00:00 Il est peut-être temps de commencer à avoir peur, mais genre vraiment.
00:04 Yannick Mores, le maire de Saint-Brévin-les-Pins, menacé par l'extrême droite,
00:08 abandonné par l'Etat et le gouvernement, a démissionné.
00:12 Tout a débuté après l'annonce d'un projet de centre d'accueil
00:15 pour demandeurs d'asile au sein de sa commune.
00:18 Sa ville est la cible de l'extrême droite depuis plusieurs mois.
00:21 Vous avez peut-être d'ailleurs vu tourner ces images sur les réseaux sociaux
00:25 le 25 février dernier de manifestations néofascistes
00:28 et de catholiques intégristes de Kivitas.
00:31 Ils étaient venus à Saint-Brévin protester contre le projet du maire.
00:35 Entre temps, il a été menacé par les militants d'extrême droite
00:38 jusqu'à être victime d'un incendie criminel
00:40 qui a détruit ses deux voitures et touché son domicile.
00:43 Le maire livré à lui-même a jeté l'éponge, mardi dernier, soit le 9 mai.
00:47 Sur la page Facebook de la ville, le maire explique, je cite,
00:51 "J'ai pris cette décision pour des raisons personnelles,
00:54 notamment suite à l'incendie criminel perpétré à mon domicile
00:58 et au manque de soutien de l'État,
00:59 et après une longue réflexion menée avec ma famille."
01:03 Et en effet, de l'État, d'Emmanuel Macron, du gouvernement,
01:06 Yannick Mores n'a reçu aucun soutien.
01:08 Écoutez d'ailleurs ce qu'il disait à Elie Fussey.
01:11 J'ai prévenu la gendarmerie.
01:12 Il s'est passé quoi ?
01:13 Rien.
01:14 Rien ?
01:14 Rien.
01:15 Mais pourquoi ? Qu'est-ce que vous ont dit les gendarmes ?
01:17 Les gendarmes, liberté d'expression.
01:18 C'est ce qu'on vous a dit ?
01:19 C'est ce qu'on m'a dit.
01:19 Mais vous, vous allez alerter les autorités, j'imagine,
01:23 après ce qui s'est passé.
01:24 Qu'est-ce que vous dit l'État ?
01:25 Est-ce que l'État est présent auprès de vous ?
01:27 J'ai eu Olivier Véran le soir même de l'incendie.
01:31 Le porte-parole du gouvernement ?
01:33 Oui, je lui ai parlé de tout ce qu'on avait subi.
01:36 Et ? Qu'est-ce qui s'est-il passé ?
01:38 Rien.
01:38 Rien de plus.
01:39 Vous voulez dire que depuis ce qu'a dit Olivier Véran, il n'y a rien eu ?
01:41 Il n'y a rien eu.
01:42 Yannick Mores avait pourtant tiré l'alarme,
01:45 notamment au micro de nos confrères de Loupsider.
01:47 Je vous propose d'écouter un extrait de son interview diffusé le 6 avril dernier.
01:52 Ils ont procédé exactement comme ils le font un peu partout
01:55 lorsqu'il y a un cadavre comme ça qui est imposé par l'État.
02:00 Des intimidations par des messages, notamment sur les réseaux sociaux,
02:06 sur certains sites d'extrême droite,
02:09 où on est mis avec nos photos en voiture,
02:11 avec bien entendu des commentaires qui sont ignobles,
02:15 et même des personnes qui ne sont pas des élus,
02:17 puisqu'est attaquée de la même façon la directrice de l'école,
02:22 qui n'a pour instructement rien à voir dans cette affaire,
02:25 la présidente de l'association des parents d'élèves.
02:28 Ce collectif a également distribué des tracts devant l'école
02:32 où il y avait des propos à la fois racistes, discriminatoires.
02:35 Et bien quand il venait seul, ces tracts étaient mis dans leur cartable.
02:38 Moi, j'ai reçu également des tracts ignobles dans ma boîte aux lettres personnelle
02:44 pour bien me montrer qu'ils savaient où j'habitais.
02:47 Le 25 février, nous avions eu une manifestation
02:51 justement montée par ce collectif qui avait invité toute l'extrême droite,
02:57 les reconquêtes des différents départements autour de la Loire-Atlantique,
03:02 des intégristes extrémistes, des gens qui sont venus prier devant l'église.
03:07 Nous avions des royalistes, des chouans.
03:09 Nous avions alerté l'État parce que nous avions eu déjà des rencontres
03:13 avec le dessus-préfet, l'agenda Mori.
03:15 Et la réponse que nous avions en permanence, c'était liberté d'expression.
03:19 Donc on ne peut rien faire.
03:22 Peut-être que si le maire de Saint-Brévin avait été une bâche du Fouquet's ou de la Rotonde,
03:26 il aurait eu droit à davantage de compassion.
03:29 On rappelle quand même aussi qu'Éric Zemmour a eu le droit à un petit coup de fil
03:33 de 45 minutes de la part d'Emmanuel Macron après avoir été insulté par un passant.
03:38 Yannick Moraes, lui, a eu le droit à un tweet.
03:41 Voilà, bon, ça prend 30 secondes à écrire, ça n'engage à pas grand-chose.
03:45 En tout cas, c'est une preuve de plus que les militants d'extrême droite
03:48 bénéficient d'une belle impunité.
03:50 Oh, attendez, écoutez aussi la réaction d'Elisabeth Borne,
03:53 qui a réagi depuis la réunion à la démission de Yannick Moraes.
03:56 Elle va vous surprendre, vous allez voir.
03:59 Qu'est-ce que ça dit le fait qu'il y ait des gens qui s'attaquent à un maire
04:01 parce qu'il soutient la création d'un centre de demandeurs d'asile en France ?
04:05 Écoutez, ça montre qu'il y a une montée de l'extrémisme dans notre pays.
04:10 Et évidemment, il faut qu'on soit très très vigilants sur ce sujet.
04:14 L'extrémisme, il vaut des deux côtés.
04:16 Et je pense qu'en apportant des bonnes réponses à nos concitoyens,
04:21 et c'est ce à quoi je veux m'employer ici, la main dans la main avec les élus locaux,
04:25 c'est comme ça qu'on évitera ces montées des extrémismes.
04:29 Elisabeth Borne elle-même, la première ministre,
04:32 préfère donc mettre dos à dos l'extrême droite et la supposée extrême gauche,
04:37 comme si un tag sur le façade d'une permanence parlementaire
04:41 était similaire à incendier le domicile de quelqu'un,
04:44 plutôt que de condamner tout simplement l'extrême droite et ses nervis fascistes,
04:48 dont les idées ne sont en rien des opinions,
04:51 que l'on pourrait exprimer librement, mais bel et bien un délit.
04:54 On se souvient aussi que le préfet de Paris, soutenu par le gouvernement,
04:58 a laissé défiler dans les rues de Paris samedi 6 mai dernier,
05:01 500 manifestants d'extrême droite, vêtus de noir et cagoulé,
05:05 pour certains brandissant des drapeaux frappés de la croix celtique,
05:09 symbole sans équivoque du néofascisme.
05:12 Mais ils continueront à faire appel,
05:14 aux barrages républicains évidemment et les électeurs macronistes,
05:17 de s'abstenir dans les duels nups-RN au second tour,
05:20 parce que c'est vrai, demander plus de justice sociale,
05:22 c'est pire que d'inscrire dans son programme l'expulsion
05:25 de leur logement de 600 000 étrangers, n'est-ce pas ?
05:27 [Générique]
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