00:00 Un État qui abandonne ses élus.
00:02 C'est le sentiment partagé par l'ex-maire de Saint-Brébin-les-Pins, Yannick Moraes,
00:06 lors de sa démission fracassante le 9 mai dernier.
00:09 Depuis des mois, l'élu faisait face à une brûlante campagne d'opposition
00:12 à un centre de demandeurs d'asile dans sa commune.
00:14 Un climat de tension nourri surtout par l'extrême droite
00:17 et qui a culminé avec un incendie criminel au domicile du maire en pleine nuit.
00:21 Alors deux semaines après cette démission, des centaines de personnes manifestent
00:24 dans la station Balnéaire pour affirmer leur solidarité avec l'élu.
00:28 Plus jamais un maire, un élu, ne doit se sentir seul, abandonné,
00:34 face à une situation aussi difficile.
00:37 Alors que partout les choses se passent de manière organisée,
00:40 dans la dignité et la tranquillité publique,
00:43 montent les intimidations, les menaces, les violences de l'extrême droite.
00:48 C'est une marche contre la violence, la bêtise et la méchanceté
00:53 qui semblent prendre le pas maintenant sur la raison.
00:55 Pour 100 migrants, faire tout cela, ces exactions, c'est absolument inadmissible.
01:00 Pourquoi faire une affaire d'Etat pour 100 migrants supplémentaires ?
01:04 Et j'ai très honte d'être française.
01:06 C'est une violence comme rarement vue en fait.
01:10 Quand on croisait les manifestants anti-Cada,
01:15 ce qu'ils nous ont dit c'est "Dieu, la France et Abba la République".
01:19 Abba la République !
01:20 Abba la République !
01:22 Abba la République !
01:24 Abba la République !
01:26 Le maire ne participe pas à la marche.
01:28 Hier soir, il a publié en communiqué, regrettant, je cite,
01:30 "la récupération politique notamment par l'extrême gauche
01:33 et la discrétion de la droite sur cette thématique".
01:36 Il prononce quand même un discours à la fin de la manifestation devant la mairie.
01:46 J'ai reçu un nombre énorme de messages de soutien.
01:51 Des courriers dans lesquels, surtout les derniers temps,
01:54 beaucoup de maires, d'anciens maires,
01:57 qui m'ont raconté ce qu'ils ont vécu durant leur mandat
02:00 ou ce qu'ils vivent encore,
02:02 avec notamment beaucoup d'agressions, qu'elles soient verbales ou physiques.
02:07 Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur,
02:09 la hausse des violences envers les élus en France est indéniable.
02:12 Les faits signalés, qu'ils soient de nature verbale ou physique,
02:15 ont augmenté de 32% entre 2021 et 2022.
02:18 Dans ce contexte, le soutien de l'État est insuffisant,
02:21 selon plusieurs élus.
02:23 D'ailleurs, Yannick Moraise avait prévenu les autorités
02:25 à plusieurs reprises des menaces à son encontre.
02:27 Vous vous sentez suffisamment soutenu aujourd'hui par l'État ?
02:30 Non, justement, on voit bien.
02:32 L'État s'est alarmé une fois la démission du maire.
02:36 C'est scandaleux.
02:38 C'est avant qu'il fallait le soutenir.
02:40 Qu'est-ce qui vous manque ?
02:42 Il nous manque de l'écoute, quelquefois.
02:47 L'écoute, parce qu'être maire, ce n'est pas un métier.
02:49 On fait comme on peut.
02:51 Et c'est vrai qu'on n'a pas de formation.
02:53 Il n'y a pas de BTS maire.
02:55 Je suis noué à l'élu depuis trois ans.
02:58 Déjà, j'ai pu voir.
02:59 On est à portée d'engueulades.
03:01 Mais quelquefois, les engueulades peuvent être difficiles,
03:04 compliquées, nous toucher beaucoup.
03:06 Cette histoire est allée trop loin ?
03:08 Elle est allée aussi loin que vont
03:12 certains qui nous proposent une société
03:14 que je n'ai pas envie de vivre
03:16 et que je n'ai pas envie de faire vivre à mes enfants.
03:18 Voilà.
03:20 [Musique]
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