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00:00 Bonsoir. François Mitterrand, un des trois présidents préférés de la
00:29 cinquième république française selon un sondage IFOP 2021 et qui avait une relation bien réglée
00:37 avec les médias, prétendait ce qui suit et je le cite "la liberté de la presse présente des
00:44 inconvénients mais moins que l'absence des libertés". Fin des citations. C'était à Sofia
00:50 en Bulgarie le 19 janvier 1989 lors d'une conférence de presse un jeudi. Quatre ans plus tard 1993,
01:00 l'assemblée générale des Nations Unies adoptait une journée mondiale de la liberté de la presse
01:05 fixée tous les trois mais sur la base d'une recommandation adoptée lors de la 26e conférence
01:13 générale de l'UNESCO. Au sens onusien, il s'agit depuis 30 ans de célébrer les principes
01:21 fondamentaux de la liberté de la presse, d'évaluer la liberté de la presse elle-même à travers le
01:26 monde, de défendre l'indépendance des médias et de rendre hommage aux journalistes qui ont perdu
01:35 leur vie dans l'exercice de leur profession. D'où la pléiade de manifestations observées cette
01:42 semaine au Cameroun pour marquer le coup de cet événement placé sous le thème "Façonner un
01:49 avenir des droits, la liberté d'expression, clé de vote des droits humains". Dans la déclaration
01:56 conjoncturelle du gouvernement, son porte-parole René Emmanuel Sadi a vanté le pluralisme médiatique
02:04 au Cameroun avant d'inviter les journalistes à l'auto-régulation pour tordre le cours aux
02:10 fake news. Moins affable, le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters
02:16 sans frontières consacre le recul de 20 places du Cameroun, 138e pays sur 180 en 2023. Les
02:27 journalistes ont-ils pour autant le couteau sous la gorge au Cameroun ? Dossier traité ce dimanche
02:34 en compagnie de Paul Couster, directeur régional et représentant de l'UNESCO en Afrique centrale,
02:41 officiellement en fonction à Yaoundé depuis le 11 mai 2022. Nous questionnons également au cours
02:50 de cette signature d'actualité hebdo l'action de cette agence onusienne au Cameroun depuis
02:58 l'adhésion de notre pays aux idéaux de l'UNESCO le 11 novembre 1960. Paul Couster,
03:05 bonsoir et bienvenue. Bonsoir monsieur Ntouisseux, ravi de participer à l'actualité hebdo. Un an
03:12 pratiquement après votre prise de fonction officielle, dites-moi vous êtes déjà ce qu'on
03:19 peut appeler un Yaoundé, un Ayaoundé ou alors vous observez encore ? Je crois que j'ai le privilège
03:27 d'être depuis un an dans l'Afrique en miniature. J'ai pu parcourir un pays que j'avais connu il y a
03:36 25 ans qui a beaucoup changé. Il me reste encore quelques provinces mais je me sens parfaitement
03:43 chez moi à Yaoundé au Cameroun et dans l'Afrique centrale. L'Afrique centrale où vous couvrez
03:50 pratiquement dix pays parmi lesquels donc le Cameroun. Oui, le périmètre du bureau régional
03:56 est celui de la communauté des états d'Afrique centrale donc une dizaine de pays nous allons
04:01 jusqu'à l'Angola, la RDC, le Tchad au nord c'est assez vaste et très varié. Est-ce que tous ces
04:08 pays là ont bénéficié d'un accompagnement de l'UNESCO au titre de la célébration cette année
04:14 de la journée mondiale de la liberté de la presse ? Qu'est ce que vous avez fait concrètement ? Alors
04:19 la plupart des pays ont eu une célébration directement par nous, par l'ensemble de la
04:25 communauté des Nations Unies mais je dois dire que les célébrations au Cameroun revêtent toujours
04:31 tout au long de la semaine une importance particulière et l'UNESCO est fier de s'y
04:35 associer. Et pour cause, qu'est ce que vous avez fait concrètement durant cette semaine ? Alors
04:42 l'événement phare était mercredi au palais des congrès sous la présidence du ministre de la
04:46 communication sur une réaffirmation des principes de cet anniversaire mais il y a eu tout au long
04:54 de la semaine un certain nombre d'ateliers de rencontres surtout entre professionnels
04:58 ou de sensibilisation sur le thème de la liberté de l'adresse. S'agissant de la liberté de la
05:05 presse justement, quel est le regard de l'UNESCO sur cet état de fait en Afrique centrale ? Alors
05:14 je pense que la situation est contrastée sur l'Afrique centrale mais quel que soit le pays,
05:20 le thème est abordé, il est diversément traité mais les cadres législatifs pour la plupart sont
05:29 là. Il reste parfois à les faire vivre, à les développer mais je dirais que du point de vue
05:35 du discours public et politique, la liberté de la presse est le point de départ. Même si dans la
05:42 réalité c'est toujours comme le disait si bien le ministre de la communication mercredi, une
05:48 liberté à conquérir sans cesse. Et au niveau du Cameroun, l'appréciation que vous vous en faites,
05:55 du moins depuis que vous êtes là, que reflète-t-elle ? Alors monsieur Nchulso, nous ne ferons jamais
06:02 de hit parade car en fait les situations sont toujours pas réductibles à des chiffres. Mais
06:10 disons que depuis la loi fondamentale de 1990 sur la liberté d'expression, les bases sont là.
06:16 Évidemment le premier constat positif massif est celui du développement extraordinaire en nombre
06:23 et en diversité des médias. On a recensé 500 à 600 sous diverses formes dans les derniers recensements.
06:32 Du point de vue des difficultés, puisqu'on nous allons en parler, elles ne doivent pas être vues
06:40 sous le seul angle de la liberté. Quand nous parlons aux professionnels, il y a bien sûr cet
06:46 aspect là, mais il y a aussi une inquiétude qui est mondiale sur la vitalité des organes de presse,
06:53 le modèle économique dans un monde dominé par le numérique et donc nous en parlons.
06:59 La directrice générale de l'UNESCO, Audrey Azoulay, avait clairement condamné ce meurtre et
07:06 demandé une enquête. Est-ce que la procédure qui a cours en ce moment vous rassure, vous UNESCO,
07:13 ou alors vous êtes de ceux qui pensent que la justice se presse lentement sur ce dossier?
07:20 En premier lieu, je crois que nous avons été tous profondément choqués par ce qui s'est passé.
07:27 Ensuite, la position de l'UNESCO a été exprimée dès le 24 janvier et elle tenait en trois points.
07:37 D'abord la condamnation sans équivoque du meurtre de Martinez Dogo par la directrice générale de
07:44 l'UNESCO et dans cette même déclaration, une salutation. La directrice générale saluait
07:50 l'ouverture par le gouvernement d'une enquête et en troisième lieu, appelait à s'assurer qu'il
07:58 n'y aurait pas d'impunité sur la suite, sur les auteurs de ces faits et replacer tout cela
08:06 dans le contexte de l'importance de la protection des journalistes dans le cadre d'une gouvernance
08:11 démocratique. Ça, ça a été la réaction spécifique mais elle n'a pas de sens en dehors d'un certain
08:19 nombre de rôles qui ne sont pas spécifiques au Cameroun, qui sont universels de l'UNESCO,
08:24 soit la liberté de la presse. Il y a d'abord l'instrument principal qui est situé à l'UNESCO,
08:30 qui est l'Observatoire mondial des assassinats de journalistes. Donc c'est un registre qui est
08:36 tenu par l'UNESCO et qui donne lieu tous les ans à des demandes d'informations par les ATAMEMBRE
08:43 afin de voir quelles sont les suites données. Et l'on doit constater au plan mondial, hélas,
08:49 que depuis, disons entre 2016 et 2020, le chiffre terrible de 1200 journalistes ont perdu la vie
08:57 dans l'exercice de leurs fonctions et que hélas, 9 fois sur 10, il n'y a pas eu de conclusion
09:04 judiciaire satisfaisante. Donc une situation globale... Cela vous amène à craindre sur le
09:09 cas dont nous parlons que les conclusions ne soient pas, on va dire, celles que... Je me situe purement
09:18 au niveau global, vous comprendrez bien que je ne vais pas commenter une procédure en cours,
09:22 ce n'est pas du tout mon rôle, mais disons que l'UNESCO au plan global et qui s'applique à ces
09:29 cas particuliers assure ce suivi qui fait l'obségé d'un compte-rendu public tous les ans.
09:35 Très bien, on comprend que vous avez une attitude particulièrement diplomatique sur ce sujet. On va
09:42 donc, si vous le voulez bien, prendre quelques attitudes observées durant le 3 mai dernier,
09:50 lors des diverses manifestations que vous avez vous-même organisées par ailleurs. La célébration
09:58 de la journée mondiale de la liberté de la presse au Cameroun. Voici quelques discours
10:04 entendus ça et là et rassemblés par Sidouane Mankam. 500 à 600 organes de presse écrite,
10:12 audiovisuel et en ligne, le paysage médiatique camerounais s'est agrandi ces dernières années.
10:18 Cette pluralité d'offres témoigne d'une évolution réelle en matière de liberté de la presse.
10:23 La liberté de la presse est une réalité au Cameroun. Le Cameroun a une multiplicité d'organes
10:30 de presse, de chaînes de télévision et qu'il y avait une liberté de ton au Cameroun qui est
10:36 indéniable. Les journalistes parlent librement. Ces progrès, 30 ans après l'institution de la
10:43 journée mondiale de la liberté de la presse, étaient au cœur de cette mobilisation du
10:47 gratin politico-médiatique ce 3 mai au palais des congrès de Yaoundé. Au centre de cette
10:52 initiative de l'UNESCO, les droits humains et par ricochet, ceux des journalistes bien souvent
10:58 victimes de crimes odieux. Les ennemis de la liberté d'expression s'en prennent à la presse
11:03 justement et donc il y a un destin indissoluble entre la liberté de la presse et l'ensemble des
11:13 droits humains. Protection sociale lutte contre l'impunité des crimes contre les journalistes,
11:18 les challenges sont nombreux. Les manifestations organisées de part et d'autre font large écho de
11:23 cette journée. L'union internationale de la presse francophone et la Cameroun association
11:28 of english speaking journalists font chorus autour de la protection et de la sécurité
11:34 sociale du journaliste. L'une des principales revendications est de rendre aux journalistes
11:39 sa dignité. C'est un salarié d'abord, c'est un travailleur et en ce lendemain de la fête du
11:45 travail il est juste qu'ils reçoivent un salaire pour le travail qu'il fait. Il n'y a que chez nous
11:51 qu'on devient journaliste parce qu'on a décidé de l'être. Dans d'autres corps de métier et bien
11:58 il y a des autres, il y a des conditions d'accès que nous revendiquons. Sur cette question de
12:03 protection sociale des journalistes, le ministre de la communication rassure. Les journalistes
12:09 ont la même protection que tous les corps de métier. Ils n'ont pas de raison d'avoir peur
12:17 d'exercer leur métier. Pourtant qu'ils le fassent en fonction des règles. Le gouvernement est aux
12:29 côtés des hommes de médias, des efforts sont faits et continueront d'être faits pour améliorer la
12:33 situation des journalistes. L'association médias et médiations joue également sa partition.
12:39 Sensibilisation sur la désinformation comme obstacle aux droits humains avec l'appui du
12:45 ministère des postes et télécommunications. Nous vivons à l'ère de la mise en circulation
12:48 d'un ensemble dénoncé auquel on confère l'apparence de la vérité mais qui sont désastreux pour notre
12:56 métier. Nous aurons fait un pas dans la promotion du vivre ensemble et nous pourrons avoir des
13:02 camarounes bien outillés pour que nous nous engageons dans cette transformation digitale
13:07 du camaroune. La journée de réflexion et de plaidoyer est aussi l'occasion de rappeler
13:13 aux professionnels de médias le rôle qui est le leur, fournir une information crédible. La
13:18 liberté ça ne veut pas dire la permissibilité, ça ne veut pas dire le libertinage, ça ne veut
13:25 pas dire l'irresponsabilité, ça ne veut pas dire la désinformation. Il y a une éthique et une déontologie.
13:34 La liberté de la presse et ça les journalistes mieux que moi sont formés pour le savoir.
13:41 Quand on fait cette évaluation qui est largement positive, nous continuons quand même d'en
13:50 appeler au sens de la responsabilité des journalistes. Ils doivent faire attention parce
13:56 qu'ils ont là un instrument qui peut construire comme il peut détruire, comme il peut les détruire
14:05 eux-mêmes. Appel au sens de la responsabilité à la fiabilité des médias, des défis qui pourront
14:12 contribuer à promouvoir une presse encore plus libre. Que souhaiteriez-vous qu'on entende encore
14:19 qu'on n'ait pas entendu dans l'extrait de vous qui est passé parmi tant d'autres tout à l'heure?
14:24 Il y a eu un rappel à la fois de monsieur le ministre et par ma voix de tout ce qui était
14:29 en jeu au-delà de la liberté de la presse en général, pour la liberté d'expression et pour
14:35 la vie démocratique. Je pense que par rapport à ce que nous disions avant le reportage, il y a
14:43 ce qui s'est passé, la suite de ce qui s'est passé, mais il y a aussi toutes les actions de prévention
14:51 pour que les choses ne se reproduisent pas, et aussi de renforcement de capacité des institutions
14:58 et des individus. C'est là je pense que nous passons au-delà du rôle de magistère moral,
15:04 disons de l'UNESCO, à un rôle très pratique de coopération qui est très actif au Cameroun et dans
15:11 la région, en faveur des journalistes, et des journalistes la plupart du temps pas pris
15:16 isolément. L'une de nos plus grandes réussites est de faire travailler ensemble dans des formations
15:22 pour apprivoiser la législation, pour explorer les manières de l'appliquer, les manières de la vivre,
15:28 journalistes et magistrats, journalistes et forces de sécurité. Et j'ai même l'anecdote récente
15:36 d'un atelier récent où nous avions d'un côté des journalistes un petit peu tendus, de l'autre
15:46 des représentants des forces de sécurité un petit peu tendus, et au début de l'atelier, le premier
15:51 jour, chacun était dans son allée. Il y avait un silence dans l'allée du milieu. C'était au Cameroun,
15:57 mais c'était sous-régional. Et c'était ces derniers jours ? C'était au début de l'année,
16:03 je crois vers le mois de mars. Et au bout de quelques jours, le paysage était bouleversé.
16:11 Chacun partageait des bancs, des tables, déjeunait ensemble et avait trouvé un langage commun. Donc
16:16 beaucoup peut être fait par l'échange, par la communication et sur la base des textes qui ne
16:22 peuvent pas tout, comment les faire vivre ? Paul Kuster, dites-moi un peu, au sens disons
16:28 unescosien ou onusien, quelles sont les menaces majeures et récurrentes que vous vous identifiez,
16:37 des menaces à la liberté de la presse ? Je dirais qu'il y a deux principales menaces. Une menace de
16:47 type économique, l'économie de la presse change, et une menace bien sûr de type liberté. Sur la
16:54 première, des thèses sont écrites, mais le processus est en cours. Je pense qu'il y a des
17:01 modèles économiques qui commencent à émerger autour d'un service public des médias et de
17:09 l'information. Il y a de la place pour divers médias et on sait que la presse imprimée en
17:15 particulier a beaucoup souffert. Mais il y a des modèles d'adaptation au monde digital et peut
17:24 être le message, et on parle beaucoup de ce que doit faire le gouvernement, on parle beaucoup de
17:29 ce que devraient faire les médias pour s'adapter, je pense qu'il y a un troisième appel vers le
17:33 citoyen. Et aussi le qu'a fait l'UNESCO. Oui, l'UNESCO, on y viendra. Mais un appel aux citoyens.
17:38 L'information est aussi quelque chose que les citoyens doivent faire vivre. Si une personne
17:43 n'achète plus son journal au kiosque, et bien peut-être cette personne un jour doit payer un
17:49 abonnement à un service de presse en ligne pour que derrière les journalistes puissent vivre. Enfin,
17:54 il y a des choses qui dépendent aussi du citoyen, pas toujours renvoyer dos à dos
17:58 gouvernement et médias. A propos de faire vivre les médias et les journalistes, un talon d'Achille
18:07 de la presse est bien son économie qui est en général indigente. Quels sont les mécanismes
18:11 mis en place par l'UNESCO pour apaiser, disons, cette disette de financement ? Ce n'est pas le
18:19 rôle de l'UNESCO d'apporter des subventions. Là, ce sont les politiques publiques de chaque pays.
18:23 Vous ne financez pas. Nous ne finançons pas. Nous finançons par contre du renforcement de capacité.
18:28 Par exemple, s'adapter à de nouveaux outils digitaux. Nous avons un certain nombre de formations qui
18:35 aident et qui rejoignent d'ailleurs les problématiques d'accès à l'information. Quand les
18:41 journalistes n'ont plus les moyens financiers ou même les conditions sécuritaires d'extraire
18:47 l'information de certaines zones, nous apportons des outils, des outils autour de la téléphonie,
18:52 des outils digitaux, afin que le service puisse continuer à se faire. Donc, ce n'est pas un
18:58 financement. C'est plutôt une aide à l'adaptation face à la limitation des moyens. A propos de la
19:06 formation qui participe un peu de ce que les médiologues appellent les MARS, les moyens
19:10 d'assurer la responsabilité sociale des médias, eh bien, le sentiment qui se dégage dans les
19:18 milieux de la presse, c'est que l'UNESCO n'en fait plus autant que par le passé en matière de
19:25 formation. Elle fait différemment. Je ne dirais pas qu'elle fait moins. Je dirais plutôt même que
19:28 la centralité de cette mission sur la liberté d'expression et la promotion de la diversité et
19:35 de l'indépendance de la presse est plus forte que jamais à l'UNESCO. Néanmoins, c'est vrai qu'un
19:41 type d'intervention qui était courant dans le passé, qui était sur des soutiens directs, par
19:46 exemple à des structures de formation, est moins présent aujourd'hui. Il s'agit plutôt de
19:51 coalitions, de rassemblements, d'interventions au niveau des législations et même au niveau des
19:57 budgets des États pour qu'une place soit donnée à la pluralité et la viabilité de la presse. Mais
20:04 je ne dois pas cacher que nous souhaiterions avoir davantage de moyens au niveau de l'UNESCO pour des
20:11 soutiens plus concrets tout en restant dans notre rôle. Mais tout n'est pas réductible à des dollars,
20:18 même si ceux-ci ont des CFA, même si ceux-ci ont leur rôle. Et je dirais que comparativement à
20:26 il y a dix ans, je trouve que la visibilité de ce que fait l'UNESCO peut-être pas directement
20:32 vis-à-vis de la profession, mais vis-à-vis du paysage international des journalismes,
20:39 la liberté d'expression est plus affirmée et plus légitime que jamais. A nous de prouver qu'elle
20:46 est aussi concrète. Je crois que nous pourrons donner quelques exemples au Cameroun si nous en
20:51 avons le temps. Justement dans le cours de cette émission, que faut-il finalement de votre point
20:57 de vue pour considérer que la presse est à la fois libre et indépendante? Il y a, je crois,
21:09 déjà une reconnaissance à avoir de la presse. Ce n'est pas rien dans un monde où des fake news,
21:18 des réseaux sociaux, etc. de valoriser la fonction du journaliste. Je crois que l'UNESCO est constant
21:24 là-dessus. Et puis de trouver que chacun a son rôle institutionnellement. Une des belles
21:31 coopérations que nous avons au Cameroun est entre le corps des journalistes et l'École nationale
21:37 d'administration et de magistrature, pour toutes les questions, justement, pour rapprocher ces deux
21:44 cultures institutionnelles. Donc voilà un type d'intervention que nous suivons bien. Peut-être
21:51 nous aborderons, nous pouvons nous aborder aussi des appuis concrets que nous faisons,
21:56 qui sont liés à des objectifs des différents départements ministériels du Cameroun. Quels
22:02 sont ces appuis, si on peut déjà en dire un mot avant de rentrer tout à l'heure dans le
22:08 déploiement, on va dire, global et général de l'UNESCO au Cameroun? D'abord un chiffre,
22:14 pas moins de 20 départements ministériels au Cameroun sont en lien de coopération avec l'UNESCO.
22:20 Et il y a la plupart du temps une composante de communication et d'information importante,
22:24 qu'il s'agisse de favoriser la communication pour les personnes déplacées, qui sont dans
22:36 leur communauté d'accueil. Nous avons du travail avec les journalistes, avec les jeunes, avec les
22:41 autorités locales, pour faire circuler l'information, pour permettre à certains de produire même des
22:48 contenus. Donc voilà des choses très concrètes, très proches des populations et des plus
22:52 défavorisées sur lesquelles l'UNESCO fait quelque chose. Il y a aussi un volet particulier auquel
22:58 l'UNESCO est attaché, c'est la protection des femmes journalistes, qui font l'objet d'attaques
23:03 particulières. Lesquelles? Qu'il s'agisse de harcèlement en ligne, de menaces, etc. Elles
23:10 sont particulièrement atteintes par certaines déviances des réseaux sociaux ou certaines
23:15 menaces. D'avantage que les hommes? De manière spécifique, oui. Les menaces sont générales. Mais
23:23 là, il y a un domaine qui a été identifié et sur lequel nous tâchons d'intervenir. A propos
23:30 d'intervention, est-ce qu'il est arrivé à Paul Koster de prendre son téléphone un jour et d'appeler
23:36 une rédaction pour dire "j'ai lu ceci ou cela, ou entendu ou regardé à la télévision telle
23:43 information à propos de l'UNESCO, je souhaiterais que vous puissiez un peu polir cela ou alors
23:49 adoucir l'effet". Alors sous la forme que vous dites, non. Il nous arrive de contacter quand un fait
23:55 n'est pas bon. Mais sur l'interprétation de ce fait, sur sa présentation, nous pratiquons ce que
24:00 nous prêchons, c'est-à-dire la liberté de la presse. Donc de ce côté-là, je crois que nous sommes
24:05 tout à fait en ligne. Vous n'intervenez pas dans le travail des rédactions? Non, non, non. Mais s'il y a
24:13 un fait, voilà, nous le corrigeons. Et 9 fois sur 10, il s'agit d'un... quelque chose qui n'est pas mal,
24:21 quelque chose qui est dû à une certaine vitesse d'exécution ou autre. Est-ce que cette notion de
24:27 liberté de la presse peut avoir partout le même sens alors que les états, les civilisations,
24:35 l'anthropologie et même la démocratie ne sont pas partout les mêmes? Ah, excellente question. On voit
24:43 qu'il y a quand même, bien sûr, des particularités sur la continentale, sous-régionale et même
24:51 provinciale à l'intérieur de Cameroun. Et la manière... mais à la fin, ce sont toujours les mêmes
24:57 principes universels qui comptent. Une bonne manière, je trouve, pour nous de l'aborder en
25:02 collaboration avec le gouvernement et un certain nombre d'autorités locales est tout le travail
25:07 autour des radios communautaires. Ces radios communautaires, nous les associons à tout un
25:13 écosystème. D'abord, elles valorisent les langues locales. Ensuite, nous avons... nous ne laissons pas
25:20 le public à la seule merci des ondes. Il y a des clubs d'écoute, il y a des ateliers qui
25:28 interviennent pour produire des contenus. Donc... et ceci a revêt une extrême diversité. Il y a de
25:36 la place pour des initiatives qui seront différentes dans l'extrême nord, dans le littoral, dans l'ouest
25:42 ou dans le centre. Donc ça, je pense que vous touchez à l'aspect anthropologique qui est
25:48 extrêmement riche, mais qui, dans sa diversité, renvoie toujours aux mêmes principes universels
25:55 de respect, d'écoute, de liberté et de dignité des personnes. Autrement dit, vous n'imposez rien ?
26:04 Même si nous le voulions, nous ne pouvons pas. Nous mettons des structures de gouvernance,
26:10 par exemple des lignes éditoriales, des chartes éditoriales pour une radio, etc. dont la gouvernance
26:17 n'appartient pas à l'UNESCO, mais qui permettent de produire des contenus qui correspondent à la
26:24 vocation de tel ou tel média. Et ensuite, ce n'est pas l'UNESCO, c'est l'organe de gouvernance,
26:29 qui est soit paritaire, soit enfin qui est tout à fait cadré, qui permet, et j'en reviens assez
26:37 à Radio Communautaire, qui d'abord était une expérimentation qui a paru un petit peu risquée,
26:42 mais qui aujourd'hui arrive à maintenir avec un fort degré de décentralisation des lignes
26:49 éditoriales, à la fois libres au meilleur sens du terme et respectueuses des droits et devoirs
26:55 déontologiques, éthiques de la profession. On parlera de ces radios communautaires tantôt,
27:01 mais arrêtons-nous une deuxième fois pour prendre une autre actualité de cette semaine. Il s'agit de
27:09 la montée fulgurante, pourrait-on dire, du choléra au Cameroun. Des cas signalés dans la capitale
27:18 on pourrait dire à profusion, ce qui a fait descendre nos équipes pour voir quelle est
27:24 l'ampleur du mal et quelles sont les mesures prises par les autorités sanitaires et même
27:30 les messages en direction des populations pour la sensibilisation. Elvir Angeline Ebalé.
27:37 Elle y croit peu ou presque pas, la population se voit la face et pourtant l'épidémie de choléra
27:44 gagne du terrain. En coup de chance pour notre équipe de reportage, la preuve de cette réalité
27:48 est celle de la rencontre de ces rescapés du choléra. J'ai acheté une tête de pastèque que
27:54 j'ai fait laver, découper à la maison. Une fois que j'ai consommé, dans mon ventre ça n'allait plus.
27:59 J'ai commencé à entendre des émissions dans le ventre. Deux jours après j'ai commencé à faire
28:04 la diarrhée. Je m'attendais à voir d'abord les vomissements, la diarrhée, les sueurs et autres,
28:08 mais je n'avais que la diarrhée. Ce qui fait que je n'ai pas pensé tout de suite au choléra,
28:12 j'ai pensé plutôt à une indigestion et une intoxication alimentaire. Comme lui,
28:16 ils sont de plus en plus nombreux à gagner les structures sanitaires. À l'hôpital EPC de
28:21 Djungolo, depuis la resurgence, le centre enregistre plus de 600 cas, soit 60 malades par jour. Il y a
28:27 de plus en plus de gens qui continuent à venir à l'hôpital, ça montre que ce n'est pas encore
28:31 fini. La population doit absolument renforcer les mesures pour que nous puissions amorcer la
28:37 phase de la dégradation. Les gens ne sont pas encore conscients qu'il faut absolument,
28:41 dans chaque quartier, dans chaque maison, dans chaque famille, insister sur les mesures à
28:46 prendre pour éviter que la maladie continue à flamber. À l'hôpital des districts de la
28:51 Cité Verte, le traitement est fonction de l'état du patient. Pour ceux qui ont des patients dont
28:56 l'état général est conservé et qu'il n'existe pas une hospitalisation, ils prennent un médicament,
29:04 ils ont des sels de réhydratation orale, et puis rentrent dans leur domicile, un domicile qui est
29:11 effectivement désinfecté, et ils reçoivent des conseils pour la potabilité de l'eau et pour la
29:20 gestion de leur environnement. Pour des cas graves qui arrivent en état de déshydratation modérée ou
29:30 sévère, cela va être gardé à l'hôpital. Nous les gardons dans un premier temps pour pouvoir les
29:37 réhydrater. Ils vont donc recevoir des perfusions, ils vont recevoir un traitement antibiotique,
29:41 et nous les référons dans un centre de prise en charge. Des centres de prise en charge à bout de
29:49 force parfois au centre d'arrondissement de Tinga, c'est une autre réalité. Pour un effectif de
29:54 10 liens en deux semaines, la structure reçoit 15 patients. Beaucoup plus de femmes adultes que
30:00 nous recevons, que nous hospitalisons, les femmes enceintes parmi, disons, sur les 15,
30:06 nous pouvons recenser environ 10 femmes. Le personnel de santé craint le pic. Les
30:12 derniers chiffres en datent, au ministère de la Santé publique, depuis la reprise de l'épidémie
30:16 font état de 16 168 cas de choléra dans le pays, 346 morts et 1561 cas de choléra dans la région du
30:26 centre. Inverser la coupe, c'est intensifier les mesures élémentaires d'hygiène. Ces mesures sont-elles
30:33 prises dans tous les bureaux de l'UNESCO à Yaoundé et à travers l'Afrique centrale? Oui, nous reproduisons
30:40 cela évidemment en interne, mais aussi dans nos divers programmes. Nous avons des programmes très
30:46 intéressants en lien avec le ministère de l'éducation, les ministères de l'éducation,
30:50 sous l'introduction dans les programmes scolaires d'un certain nombre de connaissances et d'appui
30:56 aux bonnes pratiques pour évidemment éviter ce que nous venons de voir et prévenir autant que
31:02 possible de ceci. Très bien, parlons justement de ce que fait l'UNESCO au Cameroun. Il y a par
31:08 exemple donc ce projet de création des radios communautaires dans les villages. Que vise-t-il
31:15 exactement et sur quelle base s'opère, disons, le choix des localités? Eh bien, ce projet des
31:23 radios communautaires est une des plus belles aventures que nous ayons eue avec le Cameroun.
31:26 Ça ressemble à environ une dizaine d'années. Il s'agissait de désenclaver, de toucher tous les
31:34 publics, de les toucher dans les langues qui comptent, etc. en parfaite complémentarité,
31:39 bien sûr, ça va de soi avec les grands médias nationaux. Et il fallait trouver un modèle qui
31:46 s'est affiné au cours de ces dix années et qui est devenu, je pense, tellement exemplaire que nous
31:52 avons été honorés que le gouvernement du Cameroun renouvelle sa confiance à l'UNESCO tout récemment,
31:57 avec une nouvelle tranche de programme de six ans. Et l'exemple se va au-delà du Cameroun,
32:02 puisque nous recevons des délégations, enfin, le Cameroun reçoit des délégations d'autres pays,
32:08 récemment le Gabon, venus s'inspirer du modèle camerounais sur ces radios communautaires.
32:13 Elles rejoignent votre question d'avant le reportage, c'est-à-dire comment gérer cette
32:19 ligne éditoriale, cette manière d'avoir des contenus conformes à l'objet de ça. Et donc,
32:28 il y a les radios communautaires se définissent d'abord par des comités de gestion représentatifs
32:34 des communautés qu'elles servent. Que ces communautés soient rurales, urbaines, correspondent
32:40 à un type de public ou à un ensemble linguistique ou autre. Et à partir de là, ce sont finalement
32:48 les soldats avancés des grandes causes sociales, de santé, d'éducation, de vivre ensemble,
32:54 et aussi un outil, parce que ça s'accompagne de formation digitale, d'animation, de lutte contre
33:03 tout ce qui est discours de haine et désinformation. Le studio École de l'Estique, il vous souvient que
33:12 cette école historique de journalisme de Yaoundé avait bénéficié d'une réhabilitation de ses
33:19 installations de production par l'UNESCO. Cette institution prépare la célébration de son
33:26 cinquantenaire. Peut-elle toujours compter sur l'UNESCO pour les cinquante prochaines années?
33:32 Je vais vous surprendre, c'est plutôt l'UNESCO qui compte sur elle, car il n'est pas de programmes
33:37 que nous faisions qui bénéficient du corps professoral, enseignant ou qui associe l'institution
33:45 en elle-même. Donc, quelque part, cet investissement passé est aujourd'hui bien vivant et au plan
33:52 régional. Ensuite, c'est vrai que le modèle d'intervention que vous avez décrit, c'est-à-dire
33:56 finalement le financement direct d'équipements, etc., n'est pour l'instant pas à l'ordre du jour.
34:02 Si nous avions les moyens, ce serait de manière tout à fait heureuse que nous le ferions, mais
34:08 nous sommes passés à un autre type de relation, mais nous sommes très très proches de l'Estique
34:13 et de sa communauté. Mais peut-être, et là je pense notamment à la deuxième phase des
34:20 radiocommunautaires, l'expertise qui se trouve là peut être associée et que les renforcements
34:25 de capacité que nous envisageons soient à double sens et puissent aussi concerner l'Estique.
34:31 Ces radiocommunautaires auxquels vous tenez beaucoup, est-ce qu'ils sont le véhicule de
34:38 quelque chose, peut-être d'une vision, peut-être aussi d'une façon de voir le monde qu'il faudrait
34:48 introduire dans les communautés? Eh bien, ce sont d'abord les communautés, la vitalité des
34:55 communautés qui les nourrissent et je crois que ce serait totalement contraire à l'esprit de tout
35:00 ce que nous disons de faire passer par ces radiocommunautaires une vision du monde. Il y a
35:05 probablement une vision conforme à la Charte des Nations Unies et nous fêtons cette année
35:12 non seulement les 30 ans de la Journée Internationale de la Liberté de la Presse,
35:16 mais les 75 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Donc s'il y a quelque chose
35:22 qui justifie la participation de l'UNESCO à ce programme camerounais des radiocommunautaires,
35:29 c'est la jonction entre cet agenda global et puis des missions de service public et de service aux
35:36 communautés qui sont une politique probablement que l'on peut qualifier d'émanation de la politique
35:45 et de la volonté camerounaise. Pas d'agenda caché? Pas d'agenda caché, il n'y a rien à cacher dans
35:51 les structures de gestion, dans la ligne éditoriale. Y compris en considérant qu'en diplomatie,
35:56 il n'y a pas en tant que tel d'action sans intérêt. L'intérêt peut avoir un sens positif. Nous
36:04 avons des intérêts qui correspondent à la volonté d'atteindre des objectifs du développement
36:09 durable. Et en liberté de la presse, c'est l'objet des objectifs 16.1 et 16.2. Je sais que vous êtes
36:15 un technicien de ces questions-là. Et nous avons, oui, nous avons des intérêts qui se relient
36:23 directement à ce que les États rassemblés à New York ont proclamé comme objectifs globaux,
36:30 qui rassemblent et non affrontent les intérêts au sens étroit du terme. Mais voilà, nous sommes sur
36:39 ceux qui nous rassemblent en tant que valeur universelle et qui trouvent des modes d'expression
36:44 particuliers à chaque pays, différents selon chaque pays. Voilà l'agenda caché. S'il y en a un,
36:49 le voilà, que je vous expose. Un agenda plutôt noble, pourrait-on dire. Au plan culturel,
36:55 l'UNESCO pilote le projet de l'inscription du Festival des Peuples Bangoum Lungouen sur la
37:00 liste du patrimoine immatériel mondial. On en parle depuis trois ans. Pourquoi la procédure
37:08 paraît-elle finalement à la fois longue et complexe? Quelles sont les chances d'aboutissement
37:13 pour le Cameroun? Je vais vous confier un secret qui ne sortira pas de nous deux, je pense.
37:18 Soyez tranquille. J'ai eu exactement la même question venant de son Altesse, le Sultan
37:25 Roi des Bamoum. Et qu'est-ce que vous lui avez répondu? La même chose que je vous réponds
37:29 maintenant. C'est-à-dire? C'est-à-dire qu'il y a eu un problème technique sur la première
37:32 candidature, qui est aujourd'hui réglé, puisque nous avons pu faire un appui technique à un
37:37 deuxième cycle. Et alors là, moi-même, je n'ai pas l'information, puisqu'il y a une procédure
37:41 indépendante pour juger. Mais nous espérons des nouvelles. Et je n'ai aucun pronostic autre
37:48 que celui de l'individu que vous avez en face de vous. Mais je l'aborde, comme je l'ai dit à son
37:52 Altesse, le Sultan Roi, avec une certaine sérénité. Donc nous devrions avoir des nouvelles avant la
37:58 fin de l'année. On va attendre et nous comptons désormais les jours et peut-être les mois. Il
38:05 y a également l'inscription de certaines recettes de la cuisine camerounaise. Mis à part
38:10 un peu de publicité, dites-moi un peu en quoi tout cela profite-t-il réellement aux populations
38:19 et aux États? Alors, l'UNESCO a un rôle pour valoriser dans ces fameuses listes, celle du
38:27 patrimoine mondial, convention de 1972, celle du patrimoine immatériel de 2003, d'où relève la
38:34 cuisine et des inscriptions sur des listes de sites naturels, etc. Nous avons... c'est beaucoup
38:42 plus que finalement quelque chose qui honore, et c'est déjà beaucoup, une culture, un écosystème,
38:49 etc. C'est aussi aujourd'hui, plus que jamais, et on le voit avec tous les enjeux de l'environnement,
38:56 du changement climatique, des leviers d'appui pour transformer le rapport entre un pays,
39:02 ses savoir-faire autochtones, ses savoir-faire traditionnels, et toute la modernité des
39:08 changements technologiques qu'appelle l'adaptation aux changements climatiques,
39:13 ont un certain nombre de défis face à des populations plus nombreuses sur des ressources
39:18 en danger. Et donc, par les espaces naturels inscrits au patrimoine naturel de la humanité,
39:24 par les savoir-faire culinaires, par un certain nombre de choses, nous pouvons inventer les
39:30 rapports avec l'environnement, les rapports avec la nourriture, avec la nutrition de demain,
39:34 ancrés dans les savoirs d'hier. L'Afrique, et singulièrement l'Afrique noire, est sous-représentée
39:42 dans ce patrimoine mondial de l'UNESCO, malgré son fort potentiel pourtant. Est-ce que vous en
39:49 avez bonne conscience à l'échelle de l'Afrique centrale, et comptez-vous en tirer toutes les
39:54 conséquences ? D'abord, je veux saluer l'extraordinaire implication du Cameroun, du
40:01 gouvernement, et en particulier depuis les plus hautes autorités, mais avec le rôle central,
40:08 opérationnel et politique du ministère de la Culture. Le Cameroun a été l'hôte, au mois
40:15 d'octobre dernier, des 50 ans de la convention de 1972, et a porté au niveau global de le patrimoine
40:26 mondial la préoccupation d'une sous-représentation de l'Afrique, et singulièrement de l'Afrique
40:31 centrale, dans ce patrimoine. Il a été entendu ? Il a été entendu, il y a une action spécifique,
40:38 il y a, je crois, une véritable prise de conscience aussi, non seulement dans les
40:46 instances globales, mais aussi dans les pays, de valoriser des choses qui rendent tout à fait
40:52 dans ce cadre extrêmement novateur, puisqu'il associe le patrimoine culturel et le patrimoine
40:57 naturel. Et il y a aujourd'hui, dans le pipeline, si j'ose dire, des dix pays d'Afrique centrale que
41:03 couvre le bureau régional, assez de projets, soit naturels, soit culturels, soit mixtes, qui
41:09 permettront, dans un délai j'espère de trois, quatre ans, de redresser et d'être définitivement
41:16 dans une représentation digne de la richesse de l'Afrique centrale en général, et du Cameroun
41:21 en particulier. Ces préoccupations patrimoniales entraînent également, on va dire, des considérations
41:30 au plan de la propriété et même du droit. Comment tout cela est pris en compte et réglé
41:39 dans le processus d'inscription? Est-ce que vous faites référence aux questions des
41:48 trafics des biens culturels, ou vous êtes plutôt sur la gestion des sites dans votre question?
41:56 Plutôt sur la gestion de la propriété, on va dire propriété en tant que biens appartenant à des
42:07 communautés et qui pourrait revendiquer, on va dire, la paternité de cette appartenance. Là,
42:16 c'est un domaine qui bouge beaucoup. Il y avait des traditions muséales de conservation qui étaient
42:23 trop étroites et aujourd'hui, je crois, l'Afrique fait gagner au monde une vision vivante du patrimoine
42:29 et de la conservation, et que nous voyons en œuvre et qui commence à porter ses fruits. Disons,
42:36 l'aspect émergé de l'iceberg qui est visible, ce sont les initiatives qui se multiplient de
42:42 restitution des biens culturels. Mais sous-jacent, c'est une manière de vivre et de valoriser la
42:49 culture, sa pérennisation, dans une optique beaucoup plus proche de la signification,
42:56 que ce soit des objets ou des traditions. Et je pense qu'aujourd'hui, la communauté
43:02 internationale et les outils que nous avons, notamment l'outil de l'inscription au patrimoine
43:07 immatériel de l'humanité, a non seulement écouté, mais incorporé une vision proprement africaine de
43:13 ce patrimoine. Paul Kuster, sortons un peu de toutes ces questions-là pour des choses qui n'ont
43:20 rien à voir avec strictement l'action de l'UNESCO. J'ai cru comprendre que vous pratiquez du vélo et
43:28 il n'est pas rare pour les yaoundéens de vous apercevoir faisant de la marche au parcours Vita.
43:33 Cela signifie que le sport, c'est une pratique qui vous est plutôt familière, pour ne pas dire
43:40 davantage. Oui, mais quand je fais le parcours Vita, je me fais doubler par des équipes de foot,
43:44 c'est que vous me laissez loin derrière. Parce que vous n'êtes pas sous-balleur. Mais vous avez le
43:51 sport. Le sport est très important et fait aussi partie des missions de l'UNESCO. Très bien,
43:57 justement, nous allons terminer les sujets diffusés par le sport, qui est au cœur de la chronique
44:04 sociale, l'air du temps d'actualité hebdo. Les Jeux universitaires se sont achevés hier en
44:10 Gawdere avec une ambiance folle des fans club que nous allons retrouver maintenant dans ce papier.
44:19 Voici un peu les Jeux universitaires des fans club racontés par Aboubakar Abou, grand reporter
44:26 sur place en Gawdere. Il était attendu, le match des fans club. Les vraies parties se jouent aux
44:34 abords des airs où se déploient leurs poulains. Dans chaque équipe, on est passé en mode ultra.
44:40 La consigne de match est claire, voler le public adverse pour stimuler ses protégés.
44:45 Comme la boutique de Lille, vous êtes encouragés dans un moment de joie.
44:49 De mon connaissance, j'ai fait des jeux avec d'autres équipes. On essaie de donner une
45:01 anniversaire de joie. Pas de mi-temps pour ces batteurs qui nourrissent de son et rythme,
45:06 leurs danseurs enflamment la piste.
45:09 Le temps est donné et repris en choeur par ces voix qui montent en écho grandissant.
45:29 Tous ces acteurs sont des caméleons artistiques dont les chorégraphies épousent les spécificités
45:35 culturelles des grandes zones du triangle national. D'ailleurs, l'équipe de Garoua s'invite sur les
45:49 sonorités du centre sans perdre le nord et vice versa. Le sud se retrouve à bouger dans le carré
45:55 est. Tout chose,
46:25 qui habille de fastes et de couleurs. Ces jeux universitaires Ngaoundéré 2023.
46:30 Je vois Paul Couster que vous regrettez de n'avoir pas été à Ngaoundéré pour vivre cette belle
46:43 ambiance. Quelle merveilleuse jeunesse et quelle vitalité. Alors il y avait le sport,
46:47 mais il y avait aussi la musique. Ce qui me fait penser aussi dans le patrimoine matériel,
46:51 l'inscription récente de la rumba congolaise, mais dont la couverture géographique est bien
46:57 plus large. Et ce fait partie des choses qui sont à la fois des éléments de culture on ne peut plus
47:02 vivante et aussi des moyens de relier les jeunes des différents pays de la sous-région ou les
47:09 artistes de manière très constructive. Paul Couster, je voudrais maintenant recueillir
47:15 votre sentiment sur la paix de façon globale, puisque le mandat de l'UNESCO vise principalement,
47:23 si j'ose dire, la construction de la paix dans l'esprit des hommes et des femmes. Quand vous
47:29 voyez aujourd'hui l'état du monde avec des crises dans toutes les zones de la planète,
47:34 est-ce que ce n'est pas un échec des politiques et des programmes en partie de l'UNESCO et plus
47:43 globalement de l'ONU? La question est grave, mais elle doit être, je pense, abordée sans détour.
47:52 Oui, nous sommes inquiets. Mais nous avons aussi des raisons d'être optimistes. Nous parlions des
48:00 discours de haine et peut-être d'un sentiment de perte de contrôle, notamment avec les réseaux
48:05 sociaux, aujourd'hui l'intelligence artificielle, toutes ces technologies qui s'invitent dans notre
48:10 quotidien. Mais il y a aussi des contrepoisons et des aspects bénéfiques à toutes ces technologies,
48:17 à tous ces changements. Et bien sûr, nous parlions des cadres réglementaires. Ceux-ci
48:24 sont encore à perfectionner, mais aussi à réinventer. Nous sommes dans un monde où il y a
48:29 une part bien sûr de la régulation, mais aussi de l'autorégulation. Comment les acteurs eux-mêmes
48:35 parviennent à une sagesse? Comment les consommateurs de ce nouveau média arrivent à collectivement
48:40 repousser ces germes de la haine? Et là, nous avons beaucoup d'interventions auprès des jeunes,
48:46 auprès de certains publics cibles, auprès des jeunes entrepreneurs, auprès des femmes,
48:51 auprès des populations déplacées, pour qu'il y ait une éducation au média. Et nous sommes dans
48:58 cela, dans un cadre qui est très conscient au niveau de l'Afrique centrale. Il y a eu des
49:04 déclarations au niveau de la CEAC, contre les discours de haine. Et nous arrivons à intervenir,
49:10 non seulement au Cameroun, avec beaucoup de proximité avec les autorités du pays,
49:18 mais aussi dans des endroits de la sous-région, où ces questions sont encore plus graves et
49:24 urgentes et nous préoccupent. Puisque vous êtes diplômé en relations internationales de l'université
49:32 de Paris 1 Sorbonne, et comme nous avons traité entre autres durant cet entretien de la journée
49:39 mondiale de la liberté de la presse. Je termine donc par une question inspirée de l'ouvrage d'un
49:45 journaliste, Pierre-Edouard Deldigue, de Radio France Internationale. Il parle des faiblesses
49:51 de l'ONU et de ses agences face à la nouvelle société internationale, pour s'interroger,
49:57 et je vous interroge comme tel, faut-il supprimer l'ONU ? Je pense que si on le supprimait,
50:05 on aurait l'obligation de la réinventer dans les 24 heures. Tant le besoin de principes d'accord,
50:13 de cadre, de concertation et d'un certain degré de gestion des biens publics communs et d'humanité
50:20 appellent une institution telle que l'ONU, qui s'adapte, bien sûr. Nous aimerions être plus au
50:28 rendez-vous des grands défis, mais le secrétaire général, Antonio Gutiérrez, a initié une grande
50:35 réforme des Nations Unies, et notamment de la présence des Nations Unies sur le terrain,
50:39 qui concerne aussi le Cameroun. Nous avons une vingtaine d'agences des Nations Unies ici,
50:45 qui peut-être il y a dix ans travaillaient un peu chacun sans se parler aux autres. Aujourd'hui,
50:51 il y a une coordination, il y a un coordonnateur résident qui nous aide à être dans la
50:58 complémentarité, qui aide le dialogue avec le gouvernement camerounais afin qu'il ne s'éparpille
51:03 pas dans tous les points, et nous sommes reliés à un certain nombre de partenaires techniques et
51:08 financiers, à des institutions financières, et je crois que, bien sûr, l'adaptation est nécessaire,
51:15 la question reste grave, mais les partenaires techniques et financiers ont reconnu à nos Nations
51:23 Unies un rôle indispensable, irremplaçable, pour encourager à la fois les objectifs de développement
51:31 propres du Cameroun, mais aussi la promotion des principes de paix qui sont au cœur même du mandat
51:38 de l'UNESCO. Autrement dit, il vaut mieux vivre avec l'ONU comme elle fonctionne en ce moment,
51:47 plutôt que sans. Oui, mais soyez vigilants, aidez-nous à nous transformer et soyez critiques.
51:52 C'est le rôle de la presse en tout cas de critiquer, et vous pouvez être assuré que nous
51:59 nous y attelerons toujours. Paul Cousteur, directeur régional des représentants de l'UNESCO en Afrique
52:06 centrale, si vous n'avez pas un dernier mot peut-être à l'adresse des journalistes qui
52:11 regardent ce programme et qui se questionnent sur leur métier, sur leur vie, sur les dangers de ce
52:19 travail, et bien si vous n'avez pas d'autres mots, peut-être que nous allons mettre un terme à cet
52:23 entretien. Je vous remercie, et par vous, l'ensemble de la profession des journalistes au Cameroun et
52:29 dans la sous-région. Merci d'avoir en tout cas honoré l'invitation du directeur général de la
52:34 SIR TV. C'est moi qui vous remercie. Faites attention à vous mesdames et messieurs et prenons
52:39 grand soin de notre cher et beau pays, le Cameroun. Bonsoir.
52:44 [Musique]
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