meilleur film, meilleur réalisateur.
09:32Exactement, c'était un peu le sac.
09:34Or, une bataille après l'autre, c'est un film très politique,
09:37qui a presque donné l'impression d'anticiper ce qui s'est passé à Minneapolis.
09:41Parce que ce qu'on voit dans le film, c'est une police qui arrête des immigrés,
09:45qui les traque, etc.
09:46Et tout un système de résistance qui s'organise.
09:48Or, le studio...
09:49Tout n'est pas foutu à Hollywood.
09:51Hollywood est encore politique.
09:52Moi, je trouve ça très intéressant que ce soit un film si politique qui ait gagné.
09:55Et en même temps, toute la campagne marketing autour d'une bataille après l'autre,
09:58s'est employée à ne pas aborder ce sujet de la politique.
10:01Pas dans la cérémonie.
10:03Ni la cérémonie, ni même avant, je trouve, pendant la promotion du film.
10:06Paul Thomas Anderson et Leonardo DiCaprio ont donné des interviews.
10:09Ils n'en parlaient absolument pas du côté politique du film.
10:12Tout était centré sur le fait que c'est un film sur la transmission,
10:15sur le fait de croire dans la jeunesse,
10:18sur le rapport père-fille entre DiCaprio et sa fille.
10:21Ce qui est très beau dans le film.
10:22Mais n'empêche que c'est un film extrêmement précis sur le trumpisme.
10:25Et ça, ce n'était pas abordé précisément.
10:27Je pense que le fait que le film...
10:29Un peu comme Sceners, les deux films ont été surpris au box-office.
10:33Ils ont cartonné.
10:35Parce que je pense que justement, le public américain est assez politique,
10:39est très politisé en ce moment.
10:40Ils ont envie de voir des films comme ça.
10:42Mais l'industrie reste un peu apolitique dans son discours
10:45parce qu'ils ont peur de perdre une partie du marché
10:48ou de ne pas pouvoir travailler sur un prochain film
10:50parce que ce studio-là est trop proche de Trump.
10:53Mais je trouve que le film eux-mêmes, pour l'instant,
10:56surtout ces deux films produits par The Warners,
10:59ils ont parlé au public américain.
11:01Parce que ce n'est pas...
11:02En fait, il y a eu un problème ces dernières années
11:04où il y a eu des films qui ont gagné l'Oscar de meilleurs films
11:07mais qui n'ont pas été beaucoup vus par le public.
11:09Comme Nomadland, par exemple.
11:10Ou peut-être un peu comme Everything Everywhere All At Once.
11:13Là, on a un film, on a des films qui ont marché typiquement.
11:15Le meilleur film, le meilleur réalisateur, c'est mérité ?
11:17Paul Thomas Anderson, c'est mérité ?
11:19Pour moi, complètement.
11:22C'est un film extraordinaire.
11:23C'est vraiment un grand film.
11:25Et en plus, c'est un très grand cinéaste.
11:26Oui, il n'y a pas débat sur le fait que
11:28Paul Thomas Anderson, c'est un des plus grands cinéastes américains aujourd'hui.
11:31Mais c'est son dixième film.
11:32C'est ça qui est fou.
11:33Il a dit lui-même, il faut beaucoup travailler pour gagner ça.
11:36Mais Leonardo DiCaprio a attendu longtemps aussi avant d'être récompensé.
11:40Martin Scorsese a attendu longtemps avant d'être récompensé.
11:43Mais oui, vraiment trop longtemps pour Scorsese.
11:46Mais il y a des réalisateurs comme Mitch Koch ou Orson Welles
11:49qui n'ont jamais eu d'Oscar de meilleurs réalisateurs.
11:51Ça montre aussi la vogue de monde de l'industrie vis-à-vis de lui-même.
11:53Ou est-ce que ce n'est pas ça qu'on fait payer à Timothée Chalamet
11:56le côté précoce et très sûr de lui à 29-30 ans ?
12:00Oui, comme il disait, c'est comme Kendrick Lamar, la chanson,
12:04« Sit down, be humble ».
12:05Il faut être un peu humble, peut-être, parfois, pour être respecté après.
12:09Un petit mot, Florence, quand même.
12:11Pas de Français au palmarès ?
12:13Pas de Français et même pas d'Oscar pour un film qui représentait la France
12:16qui était le film de Jafar Panahi.
12:18Un film iranien.
12:19Un film iranien et un film qui a eu la Palme d'Or
12:22et qui a été très, très admiré.
12:24Mais bon, la France ne peut pas se plaindre.
12:26On est quand même très souvent aux Oscars.
12:28Il y a eu quand même, dans le prix de meilleurs films,
12:31meilleurs court-métrages,
12:31il y a un ex-accueil entre deux films.
12:35Et un film fait en France
12:37et surtout produit par la Galerie Lafayette.
12:39Donc, Oscar pour la Galerie Lafayette cette année.
12:43Je n'ai jamais vu.
12:44Merci beaucoup, Florence Colombani et Jordan Mister.
12:48Donc, les Oscars à retrouver sur le site de France Inter.
12:51Vous avez toutes les infos.
12:52Merci pour vos analyses.
12:54On continue.
12:55Merci.
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