00:00 6h56, blockbuster Frédéric Sigrist ! Ce matin Frédéric, vous savez me parler, vous,
00:06 puisque vous voulez évoquer Creed III, la franchise dérivée de la saga Rocky !
00:10 Oui, et c'est aussi le premier épisode où Rocky, Sylvester Stallone, n'apparaît
00:15 pas, suite aux différents juridiques qui opposent ce dernier au producteur disparu
00:18 Irvin Winkler et ses ayants droit.
00:20 En gros, Stallone a beau avoir créé les personnages en 1976, Rocky Balboa, Adriel,
00:25 le beau frère Pauly, l'entraîneur Mickey et le cultissime Apollo Creed, il a beau avoir
00:29 écrit le scénario de quasiment tous les épisodes et avoir joué dedans, il n'est
00:33 pas propriétaire des droits de l'univers qu'il a intégralement créé.
00:36 Avant d'aller plus loin Laetitia, je dois vous dire que je ne suis pas neutre dans ce
00:40 débat d'un Rocky sans Rocky, car j'ai versé plus de larmes devant la saga du boxeur
00:44 italien que devant n'importe quel film, ever ! Moi, quand je vois Stallone avec sa
00:49 gueule cassée, qui traîne sa démarche un peu pâteau dans les ruelles de Philadelphie,
00:54 sur le thème de Bill Conti, cherchant à dire à Adrienne, timide vendeuse dans une
00:57 animalerie qu'elle est la plus belle femme qu'il a jamais vue, ça me met dans un état.
01:01 Et puis, ce n'est pas des petites larmes, c'est un mélange entre une rhinite et des
01:04 gaz lacrymo pendant une manif.
01:06 Mon visage n'a plus aucune espèce de dignité.
01:08 Vous me mettez devant un marathon Rocky, je vous résous la sécheresse à laquelle les
01:12 paysans français font face en ce moment.
01:13 Je ne suis ni catholique, ni juif, ni musulman, je suis rockiste.
01:17 On vous sent tellement nostalgique sur ce coup-là Frédéric !
01:20 Oui, mais je voulais accorder à Creed III le bénéfice du doute.
01:23 J'adore Michael B. Jordan, l'acteur qui joue Adonis, le fils d'Apollo Creed.
01:27 J'avais aimé le premier Creed de Ryan Coogler, qui faisait de Rocky cette figure de vieux
01:31 sage prolétaire, une sorte de mélange entre un film de Ken Loach et Christophe André
01:35 qui serait allé à la salle.
01:36 Même le moins bon Creed II, où Adonis s'opposait au fils de Draco, le terrible boxeur russe
01:41 de Rocky IV, m'avait cueilli dans ces scènes intimistes où Adonis découvre le handicap
01:45 de son nouveau-né.
01:46 Concerné par le sujet, les paroles de soutien de Rocky m'avaient fait autant de bien à
01:49 moi qu'à Adonis.
01:51 Mais me disais-je peut-être qu'après autant de films avec Rocky, il était normal qu'Adonis
01:55 Creed vole de ses propres ailes.
01:57 Après s'être approprié le nom de son père, Apollo Creed, il était peut-être normal
02:00 qu'il s'approprie la franchise de son père spirituel, Rocky Balboa.
02:03 Le problème, c'est que dans ce film réalisé par Michael B. Jordan lui-même, avec des
02:08 effets de mise en scène intéressants qui démontrent l'amour que ce dernier a pour
02:11 les animés japonais, on a droit à une histoire qu'on a déjà vue dans Rocky III.
02:16 On voit apparaître le personnage de Damian, un ami d'enfance d'Adonis, joué par
02:20 le charismatique et très très très intense Jonathan Majors.
02:23 Lui, quand il est à l'écran et qu'il prend un café, dans ses yeux, tu vois combien
02:27 le paysan colombien a été payé pour ramasser son grain de café.
02:30 Il ajoute un sucre, il te joue le diabète qui se développe.
02:32 Il est intense ! Il joue un boxeur prometteur issu des quartiers qui a passé 18 années
02:36 de sa vie en prison pour un crime qu'il n'a pas connu.
02:38 Et à sa sortie, il estime à juste titre qu'Adonis s'est approprié son rêve et
02:43 la vie qui va avec.
02:44 Et c'est bien là tout le problème de Creed III.
02:47 Parce qu'en trois films, Michael B. Jordan, tel le coucou qui s'installe dans le nid
02:51 des autres, campe un personnage qui finalement, squatte en permanence le rêve de ceux qui
02:55 l'entourent ou qui l'ont précédé.
02:56 Apollo Creed, Rocky et désormais Damian qui est le vrai héros de Creed III.
03:02 Et j'ai personnellement beaucoup de mal à m'attacher à Un Fils Deux, Beau Gosse,
03:05 Pété de Thune, qui contemple Los Angeles du haut de sa ville luxuriante mariée à
03:09 une star de la chanson incarnée par Tessa Thompson.
03:11 Film qui finalement ne consacre que la réussite et les signes extérieurs de richesse qui
03:15 vont avec, là où Rocky III les remettait en question.
03:18 Voir Rocky, sceptuagénaire, faire l'inventaire de son restaurant avec des mittens sous le
03:22 ciel gris et hivernal de Philadelphie, reste plus inspirant que tout le bling bling de
03:27 Creed.
03:28 Michael B. Jordan a appris beaucoup de Rocky, sauf une chose, on crée des grandes sagas,
03:32 non pas avec des winners incontestés, mais avec des perdants magnifiques.
03:36 Merci Frédéric Sigrist pour ce blockbuster.
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