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Journalisme et communication : frontières floues ou synergies puissantes ? Découvrez les révélations fascinantes de l'étude d’Émilie Dominique Peguongu-Pekassa, présentées dans le magazine Pontuation.

Cet ouvrage de référence explore l'intersection complexe entre le journalisme et la communication organisationnelle. L'auteur, forte de son expérience, décortique les relations, les conflits et les enjeux territoriaux qui façonnent ces deux domaines.

Explorez les distinctions fondamentales entre le journaliste, dédié à l'information, et le communicant, axé sur l'image et l'adhésion. Comprenez comment ces métiers, bien que distincts, interagissent et se complètent, créant parfois des zones de friction et d'autres de collaboration étroite.

Plongez dans une analyse rigoureuse de contenus de presse écrite et de supports de communication d'entreprises. Découvrez comment les journalistes enrichissent les publications institutionnelles, apportant leur expertise technique et leur savoir-faire pour une information percutante.

#Journalisme #Communication #RelationsPubliques #CRTV

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Personnes
Transcription
00:04Bienvenue sur Pontuation, le magazine de la CRTV consacré aux livres.
00:12Communication et journalisme, ce sont deux concepts qui ont guidé une étude menée par Émilique Dominique Peguongu-Pekassa.
00:21Les résultats de l'étude sont contenus dans un ouvrage de plus de 350 pages paru chez Éclosion.
00:28Quand journalisme et communication des organisations se rencontrent, relations, conflits et enjeux du territoire.
00:37C'est le titre de cet ouvrage, préfacé par le professeur Laurent-Charles Boyomo Asala, que va nous présenter l
00:44'auteur dans cette édition de Pontuation.
00:47Nous allons en parler en sa compagnie. Elle est également auteure d'une biographie.
00:52Sœur Dominique Chemelo-Ida, une vie, un don pour l'Afrique, 60 ans après, toujours au service. Bienvenue.
01:00Merci Rachel.
01:02De quel constat partez-vous pour mener une recherche sur les relations et les conflits entre journalisme et communication ?
01:09Le constat, je dois dire qu'il va partir d'une expérience personnelle.
01:17Je suis formée à l'Estique en tant que journaliste.
01:22Et mes premiers pas dans la profession vont m'amener à Radio Environnement.
01:29Radio Environnement qui est portée par l'Union Mondiale pour la Nature.
01:34Et donc, je vais, au-delà du journalisme que je pratique là-bas, accompagner un programme comme chargée de communication.
01:44Et donc, je me retrouve entre deux champs.
01:47D'une part, le journalisme et d'autre part, la communication.
01:50Par à coup, je suis journaliste. Par à coup, je suis communicante.
01:54Non, je ne pense pas encore que j'ai conscience de cela.
01:57Et puis, plus tard, je vais me retrouver à la Commission nationale des droits de l'homme et des libertés
02:02comme chargée de communication.
02:04Et là-bas, donc, les responsabilités sont plus importantes.
02:07Et je vais pleinement faire de la communication.
02:11Et donc, faisant de la communication, je me découvre à être en interaction permanente avec d'autres journalistes.
02:18Mais, en interne, je pratique de la communication.
02:22Alors, je commence à me poser des questions.
02:24« Suis-je encore journaliste ? »
02:27Ou bien, est-ce que je suis devenue communicante ?
02:29Et j'apprécie, donc, à ce moment-là, la porosité de frontières qu'il peut avoir entre les deux champs
02:36disciplinaires.
02:37Ou bien, les deux multis.
02:39Ça m'inquiète un peu.
02:40J'échange avec mon directeur de mémoire à l'époque, puisque je continuais mes études à l'ESTIQ.
02:46Et il me dit, mais c'est une préoccupation que tu as, mais tu ne devrais pas, le professeur Laurent
02:53Charles-Bouyou Mouassala, tu ne devrais pas considérer cela comme étant un écrasement.
02:58Il faut qu'on se capitalise cela.
02:59Et c'est comme ça que je m'intéresse, donc, à cette intersection qu'il peut avoir entre le journalisme
03:06et la communication, du fait de la porosité des frontières que je constate au quotidien dans la pratique de la
03:14communication en interne, étant journaliste.
03:17Je vais entamer une recherche sur le journaliste aux frontières des relations publiques et je vais utiliser l'accréditation comme
03:24l'outil de médiation.
03:25C'est cette situation personnelle que j'ai vécue qui est un peu le déclencheur de l'intérêt que j
03:33'ai pour l'interaction entre le journalisme et la communication.
03:37Justement, pour qu'on se comprenne tous, essayons de comprendre c'est quoi le journalisme, c'est quoi la communication,
03:43quelle est la différence véritable entre les deux.
03:45Si on voudrait s'appuyer sur les notions définitionnelles, le journalisme est d'abord rattaché à celui qui pratique le
03:55métier, c'est-à-dire au journaliste.
03:58Et le journaliste va être celui qui aura pour tâche essentielle de collecter, de traiter, de diffuser l'information et
04:07qui va être l'essentiel de ses revenus.
04:12Donc, il a ça pour occupation principale et rétribute.
04:15La communication sera davantage portée vers un ensemble de métiers, un ensemble d'activités qui aura pour finalité plutôt de
04:24travailler sur l'image d'une institution,
04:26qui aura pour finalité de travailler sur la valorisation d'un produit, la valorisation d'un service, avec intention de
04:36susciter l'adhésion, bien l'achat de l'un ou bien de l'autre.
04:40Vous voyez bien qu'on est d'une part dans une sorte de gratuité de l'information, alors que d
04:48'autre part, on est dans plutôt des démarches marketistes avec le côté financier ou bien économique qui peut être derrière.
04:58Donc, les missions sont complètement différentes, mais l'interaction dans les champs communs d'intervention va venir faire que
05:09Le journaliste et le communiquant, qui vont travailler parfois en synergie, vont donc se rencontrer et par moments se contrer.
05:20Parce que la rencontre vient de ce que le journaliste a besoin du communiquant, par exemple, comme source d'information,
05:28pour pouvoir nourrir ses contenus journalistiques.
05:32Et d'un autre côté, le communiquant, lui, il a besoin du journaliste parce que le journaliste manipule les médias.
05:40Le journaliste, sa plateforme ou bien ses supports d'application de son métier, ce sont les médias.
05:49Donc, du coup, il a besoin du journaliste pour faire passer un message.
05:52Et donc, en faisant passer le message, il est en interaction permanente avec le journaliste.
05:57Le journaliste met en valeur ce qu'il fait et, lui, il nourrit les contenus journalistiques.
06:03L'étude que vous menez est basée sur l'analyse des contenus de certains journaux, presse écrite notamment,
06:11et les supports de communication de certaines entreprises.
06:15Quel est le constat que vous faites au terme de cette analyse-là ?
06:18L'analyse que je vais faire sur, d'une part, d'abord les journaux qui sont produits en organes de
06:23presse.
06:24Donc, je vais m'appuyer sur un journal à capital public qui est Cameroun Tribune.
06:32Je vais m'appuyer sur des journaux à capitaux privés.
06:36Certains qui sont complètement tournés vers le Cameroun, mais d'autres qui sont tournés vers la CEMAC
06:43et qui sont même tournés vers l'international.
06:46Et d'un autre côté, je vais m'intéresser à des publications.
06:51Du côté maintenant de la communication, je vais m'intéresser aux publications qui sont produites au sein des cellules de
06:58communication.
06:59Je vais donc analyser les deux types de publications.
07:03Alors, je vais constater que les journalistes vont se retrouver à animer les publications institutionnelles.
07:11Pourquoi ? Parce qu'ils ont les capacités, les outils, les techniques pour pouvoir animer un journal.
07:19Ce qu'on pourrait ne pas retrouver au sein de l'administration.
07:24Ça aura un impact sur les contenus.
07:28Ça aura un impact sur la manière de présenter l'information.
07:32Ça aura même un impact sur la manière avec laquelle, au sein de ces administrations, ces publications sont animées.
07:45Et donc, on va retrouver les mêmes contenus de part et d'autre.
07:49Qui, bien évidemment, peuvent aussi être suscités par l'actualité.
07:53Parce que tout se passe autour de l'actualité, de la construction de l'agenda par les journalistes.
07:58Et dans cette construction de l'agenda, parce que c'est une construction qui part des événements qui ont été
08:04programmés.
08:05Mais qui pourraient aussi partir même des événements qui n'ont pas été programmés.
08:09Je vais prendre comme événement programmé la campagne de présentation du trophée que le ministre des Sports de l'époque
08:16va faire avec les lions indomptables du Cameroun.
08:19Une campagne qui va davantage se déployer dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
08:24Parce que c'est des régions en crise en ce moment-là.
08:26Et donc, tout le paysage médiatique est cristallisé autour de cet événement.
08:33Parce qu'aussi en arrière-plan, la crise commence à prendre une autre tournure.
08:40Et on aimerait qu'elle s'arrête.
08:43Donc, l'angle de traitement qui va être utilisé, non seulement par les journalistes,
08:48mais aussi par les professionnels qui sont dans les cellules de communication,
08:53va être un angle qui va se rencontrer.
08:55Parce qu'il y a un souci derrière de cohésion sociale.
08:59Et donc, on aura de part et d'autre visiblement les mêmes contenus.
09:04L'angle de traitement va un peu être plus accentué chez l'un que l'autre.
09:09Parce qu'il y aura l'identité d'un journal qui va ressortir à travers le choix d'un mot,
09:16à travers le positionnement sur la page,
09:19ou bien même à travers la densité dans le traitement de l'information.
09:24Mais on va voir bien qu'il y a un souci de cohésion sociale derrière.
09:29Et donc, communicants et journalistes sont animés par la même préoccupation.
09:34Et donc, ça va impacter le traitement.
09:36Est-ce que ça n'influence pas, ça ne change pas le travail du communicant à ce moment-là ?
09:43Qu'il y a un souci de cohésion sociale plutôt que de communiquer pour l'entreprise dans laquelle il est
09:48employé ?
09:49La cohésion sociale peut être plus forte que tout le reste en ce moment-là.
09:54Et je crois que c'est surtout cette question de préoccupation commune
09:59qui ont prévalu et qui ont modifié le traitement de part et d'autre.
10:04Si je prends l'Action, par exemple, qui est le journal du comité central du RDPC ?
10:12Du parti politique.
10:13Du parti politique.
10:14Et vous voyez bien que la préoccupation de l'Action, c'est de montrer que les zones anglophones sont en
10:24crise.
10:24Mais au-delà de cette crise, la crise n'empêche pas que le trophée arrive jusque là-bas.
10:30D'ailleurs, c'est la priorité.
10:33Et c'est donc un acte qui va être posé pour montrer que le Cameroun reste uni.
10:39Et que où que les Camerounais soient, la fierté du Cameroun doit être portée jusqu'à ces populations-là.
10:49Et donc, devant cette préoccupation, je pense que le traitement ou bien la préoccupation du journaliste et du communicant
11:01peut en ce moment être sous silence pour laisser parler la cohésion sociale.
11:07Et je crois que c'est ce qui a prévalu pour certains sujets d'actualité.
11:11Mais vous me direz, ça pourrait aussi être que les contenus qu'on a vus de part et d'autre
11:16n'ont pas été des contenus qui ont été spontanément rédigés par les communicants ou bien des journalistes,
11:22mais des contenus qui aient pu être préparés au sein d'une cellule de communication.
11:26Donc, des prêts à diffuser qui vont être partagés à tous ceux qui sont conviés,
11:34tous les journalistes qui sont conviés à prendre part à cet événement.
11:38Et donc, on aura les mêmes types de contenus dans tous les journaux qui vont couvrir cette actualité-là.
11:46Donc, vous voyez bien que, oui, une préoccupation sociale peut perturber le caractère professionnel
11:59ou bien bousculer les techniques professionnelles d'un des champs.
12:02Là, vous prenez l'exemple d'un événement programmé, d'une actualité programmée
12:08qui mobilise aussi bien les communicants que les journalistes
12:12et derrière, accueillant un souci de cohésion sociale.
12:15Mais pour le cas d'événements programmés, au bénéfice d'une structure, d'une organisation
12:20dont l'objectif est de vendre sa marque, de faire atteindre son message auprès de sa cible.
12:26Est-ce que les journalistes qui se retrouvent à écrire un article qui va au bénéfice de cette entreprise-là
12:34ne sont pas en train de sortir de leur champ?
12:37Ils sortent de leur champ. Vous avez raison parfaitement.
12:40Ils sortent de leur champ pour rencontrer celui de la communication.
12:44Parce qu'on n'est plus dans un traitement spontané, mais on est dans une commande.
12:49Et donc, à partir du moment où on est dans une commande, on a un message à faire passer.
12:55Et ce message, très souvent, est préparé par un ensemble d'outils de relations presse.
13:00Ça peut être un communiqué qui a été préparé pour la presse.
13:09Ça peut être une autre intention qui a été préparée pour la presse.
13:13Et vous voyez que dès que le journaliste se retrouve avec entre les mains un document
13:17qui lui a été préparé par le champ de la communication et qu'il doit exploiter,
13:22lui-même, en tant que journaliste, il doit pouvoir se faire violent
13:25et se rappeler les principes d'éthique et de déontologie
13:29qui voudraient qu'il ne s'inscrive pas dans le message, mais plutôt dans l'information.
13:35Et comment il fait pour attraper?
13:37Il pourrait bien évidemment se rapprocher d'autres personnes ressources
13:42que celles qui lui sont imposées par l'organisation.
13:45Celles de qui il a reçu l'information à la base?
13:47À la base.
13:47Il peut se rapprocher d'autres personnes ressources pour pouvoir équilibrer son information,
13:53de continuer à rechercher l'information,
13:58à regarder dans les documents qu'il peut avoir à sa portée,
14:02pour voir dans quelle mesure est-ce qu'il peut compléter l'information.
14:05Ils peuvent aller questionner les aspects historiques liés à l'événement
14:12pour bien montrer à celui qui l'embarque qu'il a conscience qu'il est journaliste
14:20et qu'il a un travail qu'il doit faire,
14:24qui est celui d'informer son public sur tout et de manière équilibrée
14:29et non pas de pencher plutôt vers une orientation qui lui aurait été dictée par une organisation.
14:36On comprend bien que si les journalistes se laissent entraîner dans le champ de la communication
14:40au bénéfice des organisations, ils ne s'en plaindraient pas.
14:43Mais est-ce que dans les supports de communication des organisations,
14:49lorsqu'ils utilisent le style journalistique, est-ce que c'est mauvais pour eux?
14:54L'intérêt pour lui, c'est de s'appuyer justement sur les techniques journalistiques
14:58pour s'assurer que son message va être transmis tel qu'il l'a produit.
15:04Donc, il va s'appuyer sur la pyramide inversée,
15:09il va s'appuyer sur la réponse aux questions du Quintinien, le qui, quoi ou quand.
15:16Il va également s'appuyer sur la concision, la précision, la clarté, la simplicité.
15:24Qui sont les techniques qui sont inscrites plutôt dans le domaine journalistique?
15:28Et pourquoi il va s'appuyer sur cette technique-là?
15:30Il va s'appuyer sur cette technique-là pour réduire au maximum le risque
15:35que son message ne soit pas diffusé tel quel.
15:38Maintenant, qu'est-ce que fait le journaliste lorsqu'il reçoit le message?
15:42La clé est là.
15:43Est-ce que le journaliste le publie comme tel?
15:46Soit parce qu'il manque de temps,
15:48soit parce qu'il est en connivence avec ce dernier,
15:51soit aussi parce qu'il voudrait, par paresse aussi, simplement,
15:59se dire que bon, pourquoi est-ce que je travaillera encore alors qu'on m'a tout produit?
16:04Et c'est là où j'interpelle le journaliste pour dire qu'il doit rester journaliste.
16:09Bien évidemment, il a des influences de l'environnement dans lequel il travaille.
16:15Mais au-delà de tout, il doit pouvoir rester journaliste
16:19et appliquer les techniques qui lui ont été apprises à l'école.
16:21Les métiers de la communication sont présents dans l'environnement camerounais
16:25depuis le début des années 90.
16:27Mais on remarque que les journalistes sont toujours très présents
16:32dans les cellules de communication des organisations.
16:34Est-ce que leur profil professionnel n'a pas une influence sur leur travail de communicant?
16:41Alors, je pose la question aussi à la journaliste qui s'est retrouvée dans les cellules de communication.
16:46Oui, et vous faites bien de la poser.
16:48C'est une question qu'il faudrait surtout poser à ceux qui sollicitent les journalistes
16:53au sein des cellules de communication.
16:54Ils savent pourquoi.
16:55Vous savez que c'est des nominations qui sont faites de manière discrétionnaire.
17:00Peut-être que c'est des profils qu'ils recherchent du fait de la culture générale du journaliste,
17:05du fait également de sa capacité à pouvoir rapidement cerner ce qui est essentiel.
17:12Peut-être aussi du fait aussi de son carnet d'adresses qui est important,
17:18surtout en matière de relations presse.
17:22Le journaliste donc qui va se retrouver au sein de la cellule de communication,
17:27s'il a conscience de ce qu'il est désormais dans le champ de la communication,
17:32il va jouer entre ses aptitudes journalistiques
17:38et les aptitudes de communiquant qu'il va développer au sein de la cellule de communication,
17:44ou bien peut-être même qu'il a déjà développé un tout petit peu avant.
17:49Pour mon cas, puisque vous parlez de moi,
17:51au moment où j'étais appelée à entrer complètement dans la communication
17:56et à servir comme communicante,
17:59la première personne avec laquelle j'étais en tension, c'était mon amie.
18:03Et lorsque j'arrivais à résoudre la tension avec moi-même
18:06et que le journaliste me prenait le dessus,
18:09j'entrais en tension avec ma hiérarchie.
18:12Parce qu'elle ne comprenait pas pourquoi
18:15il y a un seuil que je n'arrivais pas à traverser.
18:18Le seuil qui peut être celui de dicter au journaliste ce qu'il doit écrire.
18:25Ça, je n'arrivais pas à faire.
18:27Le seuil qui voudrait que je valide le contenu du journaliste avant sa publication.
18:33C'est un seuil que je n'arrivais pas à atteindre.
18:36Et donc, c'est un seuil qui pouvait me mettre en tension avec ma hiérarchie parfois.
18:41Mais maintenant, s'il s'agissait de préparer d'une autre intention pour les journalistes,
18:47oui, en ce moment, je le fais avec beaucoup de responsabilité.
18:55Parce que je me dis aussi, quelquefois, quand on ouvre les journaux,
18:58ce qu'on voit dans les journaux peut laisser à penser
19:01que ceux qui sont venus pour la couverture médiatique n'y étaient pas
19:06ou bien n'ont pas reçu la formation nécessaire pour le faire.
19:10Et donc, parce qu'on est responsable d'une série de communication,
19:14on se doit de baliser un tout petit peu et de s'assurer que non seulement son message passe,
19:19mais que ce message puisse passer dans les normes.
19:23Et vous voyez donc, parce que j'ai des outils et des techniques journalistiques avec moi,
19:30je vais donc préparer ce message afin qu'il puisse être diffusé tel quel.
19:36Mais en les préparant aussi, je me rassure, parce que je suis journaliste aussi à la base,
19:42qu'il y ait une ou deux choses que je glisse à l'intérieur
19:45qui montrent tout de même qu'il y a eu un détachement,
19:49qui montrent tout de même qu'on reste dans l'objectivité,
19:52même si le degré de cette objectivité est moindre.
19:56Et je pense qu'on peut bien être communiquant et journaliste à la fois,
20:04mais il faudrait savoir à quel moment est-ce qu'on est communiquant
20:07et à quel moment on est journaliste.
20:10Justement, quel est votre point de vue sur la question ?
20:13Est-ce qu'il faut mettre une frontière étanche entre le journalisme et la communication ?
20:18Je pense que si on met une frontière étanche entre les deux, on va tuer l'un et l'autre.
20:24Parce que les terreaux d'intersection qu'il y a entre les deux sont énormes.
20:29D'un point de vue sociologique, les deux travaillent en connivence.
20:35Les deux travaillent dans les mêmes espaces.
20:39Les deux occupent même les mêmes espaces professionnels.
20:44Lorsque vous ouvrez un journal, vous avez dans un journal la cohabitation
20:47entre les contenus journalistiques et les contenus communicationnels.
20:51Maintenant, où le bas peut blesser, c'est lorsqu'on transforme un contenu communicationnel en contenu journalistique.
20:58C'est-à-dire que vous recevez un communiqué de presse
21:01et vous lui attribuez un titre, vous lui attribuez une signature et vous lui adossez une photo.
21:09Moi, je trouve que c'est tout de même flagrant et que ça ne devrait pas se faire.
21:14Lorsqu'on reçoit un discours, lorsqu'on reçoit une autre intention,
21:22on lui met des intertitres, on lui met une titraille, un surtitre, un titre, un sous-titre.
21:27On lui met une signature. Je trouve que c'est quand même gros.
21:31Et donc, celui qui ouvre le journal et qui n'est pas averti, il l'ouvre,
21:35il ne fait pas la différence entre le contenu communicationnel et le contenu journalistique.
21:40Et c'est là où j'interpelle la responsabilité des directeurs de publication.
21:45Il faudrait éclairer l'opinion et qu'il puisse identifier,
21:50qu'elle puisse cette opinion identifier dès l'ouverture du journal,
21:54ce qui est contenu journalistique, dans ce qui est information,
21:59ce qui est contenu communicationnel, ce qui est inertial.
22:02En tout cas, les détails de cette étude sont contenus dans l'ouvrage
22:06« Quand journalisme et communication des organisations se rencontrent ».
22:11Émilie Dominique Peguongu-Pekassa, vous êtes également auteure d'une biographie,
22:16« Sœur Dominique Kemelo Ida, une vie, un don pour l'Afrique, 60 ans après, toujours au service ».
22:22Qui est « Sœur Dominique » ?
22:25Alors, la Sœur Dominique Kemelo est une Sœur franciscaine
22:29qui va débarquer au Cameroun dans les années 60, les années d'indépendance.
22:35Elle est italienne, donc elle va arriver au Cameroun.
22:37Elles sont trois dans la vague des Sœurs qui arrivent en ce moment-là.
22:41Et elles viennent au Cameroun pour soutenir l'Église dans l'évangélisation.
22:47Mais au-delà de cela aussi, pour être davantage investie dans les questions de santé,
22:55dans les questions d'éducation.
22:57Et donc, la Sœur arrive à son jeune âge au Cameroun
23:01et elle, dans le service qui est le sien, va sillonner les villages du Cameroun
23:09avec les autres Sœurs pour justement implanter les centres de santé,
23:15pour favoriser l'éducation.
23:17L'éducation des jeunes filles, mais l'éducation aussi des jeunes garçons
23:21et pour accompagner les prêtres dans le service.
23:26L'un de vos prénoms est Dominique comme la Sœur.
23:30Est-ce que c'est une coïncidence ou est-ce que c'est la raison pour laquelle
23:33vous avez décidé d'écrire cette biographie ?
23:36Dominique, c'est le prénom que mes parents m'ont donné à la naissance
23:40et c'est un prénom qui est celui en reconnaissance de ce que la Sœur a été pour eux.
23:48La Sœur Dominique est la Sœur qui m'a accueillie et qui a écouté mon premier cri,
23:54qui a entendu mon premier cri.
23:56Au moment où mes parents me mettent au monde, ils sont en Kilzoc.
24:02Je n'ai pas, ma mère n'a pas sept mois de grossesse.
24:05On est dans les années, un peu avant les années 80, on est en 78 par là.
24:11Et on se retrouve en fou, en Kilzoc ou bien où il n'y a pas de couveuse.
24:17Donc la Sœur m'accueille, prématurée que je suis, j'ai moins d'un kilo.
24:21Et il n'y a pas d'espace pour mes parents.
24:24Mes parents ne peuvent pas rester à l'hôpital avec moi.
24:27La Sœur Dominique va renvoyer mes parents à la maison
24:29et c'est elle qui va prendre soin de moi.
24:32Jusqu'à ce que j'ai le poids viable pour pouvoir retrouver mes parents.
24:37Donc mes parents viennent me rendre visite de temps en temps.
24:41Mon père passe tous les matins, de ce qu'elle me dit, ma mère aussi.
24:43Il passe tous les matins pour me regarder.
24:47Mon père, lui, va travailler.
24:48Ma mère, elle reste aux alentours.
24:51Parce qu'ayant déjà perdu un enfant avant moi,
24:54elle se dit peut-être qu'elle la partira aussi.
24:57Et pendant que je reste avec la Sœur, de ce qu'elle me raconte,
25:01et donc elle me met dans la poche de son tablier
25:03pour pouvoir me surveiller et se rappeler qu'elle doit me donner à manger.
25:07À la petite cuillère.
25:09Et quand je recouvre ma santé,
25:11et que je suis suffisamment viable, comme vous l'avez dit,
25:14puisque j'étais comme un petit poulet,
25:17et que je retourne à la maison,
25:19mes parents me donnent le nom de baptême de Dominique.
25:23La Sœur ne sait pas.
25:24Parce que lorsqu'on me donne ce nom de baptême,
25:26mes parents sont appelés à partir.
25:29Ce n'était pas comme aujourd'hui où il y a des téléphones.
25:31Mes parents quittent la ville.
25:33Et donc je vais retrouver la Sœur en 2016 seulement.
25:37On est en 78, je la retrouve en 2016.
25:41Je vais en Fou pour faire mon extrait de casier judiciaire.
25:44Et comme la procédure traîne, je me dis,
25:47je vais aller en Kinzok pour voir où je suis née,
25:50pour voir les repères de ma naissance,
25:54pour peut-être consulter le registre,
25:55pour voir quel poids j'avais.
25:59et puis je dis, je tombe sur une infinière
26:03à qui je dis, je suis venue où je suis née.
26:07Je viens pour voir s'il y a quelqu'un ici
26:09qui m'a vu naître et tout,
26:11et elle me dit, la Sœur est encore là.
26:13Je dis, quelle Sœur ?
26:14Elle me dit, la Sœur Dominique.
26:17J'avais plusieurs fois posé la question à mes parents.
26:19Ils m'avaient dit, c'est sûr qu'elle est retournée en Italie,
26:21ou bien peut-être même qu'elle est décédée.
26:24Donc je vois la Sœur Dominique qui arrive sur sa canne
26:27et j'écrase une larme.
26:29Et en ce moment, je lui dis, je suis telle,
26:32elle dit, elle ne se souvient pas.
26:35Je lui dis, est-ce que je peux vous montrer la photo de mes parents ?
26:37Elle me dit, oui.
26:38Quand je montre, elle dit, Joseph est rose,
26:41et elle écrase une larme.
26:43Et je comprends qu'il y a une histoire,
26:45toute une histoire derrière ce nom.
26:47Et donc, à travers elle, je retrace la vie de mes parents.
26:51Et c'est cette histoire qu'on retrouve dans la biographie
26:55que vous avez écrite de Sœur Dominique Emelo Ida.
26:58Elle a presque 90 ans au moment où vous décidez d'écrire cette biographie.
27:04Elle est arrivée toute jeune de son Italie natale.
27:07Au-delà de votre propre histoire avec elle ou avec vos parents,
27:11qu'est-ce que vous retenez ou vous voulez qu'on retienne
27:14comme fait d'arme de la Sœur Dominique au Cameroun ?
27:17Alors, je voudrais qu'on retienne de la Sœur
27:22une femme qui a tout abandonné chez elle pour venir tout donner.
27:28Et le témoignage qu'on a,
27:29ce n'est pas une Italienne qui est arrivée au Cameroun avec condescendance, non.
27:35Et elle me met le dit, et plusieurs personnes le disent,
27:38elle ne venait pas tout apprendre aux autres,
27:40mais elle venait tout apprendre des autres.
27:43Et je crois que cette capacité qu'elle a eue à se mouler
27:46à l'environnement dans lequel elle a évolué,
27:49lui a permis de travailler avec sérénité
27:53et d'être aussi accueillie et adoptée par les Camerounais.
27:59Elle n'a pas travaillé qu'au Cameroun,
28:00elle a travaillé en Centrafrique aussi.
28:02Elle a travaillé au Congo, Kishasa.
28:05Et donc, partout où elle a travaillé,
28:07elle a été aimée de ceux avec lesquels elle a travaillé.
28:10Quel est le signe de ponctuation qui caractérise Émilie Dominique ?
28:16J'hésite entre deux signes,
28:17mais je crois que je prendrai le signe d'interrogation.
28:22Parce que l'interrogation, c'est ce qui anime l'être humain.
28:27À partir du moment où on arrête de s'interroger,
28:29on arrête de penser, on arrête d'apprendre, on arrête de vivre.
28:33Et donc, pour moi, c'est l'interrogation qui reste mon signe majeur de ponctuation.
28:39Parce que je voudrais rester dans l'apprentissage en dépit de tout.
28:42Merci d'être venue.
28:44Merci à vous.
28:45Madame, Monsieur, c'était ponctuation.
28:47Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

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Benco
il y a 7 semaines